23.01.2012
ZUMA, TERUG NA AFRIKA!
Par Pierre-Olivier Sabalot,
Altermedia
En Afrique du Sud, après les premières élections non-raciales d’avril 1994, l’ANC s’est solidement installé au pouvoir, obtenant régulièrement entre 62 et 66% des voix. Sous les présidences de Nelson Mandela (entre 1994 et 1999), puis de Thabo Mbeki (1999-2008), le pays a connu une profonde réorientation de ses priorités économiques et socio-politiques. Le « Black Economic Enpowerment », la « discrimination positive » sud-africaine, a permis la mainmise du Parti sur les secteurs clés de l’appareil d’Etat et du « Big business ». L’arrogante bourgeoisie urbaine noire, émergente à partir de la fin des années 1970 et qui doit son pouvoir et ses privilèges au Parti, a non seulement accaparé cette position politico-économique dominante (au détriment des classes moyennes et populaires blanches), mais s’est également coupée des « Noirs d’en bas », les pauvres des townships détribalisés et les ruraux encore porteurs de leur conscience ethno-culturelle propre, qu’elle regarde avec mépris. Mandela, puis Mbeki, ont tenté d’imposé l’anglais comme langue nationale, à la fois pour déboulonner l’afrikaans (présentée comme la « langue de l’apartheid ») et pour mettre en forme le projet cosmopolite de la création d’une nation artificielle, la « Nation Arc-en-ciel » autour d’une langue commune, en l’occurrence la langue de la mondialisation, permettant au pays (ou en tous cas à ses élites économiques et financières) de s’ancrer dans le « Village planétaire » mondialiste.
Après le « putsch » interne à l’ANC, en décembre 2007, Mbeki est destitué de la présidence du Parti puis démissionne en septembre suivant de son poste de Président de la République, remplacé par un Xhosa d’intérim, sans aucun relief, Kgalema Motlanthe, qui assure la transition jusqu’aux élections d’avril 2009. A ces élections, le candidat du Parti, qui élu à la Présidence de la République le 9 mai suivant, est un homme étonnant, issu de l’aile gauche de l’ANC, un certain Jacob Zuma…
Premier Zulu depuis le Grand roi Shaka (1787-1828) à occuper d’aussi importantes fonctions politiques –et qui plus est par le biais d’un parti, l’ANC, dont les cadres sont essentiellement xhosas et sothos, historiquement hostiles aux Zulus- Jacob Gedleyihlekisa « Msholozi » Zuma est né le 12 avril 1942 à Inklanda, dans le Zululand profond, dans l’actuelle province orientale du Kwazulu-Natal.
Fils d’un policier de quartier et d’une femme de ménage, orphelin de bonne heure, Zuma vit une enfance pauvre, en pays rural, et ne reçoit aucune formation scolaire. Analphabète, il garde des troupeaux de vaches pour le compte de chefs de tribus de son ethnie.
Il s’engage en politique en 1959, à seulement 17 ans. Courageux, combattif, il devient membre de MK (l’Umkhoto we Siswe, l’aile militaro-terroriste conjointe de l’ANC et du SACP, le parti communiste sud-africain, clandestin) en 1962. L’année suivante, il rejoint également le SACP, qui est organiquement lié à l’ANC depuis 1950. Arrêté par la police en 1963, en compagnie d’activistes clandestins, il est condamné à 10 ans de prison, qu’il purge à Robben Island, l’île pénitencier au large du Cap, aux côtés de Mandela et Sisulu. Grace aux cours d’un autre détenu, Govan Mbeki (père du futur Président Thabo Mbeki), Zuma apprend à lire et à écrire. Il se familiarise également avec le débat d’idées et la dialectique marxiste. La prison a parfois des conséquences inattendues…
Après sa libération en 1973, il réorganise clandestinement l’ANC (illégal depuis 1960) dans la Province du Natal, mais traqué par la police, il quitte l’Afrique du Sud en 1975, s’installant au Swaziland (1975-1977), puis au Mozambique communiste jusqu’en 1987, et enfin en Zambie, au sein du Quartier Général en exil du Parti.
Très apprécié pour sa combativité et son manque total de scrupules, Zuma devient membre du Comité exécutif de l’ANC en 1977, puis est élu au Politburo du SACP en 1989. Il gravit peu à peu les échelons au sein de l’appareil politico-militaire de l’ANC, et devient chef du service de renseignement clandestin, qui comprend une branche chargée des liquidations physiques d’opposants.
Il rentre d’exil en février 1990 et participe au processus de négociations constitutionnelles, qui aboutit à la victoire de l’ANC aux élections non-raciales de 1994. Mais en parallèle, il organise la campagne de violence politique au Natal, une violence politique systématique, dirigée contre l’Inkatha (l’IFP, le parti nationaliste zulu de Gatsha Buthelezi, hostile au centraliste anti-identitaire de l’ANC). Cette violence politique conduit la province au bord de la guerre civile entre Zulus et cause la mort de plus de 10.000 personnes par an entre 1990 et 1994.
Populiste de gauche, démagogue, raciste antiblanc, sexiste, Zuma devient Vice-président du Parti en décembre 1997, lors de la Conférence nationale de Mafikeng. Il s’appuie sur l’aile gauche de l’ANC –dont il est l’idole-et sur la COSATU, le syndicat marxiste noir ; et s’oppose chaque année de plus ouvertement au Président Mbeki, qu’il accuse de collusion avec les grands groupes capitalistes, aussi bien locaux qu’internationaux.

Zulu traditionnel, Zuma aime se ressourcer dans sa tribu, habillé de façon traditionnelle, en peau de léopard, bouclier et lance aux poings. Polygame, il a eu 5 épouses (dont l’une a divorcé et une autre s’est suicidée), ainsi que trois « fiancées » achetées selon la coutume zulu (dot payée en têtes de bétail). Il revendique 20 enfants, dont la dernière est née en octobre 2009, d’une relation illégitime avec la jeune sœur d’un de ses camarades de parti, une jeune fille « pistonnée » pour travailler comme collaboratrice. Il s’est toujours déclaré fervent partisan du test de virginité pour les jeunes filles, ce qui est conforme aux coutumes les plus conservatrices zulus.
Ses déclarations sur la morale sexuelle ont fait les choux gras de la presse libérale d’opposition. Alors même que l’Afrique du Sud a légalisé le mariage homosexuel en novembre 2006, Zuma a immédiatement qualifié ce dernier de « déshonneur envers la Nation et envers Dieu »… De plus, ses déclarations sur le SIDA (12% de la population sud-africaine est séropositive) et les manières de s’en protéger (une douche après un rapport non protégé, comme il a affirmé le pratiquer lui-même) ont attisé la colère d’une kyrielle d’organisation féministes et d’ONG luttant pour la prévention de la maladie. Inculpé dans une sordide affaire de viol d’une jeune femme séropositive en décembre 2005, il est acquitté en mai 2006. Egalement inculpé dans deux affaires de corruption et d’abus de pouvoir, en 2003 et 2008, Zuma obtient deux curieux et complaisants non-lieux…
Parallèlement à ses démêlés avec la justice, Zuma reprend sa marche en avant vers le pouvoir. Le 18 décembre 2007, lors du Congrès de Polokwane (capitale de la Province nordiste du Limpopo, et fief du jeune chef de la Youth League, Julius Malema), 60% des délégués votent pour lui à la présidence de l’ANC, face à Thabo Mbeki, Président sortant. Ce putsch conduit ce dernier à démissionner de la Présidence de la République, le 21 septembre 2008, n’ayant plus le soutien des députés de son parti, qui élisent deux jours plus tard comme Président par intérim Kgalema Motlanthe, un Xhosa sans aucun relief.
Le 3 avril 2009, en pleine campagne électorale, il prononce un violent discours public, accueilli avec scandale (en particulier au sein de la minorité juive), dans lequel il accuse les Blancs anglophones d’être des usurpateurs colonialistes et leur précise que l’Afrique du Sud n’est pas leur patrie, au contraire des Afrikaners. Zuma insiste dans ce même discours sur l’africanité de la « Tribu afrikaner », invitant ses membres à le rejoindre pour le bien de la patrie commune.
Lors des élections générales du 20 avril 2009, il draine vers l’ANC une partie de l’électorat zulu, ce qui permet à son parti de reprendre la Province du KwaZulu-Natal à l’IFP à l’Inkatha, qui y était majoritaire depuis 1994. Cet afflux de voix en provenance du pays zulu ne comble que partiellement l’hémorragie électorale en pays xhosa, qui a voté fortement pour le CoPe, le Congrès du peuple, parti noir de centre-gauche fondé par Thabo Mbeki après son éviction en 2008. Cette élection est une victoire en demi-teinte pour l’ANC (62,5% des voix), mais Zuma est élu Président de la République par le Parlement le 6 mai 2009 et entre en fonction le 9. Dans la foulée de son discours anti-anglophone, il nomme d’ailleurs dès le 10 mai 2009 comme Vice-ministre de l’agriculture et des forêts, Pieter Mulder, chef (« Leier ») du Vryheidsfront + (VF+), le parti identitaire afrikaner, qui regroupe essentiellement (mais pas seulement) des nationalistes nostalgiques de l’apartheid…
Grand ami du Président zimbabwéen Robert Mugabe, Zuma a, de plus, publiquement réaffirmé en avril 2010 son soutien au jeune président de la Youth League, la Ligue de jeunesse de l’ANC, le jeune et bouillant raciste antiblanc Julius Malema. Depuis le début de l’année 2010, plusieurs altercations ont opposé ses gardes du corps à des journalistes, que Zuma a toujours délicatement qualifiés de « fouille-merde »…
C’est donc avec un Président qui ne laisse personne indifférent que l’Afrique du Sud a affronté la tempête de la crise économique mondiale en 2009, qui a considérablement dégradé la situation économique dans le pays, et que la République s’apprête à accueillir la première Coupe du monde de football se tenant sur le sol africain. Avec Jacob Zuma, et après une quinzaine d’années qui ont vu une certaine Afrique du Sud s’intégrer fermement au Système mondialiste, le pays semble revenir ainsi aux « tendances lourdes » de sa géobiopolitique, aux réalités ethniques réellement africaines… Zuma, terug na Afrika ! Zuma, retour vers l’Afrique !
