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07.05.2008

Nord-Caucase, Atlas d'une poudrière

Nord-Caucase. Atlas d’une poudrière

Viatcheslav Avioutskii
doctorant au Centre de recherches et d’analyses géopolitique de l’université de Paris VIII, enseignant à l’École supérieur de management en alternance de l’université de Marne-la-Vallée.


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La décennie de 1990 a vu le Nord-Caucase, à peine connu à l’étranger – destination essentiellement touristique des Soviétiques – se transformer en foyer de conflits interethniques et ethnopolitiques permanents. Avec de nombreux protagonistes : autorités fédérales, régionales et « républicaines », ethnies, diasporas, minorités, Cosaques et Russes du sud de la Russie.

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Le conflit tchétchène a internationalisé ce champ en l’incluant dans « l’arc de crises » de Brzezinski qui s’étend du Maroc au Turkestan chinois. Avec beaucoup de participants « collatéraux » : musulmans de Russie (Tatars, Bachkirs, etc.) qui ne souhaitent pas que leurs relations avec les autorités fédérales se détériorent ; anciennes républiques soviétiques craignant le retour de la Russie (Ukraine et pays baltes) ; les pays de l’est s’opposant à la renaissance d’une Russie impérialiste (Pologne, République tchèque, Hongrie, etc.) ; pays ouesteuropéens préoccupés par les violations systématiques des droits de l’Homme ; les États-Unis d’Amérique qui veulent assurer leur présence sur les routes du pétrole de la Caspienne; Turquie et Iran qui effectuent un retour dans leurs anciennes possessions et zones d’influence du Caucase; autres pays moyenorientaux (Arabie saoudite, Bahreïn, Qatar, Emirats Arabes Unis) souhaitant voir triompher dans cette zone leur forme d’Islam; civilisation de l’Islam dans son ensemble qui se sent être solidaire du « peuple frère musulman »; multinationales pétrolières dont les intérêts ne correspondent pas forcément avec ceux des pays occidentaux; puissances régionales telles l’Inde et la Chine, préoccupées par leurs mouvements séparatistes musulmans (Ouïgours et Cachemiris) ; internationale islamiste d’Oussama Ben Laden et d’Ayman al-Zawahiri (al-Qaïda) ; Géorgie qui a vu le conflit tchétchène se propager sur son territoire.

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Toutefois, le conflit tchétchène, même s’il demeure le plus violent, n’est pas isolé d’autres conflits du Nord-Caucase et de Transcaucasie. Il faut le situer dans le cadre régional défini par une géopolitique ethnique extrêmement complexe. Une mosaïque qui résulte d’une part de l’Empire russe et de l’Union soviétique comme dans une moindre mesure de l’Empire perse et de l’Empire ottoman. De l’autre, il s’agit des processus migratoires complexes qui se sont déroulés sur une « longue durée » (Fernand Braudel). Passage d’ethnies nomades, la plaine du Nord-Caucase a vu apparaître des populations sédentaires sur le tard, chaque nouvelle vague de migrations poussant à se réfugier dans les montagnes des populations qui s’y étaient installées. Au XIXe siècle, les Russes la peuplent massivement mais elle attire également des montagnards qui commencent à descendre. Durant les XIXe et XXe siècles, cette descente, tantôt favorisée par les autorités russes tantôt freinée et accompagnée par la ruée des colons slaves, a produit un chevauchement complexe des ethnies montagnardes, des diasporas, des minorités ethniques et des Slaves sur le piémont nord-caucacasien et ce que l’on nomme généralement le sud de la Russie.

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Il faut toutefois distinguer le sud de la Russie, soit la région de Rostov, la Kalmoukie, les territoires de Stavropol et de Krasnodar du Nord-Caucase. Celui-ci comprend sept républiques membres de la Fédération de Russie : Daghestan, Tchétchénie, Ingouchie, Ossétie du Nord, Kabardie-Balkarie, KaratchaèvieTcherkessie et Adyguéie. Plus de quarante ethnies et groupes ethniques considérés comme « autochtones » y cohabitent. Elles se répartissent entre trois groupes linguistiques : caucasique (Kabardes, Adyguéïens, Abazas, Tchétchènes, Tcherkesses, Ingouches, Daghestanais) ; turcique (Balkars, Karatchaïs, Nogaïs, Koumyks) et iranien (Ossètes, Tats). Certaines républiques (Adyguéie, Karatchaèvie-Tcherkessie, Ossétie du Nord, Kabardie-Balkarie) abritent encore des minorités russes.

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Les relations entre les nombreuses ethnies daghestanaises ont toujours été très complexes. Il apparaît que le clivage principal et le plus ancien intervient entre les ethnies turciques (Koumyks, Nogaïs et Azéris) habitant la plaine côtière de la Caspienne et les ethnies paléocaucasiennes appartenant au sous-groupe (nakho)-daghestanais des langues du Caucase du nord-est (Avars, Darguines, Lezguines, Laks, Tabassarans, Agouls, Routouls, Tsakhours) habitant la zone montagneuse (Daghestan montagneux). Au Moyen Âge, les Koumyks dominaient culturellement et politiquement les Avars, les Darguines et les Laks, alors que les Azéris réussirent à imposer leur contrôle sur les Lezguines, les Tsakhours, les Agouls, les Routouls, les Tabassarans.

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La population des ethnies nord-caucasiennes varie de plus de 600000 pour les Avars et les Tchétchènes à 600 pour les Guinoukhs regroupés dans un seul village daghestanais [1].

Géopolitique des langues

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Certaines ethnies partagent la même langue ou parlent des langues très proches, comme les Adyguéens, les Kabardes et les Tcherkesses, les Karatchaïs et les Balkars, ou encore les Tchétchènes et les Ingouches. D’autres ne se comprennent guère comme c’est le cas des Daghestanais obligés d’avoir recours à une langue intermédiaire, qui ne fut pas toujours le russe. Une source daghestanaise indiquait que le fractionnement des langues, dans cette région, s’est poursuivi tout au long du XXe siècle. Ainsi, dans les années 1920-1930, on y comptait 14 groupes ethniques parlant des langues distinctes appartenant au groupe avar. Vers 2001, ils étaient au nombre de 21. On rapporte que le dialecte du village deToukit s’éloigna à tel point de son micro-groupe dialectal que ses habitants furent contraints d’utiliser l’avar ou le russe pour parler avec ceux dont ils partageaient encore le dialecte il y avait quelques dizaines d’années. Le dialecte du village Nijneïe Inkhelo s’éloigna de celui des Karatines, tandis que les Bagoulals se séparèrent en trois groupes distincts dont les dialectes se distinguaient nettement [2]. Phénomène très particulier au sein du groupe andi-didoï : les différences entre parlers d’hommes et de femmes dans les villages Andi et celui, bagoulal, de Khouchtada. Les parlers d’adultes et d’adolescents qui se distinguaient au village Tindi. Un fractionnement qui s’expliquait par un cloisonnement archaïque entre les hommes et les femmes, entre les adultes et les adolescents, mais aussi par la tradition d’épouser des femmes originaires d’autres villages [3].

