20.12.2008

Kosovo: la question de l’islam

Kosovo: la question de l’islam




En mars 2005, une enseignante d’une école primaire du Kosovo, qui avait commencé à porter un foulard, fut suspendue. Cette affaire est symptomatique de la crise d’identité que traverse la société kosovare et soulève d’autres sujets brûlants ayant trait à la religion et à l’islam. Elle révèle aussi l’absence d’espace de discussion sur les questions de la religion et de l’islam au Kosovo. – Une analyse de Bashkim Iseni.

Au mois de février 2005, une enseignante de langue anglaise de l’école primaire Isa Boletini du village de Busi (dans les environs de Prishtina-Kosovo) reçut du directeur l’ordre d’enlever son foulard à l’école dans un délai de trente jours si elle voulait continuer à enseigner. Elle refusa de se plier à cette exigence. Au mois de mars, elle fut suspendue sous effet immédiat pour non respect de l’article 5 du règlement interdisant le prosélytisme à l’école. Un mois plus tard, cette décision fut confirmée par le Directorat de l’enseignement et des sciences de la municipalité de Prishtina, qui lui rappela aussi les avertissements du directeur de l’école sur le port du foulard et la propagation de la religion à l’école. La décision était juridiquement motivée par un article de la loi sur l’enseignement primaire et secondaire du Kosovo, qui stipule: «Les institutions de l’enseignement public se tiennent à l’écart de l’enseignement religieux ou autres activités qui promeuvent une quelconque religion» (art. 4.7).

Cette enseignante était réputée pour ses qualités d’éducatrice. Cependant, une semaine après son mariage, elle s’était soudainement mise à porter le foulard. Selon elle, ce fait aurait «terrifié» les responsables de l’école. Même si la décision de suspension a eu pour motif le prosélytisme, il est clair que le port du foulard a été la principale motivation de l’expulsion. Le reproche de prosélytisme est d’ailleurs catégoriquement réfuté par l’intéressée: «Ceci est absolument faux. Ce n’est pas vrai que j’ai tenu des cours de religion avec mes élèves. J’ai suivi le programme de l’enseignement que je devais donner et ceci peut être confirmé par les élèves». Ces reproches auraient été ajoutés après la décision de suspension. Le directeur de l’école le confirme, mais en précisant qu’ils s’appuient sur l’enquête et les témoignages qu’il aurait réunis. L’enseignante estime que ses droits élémentaires ont été bafoués. Pour elle, le port du voile n’est pas synonyme de propagande religieuse: «On peut faire de la propagande sans foulard». Elle nie aussi que son mariage serait à l’origine du port du foulard. Ceci serait venu d’un «ordre de Dieu». Enfin, elle conteste l’idée qu’on puisse interdire le port du voile sans une loi et un débat public sur la question.

Une affaire de foulard comme révélateur

L’affaire en question, relayée par la revue Java (La Semaine), a suscité des réactions et déclenché une véritable polémique dans l’opinion publique kosovare.

Le principal imam du Kosovo, Sabri Bajgora, est indigné par cette affaire. Il défend l’enseignante et qualifie la situation de violation flagrante des droits humains élémentaires et «d’offense publique de la dignité de la femme albanaise voilée». Pour lui, «le port du voile ne constitue pas en soi une propagande religieuse mais il s’agit d’une norme religieuse (comme le hadj, le zakat) qui doit être respecté par tous les citoyens» dans un pays en grande majorité musulman. Bajgora demeure en outre critique sur la question qui s’était posée à Mitrovica aussi (Nord du Kosovo), où une élève avait été interdite d’entrée dans son gymnase en 2003 pour port du voile (l’ombudsman du Kosovo estima que le Ministère de l’éducation ne devait pas appliquer à une élève une telle décision fondée sur l’interdiction du prosélytisme). Il pose la question de savoir pourquoi le Ministère de l’éducation ne réagit pas contre «la nudité» des élèves dans les écoles primaires et secondaires, ou encore contre la prostitution, la drogue. Concernant l’affaire de l’enseignante, il avertit que si les institutions kosovares ne résolvent pas ce cas, «il y aura des réactions en chaîne et nous ne répondons pas de ce qui peut suivre» (Java, 2 juin 2005). Selon lui, la solution de ce problème doit passer par une loi qui réglerait toutes les questions relatives aux libertés religieuses.