13:16 Publié dans Géopolitique, Idéologie politique et philosophie, Minorités ethniques ou religieuses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : afrique du sud, afrikaaners, boers, pierre-olivier sabalot, anc, zuma
Julius Malema, un jeune talent…
Par Pierre-Olivier Sabalot
Altermedia
Julius Sello Malema est né le 3 mars 1981 à Seshogo, ville d’environ 140.000 habitants située dans la Province du Limpopo, la plus septentrionale d’Afrique du Sud, faisant frontière avec le Zimbabwe (le fleuve Limpopo, qui a donné son nom à la province, marque la frontière entre les deux pays). Durant l’apartheid, Seshogo était une banlieue de Lebowakgomo, la capitale du Bantoustan du Lebowa (entre 1972 et 1994), le Foyer national autonome réservé au peuple pedi (ou sotho du Nord).
Elevé par sa seule mère, employée de maison, Malema rejoint les Masupalsela, les jeunes pionniers de la Ligue de Jeunesse (Youth League ou YL) l’ANC, à l’âge de 9 ans (!), et y reçoit une instruction paramilitaire dès ses treize ans. Il intègre la Youth League en 1995, un an après l’élection de Nelson Mandela comme Président de la République, à l’âge de 14 ans, une YL dont il devient à la fois le dirigeant pour Seshogo et le président pour la Province du Limpopo. Deux ans plus tard, il devient président provincial du COSAS (le COngress of South African Students, le syndicat étudiant lié à l’ANC), puis Président national en 2001. Car parallèlement à ses activités politiques, Malema poursuit de laborieuses études (il parle un mauvais anglais, en sus de son sepedi maternel) qui le conduisent finalement au bac, à l’âge de 21 ans, en 2002. Il devient ensuite Président de la YL en avril 2008, au cours d’une élection très contestée face au Tswana Safi Mofeking, lors d’un congrès tenu à Bloemfontein (rappelons que l’ANC a été fondée dans cette même ville en janvier 1912, et que la YL a été fondée en juillet 1944, par Nelson Mandela, Walter Sisulu et Oliver Tambo).
Il faut noter que l’ANC, parti dont les cadres dirigeants sont essentiellement xhosas (et dans une moindre mesure, sothos), est devenu un parti détribalisé, mondialiste, occidentalisé et anti-traditionnel, et qu’au niveau intermédiaire, il recrute des cadres moyens et des militants dans les couches urbaines et défavorisées des townships, des couches sociales détribalisées, mondialisées, ayant perdu leurs repères identitaires. Ces cadres et militants sont facilement malléables, perméables à l’idéologie raciste et « pan-noire » de l’ANC (niant les identités nationales des neuf peuples noirs sud-africains), et s’opposent aux adversaires de l’ANC, Noirs conscients de leur identités ethniques, en particulier ceux de l’Inkatha (IFP) zulu, de l’UCDM tswana de Lucas Mangope ou de l’UDM xhosa de Bantu Holomisa.
Malema est un fidèle partisan du nouveau Président Jacob Zuma, un Zulu polygame et populiste, haut en couleur… Il incarne l’aile gauche, radicale, populiste, démagogique, raciste et revancharde anti-blanche du parti et n’a pas hésité à remettre au goût du jour, dans ses meetings et interventions publiques, une vieille chanson raciste, « Kill the Boer, Kill the farmer ! », une chanson (pourtant interdite par la justice sud-africaine !) qui appelle à tuer les Boers, c’est-à-dire les fermiers afrikaners, accusés collectivement d’être des violeurs et des assassins. Il n’a pas hésité non plus à rappeler -toujours au cours de ses meetings publics- que la seule solution pour régler le problème (toujours non résolu) de la redistribution des terres des fermiers afrikaners aux Noirs, consistait à utiliser la mitraillette… Eugène Terreblanche a été assassiné le 3 avril dernier dans ce climat de haine raciste anti-afrikaner, dont Malema est l’un des infatigables distillateurs. Mais ces déclarations publiques n’ont pas été les seules, car Malema possède déjà une solide expérience en ce domaine. A plusieurs reprises, il a insulté publiquement les adversaires politiques de l’ANC ; traitant par exemple Helen Zille (Blanche d’ascendance juive, à la fois Premier ministre du Cap Occidental, et de la Democratic Alliance, le principal parti d’opposition, libéral, à l’ANC) de « petite fille raciste »; et accusant le COPE (COngress of the People, parti d’opposition de centre-gauche de l’ancien Président Thabo Mbeki) d’être « vendu aux colonialistes britanniques ». Enfin, sa dernière sortie fracassante s’est déroulée début avril 2010 lors d’une visite au Zimbabwe, au cours de laquelle Malema a rencontré son idole, le Président raciste anti-blanc Robert Mugabe ; accusé le Premier ministre zimbabwéen (principal opposant à Mugabe) d’être « un agent de l’Occident », et traité un journaliste de « bâtard »…
Ce jeune talent promet… En effet, il a été qualifié de « futur leader de l’Afrique du Sud » à la fois par le Président Zuma et Cassel Mathale, le Premier ministre de la Province du Limpopo, lors d’un meeting commun tenu début mars 2010 dans un stade de Polokwane, capitale de la Province du Limpopo… Les années qui viennent risquent d’être passionnantes…
13:13 Publié dans Idéologie politique et philosophie, Minorités ethniques ou religieuses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : afrique du sud, afrikaaners, boers, pierre-olivier sabalot, julius sello malema
Mort de la sentinelle
|
Histoire :: Autres
|
Pierre-Olivier Sabalot, que vous inspire le meurtre d'Eugène Terreblanche ? L'analysez-vous comme un crime crapuleux ou comme un crime politique ?
L’assassinat le 2 avril dernier d’Eugène Terreblanche semble a priori crapuleux, mais les motifs d’ordre privé (et du reste réels) mis en avant par les médias ne furent probablement qu’un prétexte, car l’assassinat de Terreblanche s’inscrit dans un mouvement de fond plus général de « réethnicisation du politique ».
Alors même que l’Afrique du Sud s’apprête à accueillir la Coupe du monde de football (du 10 juin au 10 juillet prochain, c’est la toute première Coupe du monde organisée sur le sol africain) et que les projecteurs des grandes chaînes mondiales de télévision commencent à se braquer sur elle ; l’establishment politique dominé par l’ANC fait mine de (re)découvrir que les tensions raciales sont toujours bien palpables et que la crise économique mondiale – qui a touché le pays de plein fouet - n’a fait que les raviver.
Dans les campagnes, au sein du platteland, le pays profond afrikaner, le problème crucial de la redistribution des terres de fermiers blancs à des paysans noirs, vieille revendication politique de l’ANC, a cristallisé les haines raciales et maquillé en actions crapuleuses la volonté latente de « revanche raciale » des Noirs vis-à-vis des Afrikaners. En seize ans, près de 1.600 fermiers blancs ont déjà été assassinés sur leurs terres par de véritables commandos - agissant de façon concertée - qui appliquent ce qu’il faut bien appeler une forme de « nettoyage ethnique », similaire à celui qu’a vécu, il y a quelques années, la Rhodésie, l’actuel Zimbabwe.
Eugène Terreblanche, reconverti dans l’agriculture depuis 1968, incarnait une forme de résistance de l’« âme » afrikaner, celle des campagnes, cœur de la Nation. Rappelons que le terme Boers signifie « paysans » en afrikaans, mais qu’il désigne aussi le peuple afrikaner lui-même, et plus précisément ses ancêtres, héros d’une épopée grandiose au XIXème siècle, celle de la conquête du Far North austral-africain et de la résistance à l’impérialisme génocidaire britannique. Au-delà du fait divers probablement crapuleux, Terreblanche a aussi été assassiné en tant que symbole boer, celui de l’attachement viscéral des Afrikaners à la terre de leurs ancêtres, des Afrikaners issus de la fusion sur la terre africaine de colons néerlandais, germano-scandinaves et aussi huguenots à partir de 1652. Terreblanche était lui-même le descendant d’un huguenot toulonnais établi au Cap en 1704.
Ma remarque va peut-être vous sembler naïve, mais il y a une chose qui me surprend, c'est, qu'avec son passé, Eugène Terreblanche soit resté vivre en RSA et qu'il ait employé des Noirs...
C’est tout simplement parce que l’Afrique du Sud est aussi – et d’abord, sans doute… - le pays des Afrikaners (leur ethnonyme signifie précisément « Africains ») et que la « Tribu blanche d’Afrique », pour reprendre l’heureuse expression de David Harrison, constitue un des éléments constitutifs essentiels de l’âme de ce pays.
Terreblanche s’est toujours défini comme Boer, dans le double sens du mot évoqué plus haut, et avait repris, en 1968, la direction de la ferme familiale à Ventersdorp, dans l’ouest de l’ancien Transvaal, après sa retraite anticipée des unités spéciales de la police. Sa vision des rapports sociaux entre Afrikaners et Noirs était finalement restée celle du Baasskap, la suprématie traditionnelle des Afrikaners de la campagne, dirigeant les Noirs de façon paternaliste; après la parenthèse idéologique radicale du Dr Verwoerd (1958-1966), qui dans la logique de la séparation raciale complète et définitive, refusait toute domesticité de couleur.