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Le Daghestan, tout comme le Nord-Caucase en général, a toujours connu une hiérarchie des langues de communication :

  • l’arabe, à l’origine langue confessionnelle, s’implanta au Nord-Caucase dès le XIIe siècle, c’est-à-dire après les premières conversions massives de Daghestanais. Toutefois, il était aussi rapidement devenu la langue de l’écriture, utilisée par les lettrés nordcaucasiens dans les correspondances, en matière de jurisprudence, mais également comme langue véhiculaire au niveau régional. Selon certains témoignages, 10-12% d’habitants du Nord-Caucase auraient maîtrisé l’arabe avant 1917. Jusqu’en 1927 l’arabe était largement utilisé à tous les niveaux par l’administration du Daghestan ;
  • les langues turciques du Nord-Caucase occupaient la deuxième place après l’arabe pour la communication interethnique à l’échelle régionale. À la différence des langues caucasiques, connues pour leur fractionnement, elles étaient beaucoup plus proches les unes des autres. Au XIXe siècle et durant la première moitié du XXe siècle, le koumyk s’imposa comme lingua franca au nord-est du Caucase. Avant l’arrivée des Russes, il était largement utilisé par les Tchétchènes, les Avars, les Darguines etc. Aujourd’hui encore, il existe un village de Tchétchènes koumykisés bilingue ;
  • le géorgien joua également un certain rôle historique dans les communications régionales. Il était maîtrisé essentiellement par les hommes d’ethnie didoï qui entretenaient des liens intenses avec les Géorgiens par la vallée de l’Alazan ;
  • le tchétchène était utilisé comme langue de communication entre Andis et Vaïnakhs, cette dernière catégorie (« notre peuple ») englobant les Tchétchènes et les Ingouches. Les Andis étaient liés aux Tchétchènes par des chemins commerciaux et des pistes à bétail ;
  • au niveau local, le rôle de moyen de communication entre les Daghestanais était joué par le « bolmats » (avar), le kazi-koumoukh (lak) et le guneï (lezguine). Le russe ne réussit à s’imposer parmi les Daghestanais qu’après la Deuxième Guerre Mondiale [4].
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En novembre 1923, les bolcheviks décidèrent de réduire la prédominance de l’arabe et de la culture islamique parmi les Daghestanais. L’enseignement scolaire, ainsi que la presse et l’administration de toutes les ethnies du Daghestan passèrent à l’azéri, ce qui eut pour effet de favoriser les Azéris de Derbent et les Koumyk. En 1927, on renonça à l’azéri, mais l’utilisation de l’arabe restait interdite dans la vie publique et privée, tandis que l’on commença à élaborer des alphabets pour les langues vernaculaires du Daghestan [5].

Caractère relatif des classifications ethniques

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Au XIXe siècle, les sources russes ne distinguaient que deux groupes majeurs au Daghestan : « Koumyks » habitants de la plaine d’une part et « Lezguines » montagnards [6] d’autre part. La province se divisait alors en « Daghestan turcique » et en « Daghestan caucasien ». Une division certes arbitraire et peu scientifique qui reflétait bien, toutefois, la géopolitique russe de la région à l’époque. L’état-major de l’armée impériale opposait de la sorte les ethnies turciques de la plaine, pour l’essentiel pacifiées, aux ethnies paléocaucasiennes de la montagne, considérées comme « insoumises » et « rebelles ». Une subdivision entre « Koumyks » et « Lezguines » qui fondera toute l’action des Russes au Daghestan : encourager les populations montagnardes à descendre dans la plaine. Une descente que le pouvoir soviétique allait largement organiser, allant parfois jusqu’au transfert véritable des populations.

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De même pour la subdivision des Vaïnakhs en Ingouches et en Tchétchènes : les Russes s’employant à distinguer les Vaïnakhs « pacifiques » des Vaïnakhs « hostiles » à leur présence russe. En effet, les Ingouches renoncèrent à la résistance armée, leur soutien à la cause de l’imam Chamil, au milieu du XIXe, restant épisodique. Alors que pour une grande majorité, les Tchétchènes ont résisté l’arme à la main à la pénétration russe dans leur région et se sont ralliés massivement aux troupes de Chamil. »

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Toutefois, le cas de la fabrication des ethnies du groupe de langues adyghokabarde est emblématique. La séparation des Kabardes de ce groupe des ethnies adygho-tcherkesses résulte de l’histoire, lorsque, aux XIIe-XIVe siècles, après l’invasion mongole une partie des Adygho-Tcherkesses effectuèrent une migration du Kouban vers l’Est pour s’installer initialement sur un affluent gauche du Térek [7]. Aux XVIe-XVIIIe siècles, les Kabardes s’imposèrent dans tout le centre du Nord-Caucase, en instaurant leur contrôle sur les Balkars, les Ossètes, les Ingouches et une partie des Tchétchènes. Le reste du groupe connu sous le nom de « Circassiens » dans les sources occidentales, était composé au début du XIXe siècle, de 10 tribus : Natoukhaïs, Chapsougues, Abadzekhs, Bjédoukhs, Khatoukaïs, Témirgoïs, Eguéroukaïs, Mamkhiagues, Makhochevs et Besléneïs. Dans les années 1860, un grand nombre d’Adygho-Tcherkesses émigrèrent (furent expulsés) vers l’Empire Ottoman. Une civilisation fortement marquée par la guerre

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Avec la perestroïka, les quatre ethnies adyguéio-tcherkesses (Chapsougues,

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Adygéiens, Tcherkesses, Kabardes) prirent conscience du fait qu’ils parlaient la même langue et qu’ils avaient les mêmes origines ethniques.

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L’Association Tcherkesse Mondiale promeut une idéologie panadyguéienne.

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On se réclame d’un même passé glorieux tel que le décrit l’universitaire kabarde A. Marzeï à la veille de l’invasion par l’armée impériale.

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Les activités guerrières en étaient le pivot. Marzeï insistant sur l’importance des campagnes militaires, la vaillance, le mépris pour la mort, le maniement des armes et la maîtrise du cheval. Revenir sans butin apparaissait comme honteux.