Pour l’un des chantres du puritanisme islamique au Kosovo, Shefqet Krasniqi, imam de la Grande Mosquée de Prishtina et enseignant à la Faculté des études islamiques à Prishtina, la question du foulard est l’essence même de l’islam. Pour ce cadre religieux charismatique portant une barbe imposante, formé à l’Université de Médine en Arabie Saoudite (où il a passé quinze ans et obtenu un doctorat en shariah islamique) et revenu au Kosovo en 2001, «une personne qui nie ce pilier [le voile] de la foi musulmane et cet impératif indispensable, est du nombre de ceux qui nient la vérité. Elle est du nombre de ceux qui nient le Coran. Même si cette personne prie, pratique le jeûne du ramadan et prétend et déclare être musulmane, c’est une mécréante. Cette personne ment, mais ne peut mentir Dieu. Elle ment à elle-même et peut-être nous ment aussi. Cette personne est en dehors de l’islam et n’a pas de place dans l’islam. Si elle meurt comme telle [sans voile], elle ne mérite pas des prières de mort [de sépulture], ne mérite pas d’être inhumée dans les cimetières musulmans, ne mérite pas d’être embellie de linceul ni ne mérite des condoléances à ses proches». Selon Shefqet Krasniqi, «il n’est pas permis de faire des prières pour cette personne pour que Dieu ait de la miséricorde». Sur la question du voile «il n’y pas de place ni de possibilité pour la discussion».

Par la même occasion, il dénonce la classe politique kosovare qui, au nom de la démocratie et des droits de l’homme, adopte une attitude négatrice sur le port du voile et des prières musulmanes. Le voile serait une norme religieuse chez les juifs et chez les chrétiens aussi. Le voile ne dérangerait pas les Européens qui ne sont pas musulmans alors que «nos fils, nos hommes que nous avons élus, ferment les yeux et ne peuvent voir, ni supporter, à côté d’eux, une fille ou une sœur voilée». Tout en tenant ce discours, il reconnaît que «nous ne sommes plus au temps du communisme, où on risquait 20 ans de prison pour ces propos. Nous sommes au moins libres de nous exprimer».

Cette position rigide de Shefqet Krasniqi sur le voile diffère substantiellement de celle du principal imam du Kosovo, Sabri Bajgora: «On ne peut pas dire que les femmes qui ne portent pas le foulard ne sont pas musulmanes. Absolument pas. Ce sont des femmes qui ont manqué à une norme de Dieu. On ne peut les accuser d’être non croyantes. Loi de là, c’est comme si nous disions la même chose pour quelqu’un qui ne fait pas la prière. Chaque homme répond de ses propres fautes et se présente chez Dieu avec ses propres œuvres. C’est une logique très simple. Chacun doit mesurer lui-même comment il va aller vers Dieu » (Java, 9 juin 2005).

L’affaire de l’enseignante est symptomatique de la véritable crise d’identité que traverse la société kosovare. Cette polémique soulève d’autres sujets brûlants ayant trait à la religion et à l’islam. Elle révèle aussi l’absence d’espace de discussion sur les questions de la religion et de l’islam au Kosovo et sur la place de la religion dans cette société. L’émotion provoquée autour de l’affaire de l’enseignante témoigne d’un écart entre le discours de l’élite intellectuelle et politique et celui que tiennent les dignitaires religieux musulmans. D’autre part, les polémiques autour de cette affaire révèlent la montée de tensions religieuses intra-albanaises au Kosovo. Enfin, certaines réactions reflètent aussi des tentatives de politisation de l’islam au Kosovo.

L’islam au Kosovo: un statut marginalisé?

Ce qui saute aux yeux dans l’affaire est l’insensibilité manifestée par le Conseil pour la défense des libertés et les droits de l’homme du Kosovo (Këshilli për Mbrojtjen e Lirive dhe Drejtave të Njeriut). Ce n’est qu’après s’être retrouvé dans la ligne de mire de l’éditorial du rédacteur en chef de Java qu’il a brièvement réagi et s’est montré plus réceptif à l’appel de l’enseignante, qui a d’ailleurs remercié par la suite le périodique d’avoir offert une tribune pour dénoncer «l’injustice qu’elle avait subie» (Java, 14 juillet 2005). Selon les dignitaires religieux musulmans (notamment les plus radicaux), l’élite albanaise serait frustrée, complexée par rapport à son appartenance religieuse et tenterait d’occulter ce fait. En décembre 2003, lors d’un voyage d’une délégation du gouvernement du Kosovo en Allemagne, une partie du groupe aurait refusé la traduction de la discussion par une femme albanaise voilée, rapporte l’International Religious Freedom Report on Kosovo (U.S. Office Pristina, Kosovo, 15 septembre 2004). Sabri Bajgora rappelle que le Kosovo ne peut être un Etat islamique, car le Kosovo est en Europe, cependant, «la population du Kosovo est à 90% musulmane et tout le monde le sait. Nous essayons vainement de cacher notre identité, car nous savons que nous sommes musulmans». Et d’ajouter: «Nous sommes à 98% musulmans et nous ne pouvons sortir de notre peau.» (Java, 9 juin 2005)

Les critiques contre les dirigeants kosovars sur la place de l’islam s’appuient sur plusieurs éléments concrets. Le premier est lié à l’enseignement de la religion à l’école. Le deuxième concerne la loi sur les libertés religieuses. Enfin, le troisième porte sur la minimisation de l’espace de l’islam dans la vie quotidienne kosovare.

