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05.05.2008
STRUCTURE DU CORPS DES JANISSAIRES
STRUCTURE DU CORPS DES JANISSAIRES
Pendant les XVè, XVIè et XVIIè siècles, la seyifin ou structure totalement militaire de l’Empire ottoman est composée d’une marine, de forces provinciales ou eyâlet askerleri et de l’armée du Sultan ou kapu killari askerleri. La marine comptait parmi ses rangs des spécialistes de l’art de la guerre navale et les levents ou infanterie de marine, tandis l’ eyâlet askerleri et la kapu killari askerleri avaient, chacune, des divisons de cavalerie et d’infanterie. L’infanterie provinciale de l’eyâlet askerleri était connue sous le nom de yerlikulu piyâdesi ou infanterie locale. Elle consistait en des troupes de müsellem ou "reconnues " qui, même s’ils étaient cavaliers à l’origine, furent rétrogradés au niveau de ce qui serait un peu plus que des milices d’infanterie. Puis il y avait des "mercenaires " ou icâleri, les azaps et les levents qui n’appartenaient pas à la marine. Les sekbans provinciaux refont leur apparition comme infanterie de province dans la dernière période mais on ne doit pas les confondre avec les premières élites sekbans de l’oçak des Janissaires. Les lagimici ("sapeurs et pionniers ") faisaient aussi partie de l’infanterie provinciale.
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| L’infanterie de la kapu killari askerleri ou armée du Sultan incluait la totalité du corps ou oçak des Janissaires. A laquelle il fallait ajouter les acemi oglans ou unités d’entraînement, les cebeci ou corps d’armuriers, les saka ou porteurs d’eau ; les topçu ou artilleurs, les toparabaci ou corps du train d’artillerie et les humbaraci ou grenadiers, ces trois derniers étant considérés comme faisant partie de l’artillerie. Les 34 unités d’entraînement acemi oglans étaient les ortas les plus anciennes et, séparées du reste de l’oçak janissaire, étaient réparties sur deux camps d’entraînement ou meydans. L’oçak en service actif était formé de trois sections : la plus grande appelée cemaat ou assemblée ; le bölük ou division ; et les segmen ou dresseurs de chiens. Au sein du cemaat, les solak ortas formaient une garde d’élite (que l’on mentionne en 1402 pour la première fois). Ils occupèrent des postes d'archers pendant plusieurs siècles et constituaient, comme d’autres unités de garde, de petites formations. Les mütefferikas, des fils de hauts dignitaires et de vassaux, comptaient semble-t-il parmi les rangs de solaks. Les segmen étaient des unités de garde moins personnelles, armées de fusils à mèches et d’épées courtes. Ces unités semblaient être plutôt petites et comptaient entre 40 et 70 hommes. |
| Une même unité de janissaire était vraisemblablement composée de soldat armés différemment les uns des autres. 1- Janissaire en armure; XVI ème siècle, faisant vraisemblablement parti des troupes d'assaut d'une unité d'élite. 2- Janissaire mousquetaire, début XVI ème siècle, avec un canon de tranché, tant redouté par leurs adversaires. 3- Janissaire archer, début du XVI ème siècle. |
Le corps bostanci des "jardiniers " était avant tout séparé des simples janissaires, il avait pour tâches essentielles la maintenance, le respect de l’ordre et la défense de quelques 70 propriétés ainsi que de la côte aux alentours d’Istanbul. La garde haseki qui lui était associée avait en charge tous les canons situés sur les terres du Palais.
