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07.05.2008

L'influence du wahhabisme s'accroît dans la petite communauté musulmane du Cambodge

L'influence du wahhabisme s'accroît dans la petite communauté musulmane du Cambodge
Chrui Changvar de notre envoyé spécial

De jeunes hommes en sarong, blouse blanche à manches longues et turban sur la tête, finissent de repeindre la mosquée Al-Azar en blanc et bleu azur. Ils sont un peu en retard : le ramadan vient de commencer sur la berge orientale du Mékong aux vaguelettes boueuses provoquées par le retour du vent du nord, annonciateur de saison sèche.

Al-Azar est le cœur d'une communauté de quelque 2 000 Chams islamisés depuis des siècles.


Située derrière la mosquée, la madrasa, école coranique, regroupe 200 jeunes garçons. "Ils fréquentent l'école publique le matin et la madrasa l'après-midi", explique l'un des anciens du village. Al-Azar, ajoute-t-il, a été financée par des collectes - "même les partis politiques nous ont donné de l'argent" - et des dons venus du Proche-Orient, de Malaisie et d'Indonésie.

Cinq mosquées ont été construites, ces dernières années, à Chrui Changvar, lieu-dit au confluent du Mékong et du Tonlé-Sap. Assis sur des nattes déployées sur la terrasse de la plus petite d'entre elles, baptisée Masjid Doeroesalam, des vieux devisent ou marmonnent des prières. Des enfants de la madrasa adjacente jouent ou aident à la préparation du repas, servi après la tombée de la nuit. A deux pas de là, un futur centre international de conférences commence à sortir de terre. La vue sur le palais royal et sa pagode d'argent, sur la rive opposée du Tonlé-Sap, est superbe au coucher du soleil, quand la luminosité est la plus intense.

La communauté musulmane du Cambodge, qui rassemblerait aujourd'hui un demi-million de personnes, soit 4 % de la population du royaume, est en pleine transition. Depuis l'accord de paix signé à Paris en 1991, missionnaires et financiers venus d'Arabie saoudite et du Koweït l'ont généreusement aidée. Quand il s'est ouvert, voilà une douzaine d'années, sur l'étranger, le Cambodge ne comptait qu'une vingtaine de mosquées. Il en existe aujourd'hui cent cinquante, sur lesquelles s'appuie un important réseau de madrasas et de lieux de prière.

Mais l'aide arabe s'accompagne d'une volonté de "purifier" les pratiques syncrétistes des Chams, un peuple originaire de la côte centrale du Vietnam actuel et dont le royaume hindouiste, le Champa, a été conquis et assimilé à partir du XVe siècle par les Vietnamiens.

A Phnom Penh, la Revival of Islamic Heritage Society (RIHS), basée au Koweït, a financé un centre qui abrite un demi-millier de garçons considérés comme des orphelins, puisqu'ils ont perdu leur père. Cette tradition arabe s'oppose à celle des Chams, qui veut que les orphelins restent à la charge de la grande famille. La RIHS a ouvert cinq autres pensionnats en province, où l'on enseigne également la voie du wahhabisme. Les missionnaires de l'organisation caritative saoudienne Om Al-Qura accomplissent un effort similaire. Des étudiants vont ainsi apprendre à Medina ou à Riyad la "vraie" religion, "purifiée" des apports bouddhistes ou hindouistes qui irritent les missionnaires arabes.

Pêcheurs, artisans ou petits commerçants, les Chams du Cambodge vivent en majorité sur les berges du Mékong, du Bassac et du Tonlé-Sap. Islamisée depuis fort longtemps au contact de Malais ou de marchands arabes - sans doute avant même l'effondrement du Champa -, cette petite communauté, qui comptait 250 000 âmes en 1975, a particulièrement souffert, selon des experts, sous les Khmers rouges. Un tiers des Chams seraient morts de sévices ou de privations de 1975 à 1979. Lorsqu'un corps expéditionnaire vietnamien a chassé Pol Pot du pouvoir, les Chams ont regagné leurs villages où ils ont végété pendant des années. L'aide des Arabes - une organisation non gouvernementale yéménite est également présente sur place - a donc été la bienvenue. Mais les conditions qui l'accompagnent divisent les musulmans et sont à l'origine de quelques disputes. Selon les estimations, de 15 % à 40 % des musulmans du Cambodge pratiqueraient aujourd'hui le wahhabisme. Peu après la sortie de Phnom Penh, en direction de l'ouest, des jeunes filles qui travaillent dans les fabriques locales sont parfois coiffées de longs voiles qui encadrent leurs visages, une pratique inexistante voilà encore dix ans. Dans ce secteur où les Chams sont nombreux, les mosquées se succèdent, mais toutes n'acceptent pas l'aide extérieure, par principe ou par fidélité à un soufisme traditionnel et tempéré.

L'influence croissante du wahhabisme n'est pas ignorée en haut lieu. Certains estiment, toutefois, que la propagation d'un islam "purifié" ne menace ni la cohésion de la communauté musulmane locale ni son intégration dans la société cambodgienne. En outre, ajoutent-ils, le fondamentalisme n'est pas le terrorisme, et rien n'indique, pour le moment, que de dangereux clandestins traînent au Cambodge. D'autres sont plus perplexes. Au rythme actuel des progrès de l'islamisme, disent-ils, le wahhabisme sera dans quelques années l'élément dominant de l'islam khmer. Avec l'abandon de coutumes qu'ils partagent avec les autres Cambodgiens, les Chams risqueront alors d'être marginalisés et d'offrir un terrain fertile à des manipulations.

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