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JANISSAIRE

  • Bosnie : deux djihadistes wahhabites tués dans les combats en Syrie

    Le Courrier des Balkans
    De notre correspondant à Sarajevo
     
    Sur la Toile :
    Mise en ligne : jeudi 23 mai 2013
     
    Deux djihadistes bosniens ont été tués en Syrie au cours des derniers jours. Ces wahhabites faisaient partie du front Al Nosra, une « organisation terroriste proche d’Al-Qaïda » selon les États-Unis. 52 Bosniens seraient partis combattre le régime de Bachar Al-Assad aux côtés des islamistes.

    Par Rodolfo Toè

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    Combattants du front Al-Nosra

     

    (Avec B92) - 52 islamistes bosniens auraient quitté la Bosnie pour rejoindre la rébellion contre le régime de Bachar Al-Assad en Syrie. La plupart d’entre eux ont intégré les djihadistes du front Al-Nosra, considéré par les États-Unis comme une « organisation terroriste liée à Al-Qaïda ».

    Selon la télévision publique de la Fédération, ces volontaires bosniens rejoignent la ville turque d’Antakya, d’où ils sont transportés à la frontière syrienne. Ils entrent en Syrie illégalement, par la frontière de Bab el-Hawa. Arrivés à Sarmada, ils y reçoivent « un entrainement religieux » par les membres de l’Armée de Libération Syrienne – une organisation armée qui combat contre les forces gouvernementales syriennes.

    Le nom de la victime n’a pas encore été rendu public. Selon les informations de SRNA, l’agence de presse de Republika Srpska, un autre citoyen bosnien, Muaz Šabić, originaire de Zenica a été tué ces derniers jours.

    Šabić et les autres combattants djihadistes auraient quitté la Bosnie-Herzégovine pour combattre en Syrie « avec le soutien financier du chef de la communauté wahhabite de Gornja Maoča, Nusret Imamović ». Chaque combattant aurait reçu 3.000 KM (1.500 euros) pour financer son voyage.

  • Les femmes moscovites ont un faible pour les Turcs

    http://fr.rian.ru/analysis/20070119/59347349.html

    10:28 19/01/2007

    Par Andreï Kolesnikov, RIA Novosti

    Les habitantes progressistes de Moscou démentent le mythe très répandu de la croissance en Russie du nationalisme et du chauvinisme propre aux superpuissances, ainsi que l'image d'un peuple russe xénophobe en général et qui déteste les gens à peau très foncée en particulier.

    Alors que les services des migrations, tirant la langue de zèle, débarrassent les marchés moscovites des vendeurs et des produits provenant de "l'étranger proche" (pays de l'ex-URSS), les habitantes de la capitale sont nombreuses à épouser des citoyens de la République de Turquie.

    Selon les statistiques officielles de la direction des bureaux de l'état civil de Moscou, les hommes turcs ont occupé l'année dernière la première place pour le nombre de mariages conclus avec des femmes moscovites, ayant dépassé les Allemands (argent), les Américains (bronze) et les Britanniques (quatrième place).

    Par quoi les Turcs attirent-ils les habitantes d'une des mégalopoles les plus riches et les plus animées du monde? Le citoyen du monde Orhan Pamuk, originaire d'Istanbul et prix Nobel de littérature, représente bien entendu un modèle d'intellectuel véritablement européen. Mais il est peu probable que les jeunes femmes russes faisant la queue au bureau de l'état civil bras dessus, bras dessous avec leurs amis fougueux venus du Sud pensent à ce moment précis, disons, à la gloire universelle de l'auteur du "Livre noir", de "Neige" et d'"Istanbul". Elles songent plutôt, semble-t-il, aux plages de Belek ou aux jardins d'orangers de Kemer, ou bien évoquent le fait que la Turquie se tient depuis des années au seuil de l'Union européenne.

    Cependant, malgré le développement dynamique du secteur touristique, l'économie turque est loin de traverser une période faste. En dépit de la laïcité de l'Etat, établie depuis longtemps, les politiques islamistes renforcent leurs positions là aussi, sans parler déjà de la persécution des hétérodoxes (dont le même Orhan Pamuk) et de l'absence de règlement du problème kurde.

    Les comptes bancaires et la solvabilité des hommes turcs ne sont pas d'habitude meilleurs que les qualités analogues des Américains, Allemands et Britanniques, et ne sont pas comparables au potentiel des habitants de Moscou et de ses environs, qui s'enrichissent avec une rapidité extraordinaire.

    Quelle est donc la raison de ce choix? Résiderait-elle, cela me fait froid dans le dos rien que d'y penser, dans les qualités proprement viriles des Turcs? Mais ethniquement, ils se distinguent très peu de leurs voisins azerbaïdjanais, alors qu'il y a peu de femmes désirant épouser des représentants de ce peuple frère qui se voient chasser des marchés moscovites.

