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05.05.2008
PROMOTION, SOLDE ET MORAL
PROMOTION, SOLDE ET MORAL
Les promotions et les transferts se faisaient tous les deux à huit ans ou au moment de l’avènement d’un nouveau dirigeant. A l’intérieur du corps des Janissaires, les promotions étaient accordées suivant le bénéfice de l’âge en théorie ; les jeunes officiers étaient vraisemblablement choisis parmi les sous-officiers çavus et karakullukçu. La discipline était très stricte et on disait que " quarante hommes étaient menés par une seule tête ". Murad I avait posé 16 lois pour le corps des Janissaires : obéissance totale envers les officiers ; unité dans la volonté ; comportement militaire sévère ; pas d’extrêmes dans le luxe ou abstinence ; une piété stricte du code bektasi ; acceptation des meilleures recrues seulement ; peine capitale pour quelque chose de distinctif ; punition infligée seulement par ses propres officiers ; promotion suivant l’âge ; prendre soin de ses propres personnes à charge ; pas de barbe pour les simples soldats ; pas de mariage avant la retraite ; vivre seulement dans les casernes ; pas d’autre commerce ; entraînement militaire à plein temps ; pas d’alcool ni jeux d’argent. Les punitions allaient de l’emprisonnement dans les cuisines (peut-être la corvée de patates) à l’incarcération dans les forteresses des Dardanelles. La punition la plus courante était d’avoir la plante des pieds frappée par un falaka ou un bâton. Après chaque punition, celui qui avait offensé devait embrasser la main de son officier et marquait ainsi son retour à la discipline. Les punitions des officiers allaient de la rétrogradation jusqu’au bannissement du corps des Janissaires ou jusqu’à l’exécution. Le discipline pendant la marche était même plus sévère, avec une punition pour tout dégât causé sur le bien d’autrui, et une compensation payée aux victimes. Une désertion en temps de guerre avait comme conséquence une exécution par strangulation ; le sac était placé dans un sac lesté et était balancé dans la mer ou un lac la nuit pour éviter une honte publique.
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| Les janissaires recevaient leur ulûfe ou solde trois ou quatre fois dans l’année, les jours de paye coïncidaient souvent avec la venue de dignitaires étrangers, qui permettait aussi un relâchement de la discipline janissaire. Des bonus étaient attribués pour un service remarquable, comme quand les survivants de unités de serdengeçti (" tête brûlée ") et de dal kiliç (" épée nue ") avaient de l’argent supplémentaire ainsi que des médailles. Au milieu du XVè siècle, les simples janissaires recevait une quantité d’argent relativement petite mais on leur donnait aussi du tissu bleu en quantité suffisante pour une paire de culottes, une quantité de lin plus grande, un nouveau manteau de laine, une nouvelle chemise et assez d’argent pour acheter des arcs, des flèches et des cols propres. Néanmoins on accordait à l’oçak janissaire dix pour cent des dépenses militaires totales qui atteignaient quinze pour cent du revenu global de l’Empire sous le règne de Mehmet le Conquérant. D’une certaine manière, les janissaires étaient préservés du monde extérieur. Les casernes consistaient en des pièces ou oda pour chaque unité orta, celles d’élites étaient situées à l’intérieur même du palais Topkapi. Les casernes les plus ordinaires étaient de grandes habitations qui comptaient des cuisines, un arsenal et des dortoirs ; les portes étaient décorées de l’emblème de l’orta. Les deux casernes principales d’Istanbul, l’Eski Oda (l’ancienne) et le Yeni Oda (la nouvelle), étaient construites en pierre dans les années 1460-1470 - des habitations imposantes décorées avec des dalles colorées, des barreaux aux fenêtres en marbre des portes dorées et des fontaines dans les cours. Chacune d’entre elles possédait un groupe de boutiques civiles tout autour. Dans ces lieux, un janissaire pouvait mener une vie quasiment monacale, puisqu’on ne lui permettait de se marier qu’une fois qu’il avait atteint le rang de pensionné ou otturak - en fin de compte jusqu’à ce que les lois furent assouplies à la fin du XVIè siècle. |
| 1- Bayraktar subayi, porteur d'étandard de la 39 ème orta, XVI ème siècle. 2- Beshinci Karakullukutchu, sous officier, XVIII ème siècle. A cette époque la plupart des janissaires avaient abandonné leur couvre chef caractéristique. 3- Aga Serdengecti, commandant une unité d'assaut, XVIII ème siècle. |
D’une manière générale, les simples soldats ottomans étaient plus résistants que leurs adversaires occidentaux, un fait relevé par Bertrandon de la Broquière. Comme il disait : " Ils étaient assidus et se levaient tôt le matin. Ils étaient frugaux lorsqu’ils étaient sur la route et vivaient avec seulement de la petite nourriture, un petit pain mal cuit et de la viande crue, séchée un peu au soleil, du lait caillé ou préparé autrement, du fromage ou du miel ou du raisins ou des fruits ou de l’herbe, ou une poignée de farine à partir de laquelle il préparaient du porridge pour six ou huit hommes par jour ".