En ce qui concerne l’enseignement religieux à l’école, l’élite politique kosovare et une partie de l’intelligentsia se montre opposée à cette demande, au nom de la laïcité de la société et de la peur de voir naître des divisions religieuses parmi les élèves des écoles primaires et secondaires. Selon Ferid Agan, l’un des fondateurs du Parti de la justice du Kosovo (nouvelle formation politique représentée par trois élus), on peut observer une «extrême ambivalence institutionnelle sur une question d’une importance incontestable pour la stabilité psychosociale de la jeunesse du Kosovo, qui vit dans une situation de transition extensive». Il estime que «le temps est venu pour que les préjugés agressifs laissent la place à la raison et aux faits positifs, à l’image de l’expérience de beaucoup d’Etats» (notamment les Etats-Unis d’Amérique).

La totalité des défenseurs des cours de la religion à l’école appuient en effet leur argumentation sur les expériences occidentales en la matière. D’autres arguments fréquemment invoqués sont l’existence de tels cours dans tous les Etats voisins de l’ex-Yougoslavie ainsi que les bénéfices supposés de ces cours pour la jeunesse kosovare, frappée par la délinquance et la drogue.

Quant à l’adoption de la loi sur les libertés religieuses, les milieux religieux musulmans demeurent très critiques vis-à-vis de son contenu et de sa portée (un certain nombre de critiques des représentants chrétiens convergent avec celles des musulmans). Les principaux reproches sont:

* la non reconnaissance de l’autorité de la Communauté islamique du Kosovo (ci-après CIK) et de l’épiscopat de l’Eglise catholique ainsi que de leur rôle dans la résistance et lors de la guerre;

* la possibilité de fonder des communautés religieuses avec seulement trois personnes (alors qu’il en faut 1000 pour fonder un parti politique);

* l’absence de définition du statut de l’Eglise orthodoxe serbe vis-à-vis des institutions du Kosovo;

* l’absence d’un engagement clair de l’Etat pour le financement des communautés religieuses;

* enfin, l’absence de toute référence aux sectes et à leur financement.


Aux yeux de Sabri Bajgora, cette loi est une «catastrophe» et «un grand anachronisme», car elle met au pied d’égalité la religion dominante du Kosovo, l’islam, avec des communautés religieuses insignifiantes: «Ce qui se passe au Kosovo est un affaiblissement de la substance religieuse ou de l’équilibre religieux. La communauté catholique y est aussi opposée.» (Java, 9 juin 2005)

Enfin, le rôle mineur de la religion musulmane dans la sphère publique consterne les milieux religieux musulmans. La fermeture de la salle de prière à la Bibliothèque nationale du Kosovo par le directeur de celle-ci ainsi que le refus d’autorisation de construction d’un centre islamique à Prishtina sont continuellement cités comme exemples de la restriction des libertés religieuses des musulmans au Kosovo.

En outre, la marginalisation de figures musulmanes de l’historiographie nationale albanaise semble irriter un certain nombre d’intellectuels. Ainsi, «l’an 2005 est celui de Muhammad Ali, Pacha d’Egypte. L’Egypte l’admire, malgré le fait que celui-ci était Albanais, alors que chez nous, l’an 2005 est réservé uniquement à Skanderbeg! [personnage historique du XVe siècle devenu la figure nationale albanaise par sa résistance face à l’occupation ottomane]. Qu’en est-il des autres: Ali Pacha, Mimar Sinan, les Sadriazam [équivalent d’un général dans l’armée ottomane], les commandants brillants de l’armée, les amiraux des flottes de la Méditerranée. Ils étaient tous albanais. Quand toute la vérité sera-t-elle écrite?», déclare Ubejd R. Gashi dans un article intitulé «Themelet e mbrapshta» (Les fondations à l’envers), (publié dans Vepra [L’Œuvre], Revue d’information, culturelle et scientifique, Skopje, N° 78, septembre 2005) .

L’islam au Kosovo: question taboue

La question centrale qui se pose est de savoir pourquoi la religion musulmane semble être un tabou pour l’élite kosovare – et l’élite albanaise en général?