    Il n'y a qu'une seule conclusion qui s'impose: dans la conscience des femmes russes, la Turquie se présente comme un pays de villégiature assez proche de la Russie où le niveau et la qualité de vie sont proches du niveau normal (à la différence des pays de la CEI [Communauté des Etats indépendants]).

    Il se peut que les Russes épousant des Turcs se nourrissent d'illusions. Certes, elles ne sont pas menacées de se retrouver dans un harem, mais il est clair que tout le monde ne vivra pas comme un coq en pâte. D'ailleurs, celles qui savent bien que les conditions pour les entreprises (et en particulier pour les petits producteurs) y sont beaucoup plus favorables qu'en Russie prennent sans doute consciemment le risque, en espérant réaliser de grandes choses. Ce qui est flatteur pour la Turquie et non pas pour la Russie.

    Il y en a sans doute d'autres, qui espèrent que leurs maris les soutiendront en toute situation et sauront leur assurer une vie plus ou moins rapprochée des normes européennes, et dans le même temps plus calme que celle qu'elles mènent en Russie. Ce qui ne plaide pas non plus en faveur de notre Etat et de sa ville la plus riche. Il s'avère donc qu'un pays méridional, découvert essentiellement lors des vacances d'été, apparaît aux femmes russes plus amical et hospitalier que Moscou, ville de contrastes.

    Il est difficile de tirer des conclusions universelles de cette tendance "nuptiale" de 2006. Il ne convient pas de toute façon de conclure que la Russie doit s'aligner sur la Turquie dans son développement pour pouvoir attirer des gens souhaitant fonder une famille, avoir des enfants et gagner de l'argent. Mais un symptôme se laisse constater. Les femmes russes aspirent à une vie plus calme, plus prévisible, normale en somme, fût-ce dans un environnement plutôt étranger.

    Il est à noter qu'en épousant un étranger, ces femmes abandonnent sans hésitation leurs complexes de supériorité ou, au contraire, d'infériorité par rapport aux représentants d'autres ethnies, qui sont dans la plupart des cas adeptes d'une autre religion que la leur. Ce qui signifie une seule chose: l'aspiration à une vie normale est plus forte que le sentiment d'appartenance à une superpuissance ou que d'autres chimères nationales.

    Et si finalement la vie normale était cette idée nationale que tout le monde est en train de rechercher en Russie depuis belle lurette et qu'on ne parvient toujours pas à trouver?

    Le point de vue de l'auteur ne correspond pas forcément à celui de la rédaction.

  • Islamisme et crime organisé en Bosnie : ces wahhabites qui partent « libérer la Syrie »

    Dani

    Traduit par Rodolfo Toè

    Sur la Toile :

    Publié dans la presse : 25 avril 2013
    Mise en ligne : lundi 6 mai 2013

    Les services de renseignements étrangers l’annonçaient depuis quelque temps : des moudjahidins de Bosnie partent en Syrie combattre le régime de Bachar Al-Assad aux côtés des mouvements fondamentalistes. Dani a retrouvé l’un deux, déjà condamné pour terrorisme par la justice bosnienne. Plongée dans un milieu fondamentaliste étrangement proche du crime organisé balkanique.


    Par Majda Tatarević
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    Bajro Ikanović lors de son procès pour terrorisme


    Bajro Ikanović, un wahhabite de Hadžići, s’est rendu en Syrie en 2012 pour combattre en tant que volontaire. Avec son histoire, on en apprend un peu plus sur les cercles wahhabites, des informations contenues dans les rapports bien documentés des services de renseignement étrangers. Juste avant de partir « en djihad » en Syrie, il s’était d’ailleurs vanté de posséder de bonnes connexions avec les moudjahidins d’Afghanistan, de Tchétchénie et d’Irak, qui pouvaient « l’aider ».


    Traité comme une « victime » du régime de Bachar Al-Assad
    Comme l’impose la règle wahhabite, Bajro Ikanović a dû rassembler de l’argent pour faire vivre sa famille avant de partir : il a donc demandé à ses « frères » de l’aider, discrètement. Surtout qu’il avait aussi besoin de fonds pour financer son voyage. Selon nos informations, le chef de la communauté lui-même, Nusret Imamović, s’est montré particulièrement généreux.
    Selon nos sources, quelques jours à peine après son arrivée en Syrie, Bajro Ikanović a été blessé. Il avait rejoint un groupe local spécialiste des razzias, des hommes pillant ordinateurs, portables, imprimantes, lecteurs DVD et autre matériel. Problème : un autre groupe a voulu prendre leur place. Les rivaux se sont affrontés à l’arme automatique, et Bajro Ikanović a été touché alors qu’il tentait de protéger le butin.
    Gravement atteint, il risquait d’être amputé. Ses « frères » syriens lui ont alors conseillé de rentrer chez lui. Seulement en Bosnie-Herzégovine, il ne dispose pas d’une assurance santé qui lui permette de payer des soins aussi chers. Il a donc préféré se faire accueillir dans un hôpital réservé aux victimes du régime de Bachar Al-Assad, géré par des ONG et financé par les aides internationales.