L’armée ottomane insistait aussi beaucoup sur le courage personnel, et il y avait une forte compétition pour avoir des " badges de valeur " comme des crêtes çelenk et des plumes de duvet. ; le çelenk était particulièrement difficile à gagner étant donné qu’il ne récompensait qu’une bravoure extrême vis à vis d’un ennemi supérieur. Un soldat mort sur le champ de bataille était un sahid ou " martyre ". Les personnes à sa charge, comme ceux d’un vétéran, étaient connus sous de le nom de fodlaharan ou " mangeurs de pain " et étaient entretenus par un département spécial du gouvernement via l’homme de l’orta, à qui on donnait une ration hebdomadaire, par le travail pour les fils, par les maris pour les filles. Les vétérans invalides avaient des sinécures et restaient des membres honorables de leur orta.
A travers leur histoire, l’oçak janissaire était populaire auprès de couches les plus pauvres de la société, peut-être à cause de leurs attitudes socialistes pour la plupart, qui était le résultat, en fait, d’une profonde influence de la secte derviche bektasi. La religion tenait une place centrale dans la motivation et le moral janissaires, la raison toute entière de l’existence de l’oçak résidait dans l’expansion de la puissance islamique. Mais les Janissaires étaient des musulmans très orthodoxes, et pour avoir une meilleure idée de leurs croyances, il est nécessaire de comprendre le mouvement bektasi.
Les doctrines bektasi comportent des aspects de l’ancien paganisme turc, du bouddhisme, un élément fort de l’Islam chi’ite - comprenant une dévotion pour le premier calife Ali, tout comme le kurde Yasidi (appelé par erreur " l’adorateur du diable ") et des influences chrétiennes. La plus récente inclut une " trinité " de Dieu, du prophète Mahomet et du calife Ali, une croyance dans la confession et absolutions des péchés, et une cérémonie d’initiation qui entraînait la distribution du pain, du vin et du fromage comme pour certains chrétiens de l’Est. Dans de nombreux bektasi tekkes ou couvents, les femmes participaient aux cérémonies sans porter le voile. Même si le mouvement bektasi se proclamait comme faisant partie de l’Islam sunnite, il n’était certainement pas accepté comme tel auprès de certains milieux dirigeants ottomans. La principale différence entre les bektasis et les musulmans sunnites orthodoxes était une croyance bektasi qui, dans une analyse finale, déclarait toutes les religions valables. Des prêcheurs derviches soutenaient que les chrétiens et les juifs n’étaient pas vraiment " infidèles " alors qu’une minorité d’entre eux avaient même des fidèles chrétiens.
De telles opinions attiraient les recrues janissaires, pour lesquels la conversion à l’Islam était le fruit, si ce n’est de la force, d’une pression morale pour le moins, et qui, portaient encore et quelquefois des extraits grecs et arabes du chant chrétien comme des charmes heureux. Cela rendait aussi les bektasis populaires auprès des chrétiens des Balkans, qui fournissaient principalement les rangs de l’infanterie auxiliaire de l’Empire ottoman. (Leurs tekkes ou couvents étaient particulièrement nombreux dans certains lieux comme en Albanie et en Croatie, où la conversion à l’Islam était très répandue et qui devaient fournir la meilleure infanterie non-janissaire de l’Empire aux XVIIè et XVIIIè siècles.) Les bektasis se battaient aux côtés des janissaires en tant que volontaires. Leur position vis à vis de la guerre était résumé en un verset inscrit sur la lame d’une hache de la fin du XVè siècle appartenant à un certain Sayyid Ali de Jérusalem : ainsi huit bektasis vivaient dans les principales casernes des janissaires. Ils priaient pour la victoire et marchaient devant le yeniçeri agasi pour la parade, leur chef psalmodiant " Kerim Allah " (Dieu est généreux) à quiconque les autres répondaient " Hu " (Il existe). Un chef ou dede de la secte bektasi nouvellement choisi était couronné avec un chapeau particulier par le yeniçeri agasi et le yeniçeri agasi, à son tour, se levait à chaque fois que le nom de Hacci Bektas, le père spirituel de la secte, était mentionné. L’importance du code bektasi se reflétait, par exemple, dans l’acte de décharge de Hüseyin, un " usta " ou spécialiste du 45ème bölük de la 38ème oda de la 12ème orta, datant de 1822 : " Nous sommes les croyants de l’ancien. Nous avons confessé l’Unité de la Réalité. Nous avons un prophète, Ahmeti Muhtar Cenap. Depuis le temps des Héros, nous sommes ceux qui sont enivrés. Nous sommes les papillons de nuit de la Flamme Divine. Nous sommes une compagnie de derviches errant de par le monde. On ne peut nous compter sur les doigts, la défaite ne peut pas nous détruire… "
http://theilsb.club.fr/VAEVICTIS/HISTOIRE/OTTOMANS/HISTOIRE-OTTOMANS-janissaires-promotion.htm
00:57 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : janissaire, ottomans, devchirme, islam, chrétiens, balkans, albanais





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