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05.05.2008

LES AUTRES FORCES D’INFANTERIE

LES AUTRES FORCES D’INFANTERIE

 

Les premières formations d’infanterie ottomane mais aussi celles parmi celles qui eurent une brève existence étaient les yaya et les piyade du début du XIVè siècle. Les premiers étaient des Turcs à qui l’on donnait des terres à leur retour du service militaire ou après avoir servi dans les fonctions de défense locales en Roumélie (dans les Balkans), les seconds étaient comparables à des clérouques (soldats fermiers) en Anatolie, même s’il y avait parmi eux des nomades. Les yaya étaient commandés par les ceribasi ou " meneurs de soldats " , sous l’autorité des gouverneurs provinciaux ou yürük begs. Ils étaient organisés en unités oçaks rudimentaires de 30 hommes chacune, cinq d’entre eux faisaient leur service en rotation tandis que les autres les aidaient financièrement. L’idée que ces yaya étaient groupés en unités de dix est vraisemblablement un mythe.

Auxiliaires ottomans

Les azaps ou " licenciés " étaient une formation qui eut plus de succès et devint un concurrent acharné de l’élite de l’oçak janissaire. Un Azap était un volontaire, recruté à l’origine parmi les Turcs anatoliens, qui ne recevait une solde que pendant la campagne et qui pouvait partir quel que soit le moment désiré. Un grand nombre d’azaps servaient dans la marine dans les différents beyliks turcs au XIVè siècle. Ils étaient armés de masses, d’arcs (tirant souvent des fléchettes courtes zemberek à l’aide de guide-flèches) et plus occasionnellement d’arbalètes çagra ; et ils adoptèrent rapidement des fusils tüfek. Selon le chroniqueur byzantin Dukas, la première garnison de Gallipoli en 1421-1422 consistait en " gasmouli légèrement armés ", ce qui indiquaient que les soldats étaient d’origine métisse de Grèce et d’Europe occidentale. Les rapports ottomans se référaient toujours à deux unités de musulmans parlant grec sur Gallipoli en 1474, probablement des azaps plutôt que des janissaires. L’une était composée de rameurs, l’autre d’archers zenberekciyan qui défendaient le château. Les quatre autres unités, vraisemblablement turques, de Gallipoli comportaient une unité d’azaps navals.

Sur terre, les azaps se battaient comme archers mais ils étaient essentiellement employés comme gardes ou factionnaires. Au XVIè siècle ils déclinèrent et furent de simples porteurs de munitions, des pionniers et des sapeurs et furent absorbés par les cebeci janissaires comme porteurs. Cependant, les azaps se plurent ensuite dans leur nouvelle vie. A partir de la fin du XVIè siècle, tous les hommes musulmans des régions frontalières étaient susceptibles de se faire engagés comme azaps, armés de fusils à mèches et de sabres, un homme sur 20 ou 30 foyers étant pris en charge financièrement par les autres. Ils étaient ensuite répartis sur des kale azapi (" forteresse d’azaps ") ou deniz azapi (" des azaps navals ") suivant le lieu où ils habitaient.

Sur terre, les azaps se battaient comme archers mais ils étaient essentiellement employés comme gardes ou factionnaires. Au XVIè siècle ils déclinèrent et furent de simples porteurs de munitions, des pionniers et des sapeurs et furent absorbés par les cebeci janissaires comme porteurs. Cependant, les azaps se plurent ensuite dans leur nouvelle vie. A partir de la fin du XVIè siècle, tous les hommes musulmans des régions frontalières étaient susceptibles de se faire engagés comme azaps, armés de fusils à mèches et de sabres, un homme sur 20 ou 30 foyers étant pris en charge financièrement par les autres. Ils étaient ensuite répartis sur des kale azapi (" forteresse d’azaps ") ou deniz azapi (" des azaps navals ") suivant le lieu où ils habitaient.

1- Tirailleurs bosniaque. Les frontières européenne de l'Empire Ottoman étaient en permanance gardées par les villageois musulmans des balkans armée de longue arme à feu.
2- Sipahi mamelouk d'Egypte.
3- Dervish bektashi. Ces religieux galvanisés les troupes ottomanes et plus particulièrement les janissaires auxquels ils étaient très atachés.