    Un trafiquant de drogue converti au wahhabisme


    L’aventure de Bajro Ikanović pourrait n’être que l’histoire d’un type cherchant à profiter de la tragédie de la guerre, mais elle ne contribue sûrement pas à redorer le blason des Bosniens, parfois accusés de n’être que des moudjahidins, des terroristes islamiques, des membres d’Al-Qaeda... Surtout que notre homme a un lourd passif.
    Selon la police bosnienne, Bajro Ikanović gagnait sa vie grâce au trafic de drogue avant de se convertir à l’Islam. La première fois que son nom est apparu dans les médias, c’était fin 2005, il avait été arrêté avec d’autres wahhabites lors d’une opération policière. Ils étaient accusés de préparer un attentat dans un pays européen. La police avait retrouvé dans l’appartement de ses complices 20 kg d’explosifs, des détonateurs et des armes. Condamné à huit ans de prison, Bajro Ikanović avait finalement écopé d’une peine de 4 ans et demi en appel.
    En juin 2009, il bénéficie d’une libération conditionnelle, après avoir effectué les deux-tiers de sa peine à la prison de Zenica. Le fait que des remises de peine puissent être appliquées même pour des cas de terrorisme est, bien évidemment, un des problèmes principaux de la législation bosnienne.
    Cela est particulièrement vrai dans le cas d’Ikanović : tout de suite après sa sortie de prison, il fait la connaissance de Imad Al Husin, plus connu sous le nom d’Abu Hamza, l’un des chefs moudjahidins de Bosnie. Abu Hamza a lui aussi été arrêté en 2008 pour terrorisme et transféré dans le centre de rétention de Lukavica. Sa procédure d’extradition en Syrie a été bloquée par la Cour européenne des Droits de l’Homme en février 2012.


    Des liens privilégiés avec la pègre bosniaque


    Fin 2010, Bajro Ikanović, forme chez lui une école pour wahhabites. À ce moment-là, il fait appel ses « frères » pour agrandir sa maison. Mais ses voisins, effrayés par l’agressivité de ses « élèves », avertissent la police, qui l’oblige à déménager. Il dit vouloir s’établir à Gornja Maoča, l’enclave wahhabite de Bosnie, où il pourra s’éloigner de tous ces « Kafirs » (infidèles) et « Vlaščine » (mot péjoratif pour désigner les Serbes). En réalité, il reste à Hadžići.
    Finalement, il ouvre un centre de désintoxication pour alcooliques et toxicomanes dans une ferme du village. Il y accueille surtout des membres de la communauté wahhabite. Mais ce centre n’est qu’une couverture. Son vrai travail, c’est celui de « percepteur » pour le compte de Dragan Stajić Sijalić, le premier nom sur la liste du crime organisé en Bosnie-Herzégovine selon le ministère de l’Intérieur.


    Avec Ekrem Lekić, Dragan Stajić Sijalić est l’un des principaux trafiquants d’armes et de drogues entre la Bosnie et la Serbie. En sus, Ikanović travaillait aussi pour Naser Orić, ancien chef bosniaque de Srebrenica, et pour Naser Kelmendi, l’un des plus importants narcotrafiquants des Balkans. Quand Kelmendi a été obligé de s’enfuir en septembre 2012, Bajro a demandé à Naser Orić de le protéger, sans succès. L’ancien chef militaire de Srebrenica a refusé de l’aider, et Ikanović a choisi d’aller se battre en Syrie.
  • Islam en Croatie : « la plus belle mosquée d’Europe » a ouvert à Rijeka

    Index.hr

     

    Traduit par Lejla Sadović

    Sur la Toile :

    Mise en ligne : mardi 7 mai 2013

     


    Plus de 20.000 personnes ont assisté samedi à l’inauguration de la mosquée de Rijeka, la troisième de Croatie et « la plus belle d’Europe ». Elle accueillera les 10 à 12.000 fidèles musulmans des environs de Rijeka. De nombreuses personnalités politiques et religieuses étaient présentes.

    Plus de 20.000 personnes se sont rassemblées samedi 4 mai à Rijeka pour l’inauguration de la troisième mosquée de Croatie après celles de Zagreb et de Gunj.

    De nombreuses personnalités politiques et religieuses étaient présentes, dont le Président Ivo Josipović, le membre bosniaque de la Présidence de Bosnie-Herzégovine Bakir Izetbegović, le reis-ul-ulema de Bosnie Husein Kavazović, le mufti de Croatie, Aziz Hasanović ainsi que Monseigneur Enzo Rodinis, secrétaire général de la conférence des évêques de Croatie.
    Le principal donateur, l’émir du Qatar, le Cheikh Hamad Bin Khalifa Al-Thani était représenté par le ministre des Biens religieux et des Affaires islamiques de la monarchie du Golfe. Des représentants de l’UE et de la Turquie assistaient aussi à la cérémonie

    La mosquée de Rijeka est déjà considérée comme étant « la plus belle d’Europe » pour son architecture novatrice. Conçu par le sculpteur Dušan Džamonja (1928-2009) et les artchitectes Darko Vlahović et Branko Vučinović.