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Le jeune homme n’obtenait les droits civiques qu’après avoir commis un vol ou tué un ennemi. Le reproche le plus offensant qu’une jeune fille pouvait adresser à un fiancé potentiel était de n’avoir pas même volé une vache.

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Seuls les hommes d’origine noble (princes et ouorks) avaient le droit de participer à des expéditions sans objectif de conquête ou d’annexion. Les demeures adyguéio-tcherkesses étaient d’ailleurs construites en matériaux peu solides de façon à les incendier et se réfugier dans la montagne quand l’adversaire s’emparait du village qui changeait donc très souvent d’emplacement.

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On considérait les batailles comme une fête solennelle à laquelle une partie des protagonistes participaient en spectateurs comme s’il s’agissait d’une représentation [8].

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À la fin de la guerre du Caucase, les Adyguéio-Tcherkesses orientaux (Besléneïs, Chapsougues et dans une moindre mesure Abadzekhs) furent installés dans des villages élargis sur le Haut-Kouban et le Zélentchouk. Ils y furent rejoints sous pression russe par des Kabardes « fugitifs » durant la première moitié du XIXe siècle et furent nommés « Tcherkesses » (terme générique) à l’époque soviétique.

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Parmi eux du Moyen-Kouban se rassemblèrent ce qui restait des Bjédougues, des Abadzekhs, des Chapsougues, des Besleneïs, des Janeïs, des Natoukhaïs, des Temirgoïs, des Khatoukaïs, des Eguéroukaïs, des Mamkhiagues, des Makhochevs, et des Khakoutchs, les premiers y étant majoritaires – rapports privilégiés et de longue date avec la Russie. Les autorités russes les avaient instrumentalisés à de nombreuses reprises bien qu’il n’eussent pas été, loin s’en faut, les alliés les plus fidèles. Les Soviétiques les nommèrent « Adyguéiens ».

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Les quelques milliers de Chapsoughes restés sur le littoral de la mer Noire, entre Sotchi et Anapa, furent seuls à récupérer le nom illustre de leurs ancêtres à la place d’« Adyguéiens de la mer Noire », comme les appelaient les ethnologues soviétiques.

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Autre cas de fabrication d’ethnies par les Soviétiques, celui des Karatchaïs et des Balkars, dont la séparation en deux ethnies distinctes a été « officialisée » dans les années 1920.

Région à haute tension

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Le Caucase est une des régions les plus conflictuelles du monde. Plus de 70 nations, ethnies et groupes ethniques s’y affrontent pour la terre et le pouvoir sur un espace réduit. Après une relative accalmie durant la période soviétique, le fait que les conflits se soient multipliés à la fin des années 1980 et au cours de la décennie qui suivit peut surprendre. Toutefois, dans l’optique braudélienne de « longue durée », la paix que le régime soviétique était parvenu à instaurer ne constituait qu’une parenthèse dans une opposition multiséculaire depuis le Moyen Âge et qui se cristallisa avec l’arrivée des troupes russes à la fin du XVIIIe siècle dans une longue guerre du Caucase ( 1816-1864) entre ces dernières et les populations montagnardes. Après la victoire des Russes et la déportation de plusieurs centaines de milliers de montagnards vers l’Empire Ottoman, les musulmanes n’allaient pas cesser de se soulevèrent. Tout comme une série d’affrontements interethniques se produisit en 1918 une fois la révolution survenue.

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Les bolcheviks joueront habilement la carte ethnique en soutenant les ethnies dans une lutte contre les Cosaques qui leur étaient majoritairement hostiles. La guerre civile se termine par le transfert d’une partie de terres cosaques à des communautés montagnardes qu’on installe dans la plaine. Quelque 35 000 Cosaques sont déportés hors de la Sounja, leurs villages étant peuplés par des Ossètes, des Ingouches et des Tchétchènes.

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Mais la collectivisation provoque une nouvelle vague de révoltes des ethnies montagnardes. Les montagnards se soulèvent un peu partout, à la fin des années 1920, en Balkarie, en Tchétchénie, au Daghestan. La révolte devient permanente en montagne tchétchène. Le pouvoir soviétique mobilise l’aviation et des unités de l’armée pour venir au bout de cette rébellion. Celle-ci reprendra en 1939 et s’intensifie particulièrement à partir de 1942 au fur et à mesure que la Wehrmacht progresse vers le Caucase. Il semble qu’une partie des populations musulmanes du Nord-Caucase ait bien accueilli les occupants. Toutefois, seuls les Balkars et les Tchétchènes se sont attaqués à des unités de l’armée rouge. Au contraire des premiers qui résistent par épisodes, les seconds parviennent à former une « zone libre » à l’arrière de la ligne du front; ils ne seront pas occupés par les Allemands qui leur fournissent cependant armes et munitions.

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En 1943-1944, quatre ethnies nord-caucasiennes – Tchétchènes, Ingouches,

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Balkars et Karatchaïs – accusées d’avoir collaboré avec l’ennemi, sont entièrement déportées vers l’Asie centrale. Plus d’un tiers des déportés périssent en route et durant les premiers mois de leur installation. Ces

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« peuples punis » seront autorisés à rentrer chez eux en 1957. Il y a là cependant une mémoire qui livrera des représentations mobilisatrices dans nombre de conflits resurgis au cours des années 1990.

Réhabilitation des « peuples réprimés »

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Ce sont les revendications des « peuples punis » – réhabilitation politique et territoriale – qui ont débouché sur une première série de conflits interethniques au Nord-Caucase. Les Karatchaïs demandent les premiers, en 1989, que soit constituée une « république karatchaïe », séparée de la Karatchaèvie-Tcherkessie formée en 1957 après le retour d’exil. L’opposition entre Karatchaïs et les Tcherkesses a failli tourner à la scission en 1991-1992. En 1999, l’élection d’un candidat karatchaï au poste de chef de la Karatchaèvie-Tcherkessie a provoqué une nouvelle série de violences et il a fallu une intervention de Vladimir Poutine, alors premier ministre, pour qu’une véritable guerre interethnique fût prévenue.

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Les Balkars exigent pour leur part une Balkarie séparée de la Kabardie-Balkarie et qui devrait englober les quatre « districts » d’où ils avaient été été déportés en 1944. L’opposition entre les Balkars et les Kabardes atteint un point critique en 1992. Politiquement divisés et très minoritaires – quelque 10 % de la population de la république – les premiers ont difficilement accepté la prédominance des seconds.