| Toutes les divisions de l’oçak des Janissaires tiraient leurs recrues des ortas d’entraînement des acemi oglans et chaque orta avait une même structure interne fondamentale. Cela reflétait le fait que les ortas étaient au début très petites - à peu près 50 hommes au milieu du XVè siècle et jusqu’à 100 hommes au XVIè - et la structure de commandement de l’orta avait pour nécessité première de nourrir les esclaves qui dépendaient du Sultan. Elle était constituée, à la base, l’officier commandant l’orta, appelé çorbasi ou "homme de la soupe " qui était aidé de six officiers et d’un grand nombre de sous-officiers, d’un employé de l’administration et d’un imam ou aumônier. Parmi tous ces hommes, seul le çorbasi était nommé par une entité extérieure à l’unité. Les ortas d’élèves acemi oglans étaient elles-aussi commandées par les corbasis tandis que les ortas solaks étaient menées par les solakbasis de plus haut rang, assistés de deus autres officiers. Le Sultan choisissait l’agha yaniçeri ou commandant du corps des Janissaires ; ce dernier était généralement issu du corps et avait reçu son instruction, plus tôt, dans l’une des écoles du palais. L’agha yaniçeri était une figure très puissante, même s’il ne pouvait recevoir des ordres directement du Vizir : toutes les instructions devaient être émises par le Sultan. D’un autre côté, l’agha yaniçeri devait consulter le divan ou Conseil du corps des Janissaires pour traiter avec l’oçak. Ce Conseil était formé de l’agha yaniçer lui-même, du kul kâyasi et du sekbansi, commandant respectivement les unités de bostanci et de sekban, et les officiers des trois ortas de "chasse " d’élite (les zagarcibasi, les samsuncuibasi et les turnacibasi). Le prévôt basçavus de l’oçak des Janissaires semblait être nommé par le Conseil. |
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| 1- Officier de troisième rang, XVI au XVIII ème siècle. Cet officier de plus haut rang porte l'habit de parade. 2- Officier (Bey) Kethüda, habilité à porter des chaussures jaune du fait de son haut rang. 3- Officier Usta, XVII et XVIII ème siècle. |
La structure finale de l’oçak des Janissaires se composait de 194 bataillons orta : 101 de cemaat, 61 (ou 62) de bölük, 34 (ou 33) de sebkans. De nombreuses ortas janissaires se distinguaient aussi par leur origine (inhabituelle), des noms spéciaux, des services particuliers ou des officiers commandants, qui avaient d’autres fonctions. Parmi les ortas les plus significatives :
dans la division cemaat,
La 1ère orta était commandée par le kul kâhyasi qui commandait aussi les unités (le Sultan était répertorié comme soldat de la 1ère orta) ; elle était appelée unité de deveci ou "chameliers " parce qu’elle escortait, à l’origine, le train.
La 2ème, la 3ème et la 4ème étant des deveci.
La 14ème connue comme étant des hasekis ou "gardes ", peut-être parce que les unités hasekis du Palais étaient recrutées parmi celle-ci.
La 17ème connue comme étant des çergecis ou "dresseurs de tentes de cérémonie " parce que leur tente particulière était placée en face de celle du Sultan en campagne.
La 28ème connue comme étant des okçus ou " archers ".
La 35ème connue comme étant des sekban avcisis ou "maîtres-chiens " même si ce n’était pas une sekban orta.
La 60ème étant une solak ou unité de garde impériale.
La 61ème, la 62ème et la 63ème étant des solaks.
La 64ème connue comme étant des zagarcis ou "maîtres de lévriers " ; faisant partie, à l’origine, des établissements de chasse du Sultan ; une des deux ortas de cavalerie armées de lances.
La 65ème faisant partie, à l’origine, des établissements de chasse du Sultan ; une des deux ortas de cavalerie armées de lances ; supprimée par Murad IV pour avoir été impliquée dans le meurtre d’Osman II.
La 71ème connue comme étant des samsuncus ou " maîtres de mâtins " ; faisant partie, à l’origine, des établissements de chasse du Sultan.
La 73ème connue comme étant des turnacis ou " gardiens de grues " ; faisant partie, à l’origine, des établissements de chasse du Sultan.
La 94ème était commandée par le chef imam ou " aumônier " des ortas basés à Istanbul.
La 99ème était commandée par le seyh ou chef des derviches bektasi.
La 101ème était commandée par le beytülmalci ou trésorier en chef du corps janissaire.
dans la division bölük,
La 5ème orta était commandée par le basçavasus ou " prévôt du corps des janissaires ".
La 19ème connue comme étant des bekçi ou des sentinelles, constituant des gardes de l’armée en campagne.
La 28ème commandée parle muhzir agha ou " celui qui assigne " du corps des Janissaires ; la garde du yeniçeri agasi était recrutée dans ses rangs.
La 32ème (ou 33ème) commandée pae le kâhya yeri ou kâhya délégué.