    Avec son minaret haut de 23 mètres et le centre islamique construit en son sein, la Mosquée pourra désormais accueillir les fidèles de Rijeka et de sa région dans ses 5.300 m2. La première pierre avait été posée le 3 octobre 2009.

    Son ouverture a une forte signification en Croatie : il s’agit de la première mosquée construite sur la côte adriatique depuis le retrait de l’Empire ottoman de ces terres. Rijeka compte quelques 10.000 musulmans émigrés de l’ancienne Yougoslavie.

    « C’est un jour historique pour Rijeka et toute la Croatie, un pays démocratique, multiculturel et multiethnique. Voilà un exemple à suivre pour le traitement des questions liées à l’Islam, mais c’est aussi un exemple pour les pays musulmans vis-à-vis des Chrétiens », a précisé Husein Kavazović, le mufti de Croatie.

  • Turquie. S. Ilhan, « Il est dur d’être turc ». Analyse d’un ouvrage souverainiste eurasiste

    Par Tancrède JOSSERAN*, le 21 mars 2012

    Spécialiste de la Turquie, auteur de « La Nouvelle puissance turque… l’adieu à Moustapha Kemal », Paris, éd. Ellipses, 2010. Il dirige l’Observatoire du monde turc et des relations euro-turques pour la Lettre Sentinel Analyses et Solutions

    Membre de l’OTAN et candidate à l’UE, la Turquie compte un courant souverainiste pour qui la marche vers l’Europe est perçue comme une colonisation qui ne dit pas son nom. Tancrède Josseran présente un classique important pour connaître ce courant turc. Il s’agit de l’ouvrage de Suat Ilhan, Türk olmak zordur, (Il est dur d’être turc ), éd. Alfa, Istanbul.

    Depuis la fin des années 1980, un courant souverainiste (ulusalci) a émergé en Turquie. Toute l’originalité de ce mouvement réside dans son dépassement apparent du clivage droite-gauche. Il est le fruit d’une convergence de plusieurs traditions politiques différentes. Ainsi, une partie de la gauche kémaliste s’est rapprochée, par l’entremise des cercles militaires, de la droite radicale. Les tenants de cette synthèse conjuguent le rejet de l’impérialisme occidental avec celui de l’affirmation d’une identité nationale et étatique forte. Hostile au processus d’adhésion à l’Union européenne, favorable à la constitution d’un axe continental eurasiste avec Moscou, rejetant la mondialisation libérale, ce courant fait également appel aux grands canons du kémalisme traditionnel : refus des alliances militaires inégales, insistance sur l’idée d’une voie particulière au monde turc.

    Suat Ilhan est aujourd’hui l’un des représentants les plus connus de cette mouvance souverainiste. Dans ce livre en forme de manifeste, S. Ilhan brosse un panorama de l’histoire des Turcs et des grands défis auxquels ils sont confrontés.

    SUAT ILHAN (1925-), ancien officier supérieur de l’armée turque, breveté de l’Académie militaire et de l’École d’artillerie (l’arme d’élite en Turquie) est un des maîtres de la pensée géopolitique turque contemporaine. Entre 1995 et 2006, il dirige au sein de l’Académie de Sécurité nationale (Milli Güvenlik Akademisi), la chaire de géostratégie. Comme une partie de l’armée sceptique quant au processus d’adhésion, S. Ilhan souligne non sans justesse que les orientations initiales de la politique turque ont été dévoyées, que l’appartenance à l’OTAN, la candidature à l’Union européenne sont autant de pertes de souveraineté et de reniement du kémalisme originel. Bien que rejetant l’islam politique, S. Ilhan établit au nom de la continuité nationale un lien entre les racines antéislamiques des Turcs, l’Empire Ottoman et la République. Toute l’histoire turque est comprise comme celle d’une « culture nationale » dont les traditions ont perduré à travers les âges pour trouver leur accomplissement ultime dans l’Etat kémaliste. Pour S. Ilhan, la Turquie doit devenir un acteur géopolitique à part entière en jouant de sa place centrale dans l’ensemble culturel turcique et non plus être l’objet des manipulations des puissances périphériques. L’idée d’un espace géographique d’envergure continentale amène S. Ilhan à souligner l’inévitable communauté de destin entre la République turque et ses épigones d’Asie Centrale.