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Les Tchétchènes Akkines du Daghestan n’ont pu récupérer leurs villages, peuplés par des Laks eux-mêmes transférés par la force depuis la montagne daghestanaise, en 1957. Ceci malgré un soutien des autorités daghestanaises qui prévoyaient le transfert des Laks vers une autre zone, mais n’ont pu le réaliser faute de moyens financiers.

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Les Ingouches se sont retrouvés dans une situation très difficile face aux Ossètes du nord qui refusaient de leur restituer le district de Prigorodny ; mais ils s’y sont résinstallés, bravant toute interdiction, durant les années 1960-1970 pour y vivre avec des Russes et à des Ossètes. Des revendications sur Prigorodny, en 1990-1991, se sont traduites par une montée de la tension et un violent conflit entre Ingouches et Ossètes éclata en octobre-novembre 1992 jusqu’à ce que les troupes russes séparent les belligérants. La majeure partie des Ingouches de Prigorodny s’est réfugiée en Ingouchie et ne rentre qu’au compte-gouttes. Les négociations entre les présidents ossète et ingouche n’ont donné, pour le moment, que peu de résultats concrets même si les relations entre les Ossètes et les Ingouches se sont légèrement améliorées.

Caractéristiques de la géopolitique nord-caucasienne : distribution ethnique du pouvoir

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Au cours de la décennie de 1991-2001, les républiques du Nord-Caucase sont toutes, à l’exception de la Tchétchénie, restées plus ou moins loyales à Moscou, car elles dépendaient toutes étroitement des subventions accordées par le centre ; un besoin encore accru en raison d’une crise économique profonde. Parmi ces républiques, la plus favorisée par Moscou fut l’Ossétie du nord qui soutenait toujours ses décisions, fussent-elles très impopulaireses, et pesa sur les relations entre la Russie et la Géorgie dont dépendait le maintien du contingent russe en Ossétie du sud.

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Le Daghestan, particulièrement frappé par le chômage, ne cachait pas non plus son orientation pro-russe. De même pour la Kabardie-Balkarie. L’Adyguéie et la Karatchaèvie-Tcherkessie, avec respectivement 75% et 40% de populations russes, ne manisfestaient pas de signes de rebellion, même si elles n’accueillaient pas toujours la politique de Moscou dans la région, notamment au sujet de l’Abkhazie (la Géorgie), avec enthousiasme.

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De son côté, la petite Ingouchie était la moins favorable à Moscou. Malgré une situation économique désastreuse, la république avait toutes les chances, au début des années 1990, de rejoindre les Tchétchènes dans leur aventure indépendantiste, le maintien du District de Prigorodny en Ossétie du Nord sans lequel – un tiers des terres historiquement ingouches – l’indépendance n’était pas pensable constituant le seul obstacle à cette entreprise. C’est d’ailleurs pour cette raison que Moscou s’était opposée au transfert de ce district à l’Ingouchie et a appuyé militairement les Ossètes en octobre – novembre 1992 pendant la courte guerre ingoucho-ossète pour le Prigorodny.

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Même si elles ignoraient, à l’exception des Tchéchènes, le sécessionnisme, les républiques nord-caucasiennes se dotèrent de Parlements, de constitutions et de gouvernements propres. Elles se comportaient souvent comme des États dans l’État, obéissant à des règles non écrites de distribution du pouvoir selon en fonction des ethnies. C’est ainsi que dans les autres régions majoritairement russes de la Fédération de Russie, on pouvait trouver des gouverneurs d’origine allemande, turcique ou ukrainienne, alors que les républiques du Nord-Caucase, après 1991 et parfois bien avant, avaient uniquement des dirigeants issus l’ethnie éponyme : le président de la Kabardie-Balkarie, Valeri Kokov, était Kabarde, celui de l’Adyguéie, Khazret Sovmen, élu en janvier 2002, un Adyguéien, celui de l’Ingouchie, Rouslan Aouchev, remplacé par Malsagov puis par Ziazikov en juin 2002, un Ingouche, celui de la Karatchaèvie-Tcherkessie, Vladimir Semenov, un Karatchaï, celui de la Tchétchénie, Aslan Maskhadov, élu en 1997 et auquel Moscou substituera Ahmad Kadyrov en 2000, un Tchétchène et celui de l’Ossétie du nord, Alexandre Dzassokhov, réélu en janvier 2002, bien entendu un Ossète. D’autres ethnies éponymes ou numériquement importantes contrôlant le deuxième poste-clef. Ainsi, le premier ministre de la Kabardie-Balkarie était un Balkar, alors que le maire de Tcherkessk où se concentrait 25% de la population de la Karatchaèvie-Tcherkessie était un Tcherkesse (remplacé par un Slave en 2001) [9]. Dans cette dernière république Vassili Nechtchadimov, un Russe, occupait le poste de premier ministre, avec deux adjoints – karatchaï et abaza, alors qu’un Nogaï était aux commandes du Parlement local [10].

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En Adyguéie, en plus du poste de président, les Adyghéens occupaient les postes de vice-premier ministre, les ministères clefs, la présidence de la Cour Suprême de la république, la direction de la police, les représentations du pouvoir fédéral à Maykop, le rectorat des deux universités d’État, la direction de l’Institut des Recherches en Sciences Humaines (ses adjoints, son président du Conseil Scientifique, tous les départements), toutes les chaires de sciences sociales dans les universités, les ministères de l’Éducation et de la Science [11]. Rappelons que les Adyguiéens constituaient 23 % de la population en 1999.

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Au Daghestan où aucune ethnie n’était largement majoritaire, un conseil d’État collégial, avec représentation de toutes les ethnies dotées d’une langue écrite, gérait la vie de la république. Un équilibre constitutionnel qui n’empêchait pas les luttes interrethniques pour le pouvoir de se poursuivre à d’autres niveaux hiérarchiques.

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Ainsi, à l’époque soviétique, une règle tacite voulait que le poste de premier secrétaire du comité du PCUS de la république fût occupé par un Avar et que le président du présidium du soviet suprême daghestanais soit un Darguine. Une distribution qui s’est perpétuée, lorsque le président du Conseil d’État du Daghestan, Magomedali Magomedov et le maire de Makhatchkala, Saïd Amirov [12], étaient Darguines, alors que les Avars contrôlaient avec Moukhou Aliev le poste du président de l’Assemblée Populaire (Parlement) de la République. Le président du gouvernement (premier ministre) était en 1999 le Koumyk Khizri Chikhsaïdov [13], alors que son adjoint était l’Avar Gadji Makhatchev. Pendant les 50-60 dernières années, tous les trois postes suprêmes du Daghestan étaient occupés par des Avars, des Darguines et/ou des Koumyks. Ce qui s’expliquait par le poids numérique de ces trois ethnies dans la population de la république. Plusieurs ethnies, exclues du partage du pouvoir, tels les Laks, les Lezguines et les Tabassarans n’ont bien entendu cessé de critiquer ce système [14].