Dans cette vision du Baasskap, les Noirs – ces grands enfants - ont leur place dans l’Afrique du Sud des Blancs, une place inférieure, sous les ordres éclairés du Blanc bienveillant, inspiré par le Dieu farouche et Père Fouettard du calvinisme. Il faut noter que la ville de Ventersdorp, où est né et où résidait Terreblanche, regroupe environ 2.000 habitants, presque tous afrikaners et quelle se trouve englobée dans la « municipalité » de Ventersdorp (36.000 habitants au recensement de 2007) avec son satellite, la ville noire (à population tswana) de Tshing, où les fermiers blancs recrutent leurs employés noirs, exactement comme au « bon vieux temps » de l’apartheid ségrégationniste de Vorster et de Botha.
Vous qui connaissez bien le mouvement national en RSA, pouvez-vous nous rappeler l'action passée d'Eugène Terreblanche et de son Afrikaner Weerstandsbeweging («Mouvement de résistance afrikaner, ou AWB) et nous dire comment vous la jugez ? Est-ce que ce groupe a encore une activité et une audience réelle ?
L’AWB s’inscrit dans l’héritage idéologique de la défunte Ossewabrandwag (OB, 1938-1952), la « Sentinelle du chariot à bœufs », le plus grand mouvement culturel nationaliste de masse de l’histoire du peuple afrikaner, qui a compté 300.000 membres en 1940, soit 40% des adultes afrikaners de cette époque. Il faut noter que l’organisation paramilitaires de l’AWB - dont les membres cagoulés étaient vêtus d’un treillis noir - a été baptisée le Brandwag , litt. « La Sentinelle », en référence directe à l’OB.
L’Afrikaner Weerstandsbeweging ou AWB a été fondé -sous la forme d’une société secrète - le 7 juillet 1973 (le 7.7, donc, et le chiffre 7 renvoie à une forme symbolique d’ésotérisme calviniste, celui de l’exaltation de l’œuvre de Dieu, et du monde qu’il a créé en 7 jours…) à Heidelberg (grande banlieue de Johannesburg) par sept (encore !) policiers et ex-policiers d’extrême droite, en rupture de ban avec le jeune Herstigte Nasionale Party, le Parti nationaliste reconstitué d’Afrique du Sud.
Rappelons le contexte : après l’assassinat en plein Parlement du Premier ministre, le Dr Hendrik Frensch Verwoerd, le 6 septembre 1966, son successeur, Balthazar Johannes « John » Vorster (très probablement partie prenante du complot qui a permis l’assassinat du Dr Verwoerd), a progressivement tourné le dos aux principes du « développement séparé » social-nationaliste pour revenir à une bonne vieille politique de ségrégation raciale favorable aux intérêts du grand patronat capitaliste local et à une alliance stratégique avec l’entité sioniste, que rejetait Verwoerd. Dès octobre 1969, les verwoerdistes, regroupés autour du Dr Albert Hertzog, quittaient le Parti national (NP) et créaient le Herstigte Nasionale Party (HNP).
En juillet 1973, sept policiers et anciens policiers, dont Eugène Ney Terreblanche (ancien des forces spéciales de la police, notamment dans le Sud-Ouest Africain, et reconverti dans l’agriculture depuis 1968), fondaient l’AWB. Très bon orateur (probablement le plus brillant orateur afrikaner depuis Verwoerd) et excellent organisateur, Terreblanche prit la tête d’un groupe qui fut dès le départ une provocation policière, dirigée contre le HNP, destinée à effrayer les électeurs blancs tentés par les sirènes du vote contestataire verwoerdiste et à discréditer politiquement tout mouvement situé à droite du Parti national, qui peu à peu devient un parti favorable au libéralisme et abandonne la dynamique de séparation raciale.
Toute la « panoplie folklorique » fut alors savamment orchestrée : tenues paramilitaires, défilés aux flambeaux et parades à cheval dans Pretoria, provocations publiques, meetings électriques, actions médiatiques y compris la punition publique infligée le 28 mars 1979 au Professeur FA Van Jaarsveld qui, coupable de blasphème aux yeux de l’AWB, fut enduit de goudron et de plumes en pleine université…, chants et feux de veillée dans les camps d’été dans le veld, etc. Quant au drapeau rouge sang, controversé, du Mouvement, il comprend dans le disque blanc central un curieux triskell qui rappelle aisément le swastika, même si officiellement il représente un « triple sept » chrétien, un « 777 » qui s’oppose au « 666 », le Chiffre de l’Antéchrist. Mais l’aigle qui orne les emblèmes et les documents internes de l’AWB est un quasi décalque de celui de l’Ossewabrandwag, organisation ouvertement pronazie à son époque.
L’AWB fut incontestablement un mouvement de type néonazi, mais ce néonazisme fut indirect, issu de sa filiation avec l’OB. Mais de provocation policière à ses débuts, l’AWB, allant toujours plus loin dans la radicalisation et l’automarginalisation idéologique, va s’autonomiser à partir du milieu des années 1980 et devenir un mouvement politique à part entière, un acteur autonome ayant rompu ses liens d’origine avec la police et les services spéciaux de l’appareil d’État. Cependant, son « folklore » fièrement revendiqué continuera à servir d’épouvantail, de repoussoir, à une large partie de l’électorat blanc qui (lobotomisé par la propagande lénifiante et le « légitimisme » politique traditionnel envers le Parti national) préfèrera remettre le pouvoir à la majorité noire plutôt que de combattre aux côtés de ces encombrants « résistants ».
Appelant à la création d’un Volkstaat (État du peuple) afrikaner séparé, dans le nord-est du pays, l’AWB va connaître un succès grandissant auprès de larges couches de la population afrikaner, notamment dans les zones rurales, et regrouper jusqu’à 70.000 membres à son apogée (environ 2% de la population afrikaner totale, ce qui n’est pas rien), au moment de la transition des années 1990-1994, qui marque la fin du pouvoir blanc dans le pays.
Sa déconfiture militaire lors de la « Bataille du Bophutatswana » en 1994, livrée contre l’armée sud-africaine lors de la réintégration au sein de la RSA de ce Bantoustan indépendant, situé sur la frontière avec le Botswana et dirigé par le Président Lucas Mangope, marque le début du reflux pour le Mouvement, discrédité pour son impuissance réelle face aux évènements, alors même qu’il avait prédit qu’il allait déclencher une guerre raciale apocalyptique. Les démêlés judiciaires personnels postérieurs de Terreblanche (il est condamné en 2001 à six ans de prison pour l'agression d'un pompiste noir dans une station service et pour la tentative de meurtre d'un garçon de ferme) et sa conduite personnelle (alcoolisme chronique et infidélités conjugales), peu compatibles avec la morale calviniste rigoriste prônée par l’AWB, accélèrent le déclin du Mouvement au début des années 2000. Après sa sortie de prison en 2004, Terreblanche finit par réactiver l’AWB en mars 2008, dans le but de défendre les intérêts des fermiers afrikaners de plus en plus souvent pris pour cibles dans les campagnes. La presse sud-africaine estime aujourd’hui le nombre de ses militants à environ 5.000, environ quatorze fois moins qu’il y a seize ans.
Il y a un an vous aviez accordé un entretien au journal Flash. C'était avant les élections législatives qui ont vu la victoire de l'ANC et avant l'arrivée à la présidence de la République de Jacob Zulma. La situation a-t-elle beaucoup évolué durant cette année ?
En fait, la situation décrite l’an dernier n’a cessé d’empirer, sous l’effet de la crise économique mondiale qui a frappé le pays de plein fouet. L’hypocrisie politique de l’ancien Président Thabo Mbeki a cédé la place au réalisme pur et cru du Président Jacob Zuma, premier Zulu depuis le grand roi Shaka (1787-1828) à avoir accédé à des charges politiques aussi importantes. Avec lui, c’est le retour de l’Afrique du Sud vraiment africaine, celle de l’Afrique des ethnies, en rupture avec la vision centraliste, mondialiste, occidentalisée, des cercles dirigeants (essentiellement xhosas et sothos) de l’ANC. À la limite -et même si Zuma s’inscrit dans la lignée de leurs ennemis héréditaires- les Afrikaners sont plus en phase sur les plans culturel, historique et idéologique, avec ce Zulu populiste, polygame traditionnel, qu’avec les technocrates occidentalisés de la bourgeoisie noire ANC, coupés des réalités ethniques africaines.
La Coupe du monde de football de juin-juillet prochain était conçue comme l’apothéose de la « nation Arc en ciel » vantée par l’archevêque noir anglican du Cap, Mgr Desmond Tutu. Mais les masques sont tombés et la fête est finie. Les caméras des chaînes de télévision du monde ne pourront guère cacher le vrai visage de l’Afrique du Sud, seize ans après la prise du pouvoir par l’ANC : creusement des inégalités sociales (y compris le développement d’une bourgeoisie noire qui doit sa position et ses privilèges à son allégeance à l’ANC), pauvreté extrême (y compris chez les Blancs), chômage (40% de la population active), immigration illégale massive (5 millions d’immigrés clandestins, soit plus de 10% de la population du pays), SIDA (12% de la population sud-africaine est séropositive), insécurité (50 meurtres par jour), dégradation de l’enseignement public, problème non réglé de la redistribution des terres, vieillissement des infrastructures économiques et généralisation de la corruption. Une situation qui serait déjà explosive ailleurs que sur le Continent africain…
Entretien réalisé par Christian Bouchet.
13:10 Publié dans Idéologie politique et philosophie, Minorités ethniques ou religieuses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : afrique du sud, eugène terre blanche, pierre-olivier sabalot, iep aix en provence, apartheid, afrikaaners, anc, blancs, noirs, multiraciale, huguenots, dr verwoerd, calvinisme, tribu blanche
La nouvelle Afrique du Sud ou l’échec de la société multiraciale
Entretien avec Pierre-Olivier Sabalot
Pierre-Olivier Sabalot, jeune universitaire français qui a enseigné plusieurs années en Afrique du Sud, parlant couramment la langue afrikaans est l’auteur du livre “Verwoerd. Le Prophète assassiné” édité en janvier 2009 aux éditions du Camas. Son livre s’appuie sur une solide bibliographie inaccessible en France.