    Le peuple de la steppe

    Au début de l’ère chrétienne, les ancêtres des Turcs, descendent progressivement des forêts sibériennes et atteignent les steppes d’Asie centrale. Ils chassent ou incorporent les populations indo-européennes préexistantes. Cette fusion est à l’origine des caractères spécifiques de la « race » turque. Avec le passage de la taïga à la steppe, les Turcs passent de la civilisation du chasseur-cueilleur à celle du cheval. Ils se meuvent sans difficulté dans les vastes étendues de l’Altaï et harcèlent sans discontinuer la Chine. Le centre de gravité de cet empire est délimité au nord par le lac Baïkal, au sud par le désert de Gobi. Au milieu coule une rivière, l’Orkhon, véritable îlot de verdure perdu dans l’immensité désolée. En ces lieux ont été retrouvées des inscriptions à la fin du XIXe siècle. Elles proclament à la face des siècles la grandeur du peuple turc et mettent en garde contre les dangers de l’acculturation qui guette la horde nomade. Textes fondateurs du nationalisme moderne turc, elles sont le fil conducteur du livre d’Ilhan. Ainsi, bien des vagues de cavaliers après avoir conquis la Chine se sont retrouvées subjuguées par leur conquête et au final absorbées. En ce sens, le titre du livre prend toute sa signification. « Il est dur d’être turc », est un avertissement [1]. Ce qui menace le peuple turc n’est pas tant l’asservissement, la défaite militaire mais l’oubli de ses racines, la perte de sa plus longue mémoire.

    Cavaliers réputés, les Turcs inventent la selle et l’étrier et font de redoutables archers. La distance et l’éloignement dans l’espace en Asie Centrale empêchent la création de forte entité étatique. Aussi la condition première à la survie d’un groupe organisé réside dans l’utilisation du cheval. Dans l’histoire turque la domestication du cheval est capitale [2]. Elle est la deuxième qualité la plus importante après la fonction guerrière. Suat Ilhan, résume : « Notre culture, depuis les premiers millénaires, découle de la géographie de l’Asie centrale et a pris la forme d’une culture du cavalier de la steppe » [3]. Cette caractéristique fait que tout en préservant une culture originale, les Turcs ont été capables d’emprunts à d’autres cultures. « À la fin des guerres nous avons empêché les autres cultures de fusionner dans la notre, mais nous avons pris dans les autres cultures ce que nous estimions le plus conforme à nos traditions » [4]. Dans une certaine mesure, S. Ilhan pense retrouver dans l’histoire pré-islamique des Turcs tout ce qu’est censée apporter deux mille ans plus tard la révolution kémaliste : la notion d’égalité entre les sexes, l’idée d’une société organique refusant l’antagonisme des classes, les qualités guerrières inhérentes à la « race » turque. S. Ilhan remarque « en raison des menaces qui ont pesé dans l’histoire turque, le soldat est un élément essentiel, ses qualités sont primordiales » [5].Il retrouve également certaines permanences géopolitiques. La particularité d’un État enclavé en Asie Centrale est de faire face à des attaques venant de tous les côtés. Dans les tables de l’Orkhon, on peut lire : « La nation turque est menacée des quatre coins cardinaux par ses ennemis ». De « telles caractéristiques se retrouvent également dans la Turquie moderne » selon S. Ilhan [6].

    Suat Ilhan est un membre actif de la Haute Fondation Atatürk pour la culture, et la langue et l’Histoire (Atatürk Kültür, Dil ve Tarih Yüksek Kurumu - AKDTYK) qui centralise la vie culturelle depuis 1982. Elle est à l’origine de la synthèse turco-islamique, véritable idéologie d’État mise en place par l’armée après l’intervention militaire de septembre 1980. D’après la fondation, l’État a pour devoir de sauvegarder l’identité nationale, les deux piliers en sont la culture des steppes et les valeurs de l’Islam. Dans un contexte de fortes tensions internationales et sociales, où terrorismes de droite et de gauche se répondent mutuellement, l’armée voit en l’Islam la force susceptible de stabiliser la société et d’unifier la nation autour d’un socle commun [7]. La synthèse turco-islamique opère une fusion entre le passé antéislamique des Turcs et la foi de Mahomet. L’Islam a transcendé la culture turque, qui, sans lui, aurait périclité ; mais la turcité a sauvé et propagé l’Islam à travers le monde. Sans les Turcs, l’Islam aurait succombé sous les coups des croisés au XIe siècle [8] . C’est ici que transparaît dans les écrits d’Ilhan, l’idée d’une destinée manifeste. De tout temps les Turcs auraient été prédestinés à l’Islam. Le passage au monothéisme aurait été rendu possible par une forme d’hénothéisme, la croyance en un Dieu supérieur à tous les autres : « L’histoire de notre croyance est celle d’une prédilection spéciale. Avant l’arrivée de la croyance en un Dieu unique découlant des religions universelles, le chamanisme et son système de croyance psychique donnaient la direction, les coutumes turques étaient destinées à aboutir à une croyance unique. Dans les croyances turques préexistait l’idée d’un Dieu unique ou d’une seule personne divine » [9]. En d’autres termes, il existait une approche nationale de la religion chez les Turcs qui a perduré dans l’Islam, malgré son essence résolument universaliste. S. Ilhan poursuit jusqu’à sa conclusion logique son raisonnement : « Lorsqu’a été décidé le passage à la religion universelle, à l’Islam, l’ultime révélation, l’adoption s’est faite en moins de cent ans… Les Turcs ont reçu la charge de représenter et d’étendre l’Islam, d’en assurer la défense. Pendant neuf siècles, ils ont rendu service à l’Islam » [10].