Conflit tchétchène : cadre événementiel

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Trois facteurs contribuèrent à radicaliser fortement le mouvement ethnique des Tchtchènes jusqu’à déclencher des hostilités qui menèrent le général Djokhar Doudaev au pouvoir.

Les problèmes écologiques

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Tout d’abord les problèmes écologiques, liés à l’exploration démesurée des richesses naturelles, surtout du pétrole, soit une spoliation du paysage et de la nature donc des facteurs importants de l’identité des populations. Les problèmes de pollution étant particulièrement graves dans la banlieue industrielle de Grozny (située dans une cuvette) avec la transformation du pétrole et à Goudermès où un projet de production d’une composante biochimique a mobilisé, à la fin des années 1980, l’intelligentsia de toute la république.

L’exemple de la Géorgie

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Les leaders du mouvement tchétchène se sont inspirés des Géorgiens qui avaient réussit à se débarrasser du joug de Moscou en 1989.

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En octobre 1990, la « Table ronde » de Zviad Gamsakhourdia gagna les élections législatives et les Géorgiens entamèrent un blocus de l’Ossétie du sud. L’apparition d’une république limitrophe de la Tchétchénieet indépendante de Moscou permettait d’imaginer une alliance éventuelle dans la lutte contre l’adversaire commun. C’est d’ailleurs ce qui se passa en 1991 quand Djokhar Doudaev et le leader géorgien établirent d’étroites relations.

La guerre du Golfe et l’Oumma

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Lors de la guerre du Golfe les musulmans du Nord-Caucase démontrèrent leur soutien à l’Irak, surtout au Daghestan et en Tchétchénie-Ingouchie, comme par exemple lors d’une série de manifestations, fin 1990, à Makhatchkala et à Grozny.

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Un Comité pour la défense de l’Irak fut mis en place en Tchétchénie-Ingou-chie au mois de décembre 1990. Il organisa de grandes protestations, des marches, des collectes d’argent et de médicaments, mais aussi l’enrôlement de volontaires souhaitant partir en Irak.

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On affirmait qu’un « corps de vingt-cinq mille volontaires » avait été formé pour aller combattre aux côtés des Irakiens. Abdoul Aliev, président du Comité, en même temps un de leaders du parti démocrate Vaïnakh, nationaliste et conservateur, aligne les slogans à Grozny, début février 1990 : « Touchez pas à l’Irak ! » ; « Irak, le peuple de la Tchétchénie-Ingouchie est avec toi ! [15] »

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Des tracts qui demandaient aux Cosaques du Térek de quitter la TchétchénieIngouchie, le Daghestan et tout le Nord-Caucase sous trois mois étaient distribués dans le Territoire de Stavropol ; ils faisaient référence à Saddam Hussein : « Notre jeune tigre, l’Irakien Hussein s’est dégourdi les muscles. Il va lancer un appel que nous, pieux musulmans, suivrons. Nous avons sur terre la majorité absolue et il n’est pas de force qui puisse nous arrêter [16]. »

La nomenklatura communiste tente de hisser la Tchétchénie-Ingouchie au rang d’une république membre de l’Union soviétique

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Les 25-26 novembre 1990, lesoviet suprême adopta une déclaration sur la souveraineté de la Tchétchénie-Ingouchie, proclamant de façon évidemment très ambiguë et indirecte que la Tchétchénie-Ingouchie ne faisait partie ni de la Fédération de Russie, ni de l’Union soviétique [17]. De lourdes phrases dissimulaient des intentions réelles et un projet précis. On prévoyait d’abord la séparation juridique de la Fédération de Russie – comme la Tchétchénie-Ingouchie n’avait signé aucun accord avec les autorités de la RSFSR, elle n’en faisait pas partie – puis l’inclusion de cette république dans l’Union soviétique par signature du traité d’union avec les autorités de l’URSS.

« Révolution » tchétchène

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L’élément déclencheur de la crise à Grozny, qualifiée par les médias de « révolution tchétchène », fut le coup d’État manqué des conservateurs du Politburo à Moscou les 19-21 août 1991. Le président Mikhaïl Gorbatchev se retrouva plusieurs jours prisonnier en Crimée, alors que des chars d’assaut investissaient Moscou. De nombreuses manifestations anti-coup d’État s’organisèrent alors spontanément dans toute l’Union soviétique, y compris à Grozny.

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Mais en Tchétchénie-Ingouchie, ce mouvement eut une autre signification. Les manifestants, emmenés par le Comité national du peuple tchétchène (CNPT ch) de D. Doudaev, mirent à profit les hésitations du leader communiste de la république, Dokou Zavgaev, pour condamner les putschistes et contester l’équipe dirigeante de ce dernier. Le coup d’État avait déjà pris fin que le meeting sur la place centrale de Grozny se poursuivait. Début septembre 1991, les membres de la Garde nationale du CNPT ch sortirent les armes de leurs caches du temps de la seconde guerre mondiale. Doudaev réussit à renverser Zavgaev, instaurant un organe de pouvoir transitoire, le Conseil Provisoire, dont la moitié des membres était issus du CNPT ch. Ceci avec un consentement passif de Moscou où le Tchétchène Rouslan Khasboulatov, bras droit de Boris Eltsine, voyait d’un bon oeil la chute de son rival communiste en Tchétchénie. En septembre 1991, Khasboulatov et ses proches firent plusieurs voyages à Grozny. Sans pour autant empêcher le Conseil provisoire d’éclater en deux organes de pouvoir qui préparaient chacun leur propre élection présidentielle. Celle de Doudaev eut lieu le 27 octobre 1991 et son leader fut proclamé président de la république tchétchène. L’opposition et Moscou ne reconnurent pas ce scrutin auquel avaient participé, assurait-on, 30 % des électeurs. De fait : une grande partie des Ingouches et des Russes avaient boycotté le suffrage.

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« Un esclave qui ne souhaite pas se libérer de ses chaînes mérite son esclavage. Le prix de la véritable souveraineté est si élevé qu’espérer l’atteindre à moindre coût est aussi absurde que de supposer que les Tchétchènes se résigneront un jour à une liberté coloniale limitée », Djokhar Doudaev en juin 1991 au Congrès national du peuple tchétchène [18].