Il nous a fait l’honneur de répondre à cet interview afin de nous faire découvrir une réalité trop souvent méconnue et mal interprétée en Europe: le “pouvoir blanc” en Afrique du Sud et les conséquences funestes de l’effondrement de 1994 conduisant à l’épuration ethnique des Afrikaners menée sous la houlette de certaines factions de l’ANC.
Altermedia:Vous avez vécu pendant un certain nombre d’années en Afrique du Sud et connaissez particulièrement bien les arcanes de ce vaste pays si méconnu en Europe. Quelle expérience en tirez-vous et que pouvez-vous nous dire des mentalités des différentes communautés qui s’y côtoient ?
Création artificielle issu du colonialisme britannique, État mais non Nation, regroupant 48,3 millions d’habitants (5 millions en 1904 !), sur 1,22 million de km² (2,5 fois la France), l’Afrique du Sud est d’abord une mosaïque ethnique. Une mosaïque au sein de laquelle se juxtaposent neuf peuples noirs (Zulus, Xhosas, Sothos, Tswanas, Pedis, Tsongas, Swazis, Ndébéles, Vendas), historiquement hostiles les uns envers les autres, ainsi qu’un « peuple noir urbain », détribalisé, occidentalisé et acculturé, au sein duquel l’ANC (parti de cadres essentiellement xhosas, et dans une moindre mesure sothos) recrute l’essentiel de ses militants ; une « Tribu blanche », les Afrikaners (environ 2,9 millions, parlant l’afrikaans, langue dérivée du néerlandais) auxquels s’ajoutent 1,8 million d’autres Blancs, essentiellement anglophones ; 4,2 millions de Kleurlinge (ou Métis, afrikaansophones et calvinistes à 80%) et 1,2 million d’Indiens, à majorité hindoue et à minorité musulmane. Après la chute du pouvoir blanc, en 1994, Mandela, de par son charisme et son sens aigu des réalités politiques, a probablement évité une guerre civile raciale, mais ses successeurs Thabo Mbeki (1999-2008), Kgalema Motlanthe (2008-2009) et surtout Jacob Zuma (depuis mai 2009) n’ont pas son envergure. Si la crise économique se poursuit, Zuma, Zulu polygame traditionnel, populiste, sera tenté de s’appuyer sur la gauche de son parti et ses alliés (Ligue de jeunesse, syndicat COSATU, parti communiste SACP) et de mener une politique démagogique, tourné contre les Non-Noirs, dans une optique de « bouc émissaire », comme au Zimbabwe –et avec les résultats catastrophiques que l’on connait… Les déclarations récentes du chef de la Youth League de l’ANC, Julius Malema, qui a repris une vieille chanson raciste de l’ANC de l’époque de l’apartheid et interdite par la justice sud-africaine, appelant à tuer les Boers (c’est-à-dire les fermiers afrikaners), s’inscrit sauvagement dans cette optique de « réethnicisation du politique ».
Les Blancs en tous cas ne sont pas les seuls à être inquiets (et à juste titre) pour leur avenir, car nombreux sont les Kleurlinge et les Indiens qui s’interrogent de plus en plus profondément –et parfois avec angoisse- sur leur « identité intermédiaire », coincés entre Noirs et Blancs. En tous cas, et contrairement à 1994, rien n’est écrit concernant le futur du pays, je pense que tout reste possible, notamment une redistribution des cartes politiques en cas de troubles graves liés à la persistance de la crise économique.
Dans moins de deux mois, les zélotes du nouvel ordre mondial, à travers la coupe du monde, célébreront le mythe de la « nation arc-en-ciel » pour reprendre l’expression de l’archevêque Desmond Tutu. Presque vingt ans après le referendum abolissant l’apartheid, comment interprétez-vous cet événement et surtout quel bilan peut-on dresser des deux dernières décennies ?

On peut faire un parallèle saisissant entre deux évènements : la Coupe du Monde de rugby en Afrique du Sud en 1995 -gagnée par les Springboks- scellant (au moins pour un temps) la réconciliation politique entre l’ANC de Mandela et la minorité blanche, un an seulement après l’arrivée au pouvoir de la majorité noire ; et la Coupe du Monde de football qui se déroulera du 10 juin au 10 juillet prochains. Cette dernière s’annonce déjà mal : stades terminés (ou non) à la dernière minute ; problème de vente des billets (450.000 spectateurs étrangers attendus, à peine 350.000 ont effectivement acheté des billets, creusant encore le déficit financier de l’organisation) ; problèmes de ravitaillement électrique (Eskom, l’EDF local, est à bout de souffle, faute d’investissements suffisants depuis 15 ans) ; problèmes de violence et d’insécurité (plus de 18.000 meurtres l’an dernier, soit 50 par jour) ; ravivement des tensions raciales, toujours latentes notamment dans les campagnes, après l’assassinat d’Eugène Terreblanche ; ras-le bol de la population face au chômage (40% de la population active) et à la pauvreté (10% de la population en situation de misère sociale) ; chasse aux immigrés noirs (50 morts dans les émeutes xénophobes de mai 2008), etc… Une « cocotte » prête à exploser, sous l’œil des caméras du monde entier, ce qui donne d’ailleurs déjà des idées à certains groupes extrémistes (noirs, du reste, opposés à l’ANC), qui entendent profiter de la Coupe du Monde pour faire éclater au grand jour leurs revendications. La Coupe du Monde de football s’annonce déjà comme l’Anti-Coupe du Monde rugby, qui fut, elle, un succès politique incontestable.
Malgré une croissance économique importante et réelle entre 1994 et 2008 (essentiellement d’ailleurs liée à la levée des sanctions économiques internationales et au retour des investisseurs occidentaux), les problèmes sociaux (SIDA : 12% de la population totale sud-africaine est séropositive, en grande partie au sein de la classe moyenne et supérieure urbaine noire ; dégradation de l’enseignement public ; généralisation de la corruption ; création d’une bourgeoisie noire privilégiée, liée à l’ANC et tout aussi rapace que la bourgeoisie blanche et augmentation des inégalités sociales entre Noirs ; problème non réglé de la redistribution de terres à des fermiers noirs…) se sont aggravés avec la crise économique mondiale, qui a frappé de plein fouet le pays.
Le bilan global de ces quinze dernières années est donc globalement négatif, aggravé par la politique revancharde anti-blanche de l’ANC ; la mise en place d’une politique de « discrimination positive » (le « Black Economic Empowerment ») et l’émigration d’un million de Blancs, essentiellement des cadres, qui a entraîné une forme de « décompétence » au sein des entreprises.
Les Sud-Africains blancs semblent suivre le destin funeste de leurs frères rhodésiens. Pourtant, lors du referendum du 17 mars 1992, près de 70% d’entre eux firent le choix de l’abolition du développement séparé. Comment expliquer ce chiffre ?
Il faut remettre ce chiffe de 68% de « Oui » à la politique de de Klerk dans son contexte : effondrement de la natalité des Blancs et « noircisation » des zones blanches organisée par le patronat blanc capitaliste lui-même ; chute de l’URSS et fin du rôle de « sentinelle » géopolitique de l’Afrique du Sud blanche sur la Route du Cap, ôtant à la RSA de l’apartheid la « tolérance » dont elle bénéficiait auprès des puissances occidentales, en contrepartie de son intégration dans le combat stratégique anticommuniste ; poids (relatif) des sanctions économiques et de l’isolement politique, culturel et sportif de l’Afrique du Sud ; rôle du lobby sioniste contre les forces identitaires blanches ; embourgeoisement progressif des Afrikaners qui ont perdu à partir des années 80 la force morale de combattre pour leurs privilèges ; épouvantail de la guerre civile raciale en cas de victoire du « Non »… La propagande du Système capitaliste mondialiste a joué à fond en 1992. Les Afrikaners votèrent à 45% pour le « Non », les Anglophones à 12%, démontrant là encore le décalage sociologique entre les deux « nations blanches » du pays. Cela dit, le référendum de 1992 donnait à de Klerk l’approbation des Blancs pour accélérer le processus de négociations concernant le partage du pouvoir avec les Noirs (les Métis -9% de la population- et les Asiatiques -2,5%- étant associés de façon partielle au pouvoir blanc depuis 1984), mais pas de blanc-seing pour une capitulation en rase campagne comme le fit le dernier Président blanc du pays. En ce sens, de Klerk a trompé l’électorat.
Frederik de Klerk, un Afrikaner jusque là réputé pour ses positions conservatrices, accède au pouvoir en 1989. Il accélère dès cette époque le rythme des réformes conduisant à la mise à mort du système. Ce choix est-il conditionné par une situation politique particulière ou par le jeu de pressions internationales et de certains groupes d’intérêts ?

Les deux et nous y avons en partie répondu à la question précédente. Fils de Jan de Klerk, ancien Ministre de l’Intérieur sous Verwoerd ; et neveu de Johannes Gerhardus Strijdom, ancien Premier ministre « dur » ; lui-même diplômé de l’Université religieuse et très conservatrice de Potchefstroom, homme su sérail nationaliste, Frederik Willem de Klerk pouvait a priori sembler incarner une aile conservatrice du NP lors de la crise de 1989. Il devient Premier ministre après un véritable putsch au sein du NP, qui renverse PW Botha, alors en convalescence, au moment où l’opposition de droite, hostile à l‘abandon du développement séparé (HNP et surtout KP, le Parti conservateur) a le vent en poupe au sein de l’électorat blanc. L’accélération du rythme des réformes visant à démanteler les derniers acquis du développement séparé est donc confiée –comme souvent- à un homme présenté comme conservateur, mais qui en réalité n’est qu’une marionnette aux mains des forces économiques du Grand Capital ; un « conservateur » qui endort ainsi la méfiance de ses concitoyens par une réputation rassurante. On peut considérer de Klerk comme un liquidateur, exactement comme Gorbatchev en URSS à la même époque, certains journalistes ayant même parlé de « pretoriastroïka » concernant de Klerk.