    La révolution kémaliste

    De même que la République française n’a jamais caché sa filiation avec la tradition étatiste et centralisatrice de la monarchie, la république turque assume avec l’Empire ottoman une certaine continuité. La révolution kémaliste s’inscrit pour S. Ilhan dans un effort de contemporanisation (cagdas) du savoir et des connaissances. Il la situe dans la trajectoire des révolutions française, anglaise et américaine qui embrassent l’Occident du XVIIe au XVIIIe siècle [11] . « Avec la culture occidentale, écrit S. Ilhan, l’objectif est de parvenir étape après étape par s’approprier les acquis de la modernité, à adopter les changements contemporains en les mêlant à la culture turque » [12] . La Turquie est un pays à cheval sur deux mondes. Il est dès lors normal que les Turcs, peuple de nomades s’emparent de ce qui peut leur sembler utile dans la culture occidentale. Toutefois, il s’agit d’une culture laïque. L’incorporation d’éléments de la civilisation occidentale ne contredit pas l’essence nationale du projet kémaliste. Comme le note S. Ilhan, les « deux cultures religieuses ne se rencontrent pas et la culture turque n’est pas dénaturée » [13] . La grande erreur commise en Europe est de considérer Mustapha Kemal comme un occidentaliste ou un européiste avant l’heure. Toute son œuvre politique témoigne du contraire. C’est en luttant contre l’impérialisme occidental à l’occasion de la guerre d’indépendance en 1920 qu’il pose les fondements de l’État républicain. À aucun moment de son existence Kemal n’a utilisé le terme d’occidentalisation, mais a toujours insisté sur la contemporanisation. « Sans guerre d’indépendance, note S. Ilhan, il n’aurait pas pu y avoir d’État indépendant et de modernisation de la société » [14] . Dans cette rhétorique anti-occidentale, S. Ilhan va même plus loin, et n’hésite pas à faire de la guerre d’indépendance, la première victoire du monde musulman au XXe siècle : « L’aboutissement victorieux de la guerre de libération nationale, a de surcroît bénéficié aux pays musulmans et à l’Islam… Elle est le point tournant de la lutte entre Occident et Orient, Islam et christianisme » [15].

    Un Islam gallican ?

    Dès lors, comment S. Ilhan parvient-il à intégrer l’acquis majeur de la révolution kémaliste, c’est-à-dire la laïcité ? L’auteur reconnaît que c’est une question ardue. Depuis des siècles, la culture turque s’est formée au contact de l’Islam. « Les bases de la pensée s’appuient sur l’Islam ; les croyances, l’Histoire, les coutumes, les mœurs, le droit, le folklore, la morale, la science… L’Islam est le principal élément qui colore la culture » [16]. Par conséquent, pour S. Ilhan, il était impensable que le nouvel État se coupe du jour au lendemain de l’héritage islamique. Si coupure il y a, celle-ci doit permettre de libérer le politique du religieux en plaçant la mosquée sous le contrôle étroit de la République. En réalité, on assiste à la mise en place d’une laïcité concordataire pour ne pas dire d’un “Islam gallican”… L’Islam n’est « pas l’idéologie officielle de la République, elle est le système de croyance de la majorité des citoyens turcs » [17]. Le Ministère des affaires religieuses, le Dinayet, est la pierre angulaire de ce système qui permet à la fois d’affirmer la séparation du spirituel et du temporel, tout en maintenant la présence d’un Islam scientiste et national au cœur de la société. Les confréries religieuses n’ont pas à intervenir dans la gestion du culte sous peine de provoquer l’anarchie. L’article 1 du Dinayet stipule ainsi que le ministère des affaires religieuses a pour objet le bon fonctionnement des services relatifs à la croyance islamique. « Elle gère la religion et le culte dans un sens éclairé » [18]. Le Dinayet prend en compte l’histoire turque et les exigences de la laïcité. À juste titre Suat Ilhan rappelle que cette pratique de séparation du temporel et du spirituel n’est pas neuve chez les Turcs, et qu’il existe dès les Ottomans un droit laïc indépendant de la Charia. En outre, lorsque les Turcs venant d’Asie centrale font leur entrée à Bagdad en 1058, leur chef Tughril Beg se voit décerner par le calife abbasside le titre de Sultan. Le Calife, commandeur des croyants, se dépouille de ses prérogatives politiques pour les confier au Sultan et se concentrer sur son magistère spirituel [19]. Atatürk en fait de même lorsqu’il coupe le lien de souveraineté attachant l’État au califat, avant de supprimer définitivement le titre de Calife en 1924.