L’histoire des voynuqs est encore plus variée. Ils étaient essentiellement recrutés chez les vassaux chrétiens des Balkans de l’Empire ottoman, suivant un système datant d’avant l’invasion turque, même s’il semble concerner les musulmans de la première heure. La plupart d’entre eux était de la cavalerie lourde, mais il y avait aussi des fantassins. Leurs rangs étaient composés largement de serbes et de bulgares slaves, ainsi que d’hommes parlant valach ou roumain. Comme de nombreux auxiliaires ottomans, un voynuq était soutenu par d’autres foyers connus comme gönder, un terme dérivant probablement du mot grec kontarion qui veut dire lance. Les voynuqs avaient leurs propres officiers çeribasi placés sous le commandement général du voynuq beyi, et ils étaient accompagnés des servants yamaks ou des subordonnés. Même si les voynuks n’avaient pas d’oçak ni de structure de corps, ils disposaient d’une réserve d’inscrits qui complétait leur effectif. Au XVè siècle des voynuqs remplissaient des tâches supplémentaires comme s’occuper des troupeaux de chevaux de cavalerie en Bulgarie. Les dogancis (" fauconniers ") étaient semblables à ces voynuqs et élevaient des faucons pour la cour impériale. Dans un autre lieu, les nomades chrétiens valachs jouissaient de privilèges spéciaux pour avoir servi l’Empire ottoman comme voynuqs de frontière, guides, garde ou pour avoir mené des raids. La principauté autonome roumaine de Moldavie approvisionnait aussi les voynuks durant le XVIè siècle.

Le rôle de l’infanterie des principautés roumaines éclaire de manière intéressante un aspect peu connu de l’organisation militaire ottomane. Parce que la Moldavie, la Valachie et la Transylvanie préservaient leur autonomie depuis bien longtemps, leur héritage militaire d’avant l’invasion ottomane continua de se développer. Dans ces trois parties qui forment maintenant la Roumanie, des gouverneurs locaux levèrent, entraînèrent et équipèrent une infanterie compétente alors qu’une déferlante ottomane se préparait. Cette infanterie comptait dans ses rangs des mercenaires italiens professionnels afin de donner de la vitalité aux milices urbaines assoupies par les garnisons royales. 

Infanterie ottomane

1- Lévantin.Fin XVI ème siècle.
2- Sekbanbashi, officier du corps des Sekban.
3- Azap, XVI et XVII ème siècle. Certains manuscrits suggèrent des caftans verts, mais il est fortement probable qu'il y ait eu de nombreuses variations de couleurs.

Ils utilisaient les dernières armes de l’infanterie médiévale, parmi lesquelles il y avait un ensemble d’objets crochus employé contre la cavalerie, un moyen rapidement adopté par les janissaires. Dans le même temps, les archers armés d’arcs composites de style asiatique sont remplacés progressivement par des mousquetaires habiles dans tout ce qui est guérilla. En fait la Valachie et la Moldavie continuèrent de recruter une infanterie professionnelle armée d’arquebuses parmi les Bulgares chrétiens au sud, parmi les Serbes à l’ouest, parmi les Polonais et les Cosaques au nord. L’influence militaire des Ottomans se ressentait aussi dans les milices d’infanterie dorubanti qui s’appuyait sur les derbentçi turcs ou " gardes de frontière ".

 

Principales troupes ottomanes au XV ème siècle

L’Empire ottoman hérita d’autres formations militaires intéressantes du sud des Balkans ; par exemple les mercenaires catalans ex-byzantins ou leurs descendants ont été enregistrés dans l’activité militaire ottomane dans les années 1380. Des arbalétriers européens, mercenaires ou des vassaux, et l’infanterie génoise armée de haches issue de divers avant-postes coloniaux faisaient partie de ceux qui furent impliqués dans la guerre civile ottomane de 1421-1422. Des juifs et des musulmans se joignirent à l’Empire et firent échouer une attaque italienne menée sur l’île de Chios en 1599, et à partir de là, eux et seulement eux au contraire des chrétiens grecs locaux furent admis dans la citadelle de l’île. Plus loin au nord, de nombreux " hérétiques " bogomiles de Bosnie aidèrent les ottomans dans les invasions menées contre leurs oppresseurs chrétiens.