L’an dernier, vous avez consacré un ouvrage à Hendrik Verwoerd à travers lequel on découvre que le système de développement séparé n’a jamais vraiment été mis en pratique et fut abandonné dès la mort dramatique de son initiateur en 1966. Pouvez-vous nous expliquer en quoi consistait ce système tant dénigré en Occident et pourquoi certains cercles politiques et financiers l’ont rejeté ? Enfin pouvez-vous nous rappeler dans quel contexte et surtout pourquoi fut assassiné Verwoerd ?

Après le traumatisme de la défaite de la Guerre des Boers en 1902 et la création coloniale (artificielle) de l’Union sud-africaine en 1910, les Afrikaners –devenus une minorité dans un territoire qui intègre désormais une majorité démographique non-blanche- ont tenté de reprendre le pouvoir politique, largement concentré entre les mains de la minorité britannique et de ses valets afrikaners « modérés ». En 1948, le NP du Dr Daniël François Malan triomphe aux élections générales et un nouveau programme, l’« apartheid » (litt. « le fait de mettre à part ») est mis en application. Cependant, malgré les efforts du Broederbond et du SABRA, le concept d’apartheid n’est pas compris de la même façon par tous les dirigeants nationalistes, et ce, depuis 1948. Deux grandes tendances s’opposent. D’un côté, la vieille tendance ségrégationniste, suprémaciste (le « Baasskap ») et conservatrice, pour qui les Noirs sont de grands enfants qu’il faut diriger et exploiter, puisque les Afrikaners sont un peuple élu par Dieu et qu’il possède donc tous les droits par délégation divine. C’est la vision d’un Malan ou d’un JG Strijdom. De l’autre, une aile ethno-différencialiste, pour qui le territoire sud-africain doit être partagé, éclaté, entre les Blancs d’un côté et les neuf peuples noirs de l’autre, impliquant à terme une forme de « décolonisation intérieure », aboutissant à la création d’Etats ethniquement homogènes. Le Dr Hendrik Frensch Verwoerd (1901-1966), qui devient Premier ministre en 1958, se rattache au deuxième courant. Afin de réaliser son objectif, il appelle les Blancs à des sacrifices, et à se passer des Noirs en toutes occasions, y compris –et surtout- à se passer d’employés noirs et d’effectuer le travail eux-mêmes. Une révolution intellectuelle… Il s’oppose au Grand Capital local, essentiellement britannique et juif, favorable au libéralisme (pour mieux exploiter la main d’œuvre noire) et à une alliance politique avec Israël. Verwoerd met en place un « socialisme ethnique » afrikaner, grâce à l’action économique volontariste et planificatrice de l’Etat, permettant non seulement la conquête (partielle) de l’économie par les Afrikaners, mais surtout la création d’infrastructures économiques essentielles, encore utilisées aujourd’hui (industries mécaniques, grands barrages hydroélectriques, transformation du charbon en pétrole, création de ports industriels, mise en place d’un réseau de télécommunication moderne, premier réacteur nucléaire à Pelindaba…). Une politique d’indépendance nationale, sur le modèle gaulliste, tournée contre la puissance coloniale britannique qui opprime le peuple afrikaner depuis 1902 : l’Afrique du Sud de Verwoerd quitte le Commonwealth en mars 1961 et devient une République le 31 mai suivant.
Cette politique sociale-nationaliste, hostile aux grands groupes capitalistes locaux et internationaux, lui est fatale. Il est assassiné en plein Parlement, au Cap, le 6 septembre 1966, victime d’une conjonction d’intérêts a priori opposés : libéraux, services secrets militaires partisans de l’alliance avec la Grande Bretagne et Israël, conservateurs partisans du « Baasskap » qui estiment qu’il en fait trop pour les Noirs… L’assassin de Verwoerd, Demetrios Tsafendas, un métis gréco-mozambicain aux motivations peu claires, fut déclaré irresponsable de ses actes et le dossier fut refermé, afin d’éviter les révélations explosives, notamment le rôle de certains secteurs (politiques, économiques et militaires) de l’appareil d’Etat.
Verwoerd fut nommé en 1950 Ministre des affaires indigènes. Il coopéra notamment avec l’anthropologue et linguiste sud-africain Max Eiselen, également secrétaire aux affaires indigènes puis secrétaire aux affaires bantoues et au développement. Que sont-ils parvenus à réaliser durant ces années ?
Il faut noter que Werner Willi Max Eiselen et Hendrik Frensch Verwoerd étaient deux vieux complices, tous deux anciens professeurs à l’Université de Stellenbosch, l’un en anthropologie sociale, le deuxième en psychologie et en sociologie. Tous deux fils d’immigrants européens (allemands pour Eiselen, néerlandais pour Verwoerd), ils ont une vision moins « afrikanerocentrée » que les autres intellectuels nationalistes (Geoffrey Cronjé, Pieter Johannes Meyer, Nico Diederichs…). Eiselen fut le premier à dire dès la fin des années 20 que les cultures africaines sont tout aussi respectables que celles des Blancs et qu’il faut valoriser ces différences, afin de permettre aux Noirs de d’épanouir culturellement sans subir la « pollution » culturelle (liée à l’intégration au système économique) des Blancs. Pour ce faire, il convient de valoriser l’enseignement des langues noires non seulement pour les Noirs restés dans leurs zones (les « Bantoustans »), mais également pour ceux, en voie de détribalisation, immigrés en zones blanches. Eiselen est également à l’origine du remplacement dans la terminologie officielle du terme (assez péjoratif) d’« Indigène », par celui de « Bantou », qui rattache les Noirs d’Afrique du Sud aux autres cultures africaines noires plus valorisées, puisque le terme « bantou » est linguistique, un peu comme « indo-européen ». Le développement séparé de Verwoerd est aussi la mise en valeur des identités des neuf peuples noirs d’Afrique du Sud, appelés à s’épanouir, à leur rythme, sur leurs propres territoires d’origine, dans une logique de « co-développement » politique, économique et culturel, chacun chez soi, en rupture avec l’Etat-Nation artificiel sud-africain, qui est une création coloniale britannique. Verwoerd parlait lui-même de « Commonwealth » austral-africain pour désigner ce nouvel ensemble, un Etat blanc aux côtés d’Etats noirs, indépendances dans l’interdépendance. Eiselen et lui furent donc de véritables ethno-différencialistes et non des suprémacistes blancs.
Comment comprendre l’évolution du Parti national de son accession au pouvoir en 1948 sous l’impulsion de Daniël François Malan au positionnement de Frederik de Klerk 40 ans plus tard, ce dernier rejetant tout autant le suprématisme blanc que l’ethno-différencialisme d’un Verwoerd ?

Le Parti national (Nasionale Party ou NP), fondé en juillet 1914 à Bloemfontein par le Général James Barry Munnik Hertzog, héros de la Guerre des Boers, a incarné les intérêts du peuple afrikaner, au point que le Dr Verwoerd le désignait comme « la Nation en mouvement ». En 1948, il accède au pouvoir et entreprend la mise en place de la politique d’apartheid. Cependant, le parti n’a jamais été un bloc idéologique monolithique, il a –au contraire- toujours été traversé par des courants distincts, parfois hostiles les uns aux autres : des lignes de fracture idéologiques, régionales, personnelles, intergénérationnelles… Jusqu’en 1966, le Dr Verwoerd a su fédérer les différences tendances du parti. Après son assassinat, trois grandes tendances sont désormais en compétition au sein du parti : des verwoerdistes raciaux-séparatistes et ethno-différencialistes, groupés derrière le Dr Albert Hertzog (fils du Général) et qui feront scission du NP en octobre 1969 pour créer le HNP (Herstigte Nasionale Party, ou Parti national reconstitué) pour protester contre les réformes d’assouplissement de Vorster ; une aile ségrégationniste-suprémaciste-conservatrice, partisane du « Baasskap », agglomérée autour du nouveau Premier ministre Vorster ; et une aile ouvertement libérale, favorable au grand patronat et qui demande déjà des réformes pour partager le pouvoir, regroupée notamment autour de Piet Cillié, rédacteur en chef du quotidien nationaliste du Cap, « Die Burger ». Ces trois tendances sont hostiles les unes aux autres. L’aile ségrégationniste-conservatrice va elle-même se diviser en deux ailes opposées, les « verkrampte » (ou « crispés »), favorables à la ségrégation raciale stricte, et les « verligte » (ou « éclairés »), partisans de réformes progressives. Alors que les « verligte » vont s’allier rapidement aux libéraux et orienter de façon décisive le parti sous Pieter Willem Botha (1978-1989) et surtout FW de Klerk (1989-1994), les ségrégationnistes vont quitter le parti en 1982 et créer le KP, le Parti conservateur, sous la présidence du Dr Andries Treurnicht, ancien ministre de Vorster, un KP hostile au démantèlement du système.
Ce sont donc les libéraux qui sont aux commandes du Parti à partir de la fin des années 70, et leur objectif politique est l’assouplissement du système, jugé anti-économique par le grand patronat, et le partage du pouvoir avec les Non-Blancs. Un partage progressif, puisque PW Botha associe Métis et Asiatiques, avec une nouvelle Constitution, approuvée par référendum par les électeurs blancs le 2 novembre 1983, avant que de Klerk ne liquide définitivement le système onze ans plus tard…
Marginalisé politiquement après l’arrivée au pouvoir de l’ANC en 1994, le NP se transforme en 1997 en Nuwe Nasionale Party (Nouveau Parti National), sous la direction de Marthinus van Schalkwyk, puis se dissout en 2005 dans l’ANC…
Le 3 avril dernier, Eugène Terre’Blanche fut sauvagement assassiné par deux Noirs. La presse occidentale politiquement sous contrôle a bien évidemment présenté sa conception de l’Afrique du Sud comme un élément pouvant légitimer ce meurtre. Pouvez-vous nous rappeler dans quel contexte fut créé son organisation l’AWB et son évolution ultérieure ? Quel objectif souhaite-t-elle atteindre aujourd’hui et surtout que représente-t-elle chez les Afrikaners ?