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Une fois élu, Doudaev multiplia les discours indépendantistes. Début novembre 1993, Boris Eltsine réagit par un ultimatum, exigeant le désarmement des « formations militaires illégales » (la Garde nationale du CNPT ch). Plusieurs unités du ministère de l’Intérieur de la Russie furent envoyées à l’aérodrome militaire de Khankala, près de Grozny. Elles furent bloquées par la Garde nationale et escortées à l’aéroport de Vladikavkaz d’où elles répartirent pour Moscou.

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Mikhaïl Gorbatchev qui voulait rester neutre dans cette affaire avait refusé d’envoyer en Tchétchénie les troupes soviétiques. L’administration Eltsine, mise en échec, plaça dès lors la république indépendantiste sous un blocus politique, économique et financier qui se prolongea plus de deux ans et se termina par l’intervention de l’armée fédérale russe.

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« Que cherche le peuple tchétchène ? Il cherche la liberté, non parce que le mot est joli, mais parce qu’il en apprécie le véritable sens… Nous avons vu l’Empire soviétiques s’écrouler. Maintenant, c’est au tour de l’Empire russe de disparaître… Nous fûmes tous déportés et tous nous allons lutter pour notre indépendance », Djokhar Doudaëv, 1992 [19].

Première guerre de Tchétchénie

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L’armée fédérale, héritière et copie fidèle de l’armée soviétique, n’était pas conçue pour ce genre d’opérations. Une fois entrée en Tchétchénie, elle devint rapidement victime de son poids. Les Soviétiques équipaient, traditionnellement, leurs forces armées d’un grand nombre de chars et de blindés qui pouvaient être extrêmement efficaces en cas d’affrontement éventuel sur le territoire allemand entre les troupes du Pacte de Varsovie et celles de l’OTAN. Mais cette armée fédérale, surdimensionnée en 1994, n’était absolument pas adaptée au combat de rue. En outre, les fédéraux se trompèrent tragiquement en croyant qu’il s’agissait d’une simple opération de maintien de l’ordre et rencontrèrent à Grozny une résistance très organisée, établie par des anciens officiers soviétiques comme Djokhar Doudaev et Aslan Maskhadov, au fait de tous leurs points faibles. Le commandement militaire lança cinq vains assauts contre la capitale tchétchène. Des erreurs tactiques de l’état-major fédéral qui coûtèrent la vie à des milliers de jeunes recrues dès les premières semaines du conflit.

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« La Tchétchénie n’a jamais été la Russie, et les Tchétchènes ne se sont jamais considérés comme Russes. Nous sommes prêts à n’importe quel affrontement avec la Russie. Notre peuple est préparé. Tout le Caucase va nous aider, et pas seulement le Caucase », Djokhar Doudaev, janvier 1992 [20].

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On accusa le ministre russe de la Défense nationale, Pavel Gratchev, d’avoir mal conduit la prise de Grozny et sous-estimé les capacités des Tchétchènes retranchés à Grozny.

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Après des échecs cuisants, l’armée fédérale se ressaisit. L’artillerie et l’aviation se mirent à bombarder la ville avec une intensité croissante. 4 000 explosions à l’heure contre par exemple 800 à Sarajevo aux moments les plus durs [21].

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Enfin, après avoir compris qu’il avait affaire à un adversaire crédible, l’étatmajor fédéral dépêcha en Tchétchénie les troupes d’élite qui commencèrent à progresser dans la ville, s’emparant du palais présidentiel le 19 janvier 1995. Un changement de tactique qui datait de l’arrivée sur place des groupes de parachutistes du général Babitchev et des commandos des forces spéciales du GRU [22]. Les journalistes allaient souligner le professionnalisme de ces troupes fédérales, comparées tactiquement aux défenseurs de Stalingrad. Les commandos qui délogeaient les doudaéviens maison après maison étaient soutenue par des bombardements massifs, le commandement fédéral tentant de limiter au maximum les pertes par un usage démesuré de l’artillerie lourde mais faisant ainsi de nombreuses victimes parmi les civils [23].

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Même si la bataille de Grozny se conclut le 8 février 1995 sur une évacuation du QG de Doudaev hors de la ville [24], la capacité à résister du général s’explique par plusieurs facteurs :

  • il avait formé et entraîné une mini-armée professionnelle, forte de plusieurs milliers de combattants avec pour noyaux la garde nationale et les bataillons « abkhazes [25] ». Ces unités s’étaient nourries des combats contre les Géorgiens en Abkhazie sur la période 1992-1993 et les forces armées de l’opposition anti-Doudaev en 1993-1994 ;
  • il réussit à constituer des stocks d’armes et de munitions renouvelables par un pont établi entre entre l’Azerbaïdjan et la Tchétchénie. Les armements exsoviétiques arrivaient en Azerbaïdjan par le Pakistan qui en disposait en quantité depuis la guerre d’Afghanistan et la Turquie laquelle les avait achetées à la RDA au début des années 1990. En 1994, la compagnie aérienne tchétchène « Stigle » fit enregistrer ses deux TU-134 à l’aéroport de Khartoum, au Soudan. À la veille de l’intervention russe en Tchétchénie, ces avions multiplièrent des vols entre Bakou et Khartoum [26];
  • il fit venir des mercenaires des pays baltes, d’Ukraine, de pays arabes et d’Afghanistan. Fin septembre – début octobre 1994 des émissaires tchétchènes se rendirent au QG de Gulbuddin Hekmatyar, leader du mouvement islamiste afgan « Hezb I-islami ». Celui-ci leur promit qu’un détachement de moudjahiddin partirait pour la Tchétchénie. Le journal chypriote Eleftimia précisant qu’une grande partie des combattants afghans serait transférés à partir du Nagorny Karabakh où ils se trouvaient depuis 1993 [27].
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Une présence de mercenaires étrangers qui a été plusieurs fois confirmée par des responsables de la Fédération de Russie. Ainsi, le 29 décembre 1994, le ministre russe de la Défense expliquait le professionnalisme des combattants tchétchènes par la présence dans leurs rangs de nombreux mercenaires venus d’Afghanistan et du Pakistan. Le 5 janvier 1995, les sources officielles russes indiquaient que quelque 300 moudjaheddin afghans combattaient aux côtés de Tchétchènes. Le 13 janvier 1995, les journalistes de Segodnia, un journal peu suspect de sympathie pour l’administration Eltsine, soulignaient une relative facilité à disperser les milices tchétchènes même aux approches de Grozny pendant les premiers jours de l’intervention, alors qu’à Grozny les unités fédérales allaient par la suite rencontrer des professionnels entraînés d’origine diverse (mercenaires afghans, lituaniens, ukrainiens et même russes [28]).