Dans un entretien que nous avons mené avec lui à Prishtina en août 2005, Ferid Agani expliquait que la réticence de l’élite kosovare face à la religion s’enracine dans la période du communisme et de la domination serbe. En fait, selon lui, la plupart des intellectuels et universitaires du Kosovo sont issus de familles religieuses. Le changement qui se serait opéré sous le communisme était la conséquence de la politique serbe consistant à mettre sous pression l’élite albanaise. Celle-ci devait faire le choix entre l’instruction ou la religion, car «ces deux dimensions étaient inconciliables» pour le régime. Depuis le communisme, une forte discontinuité (discrepancy) se serait produite dans l’élite kosovare, car la religion comme culture a continué à être pratiquée par celle-ci, mais uniquement dans la sphère privée. Ainsi, peu à peu, l’élite kosovare se serait totalement coupée de la tradition, et en l’occurrence de la religion. Agani estime que les autorités du Kosovo continuent d’alimenter les concepts communistes de l’instruction matérialiste en niant, dans sa totalité, la dimension spirituelle. Les élèves dans les écoles sont victimes de ce système, car ils sont «croyants dans leur maison et dans leur famille, et athées à l’école»: l’identité religieuse s’arrête à la porte de l’école. Ceci peut provoquer chez eux un grand vide et avoir des lourdes conséquences psychologiques. Agani précise que sa formation politique vise à «articuler des intérêts politiques des citoyens du Kosovo, lesquels sont à la fois de sincères croyants et des patriotes déterminés» et à «promouvoir des valeurs éthiques dans la politique». Autrement dit, l’objectif de son parti n’est pas religieux, mais il le voit comme un parti de citoyens dont leur but est d’articuler auprès des institutions du Kosovo les «besoins vitaux» des Kosovars pour vivre et pratiquer leur foi.

Pour Milazim Krasniqi, un intellectuel respecté du Kosovo, qui manifeste depuis quelque temps, un engagement en faveur de l’identité musulmane de la société albanaise, l’élite kosovare souffre de l’amalgame entre la religion musulmane et le terrorisme. Il qualifie cette situation «d’absurde» et fait le lien entre cette attitude de l’élite et une tendance à «rechristianiser le Kosovo». Selon lui, chaque fois que les Albanais sont sortis de l’islam, des problèmes sont apparus. Afin de remédier à cette situation, il faut que les citoyens se mobilisent un peu plus afin de faire davantage pression sur les dirigeants politiques.

Il est vrai que l’empreinte de l’athéisme communiste est indéniable dans l’attitude vis-à-vis de la foi musulmane. La majorité des cadres du Kosovo ont fait leurs études à l’Université de Prishtina, où prédominait un fort sentiment athée.

Toutefois, pour comprendre objectivement la relation compliquée des Albanais du Kosovo avec la religion musulmane et la religion en général, d’autres facteurs explicatifs doivent aussi être pris en compte. Le plus important est le fort attachement de la société kosovare, dans sa grande majorité d’ethnie albanaise, aux valeurs nationales et ethniques albanaises. Le sentiment national albanais, comme lien social, a été forgé autour de la langue et non pas la religion. Lors de la constitution du mouvement national albanais au XIXe-XXe siècles, processus qui a abouti à la fondation de l’Albanie indépendante en 1912, le facteur religieux n’a pas été intégré dans l’iconographie nationaliste, car les Albanais étaient de trois, voire quatre religions (l’islam sunnite, le bektachisme, le catholicisme et l’orthodoxie), et cela pouvait constituer un facteur de division dans l’entreprise nationale. L’unicité nécessaire aux mobilisations nationalistes a pu se créer autour de la langue, de l’idée d’une descendance ethnique albanaise depuis les Illyriens et autour de diverses figures historiques (à commencer par Skanderbeg). Ceci ressort clairement des appels de l’un des principaux architectes historiques du nationalisme albanais, Pashko Vasa: «Réveillez-vous, Albanais, il est temps de vous lever et de vous lier par des liens fraternels; ne regardez pas vers l’église ou la mosquée pour la piété, la foi des Albanais est l’albanité.» (Pashko Vasa, Albania, 1887)

L’historiographie contemporaine albanaise est largement calquée sur cette rhétorique véhiculée par les manifestes nationalistes du XIXe siècle, qui visait la création d’une histoire nationale ainsi que la conscientisation nationale des populations de langue et culture albanaise. Durant le régime totalitaire d’Enver Hoxha, cette historiographie a aussi fortement été influencée par la doctrine nationaliste d’inspiration marxiste-léniniste. Cette production littéraire hoxhiste s’est largement répandue au Kosovo et en Macédoine et a ainsi contribué à développer, dans les élites, un rapport problématique avec l’histoire et la religion. On peut relever parfois une aversion, voire un mépris envers la religion (en particulier musulmane) de la part des intellectuels.