Héritière de l’Ossewabrandwag (la « Sentinelle du chariot à bœufs » ou OB, la plus grande organisation culturelle et politique de masse afrikaner, pronazie, entre 1938 et 1952), l’AWB (Afrikaner Weerstandsbeweging ou Mouvement de Résistance Afrikaner) est née le 7 juillet 1973, d’une scission à droite du HNP, parti verwoerdiste (né en octobre 1969) qui dénonçait déjà les trahisons du Premier ministre BJ Vorster, successeur du Dr Verwoerd. Vorster, ancien militant pronazi de l’Ossewabrandwag, a progressivement tourné le dos aux principes du développement séparé pour revenir au bon vieux « Baasskap » évoqué plus haut, s’est allié au Grand Capital local et a développé des relations intenses avec Israël, au point que les deux pays ont développement ensemble un programme nucléaire militaire.
L’AWB est fondée le 7 juillet (7.7, donc), par 7 policiers (dont Eugène Ney Terreblanche, ancien des forces spéciales de la police, notamment dans le Sud-Ouest Africain, reconverti en 1968 dans l’agriculture, en reprenant la ferme familiale de Ventersdorp, près du Bantoustan du Bophuthatswana)… Le chiffre 7 renvoie à une symbolique ésotérique calviniste, celle de l’exaltation de l’œuvre de Dieu, qui a créé le monde en 7 jours. On retrouve le « triple 7 » ou « 777 » (en forme de triskell) sur le drapeau de l’organisation, un « 777 » sensé représenter l’Anti « 666 », le chiffre de l’Antéchrist. Un drapeau qui rappelle aisément celui de l’Allemagne nationale-socialiste, même si la filiation néonazie de l’AWB est indirecte, issue de l’Ossewabrandwag, dont le père de Terreblanche, De Villebois Mareuil Terreblanche, fut un cadre dirigeant. La création de l’AWB correspond en 1973 à une provocation policière destinée à affaiblir le HNP et à effrayer –par les outrances et les provocations répétées de l’AWB- les électeurs blancs afin qu’ils ne votent plus pour les forces identitaires. Cependant, sous la direction de Terreblanche (probablement le plus brillant orateur afrikaner depuis le Dr Verwoerd, et que j’ai la chance d’écouter en meeting à Pretoria en mars 1993), l’AWB s’est progressivement éloignée de ses origines policières, et s’est transformée un acteur politique autonome à part entière, décidé à défendre les intérêts des classes populaires (urbaines comme rurales) afrikaners, face à l’Establishment NP de plus en plus libéral. Le Mouvement a compté jusqu’à 70.000 membres (2% de la population afrikaner, ce qui n’est pas rien) en 1994, avant de s’effondrer, suite à sa déconfiture militaire durant la « bataille du Bophuthatswana » ; aux démêlés de Terreblanche avec la justice (condamné à 6 de prison pour meurtre, il en a fait 4), et à sa conduite personnelle (alcoolisme chronique et infidélités conjugales), peu compatibles avec la morale calviniste rigoriste prônée par l’AWB. Réactivée en 2008, l’AWB compterait environ 5.000 membres aujourd’hui, mais le ravivement des tensions raciales, suite à la mort de son chef, lui a attiré la sympathie de nombreux fermiers afrikaners, qui se sentent solidaires du « martyr » Terreblanche, symbole de la revanche et de la volonté de nettoyage ethnique de la part de certains secteurs radicaux noirs, sur fond de problème de redistribution des terres. Au delà du fait divers en partie crapuleux, l’assassinat de Terreblanche est aussi celui d’un symbole, celui des Afrikaners viscéralement attachés à leur terre, cette terre africaine qui est l’âme de leur Nation…
Ne représentant que 9,5% de la population, quel avenir pressentez-vous pour la population blanche du pays ? Le chemin de l’exode est-il inéluctable ou un Volkstaat est-il encore sérieusement envisageable ?
Aujourd’hui les Blancs sont 4,7 millions sur 48,3 millions d’habitants, soit 9,7% de la population, et je pense que la grande majorité de ceux qui devaient partir (pour diverses raisons : peur de l’avenir, insécurité, chômage et marginalisation…) sont déjà partis. En 1960, à l’époque de Verwoerd, les Blancs constituaient 20% de la population sud-africaine, un « seuil critique » suffisant pour prétendre mener eux-mêmes le processus de développement séparé et d’éclatement territorial final, leur assurant la maîtrise politique complète d’un Etat central à population à majorité blanche. En fait, l’effondrement de la natalité des Blancs est la cause essentielle de la chute de l’apartheid, puisque les capitalistes locaux ont intégré après la mort de Verwoerd des masses de plus en plus importantes de travailleurs noirs (peu payés et exploités) dans les espaces d’activité industrielle des zones blanches. Cet « appel d’air » a désorganisé l’équilibre démographique en zone blanche, empêchant concrètement toute idée postérieure de création d’Etat à majorité démographique blanche. De plus, un million de Blancs ont quitté le pays depuis 1994 (sur les 5,3 millions de l’époque), alors que parallèlement plus de 5 millions d’immigrés illégaux noirs (essentiellement zimbabwéens et mozambicains) se sont installés en RSA depuis cette date, aggravant encore le déséquilibre démographique. Aujourd’hui, les Blancs ne sont majoritaires dans AUCUNE zone de la RSA, même si, localement, ils constituent encore de fortes minorités (zones rurales de l’ex-Transvaal et de la Province du Cap-Nord) ou dans certaines enclaves, comme à Orania, Orandia ou Morgenzon, villages pilotes peu peuplés mais dynamiques sur le plan socio-économique, embryons de « Volkstaat », litt. « l’Etat du Peuple ». Cette notion de « Volkstaat », d’Etat du peuple, dans lequel les Blancs sont majoritaires, vient de Pieter Johannes Meyer (1909-1984), docteur en philosophie et un des idéologues majeurs du développement séparé (dont je prépare actuellement la biographie, et pour laquelle je me rendrai en août prochain en RSA), et ce dès les années 40. A l’époque la notion de « Volkstaat » est une notion offensive et volontariste, un Etat blanc central entouré d’Etats noirs indépendants, tandis qu’aujourd’hui, le « Volkstaat » est un concept défensif, un petit Etat refuge blanc –indépendant ou confédéré avec le reste de la RSA- face à une Afrique du Sud « multiraciale », politiquement dominée par l’ANC et le pouvoir noir. Compte tenu de la réalité démographique, de la dispersion des enclaves et de la faible population de celles-ci, l’idée de Volkstaat reste encore pour l’heure utopique, mais en cas de changement politique de fond (SIDA –y compris au sein de l’élite noire, qui va détruire l’encadrement noir au cours des dix années à venir-, systématisation du nettoyage ethnique anti-afrikaner dans les campagnes, augmentation de la pauvreté chez les Blancs -environ 300.000 Afrikaners, plus de 10% de leur communauté ne vivent plus déjà que grâce aux soupes populaires-, troubles ethniques, conflits tribaux et sociaux entre Noirs …) le « Volkstaat » pourrait alors, dans des conditions particulières, devenir une hypothèse envisageable, notamment par les regroupement démographique d’Afrikaners pauvres dans quelques zones clés, leur assurant une majorité locale. Des conditions extrêmes, mais pas pires que celles qu’ont connus d’autres Etats d’Afrique noire depuis la séquence de décolonisation à partir des années 60… Et qu’a connu l’Afrique du Sud elle-même au cours du XIXè siècle…
Concernant un hypothétique projet de Volkstaat, une expérience intéressante fut lancée par Carel Boshoff en 1990, il s’agit de la création de la ville d’Orania. Que vous inspire cette initiative et quels sont ses rapports avec le gouvernement sud-africain ?

Orania est une expérience laboratoire, d’échelle délibérément réduite, fondée au début des années 1990 par le Pr Carel Boshoff, ancien président du Broederbond et gendre du Dr Verwoerd. Situé le long du fleuve Orange, à la limite entre les provinces du Cap-Nord et de l’Etat Libre, le village compte un peu plus de 1.500 habitants, pour une superficie de 4.000 ha, au sein duquel l’afrikaans est la seule langue officielle. Un village dynamique, dont le développement économique s’est basé sur une agriculture biologique (qui exporte jusqu’en Europe) et un tertiaire informatique, refusant toute industrie polluante. Un cadre de vie idéal, sans chômage, afrikaner à 100%. Pour marquer symboliquement sa volonté de rupture avec la RSA «multiraciale », la ville s’est même dotée de sa propre monnaie, l’ora, alternative au rand sud-africain. Orania sert également de modèle à plusieurs communes kleurlinge voisines, qui entendent se développer elles aussi à l’abri des Noirs, en se basant sur l’agriculture biologique. Le Dr Frik de Beer (professeur à l’UNISA), rappelle que le principe d’autodétermination du peuple afrikaner, incarné dans l’idée de Volkstaat, est très ancré dans la population afrikaner même si peu de citoyens sont pour l’heure prêts à s’installer dans une enclave. Une population afrikaner en phase de revival culturel, après le contrecoup de la défaite politique de 1994, pour la troisième fois au cours de son histoire, après la conquête coloniale britannique du Cap en 1806 et la défaite de la Guerre des Boers en 1902 (qui a vu le génocide partiel du peuple afrikaner et la création des premiers camps de concentration de l’Histoire, pour y parquer femmes et enfants boers).