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Après une courte pause qui suivit la prise de Grozny, les troupes fédérales reprirent l’offensive, s’emparant d’Argoun ( 23 mars 1995), de Goudermès ( 30 mars 1995), de Chali ( 31 mars 1995), de Samachki ( 9 avril 1995), de Bamout ( 19 avril 1995), de Védéno ( 4 juin 1995), de Chatoï et de Nojaï-Yourt [29] ( 13 juin 1995).

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Cependant, une prise d’otages spectaculaire à l’hôpital de Boudionnovsk par un commando tchétchène de Chamil Bassaev, du 14 au 20 juin 1995, donna un coup de frein à la marche victorieuse des fédéraux. Les négociations russo tchétchènes alors engagées à Grozny débouchèrent le 30 juillet 1995 sur un accord de paix qui prévoyait un cessez-le-feu et un échange de tous les prisonniers de guerre, ainsi que l’évacuation d’une grande partie des troupes contre le désarmement des combattants tchétchènes. Deux brigades fédérales devaient rester en Tchétchénie [30].

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Il n’y eut plus d’actions à grande échelle mais des accrochages sporadiques à intensité variable continèrent de se produire. On poursuivit les pourparlers sans arriver à un accord politique. Les indépendantistes tchétchènes insistaient sur la sécession inacceptable pour Moscou. Le 10 septembre 1995, l’armée fédérale commença à évacuer ses unités. Mais la situation allait se dégrader huit jours plus tard et la délégation de l’armée fédérale parla de désarmer par la force les indépendantistes, s’ils ne le faisaient pas de leur propre gré. Le 20 septembre ce fut l’attentat à la bombe manqué contre le représentant de Boris Eltsine en Tchétchénie, Oleg Lobov. Puis le 6 octobre, on blessa grièvement à la bombe le commandant des troupes fédérales en Tchétchénie, le général Anatoli Romanov. Le 9 octobre, Moscou interrompait les pourparlers à Grozny [31].

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Le 1er novembre, l’ex-président du parlement tchétchéno-ingouche, Dokou Zavgaev, revint en Tchétchénie en qualité de chef d’un gouvernement pro-russe et manqua de peu de périr, lui aussi, dans un attentat à la bombe le 20 novembre. En décembre 1995, il fut élu président de la république tchétchène lors d’élections boycottées et contestées par les indépendantistes [32].

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Le 14 décembre 1995, Salman Radouev, gendre de Doudaev et chef de guerre, s’empara de Goudermès. Il fallut attendre le 24 pour que les rebelles soient délogés, laissant 267 combattants sur le terrain. 9 janvier 1996 : infiltration du commando de Radouev à Kizliar au nord du Daghestan. Les rebelles se retranchèrent avec 250 otages à Pervomaïskoïe sur la frontière tchétchénodaghestanaise. Le village fut libéré le 18 janvier ; Radouev qui avait perdu 153 hommes réussit à prendre la fuite. Le 17 janvier, l’affaire prenait une tournure internationale du moment où un commando pro-tchétchène de Tocçan s’emparait à Istanboul de l’« Avrasya » avec 95 citoyens russes à bord. Les terroristes exigeant un sauf-conduit pour le le commando de Radouev pris en tenaille par les forces spéciales à Pervomaïskoïe [33].

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« La Russie perpètre un génocide à l’égard du peuple tchétchène et le commandement militaire de la résistance sera obligé de prendre des mesures adéquates, c’est-à-dire d’entreprendre des actions de diversion sur le territoire russe », Aslan Maskhadov, février 1996 [34].

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Une nouvelle étape dans les affrontements fut franchie du 6 au 9 mars 1996 quand les rebelles, dirigés par Chamil Bassaev, s’emparèrent durant quatre jours d’une partie de Grozny. Les combats s’intensifièrent partout en Tchétchénie, les bombardements de l’aviation fédérale se poursuivant. Les troupes fédérales entreprirent une nouvelle offensive dans les montagnes du sud-est et reprirent Saïassan, Tsentoroï ( 2 avril 1996) et Belgotoï ( 5 avril 1996) [35].

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Les rebelles reprirent alors l’initiative en détruisant à 25 km de Grozny une colonne blindée de la fédération : 23 véhicules sur 27 incendiés le 16 avril 1996. La liquidation du général Doudaev par un missile près de Gekhi Tchou, le 21 avril 1996, n’amena pas les rebelles à changer de tactique – la guérilla. Moscou recommença cependant à négocier avec les indépendantistes. Le président tchétchène par intérim, Zelimkhan Yandarbiev et le premier ministre russe, Viktor Tchernomyrdine, signèrent au Kremlin un accord de cessez-le-feu le 27 mai 1996. Sans que les accrochages cessent et les Russes accusant Yandarbiev d’une incapacité à contrôler ses combattants sur le terrain [36].

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La tension monta encore d’un cran quand les rebelles firent prisonniers 26 soldats fédéraux près de Nojaï-Yourt le 1er juin 1996. Les pourparlers russotchétchènes à Makhatchkala furent interrompus. Une explosion ravagea une rame de métro moscovite le 11 juin 1996, alors qu’une délégation indépendantiste faisait l’objet d’un attentat à la bombe en Tchétchénie le 12 juin 1996. Un autre attentat à la bombe survint dans un autocar à Naltchik, en Kabardie-Balka-rie, causant six morts. Les pourparlers russo-tchétchènes allaient reprendre et échouer à nouveau. Les indépendantistes recommencèrent le combat à Ourous-Martan, Nojaï-Yourt et Kourtchaloï le 9 juillet 1996. Deux nouveaux attentats à la bombe se produisirent à Moscou les 11 et 12 juillet 1996, blessant 33 personnes [37].

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Les rebelles lancèrent un nouvel assaut contre Grozny le 6 août 1996, les combats faisant rage partout dans la ville le 7 août 1996. Les fédéraux perdirent le contrôle de la capitale et se retranchèrent dans les deux aéroports de Séverny et Khankala le 8 août 1996. C’est alors que le nouveau secrétaire du Conseil de Sécurité russe, le général Alexandre Lebed, se rendit en Tchétchénie et engagea des pourparlers avec le chef militaire des rebelles, Aslan Maskhadov. Un premier accord russo-tchétchène était signé à Novyé Atagui le 22 août 1996. Les fédéraux évacuant la montagne. À Khassavyourt au Daghestan, Lebed et Maskhadov signèrent un deuxième accord. Les indépendantistes acceptaient de remettre à plus tard – en 2001 – le débat sur le statut de leur république; Moscou évacuait ses troupes le 2 septembre 1996. La campagne de Tchétchénie de 1994-1996 était close [38].