Dans d’autres lieux, les Ottomans employaient les forces locales déjà existantes comme troupes de garnison, évitant ainsi d’engager leurs propres soldats. Par exemple les Martolos grecs étaient à l’origine des irréguliers byzantins. Au début du XVè siècle les Ottomans les reconnurent comme nizam ou " vrais soldats " et les payaient pour surveiller les bandits de la montagne grecque Klepht. Pendant le XVIè siècle les Martolos formaient une partie significative des garnisons de Serbie, de Bosnie, d’Herzégovine et même de Hongrie. Au XVIIIè siècle ils avaient des mousquets, des pistolets, des épées et des dagues et étaient dirigés par les kapitanos héréditaires. On accorda aux personnalités religieuses grecques d’un certain âge le droit d’avoir leurs propres kapoi ou serviteurs armés. Les müsellems étaient initialement une cavalerie féodale et même s’il furent rétrogradés en milices d’infanterie inefficaces, ils conservèrent une structure de corps du type oçak. Les gönüllüyan étaient une milice de volontaire plus tardive composée de cavaliers et de fantassins levés à la fois parmi les musulmans et les chrétiens, payés avec les taxes locales et employés pour mettre en garnisons les châteaux du coin.

 

1- Voynuk, auxiliaire valaque, vers 1500.
2- Archer janissaire de la garde du sultan (chausures jaunes), XV ème siècle.
3- Marin magrebin du début du XVI ème siècle, équipé de l'arbalète caractéristiques de la marine maure.

Pendant des années le gouvernement ottoman tenta d’empêcher la raya, un groupe non militaire de la population, d’acquérir des armes à feu. Même les auxiliaires derbentçi reconnus (officiellement) n’avaient pas l’autorisation d’avoir des fusils, jusqu’à ce qu’une terreur grandissante inspirée par les bandits armés rende ceci indispensable. Les derbentçi ottomans organisés firent vraiment leur apparition au milieu du XVè siècle et comportaient initialement aussi bien des chrétiens martolos que des nomades turcs yörük, des hommes des tribus turcomanes d’Anatolie et des chrétiens voynuqs des Balkans. Ils s’organisaient en unités de 25 à 30 hommes locaux qui mettaient en place des garnisons sur des forts tout petits dans les endroits stratégiques ou vulnérables, et ce système dut certainement se répandre largement jusqu’à ce que l’autorité du gouvernement centrale fut sur le déclin. On trouvait même des derbentçi dans le Khanate tartare autonome de la Crimée, au nord de la Mer Noire. Les Tartares de Crimée présentaient aussi une petite force d’infanterie armée de mousquets. Certains étaient des hommes de tribu trop pauvres pour posséder un cheval ; d’autres formaient une élite de 20 compagnies de cavalerie montée ou sebkans, recrutées parmi les villageois de la péninsule criméenne.

Le conservatisme grandissant de la pensée militaire ottomane garantissait le fait que, lorsqu’une nouvelle force d’infanterie était levée, on lui donnât un nom traditionnel. Comme conséquence, l’infanterie sekban de la fin du XVIè siècle jusqu’au XVIIIè siècle n’avait pas de connexion réelle avec l’ancienne division sekban de l’oçak janissaire. Les nouveaux sekbans étaient une réponse à l’insuffisance aiguë de l’armée ottomane de troupes de mousquetaires face à leurs ennemies toujours plus forts. Les populations raya musulmanes et supposées non militaires de Dalmatie, d’Albanie, de Bosnie et d’Anatolie étaient alors recrutées en nombre croissant, nombre d’entre elles était de l’infanterie montée. Au début du XVIIè siècle, les nouveaux sekbans s’organisaient, sur une base régulière, en unités bölüks de 50 à 100 hommes, payées pour la plupart comme armées privées par les gouverneurs des provinces. Chaque unité avait à sa tête un bölük basi, placé sous le commandement général d’un bas bölük basi, de tels officiers étaient choisis au début parmi l’oçak des janissaires. Théoriquement ils pouvaient être débandés quand leur bölüm ou commission retraitait, mais en réalité ils étaient rarement placés sous le contrôle du gouvernement central. Par la suite, ils devinrent l’infanterie la plus efficace dans l’Empire, surpassant les Janissaires décadents. D’autres unités semblables étaient connues comme sarica ou " guêpes ", et tous étaient susceptibles d’être d’excellents tireurs d’élite, peut-être parce qu’ils étaient des chasseurs ou des bandits avant de devenir des soldats. Comme les sekbans et les sarica, les forces levent ressuscitées de la fin du XVIè siècle étaient des musulmans armés avec des mousquets, des épées et plus tard de pistolets. Ils étaient soi-disant recrutés parmi les bandits en Anatolie semblent n’avoir aucun lien avec les premières forces levent de la marine du XIVè siècle. Il y avait une autre force nouvelle d’infanterie montée, les tüfekçis, qui apparurent au XVIè siècle et qui comptèrent parmi les troupes les plus efficaces de l’armée ottomane aux XVIIè et XVIIIè siècles. Néanmoins, c’était un corps régulier, avec comme uniformes des manteaux courts rouges et des grands chapeaux rouges.