Orania est l’enclave afrikaner la plus connue et la plus dynamique, la plus « crédible ». Mais elle n’est pas la seule. Il existe en effet deux autres enclaves afrikaners en RSA, certes plus réduites et moins dynamiques. Orandia (près d’Olifantshoek, également dans la Province semi-désertique du Cap- Nord), regroupe 300 habitants. Enfin, la communauté de Morgenzon a été fondée au début des années 80 par le groupe des « Oranjewerkers », les « travailleurs de l’Orange », dirigé par Hendrik Frans Verwoerd, un des fils du Dr Verwoerd. Elle se situe dans la petite commune de Morgenzon, au sud-est de la province du Mpumalanga et compte environ 200 habitants, familles de chômeurs afrikaners des villes, réinstallées à la campagne dans un projet de « communauté de travail ».
Par comparaison avec ce que vous avez découvert dans ces contrées, que vous inspire la politique d’immigration en France et la volonté de nos gouvernants d’y construire la « nation arc-en-ciel » ?
Cette volonté est absolument suicidaire. Se créent de façon artificielle, sous nos yeux, en temps réels, les conditions socio-politiques explosives présentes non seulement en Afrique du Sud, mais plus généralement au sein d’autres pays multiraciaux. Nous vivons ce que le poète martiniquais Aimé Césaire appelait à fort juste titre un « génocide par substitution », le remplacement d’un peuple indigène (encore que, historiquement, les Noirs des Antilles ne soient pas spécialement les indigènes du cru, mais dans leur mythologie politique, il en est ainsi…), par des populations immigrées dynamiques et conquérantes sur le plan démographique. La « Rainbow Nation » est un mythe, et non une réalité objective, en Afrique du Sud même, même si les intérêts des classes supérieures, blanche comme noire, sont plus liés au « Village planétaire » mondial qu’à la misère de leurs classes inférieures respectives. Mais ces intérêts économiques et cette compétition sociale ne constituent que la surface, et en profondeur, les vrais problèmes sont encore et toujours les problèmes raciaux… En France, la volonté de créer artificiellement une « Rainbow Nation » ne peut que buter, un jour ou l’autre, sur les réalités ethniques et démographiques, les seules qui comptent vraiment en Histoire…
Concernant le parallèle avec l’Afrique du Sud, je vous renvoie par ailleurs au jeune sociologue Moussa Khedimellah, spécialiste des banlieues, qui n’hésite pas à parler de « townships », sur le modèle sud-africain des années d’apartheid, pour désigner les banlieues françaises actuelles.
Le développement séparé tel que défini par Verwoerd serait-il une solution pour une Europe en pleine crise identitaire ?
Il ne faut pas se voiler la face. En Histoire, il n’y a aucun exemple de coexistence pacifique et équitable sur le long terme entre deux ou plusieurs populations radicalement différentes par leurs origines, juxtaposées sur un même espace territorial. En fait, il n’existe que trois modèles de gestion socio-politique du fait différentiel ethno-racial et/ou religieux/culturel. L’assimilation complète (impliquant leur acculturation définitive) du ou des groupe(s) minoritaire(s) par le groupe dominant ; l’élimination physique (par génocide, expulsion, ou éclatement de l’espace territorial, se concluant dans tous les cas par l’épuration ethnique du territoire) ; et enfin la discrimination raciale, qu’elle soit complète (cas de la politique de « développement séparé » du Dr Verwoerd à son époque) ou bien partielle et incomplète, et nous parlons alors de ségrégation raciale, avec dans ce cas une domination essentiellement socio-économique et une forme d’oppression/humiliation du groupe politiquement dominant –pas forcément démographiquement d’ailleurs- sur le(s) groupe(s) dominé(s).
Cependant, l’Histoire nous enseigne que la troisième solution est intermédiaire : la ségrégation raciale (discrimination incomplète) conduit en général à l’abandon et à l’assimilation ; tandis que la séparation évolue vers l’éclatement et le partage du territoire, rendant possible la création de nouvelles entités politiques ethniquement homogènes, pouvant d’ailleurs vivre en bonne intelligence les unes à côtés des autres.
Si l’on applique le schéma de développement séparé verwoerdien à l’Europe actuelle, la séparation complète impliquera la création de vies séparées, dans des quartiers étanches et mono-ethniques, régis par des droits juridiques différents (comme ce fut le cas à l’époque de Clovis entre Francs d’un côté et Gallo-Romains de l’autre ; ou comme c’est encore le cas aujourd’hui en Malaisie, pays dans lequel les 55% de musulmans sont régis par la charia, tandis que les 45% d’Indiens et de Chinois sont régis par des codes civil et pénal laïques, issus de l’époque coloniale britannique). La séparation raciale de type verwoerdien pouvant dans ce cas être vue comme une étape préparatoire (par le regroupement rationnel des populations homogènes dans des zones spécifiques, bien séparées de celles où vivent les indigènes européens) de moyen terme, avant la « remigration », c’est-à-dire le retour dans les pays d’origine des populations allogènes. Ajoutons que le XXè siècle fourmille d’exemples de « remigrations » et, en Europe même, avec des populations installées dans des territoires depuis parfois plusieurs dizaines de générations, des minorités non négligeables aussi bien par le nombre que par la proportion dans le territoire qu’ils ont quitté : Grecs (1,2 million de Grecs établis en Asie mineure depuis l’Antiquité expulsés vers la Grèce par le gouvernement nationaliste turc de Mustapha Kemal en 1923) ; Finlandais (400.000 Finlandais expulsés de Carélie soviétique en 1945) ; Allemands (13 millions chassés d’Europe centrale et orientale en 1945 qui ont trouvé refuge en RFA, RDA et Autriche ) ;Français (1 million de « pieds-noirs » rapatriés en France en 1962).
Pierre-Olivier Sabalot, Verwoerd. Le Prophète assassiné.
Éditions du Camas, janvier 2009, 20,00 € plus 3,60 € de port.
13:03 Publié dans Géopolitique, Idéologie politique et philosophie, Minorités ethniques ou religieuses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : afrique du sud, afrikaaners, boers, blancs, noirs, pierre-olivier sabalot, mandela, eugène terre blanche, botha, verwoerd, multiraciale, apartheid
Où va l’Afrique du Sud, un entretien avec Pierre-Olivier Sabalot
Né en 1970, Pierre-Olivier Sabalot est diplômé de l’Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence, et titulaire d’un DEA « Histoire d’Outre-Mer » de l’Université d’Aix-en-Provence. Il a vécu en Afrique du Sud et enseigné les Sciences économiques et sociales au Lycée français de Johannesburg. Il est l’auteur de la première biographie complète du Dr Verwoerd disponible en français (Verwoerd, le prophète assassiné, Editions du Camas, Marseille, 2009, editionsducamas@hotmail.fr)
Le 22 avril dernier, se sont déroulées les élections générales en Afrique du Sud. Quelle est la situation économique et politique de ce pays ?
Quinze ans après les premières élections non-raciales d’avril 1994 et la victoire de l’ANC, ce dernier a eu le temps de « verrouiller » l’appareil d’État et les structures économiques de la RSA. Ces élections étaient donc sans grand suspens, ni enjeux, en termes politiciens, si ce n’est que le Président programmé du pays, Jacob Zuma, est un personnage haut en couleur, Zoulou polygame, populiste de gauche, raciste, très différent de Kgalema Motlanthe, homme de transition très effacé, et de son prédécesseur Thabo Mbeki (1999-2008), homme du sérail, fils de Govan Mbeki, un des dirigeants historiques de l’ANC. Il faudra suivre de près le COPE, le nouveau parti de Mbeki fondé par ses partisans après le putsch parlementaire qui l’a destitué. La RSA est formellement une démocratie parlementaire, mais elle est soumise à un parti, l’ANC, ultramajoritaire, qui a fait main basse sur les structures politiques et économiques du pays, et a fait émerger une bourgeoisie noire (tout aussi rapace que la bourgeoisie blanche anglophone) sur laquelle il s’appuie.
Pour les cinq années à venir les vrais enjeux, non politiciens, sont nombreux : la crise économique et la montée du chômage; une immigration massive (qui a provoqué de graves émeutes xénophobes à Johannesburg en mai 2008, avec de nombreux morts) ; un taux de SIDA hallucinant (12% de la population sud-africaine, soit 6 millions de personnes, est séropositive) ; la « déqualification » professionnelle (qui se ressent chaque jour d’avantage), liée à la politique de « discrimination positive » de l’ANC en faveur des Noirs ; le problème non réglé de la redistribution des terres des fermiers blancs à des Noirs (mille cinq cents fermiers blancs ont été assassinés depuis quinze ans, un bon moyen de pression…) ; la violence endémique (Johannesburg est considérée comme la ville la plus dangereuse du monde) ; l’urbanisation chaotique des Noirs (qui menace même les Coloureds…) qui était pourtant maîtrisée à l’époque de l’apartheid ; le vieillissement et la dégradation des structures industrielles (en grande partie mises en place à l’époque du Dr Verwoerd), faute de politique cohérente d’investissement, ce qui hypothèque l’avenir économique du pays ; la corruption de plus en plus profonde ; sans oublier l’organisation de la Coupe du Monde de football en 2010 (la première sur le continent africain) pour laquelle le pays est encore loin d’être prêt…
C’est quand même moins pire que dans l’ex Rhodésie ?
Les situations sont très différentes, compte tenu des enjeux à la fois économiques (la RSA est la première puissance du continent africain, alors que le Zimbabwe a toujours été un pays marginal dans ce domaine) et surtout démographique, puisque les Non-Noirs (Blancs 10%, Coloureds 9%, Indiens 3%) représentent 22% de la population sud-africaine, ce qui est sans équivalent en Afrique noire (la Rhodésie, à l’époque de Ian Smith, a compté un maximum de 5% de Non-Noirs). La RSA compte 48 millions d’habitants (dont 5 millions d’immigrés noirs plus ou moins illégaux, essentiellement zimbabwéens et mozambicains, qui ont fui la misère et la répression politique de leurs pays respectifs). On estime que depuis 1994, 1 million de Blancs ont quitté la RSA, essentiellement des cadres, fuyant l’augmentation continue de la violence et la politique de discrimination positive mise en place par l’Etat-ANC, contribuant à la baisse de leur proportion dans la population totale.