La 54ème commandée par le talimhaneci ou " directeur de la maison d’entraînement ".
La 56ème stationnée comme forces de police en permanence autour de la Corne d’or ; suppléant les harbaci, forts de 60 gardes de la Porte du Palais qui surveillaient les tentes du yeniçeri agasi et du Grand Vizir.
dans la division sekban,
La 18ème connue comme étant des kâtabis ou " secrétaires ", sûrement parce qu’ils servaient de clercs avant que les sekbans fissent partie de l’oçak janissaire.
La 20ème connue comme étant des kâhyasi sekbanen ortasi (orta sekban du kâhyasi).
La 33ème commandé par l’avcubasi, connue comme étant des avcis ou " veneurs " ; basés près de la Mer Noire en été, peut-être pour garder l’entrée du Bosphore.
La hiérarchie des rangs d’officiers du corps des Janissaires peut sembler, pour notre époque, être trop pesante à son sommet mais elle reflète l’influence des confréries religieuses des ahi, fityan et autres derviches dans les années de formation de l’oçak. La totalité des 196 ortas étaient sous l’autorité du yeneceri agasi, commandant du corps ou de l’oçak des Janissaires mais il ne pouvait l’oçak qu’en présence du Sultan. Autrement, le yeneceri agasi agissait comme le suppléant de toute personne que le Sultan avait nommée commandant de l’armée.
![]() | Les officiers supérieurs ou de l’état-major des généraux comptaient dans leurs rangs : le sekbanbasi et le kul kâhyasi, tous deux servant comme adjudants du yeneceri agasi ; l’agasi d’Istanbul avait en charge les unités de garnison et celles qui formaient les acemi oglans sur Istanbul ; l’oçak imami ou " aumônier en chef " ; le solakbasi qui était sans cesse promu des rangs janissaires ; le beytülmalci ou trésorier en chef du corps des Janissaires ; le muhzir aga ou " celui qui assigne " du corps des Janissaires ; le kâhya yeri , qui représentait le yeneceri agasi auprès du Grand Conseil du Sultan ; le talimhanecibasi préposé aux exercices militaires et d’entraînement ; et l’azar basi ou chef des prisons et des exécutions. Le yeneceri kêtibi ou " secrétaire " du corps des Janissaires qui était un serviteur civil, était nommé chaque année pour superviser le grand staff des bureaucrates alors que le yayabasi, commandant de l’infanterie yaya à l’origine puis responsable des ordres de rassemblement des Janissaires, était un soldat. Parmi les officiers chargés du recrutement et de l’entraînement des vétérans, on trouvait :le rumeli agasi qui supervisait 14 des ortas d’entraînement ainsi que le recrutement du devchirme en Europe ; l’anadolu agasi qui supervisait 17 ortas d’entraînement et le devchirme en Asie ; et le gelibolu agasi qui supervisait l’entraînement des ortas dans la ville de Gallipoli. Tout comme le modèle du recrutement des janissaires fut modifié, de nouveaux officiers supérieurs, les kuloglu basçavasusu avaient en charge l’entraînement des fils des Janissaires admis dans l’oçak. |
| Pacha ottoman escorté par les Silahtar, reconnaissables à leur couvre chef rouge. |
La structure de commandement des ortas était aussi le reflet de la tradition nomade turque, où le chef de tribu devait subvenir aux besoins de ses hommes avec un repas par jour. Tout comme le Sultan était connu par ses janissaires comme " le père qui nous nourrit ", les noms des rangs des ortas avaient des parfums très " culinaires ". Avec comme point de départ, le colonel ou " faiseur de soupe " çorbasi, qui était assisté dans se tâche par l’asçi usta ou " maître cuisinier " en charge d’un ou plusieurs asçi ou sous-officiers " cuisiniers " et des bas karakillukçu ou jeunes officiers " à la tête des arrière-cuisines ". Le rang des cavus ou " coursiers " était l’équivalent, grossièrement, à celui de sergent et se composait de karakillukçu ou cuistots. Le seul officier de l’orta ayant un titre entièrement militaire était le bayraktar ou porte-drapeau. Parmi les autres officiers s’occupant du bien-être matériel et spirituel de l’orta, il y avait l’odabasi ou " chef de chambrée ", le vekilharç ou quartier-maître, le sakabasi ou " tête de la distribution d’eau " et l’imam ou " chef de prière ".