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« Avec l’aide d’Allah, nous allons plonger la Russie dans l’état où se trouve actuellement la Tchétchénie et nous continuerons jusque ce que le drapeau noir du djihad flotte sur le Kremlin », Khattab, avril 1998, au journal Al-Qaf [39].

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Après la mort de Doudaev, la résistance tchétchène allait rapidement se diviser en plusieurs dizaines de groupes autonomes, contrôlant chacun son territoire. La Tchétchénie se transforma en une coalition floue de féodaux de type médiéval. Moscou connaissant de plus en plus de difficultés à poursuivre les négociations. Bien qu’il ait été élu président le 27 janvier 1997 [40], Aslan Maskhadov ne parvint jamais à imposer un contrôle sur toutes les formations armées.

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Il y a deux explications à la deuxième intervention russe en Tchétchénie à partir de 1999 : l’enlèvement et le commerce généralisés des êtres humains en territoire tchétchène et l’agression des wahhabites tchétchènes à partir du Daghestan.

Campagne de Daghestan et deuxième guerre de Tchétchénie ( 1999-2001)

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Les premiers accrochages sérieux entre forces russes et combattants tchétchènes survinrent au nord du Daghestan le 28 mai 1999. Des combattants tchétchènes du chef de guerre d’origine jordanienne ou saoudienne (mort au printemps 2002) Khattab reprirent les combats, pénétrant en plusieurs endroits au Daghestan septentrional le 2 juin 1999. Une incursion qui se répéta le 17 juin 1999. Les wahhabites daghestanais, épaulés par les combattants tchétchènes, proclamèrent l’introduction de la charia dans les villages d’Etcheda, Gakko, Guigatl et Avgali déclarés territoire islamique le 1er août 1999. L’armée fédérale entra en action près d’Etcheda le 3 août 1999. Plusieurs centaines d’islamistes tchétchènes traversèrent alors la frontière daghestanaise et s’emparèrent des villages d’Ansalta et de Rakhata le 7 [41].

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« La Tchétchénie aura son propre État islamique qui ne sera ni soudanais, ni arabe ou iranien, mais tchétchène. Nous allons donc nous appuyer sur l’Islam traditionnel, celui que nous avons hérité de nos aïeux. Nous allons perpétuer dans notre État islamique autant que possible de traditions et de coutumes propres à notre peuple. Un Tchétchène qui renie ses traditions, ce n’est plus un Tchétchène », Aslan Maskhadov, mars 1999 [42].

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Les Daghestanais mirent en place des milices et organisèrent la résistance à l’incursion tchétchène. Les combats faisaient rage aux environs d’Ansalta, de Rakhata et de Tando les 19-21 août 1999. Les fédéraux délogèrent les wahhabites de Tando, Rakhata, Chadroda, Ansalta Ziberkali et Achino le 24 août 1999. Les rebelles tchétchènes se replièrent chez eux. Le nouveau premier ministre russe, Vladimir Poutine, allait se rendre au Daghestan le 28 août 1999. Les forces fédérales lancèrent une attaque contre le fief wahhabite de Karamakhi et Tchabanmakhi au Daghestan du 29 août au 3 septembre 1999 [43].

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Une série d’attentats particulièrement meurtriers se produisirent à Moscou le 31 août 1999, à Bouïnaksk au Daghestan le 4 septembre 1999, et de nouveau à Moscou les 9 et 13 septembre 1999, ainsi qu’à Volgodonsk le 16. Poutine déclara que les terroristes se cachaient en territoire tchétchène et que les forces extrémistes les y protégeaient. Le premier ministre se disant prêt à « arracher cette abomination par les racines [44]. »

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Les fédéraux repoussèrent finalement les rebelles de Bassaev et de Khattab vers la Tchétchénie et se concentrèrent à la frontière le 21 septembre 1999. L’aviation fédérale bombarda l’aéroport de Grozny et 15 villages tchétchènes le 23 septembre 1999. Poutine lançant la fameuse phrase : « Nous irons si besoin est les buter dans les chiottes » ( 24 septembre 1999) [45].

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« Les combattants de “l’Armée de l’Imam” ne doivent en aucune manière épargner les villes ou les bourgades, dès lors que les formations militaires russes s’y trouvent. [… ] Le combat doit être mené rue par rue, quartier par quartier, maison par maison. [… ] La libération se rapprochent [46]. » « Nous ferons table rase sur tout l’espace compris entre le Daghestan et Moscou, y compris au Kremlin. Nous allons inscrire les pages les plus sanglantes de l’histoire contemporaine, même si toute la population doit y rester. [… ] Les Russes n’ont que 24 heures pour évacuer Rostov, Tsaritsyn [47], Astrakhan et Taganrog [48] », Magomet Tagaëv.

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Les troupes fédérales entrèrent en Tchétchénie le 30 septembre 1999, pénétrant sur 5 à 30 km de profondeur les 2-3 octobre 1999. Les fédéraux occupèrent toute la rive gauche du Térek le 5 octobre 1999, s’emparèrent de Goragorski le 15 et approchèrent de Grozny le 29. Les taliban afghans offrant une aide militaire et financière aux indépendantistes tchétchènes, tandis qu’un groupe d’Albanais du Kosovo traversaient la Géorgie pour les rejoindre fin octobre 1999 [49].

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Une opposition anti-Maskhadov se forma en Tchétchénie autour du mufti Ahmad-Hadji Kadyrov qui avait rendu Goudermès aux fédéraux et de l’exmaire de Grozny Beslan Gantémirov, libéré d’une prison russe le 6 novembre 1999 lequel commença à former des milices tchétchènes qui combattraient aux côtés des Russes lors de la bataille pour Grozny le 30 novembre 1999 [50].

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La percée russe se poursuivit, les forces fédérales prenant Assinovskaïa le 12 novembre 1999, Bamout le 14, Novy-Charoï le 16, Atchkhoï-Martan le 19, Argoun le 3 décembre, Ourous-Martan le 8 et Chali le 14. La bataille pour Grozny commença le 13 et s’intensifia le 24, l’assaut se généralisant le 26. À Grozny Les fédéraux progressaient lentement.. En même temps, les rebelles entreprirent une contre-offensive à Argoun et Chali le 9 janvier 2000 qui se solda par un échec. La bataille de Grozny se termina par une évacuation de la ville par les rebelles orientés vers les champs de mines où

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