    Un État pivot

    La conscience d’appartenance à une aire géographique de taille continentale amène S. Ilhan à poser la question du pantouranisme. La Turquie est à la confluence de trois continents (l’Asie, l’Europe, l’Afrique). Elle contrôle les routes Nord-Sud et Est-Ouest [20] . Le monde turc, a son apogée, va des confins de l’Indus au bord du Nil, de l’Adriatique à la muraille de Chine. Le Taj Mahal en Inde, le pont de Mostar sur la Neretva, la Mosquée Tolun au Caire sont autant de « traces » de cette grandeur passée [21] .

    À l’époque moderne, le contrôle du bassin occidental de la Mer Égée et du Golfe persique était la clef de la position de la Sublime Porte en tant que puissance globale et indépendante. L’Empire Ottoman, dans sa lutte conte monde occidental fonctionnait, à la « manière d’un rideau protecteur pour le monde musulman ». Il entravait la marche des « puissances impérialistes », vers l’Afrique, l’Asie. Avec la fin de l’Empire ottoman, c’est l’ensemble du monde musulman qui s’est retrouvé « encerclé » [22]. Aujourd’hui, selon S. Ilhan, on retrouve dans la République kémaliste, les mêmes constances qu’à l’époque ottomane : « La géographie de la Turquie explique aussi bien les périls qui la menacent que les grands atouts qu’elle détient » [23] . En raison de ces atouts et de son emplacement stratégique, la Turquie et le monde turc restent un espace convoité. Aussi, pour S. Ilhan, les difficultés auxquelles se heurte Ankara sont-elles de quatre ordres :

    . « Le choc des civilisations » : S. Ilhan rapproche la notion de choc de civilisation de celle de guerre de religions puisque la « religion est le noyau essentiel de toute culture ». En raison de son dynamisme, de la puissance de son armée, de son poids dans le monde musulman, la Turquie est « une cible » [24].

    . « Le mondialisme » : S. Ilhan pointe du doigt comme autre grand péril la mondialisation à marche forcée. Le mondialisme travaille à effacer les États-nations car il les considère comme « une forme dépassée ». Le projet mondialiste est en contradiction fondamentale avec l’œuvre de Mustapha Kemal. « Atatürk a fondé un État-nation ; la république de Turquie est un État souverain, indépendant, il a été construit de cette façon. Or, le mondialisme occidental prend pour cible Atatürk et l’État-nation. Le mondialisme s’inscrit dans un cadre néo-impérialiste avec la banque mondiale, le FMI et l’OMC » [25].

    . « L’Union européenne » : opposé à tout abandon de souveraineté, S. Ilhan est donc logiquement hostile au processus d’adhésion. Un tel processus ne peut qu’aboutir à transformer la Turquie « en un État vassal ». La marche vers l’Europe est perçue comme une colonisation qui ne dit pas son nom. Les mesures d’harmonisation sont assimilées au régime des capitulations. Comme à l’époque du déclin de l’Empire ottoman, la Turquie est obligée d’abaisser ses barrières douanières, d’accorder des droits toujours plus importants à ses minorités. Plus grave encore, l’entrée dans l’Europe de Bruxelles sonne le glas de l’identité turque. Pour S. Ilhan  : « Nous avons été en lutte 500 ans avec l’Europe, et nous voulons intégrer une telle société. La révolution turque est originale… Nous devons avoir en mémoire l’exemple des Turcs Tabgaç qui se sont fondus en Chine » [26] .

    . « Le pétrole » : la Turquie n’a pas de ressources pétrolières mais de par sa situation géographique elle fait figure de collecteur énergétique [27]. Son emplacement entre zone de production et zones de consommation attise les tensions. Les États-Unis, dans leur souci de contrôle des ressources en hydrocarbures de la planète, veulent éviter que l’Iran ou la Russie puissent contrôler les routes d’approvisionnement énergétique en provenance d’Asie Centrale (10 % des ressources en gaz et en pétrole de la planète). Le tracé du pipeline permettant le désenclavement du pétrole de Bakou via la Turquie illustre cette volonté d’éviter l’espace russe. Le Bakou-Tiflis-Ceyhan (BTC) exporte à travers la Géorgie jusqu’à la Méditerranée la production en gaz et hydrocarbure d’Azerbaïdjan. En outre, le projet Nabucco envisage d’étendre ces pompes énergétiques à l’ensemble de la Mer Caspienne en y adjoignant le Turkménistan.

    Le dilemme du monde turc est qu’il est encastré entre la Chine puissance émergeante, la Russie puissance renaissante et sujet aux appétits américains. À partir de la fin de la Guerre froide (1990), les États-Unis sont la seule puissance hégémonique. Dès lors, leur politique vise « à empêcher l’émergence d’une autre puissance globale susceptible de les concurrencer. Chose qui ne peut se passer qu’en Eurasie. Le monde turc du fait de son positionnement entre Russie, Chine, Inde, devient un enjeu » [28]. Ce projet géopolitique de grande ampleur s’accompagne également d’un volet idéologique. Les révolutions de couleurs qui ont touché les républiques d’Asie Centrale en sont la partie immergée : «  Ils apportent le morcellement en répandant la démocratie, ainsi l’Occident entre et peut prendre plus facilement contrôle de la politique, de la culture, de l’économie » [29] .