Auxiliaires et gardes ottomans

1- Tüfektchi, milieu XVII ème siècle. Tirailleurs ottoman.
2- Peyk, fin XVII ème siècle. "Estafette" ou courrier du sultan, chargé de porter les ordre à ses subalternes.
3- Kapukulu, début XVII ème siècle. Cavalier d'élite de la garde ottomane.

Des incursions brutales menées par les armées autrichiennes catholiques montraient que, dans bien des endroits des Balkans, les chrétiens orthodoxes apportaient encore une aide militaire aux Ottomans assiégés. Une résistance véhémente était même créditée aux musulmans parlant le slave, de Bosnie, où différentes sortes d’infanterie locale comme le panduk ou " tireurs d’élite ", et l’eflak ou " mousquetaires " firent leur apparition. En Syrie et en Irak un appareil extraordinaire de formations irrégulières et de mercenaires apparut aux XVIIè et XVIIIè siècles. A Damas, elles comportaient les levent, une infanterie montée qui était des turcs au début mais qui devint par la suite des kurdes, des sekbans - des Turcs de l’Anatolie orientale, Maghâriba -, des arabes algériens qui étaient généralement employés pour défendre les caravanes de pèlerins se dirigeant vers la Mecque, et des tüfekçi - des kurdes qui formait une petite élite de bons tireurs. Chacune d’entre elles avait une organisation, une fidélité au corps, un commandement, des casernes qui lui étaient propre et des habits caractéristiques. En plus de quoi, il y avait les ashir - des auxiliaires syriens commandés par des chefs locaux ou de tribu, qui incluaient des milices urbaines issues de tous les groupes religieux. Toutefois le terme arab n’était utilisé que pour les auxiliaires bédouins qui jouaient un rôle militaire important à l’est du Jourdain, de l’Oronte et du Litani.

La situation en Egypte était généralement plus calme, même si la rivalité entre différentes unités dégnérait souvent en émeutes. Il y avait sept corps dans la garnison du Caire, à laquelle il faut ajouter des formations irrégulières variées qui, d’après les écrits arabes, étaient connues comme : les Janissaires, les azaps, le sarrâj (sarica), le yuldâsh (issu des yoldas ou soldats janissaires), les irréguliers maghribi, le jamâkiya (du yamak, de servants de janissaires), le tufenkiya, le jarâkisa (issu du yürük, des hommes des tribus turques), le shâwûshiya (issu du cavus, des sergents janissaires), le mutafarriqa (issu du müteferrika, les gardes du palais ottoman), le gönüllü ou des " volontaires " qui étaient encore assimilables à des turcs. En période de tension, les unités plus petites s’alliaient de préférence avec les azaps contre les janissaires dominateurs. En Afrique du Nord les Janissaires, bien qu’ils formassent un corps oçak séparé, préservaient leur identité turque pendant plusieurs siècles. Leurs grands rivaux étaient les tâ’ifat al ru’sâ ou " des milices de capitaines corsaires " qui étaient à la base des troupes de marine. Ces tâ’ifat al ru’sâ étaient composés de turcs mais la majorité était des arabes et des berbères, des indigènes de l’Afrique du Nord.

 

 

 http://theilsb.club.fr/VAEVICTIS/HISTOIRE/OTTOMANS/HISTOIRE-OTTOMANS-infanterie.htm

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