Le statut relatif de ces officiers n’est pas clair mais, probablement, si l’on part du bas de l’échelle jusqu’à son sommet, on les classe ainsi : le bas karakullukçu, l’asçi usta, l’imam, le bayraktar, le vekilharç, l’odabasi et enfin le çorbasi. Le simple soldat nefer ou yoldas était classé suivant l’un des trois échelons d’après leur ancienneté, en partant de celui d’eskinci ou " soldat de campagne ", puis celui d’amelimanda ou " vétéran " pour leur bravoure au combat, et enfin celui d’oturak (" assis ") ou pensionné, qui n’était pas requis normalement pour les campagnes. Le grade le plus haut permettait d’accéder à un métier.
Au XVIIè siècles, les garnisons provinciales les plus importantes étaient basées à Bagdad, Bassorah, Damas, Jérusalem, Alep, au Caire, à Erzurum, Konya, Van, la Canée, Budapest, Salonique, Corinthe, Belgrade, Sarajevo, Vidin, Budapest, Braila, Bendery, Kaffa, à Otchakov et Kaminiec. La plupart d’entre elles étaient sous le commandement des 32 agas de frontière ou serhad agasi, même si un grand nombre des garnisons janissaires de l’Afrique du Nord étaient, de fait, une oçak indépendante, comme à Alger où ils avaient leur propre Conseil du Divan. Ailleurs, les structures provinciales de Janissaires devinrent de plus en plus autonomes aux XVIIè et XVIIIè siècles. A Damas, il y eut bientôt deux types distincts de troupes janissaires : la propre " armée privée "du gouverneur largement composée de kapi halki et deux ortas de nouveaux janissaires " impériaux " envoyés pour contrôler les accès stratégiques de la ville et de la citadelle.
![]() | L’oçak des Janissaires avait aussi développé un système de symboles et de drapeaux qui leur était propre et qui différait beaucoup de celui de leurs adversaires européens. La principale bannière ou bayrak janissaire, appelée l’imama azam était faite de soie blanche avec comme inscription : " Nous vous donnons la victoire et une brillante victoire. C’est Dieu qui nous aide et Son Aide est efficace. Oh Mohammed, tu apportes les bonnes nouvelles aux vrais croyants. " La tradition raconte que c’est Orhan qui donna aux premières unités janissaires une bannière rouge avec un seul croissant blanc et que l’étoile blanche qui complète le drapeau national turc actuel ne fut rajoutée qu’après la prise de Constantinople - Istanbul. Les bannières ottomanes comprenaient d’autres motifs comme un soleil, des étoiles, une dague, des formes géométriques, la Dhu’l fagar ou " main de Fatima ", " l’Epée d’Ali " à double lames. La bannière turque à queue de cheval ou tug était encore plus distinctive, dont les gardiens marchaient à une journée en avant de l’armée principale. |
| Toutefois, l’emblème le plus connu et le plus inhabituel des Janissaires était la kazan, une grande marmite en cuivre que l’orta conservait précieusement. La ration des hommes de pilav - du bulgar bouilli (du blé pilé) et du beurre - était préparée dans la kazan et ils se rassemblait autour de celui-ci pour leur seul repas journalier. Alors que la kazan était portée pour la parade, tous les soldats et les officiers se tenaient debout dans un silence respectueux. Renverser la kazan était un signe de mutinerie et se réfugier auprès d’elle équivalait à trouver un sanctuaire. Dans la bataille, la kazan de l’orta servait de point de ralliement en cas de difficulté, mais si la kazan était perdue, les officiers qui la défendaient tombaient en disgrâce et l’orta toute entière perdait le privilège de participer à la parade avec les autres kazans.
http://theilsb.club.fr/VAEVICTIS/HISTOIRE/OTTOMANS/HISTOIRE-OTTOMANS-janissaires-structure.htm | ![]() |
00:54 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : janissaire, ottomans, devchirme, islam, chrétiens, balkans, albanais









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