    Favorable à une réorientation eurasiste

    S. Ilhan estime qu’Ankara doit réorienter sa politique dans un sens eurasiste. Il défend une option continentale radicale. Trop longtemps, la Turquie a essuyé les contrecoups des manipulations périphériques des États-Unis. Ce ressac incessant l’a empêchée d’affirmer sa propre spécificité et l’a coupée de son environnement géopolitique naturel. S. Ilhan estime que la Turquie n’a pas à épouser les desseins des États-Unis dans leur politique de néo-containement à l’égard de la Russie et de la Chine. Au contraire, la Turquie, État pivot, doit élaborer une politique étrangère indépendante. S. Ilhan est favorable à un rapprochement pragmatique avec Moscou. Il permettrait de faire contrepoids à Washington et en même temps limiterait l’influence de Pékin dans la région [30]. S. Ilhan se réfère à l’Eurasisme. Ce courant intellectuel ancien appelle à l’union de la steppe et de la forêt, des Turcs et des Slaves. Au XXe siècle, l’historien soviétique Lev Goumilev a synthétisé ces données dans un ouvrage fondamental, Ethnogénèse et biosphère. Un nouvel ensemble politique à la croisée de deux civilisations continentales reconstituerait l’empire de Gengis Khan. Au carrefour des routes énergétiques, la Turquie serait en mesure de jouer un rôle décisif sur l’échiquier planétaire et ne serait plus l’otage du bon vouloir de la thalassocratie anglo-saxonne. Le courant eurasiste turc (Avrasyacilik) est scindé en deux branches. Le premier dans l’orbite d’Alexandre Douguine défend un partenariat fort avec Moscou (Dogu Perinçek). Le second estime que sans exclure un rapprochement avec la Russie ou la Chine, le centre de gravité de gravité de la futur eurasie reste le Turkestan (Ümit Özdag, Suat Ilhan).

    Les cercles militaires sont très réceptifs à ces thèses. L’ancien secrétaire général du Conseil national de sécurité, le général Tuncer Kilinç, a publiquement défendu l’idée d’une sortie de l’OTAN et de l’abandon du processus d’adhésion à l’Union européenne pour un rapprochement avec l’Iran et la Russie  [31].

    Avec la fin de l’Union soviétique, la Turquie a tenté de réaffirmer son rôle de chef de file du monde turcique de l’Égée à la Chine. Cependant, concède S. Ilhan, ces aspirations ne se sont pas concrétisées. Beaucoup d’occasions ont été perdues dans la décennie 1990. Mais l’essentiel n’est pas là. Le Touran plus qu’un projet, est un rêve. Il est le point de repère d’un inconscient collectif en quête de grandeur. Les mots tracés sur les stèles de l’Orkhon continuent peut-être à murmurer au vent dans l’immensité de la steppe : « Princes turcs, nation turque, écoutez ceci ! Comment la nation turque fut rassemblée, comment l’empire fut dirigé, je l’ai inscrit ici. J’ai gravé dans la pierre éternelle toutes ces paroles. Lisez-les et apprenez. Nation turque d’aujourd’hui, princes turcs, retomberez-vous dans les erreurs… » [32].

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    Plus :

    Voir sur le courant néo-eurasiste russe une présentation par Philippe Condé de "L’empire au miroir. Stratégies de puissance aux Etats-Unis et en Russie", par D. Chaudet, F. Parmentier et B. Pélopidas (Genève-Paris : Librairie Droz, 2007) Voir

    [1] Suat Ilhan, Türk olmak zordur, (Il est dur d’être turc), Alfa, Istanbul, 2009.

    [2] Ibid.p.610.

    [3] Ibid.p.13-14.

    [4] Idem.

    [5] Ibid.p.610.

    [6] Idem.

    [7] Etienne Copeaux, Espace et temps de la nation turque, CNRS Editions, Paris 2000.

    [8] Op.cit. (1).p.556.

    [9] Ibid.p.16.

    [10] Idem.

    [11] Ibid.p.674-688.

    [12] Ibid.p.673.

    [13] Ibid.p.714.

    [14] Ibid.p.693.

    [15] Ibid.p.708.

    [16] Ibid.p.726.

    [17] Ibid.p.728.

    [18] Ibid.p.727.

    [19] Ibid.p.729.

    [20] Ibid.p.605.

    [21] Ibid.p.632.

    [22] Ibid.p.556.

    [23] Ibid.p.602.

    [24] Ibid.p.18-19.

    [25] Ibid.p.19-20.

    [26] Ibid.p.20.

    [27] Idem.

    [28] Ibid.p.638.

    [29] Ibid.p.640.

    [30] Ibid.p.641.

    [31] Hürriyet, 8 mars 2002, “AB disinda, rusya ve Iran’la yeni arayasi girilmeli”, ( À l’extérieur de l’UE, l’on doit entreprendre une nouvelle approche avec la Russie et l’Iran).

    [32] Op.cit. (7). p.168.