Cependant, l’aggravation de la situation économique (amplifiée par la crise mondiale actuelle) et la personnalité même du futur Président Zuma (grand ami du Président zimbabwéen R. Mugabe, qui a ruiné son propre pays) rendent pessimistes et déprimés de nombreux économistes et politistes locaux, car Zuma sera sans doute tenté de mener une politique de « bouc émissaire » envers les Non-Noirs , aggravant encore plus la situation politique. Cette « politique du pire » serait d’ailleurs une assez bonne chose pour les nationalistes afrikaners…
Il existe donc encore une résistance politique afrikaner…
Le paysage politique afrikaner (la communauté afrikaner représente environ 60% de la population blanche) est très éclaté et sa volonté de combat, sur le plan politique, s’est très émoussée depuis 1994 du fait du « choc de la défaite », mais aussi du contrecoup des transformations sociologiques entre les années 60 à 90. D’autant que sur le million de Blancs qui ont émigré, se trouvent de nombreux Afrikaners, des cadres. Les partis « identitaires », jouant le jeu parlementaire, sont marginalisés, et la majorité des Blancs s’apprêtent à voter (tout comme les Coloureds, d’ailleurs) pour la Democratic Alliance, l’équivalent local de notre UMP, de l’Afrikaner libérale Helen Zille, également maire de la ville du Cap. Les aspirations nationalistes afrikaners authentiques sont représentées par le vieux Herstigte Nasionale Party, né en 1969 du refus des vrais nationalistes de cautionner la politique réformiste de BJ Vorster. C’est un parti fidèle à l’héritage idéologique du Dr Verwoerd et qui refuse de jouer le jeu parlementaire, une farce à ses yeux. Lors de son 40è Congrès, début mars 2009, le HNP vient de se doter d’un nouveau Leier (guide), le Dr Japie Theart.
Sur un plan politique, les Afrikaners sont dans une phase de dépolitisation, de « gros dos », laissant passer la tempête, en attendant des jours plus favorables, comme ce fut le cas durant le XIXè siècle, lorsque leurs ancêtres boers subissaient le joug colonial britannique. Par contre, de nouveau, leur combat identitaire est beaucoup plus marqué dans le domaine culturel…
Justement, une chanson consacrée au général De La Rey a connu, ces dernières années, un grand succès parmi les Blancs d’Afrique du Sud. A défaut d’une résistance politique conséquente, existerait-il une résistance culturelle que pourrait incarner la communauté d’Orania ?
Cette chanson du jeune chanteur « folk » afrikaner Bok van Blerk a effectivement connu, à sa sortie en 2006, un immense succès auprès de larges couches du public afrikaner, au point que lors d’un concert au stade de rugby de Pretoria (le Loftus Versfeld), plus de 30.000 personnes ont repris en chœur le refrain (comme une sorte de nouvel hymne national afrikaner), qui appelle au retour d’un Général qui commanderait de nouveau les Boers… Cette chanson est symptomatique de la redistribution des cartes en cours. La reconstruction de l’identité afrikaner, diluée et violemment remise en cause depuis 1994 par le revanchisme de l’ANC mondialiste (villes, monuments, rues… débaptisés ; symboles afrikaners effacés ; statues déboulonnées ; utilisation systématique de l’anglais pour faire reculer l’afrikaans…) se met en place peu à peu par un revival culturel, en grande partie déconnecté de la politique. Universitaires (dont le fameux Pr HB Giliomee, pourtant libéral), chanteurs, écrivains (y compris ceux qui comme A Brink, B Breytenbach ou le Prix Nobel de littérature JM Coetzee, avait toujours lutté contre l’apartheid) se mobilisent aujourd’hui pour la défense de l’afrikaans, cette langue originale que les Afrikaners partagent avec les Coloureds. Quant à Orania, c’est un petit village, une enclave blanche de 600 habitants, dirigée par le Pr Carel Boshoff (gendre du Dr Verwoerd, et initiateur du projet de Volkstaat, une sorte de « Blantoustan » afrikaner), sa réussite est incontestable (« développement durable » fondé sur une agriculture uniquement bio en partie exportée, économie « propre » basée sur le tertiaire informatique, chômage inexistant, vie culturelle intense, création d’une monnaie locale, l’ora, pour marquer symboliquement l’indépendance de la communauté…), mais cela reste un laboratoire, une expérience, compte tenu du faible nombre de personnes concernées. Par contre, en cas de « clash », alimenté par la crise économique et/ou une nouvelle explosion de SIDA, Orania pourrait être un refuge pour de nombreux Afrikaners ou servir de modèle à l’établissement de nouvelles enclaves sécurisées et totalement autosuffisantes…
Vous venez de consacrer un livre au Premier ministre HF Verwoerd. Estimez-vous que ses idées politiques sont encore actuelles ?
Les idées politiques – ethnodifférencialistes et non suprémacistes - du Dr Verwoerd étaient, dans le contexte idéologique de l’époque (entre 1958 et 1966, période d’indépendance de la majorité des pays africains), des idées neuves, rompant à la fois avec le colonialisme européen et le libéralisme mondialiste négateur des identités. L’idée d’une Afrique des peuples (chaque peuple maître sur son territoire propre, se développant à son rythme, au sein d’une sorte de CEI –Verwoerd parlait d’un Commonwealth austral-africain- pour le bien de tous) est une idée révolutionnaire, rompant avec le cadre colonial dans lequel les États-Nations d’Afrique noire sont parfaitement artificiels et illégitimes, découpés en dépit de tout réalité ethno-culturelle et historique, regroupant des ethnies hostiles ou en écartelant d’autres, au seul profit des puissances coloniales. Avec comme conséquences l’instabilité politique chronique, les massacres interethniques, l’accaparement du pouvoir politique et économique par des minorités s’appuyant uniquement sur leurs propres ethnies ou tribus, pratiquant la corruption et le népotisme à grande échelle. Concernant la RSA elle-même, l’idée de faire éclater le pays en entités politiques à base ethnique était un facteur de « développement durable », harmonieux, seule alternative (dans une société plurielle et multiraciale) à l’intégration mondialiste voulue et réalisée par le grand patronat blanc (en partie juif) local, ennemi historique de la politique de développement séparé. Verwoerd qui pensait (à juste titre, d’ailleurs) que la ségrégation raciale (celle pratiquée avant 1948, puis après lui) était une solution bâtarde, et que seule la séparation raciale complète pouvait donner une chance à tous les peuples composant la RSA de pouvoir se développer à leur propre rythme, sans qu’un groupe ne domine les autres. Il n’a d’ailleurs pas été assassiné par un marxiste fanatique, mais par un déséquilibré métis manipulé par les services secrets alliés au Grand Capital local, qui refusait le « socialisme ethnique » afrikaner et la politique volontariste (coûteuse et anti-économique à leurs yeux) d’économie dirigée du premier Ministre, une économie dirigée et semi-planifiée remise à sa place, aux ordres du Politique.
On a souvent parlé d’une alliance entre la RSA et Israël or, en lisant votre livre, j’ai pu constater que Verwoerd était très hostile au sionisme.
Le Dr Verwoerd était en effet très réservé vis à vis du sionisme, et surtout vis à vis du lobby israélien, qu’il accusait de servir des intérêts étrangers à l’Afrique du Sud, et potentiellement dangereux pour elle. Avant 1954 (y compris à l’époque du Dr Malan, fondateur de l’apartheid, de 1948 à 1954), les gouvernements Smuts, puis Malan, ont affiché une judéophilie (Smuts était un ami proche du Dr Haïm Weizmann, 1er Président d’Israël) puis une israélophilie (l’Afrique du Sud, membre fondateur de l’ONU, vote le plan de partage de la Palestine en 1947 ; Malan se rend à Tel Aviv en mai 1953 où il affirme des valeurs communes de « peuples pionniers » face à des « océans » ennemis) sans faille. Mais JG Strijdom (de 1954 à 1958), puis surtout le Dr Verwoerd (de 1958 à 1966), tous deux antisémites « politiques » (mais non nazis) relâchent ces liens.
Israël condamne par deux fois (en 1961 et en 1962) à l’ONU la politique de développement séparé, puis vote l’embargo de 1963. Verwoerd souligne publiquement le fait que les juifs sud-africains soutiennent massivement les partis de gauche, hostiles au développement séparé, menace Israël de représailles et stoppe les relations économiques. La RSA du Dr Verwoerd n’entretient pas de bonnes relations avec l’entité sioniste.
C’est en 1968, après la mort de Verwoerd, que les relations reprennent, avec son successeur, le réformateur BJ Vorster (pourtant, lui, ex-nazi !), lié au Complexe militaro-industriel et favorable au big business sud-africain. Des relations qui évoluent rapidement (Vorster se rend en « pèlerinage » à Yad Vashem en 1976) et les deux pays collaborent à la mise en place d’armes nucléaires, L’hostilité politique du Dr Verwoerd peut se comparer à celle du Général De Gaulle (« un peuple d’élite, sûr de lui et dominateur »…) : relations tendues d’État à État et hostilité intérieure au lobby, alors qu’avant et après lui, ce dernier était puis fut tout puissant. L’hostilité du Dr Verwoerd au lobby constitue d’ailleurs une des causes de son assassinat en septembre 1966…
12:58 Publié dans Géopolitique, Minorités ethniques ou religieuses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : afrique du sud, afrikaaners, boers, pierre-olivier sabalot, anc, apartheid