Il faut aussi relever que l’islam albanais est un islam hétérodoxe, syncrétiste, qui plonge ses racines dans le sunnisme ottoman (hanéfisme) ainsi que le bektachisme. La conversion albanaise à la religion a été progressive depuis la conquête des Balkans par l’Empire ottoman au XVe siècle. Au début, les indigènes se montrèrent réfractaires, mais une fois la domination ottomane consolidée et motivés par les bénéfices socio-économiques qu’ils pouvaient tirer de la conversion (ils n’étaient ainsi plus soumis aux limitations imposées aux communautés non musulmanes), ils acceptèrent la religion musulmane. Pour les Albanais, cette conversion fut facilitée par les relations superficielles qu’ils entretenaient avec la religion. Au XVIIe siècle, les conversions devinrent plus massives, principalement pour des raisons socio-économiques: les communautés chrétiennes étaient alors soumises à des lourdes augmentations de taxes. Ce processus de la propagation de l’islam s’accéléra au XIXe siècle, du fait de l’encouragement des différents ordres mystiques musulmans (les bektachis) par des pachas qui avaient des visées autonomistes par rapport à la Sublime Porte.

Il est vrai aussi que ce qui rend les leaders kosovars plus attentifs à la question de l’islam est la peur d’une stigmatisation islamiste du Kosovo, qui pourrait avoir des conséquences sur le futur statut politique de la région (alors qu’il y a clairement aspiration d’accession à l’indépendance de cette ancienne entité fédérale yougoslave). Ceci pourrait indéniablement influencer la position des pays occidentaux sur la question de l’indépendance. On comprend ainsi le discours récurrent serbe et macédonien (relayée par certains analystes et journalistes occidentaux et francophones en particulier) sur la «menace islamiste» que pourrait représenter la population albanaise dans les Balkans et pour l’Europe plus généralement.

Toutefois, l’élite politique et intellectuelle albanaise, qu’elle se trouve en Albanie, au Kosovo, en Macédoine, en Serbie du Sud ou au Monténégro, est aujourd'hui culturellement et politiquement orientée, dans sa très grande majorité et sans ambiguïté, vers le modèle occidental et la laïcité. En ce qui concerne la classe politique, cette orientation ressort clairement du programme des partis politiques et du discours en faveur de l’intégration du Kosovo dans les structures politiques et militaires euro-atlantiques. Quant aux intellectuels, il y a chez eux un net penchant à promouvoir des figures historiques politiques et intellectuelles albanaises proches de la civilisation occidentale et à celer les dynamiques historiques sous l’influence du monde oriental. De plus, certains dirigeants kosovars ne cachent pas leur sympathie pour la religion catholique. Le président du Kosovo, Ibrahim Rugova, aurait même songé à se convertir au catholicisme. Outre la sympathie que cela pourrait susciter dans les pays occidentaux son penchant pro-chrétien, le catholicisme s’ajouterait à une série de marqueurs identitaires qui distingueraient les Albanais des Etats slaves orthodoxes avoisinants.

Bashkim Iseni



Docteur ès sciences politiques, Bashkim Iseni est un chercheur qui vit en Suisse. Spécialiste du domaine balkanique, il a soutenu en 2005 à l’Université de Lausanne une thèse (pas encore publiée) sur La question nationale en Europe du Sud-Est. Genèse, émergence et développement de l’identité nationale albanaise au Kosovo et en Macédoine. L'auteur se rend régulièrement dans la région pour y poursuivre ses travaux.

La photographie qui illustre cet article est la propriété de Joe Kelley et a d’abord été publiée sur son site personnel: http://home.xnet.com/~jkelley/index2.html. Elle est reproduite ici avec l’aimable autorisation de son auteur.

15.12.2008

Miranda Vickers is mistaken about Islam in Albania

THE MUSLIM FORUM OF ALBANIA

 

 

 

LETTER
 

Miranda Vickers is mistaken about Islam in Albania


November 13th, 2008
 

The Muslim Forum of Albania has read with interest Miranda Vickers’ work entitled “Islam in Albania”, published on March 2008 by the Advanced Research and Assessment Group of the Defence Academy of the United Kingdom.

After reading the paper, the Muslim Forum of Albania expresses its discontent with its quality. The Forum is concerned with Ms. Vicker’s paper, since it is filled with generalizations and in many cases with gossips, which diminish the quality of an academic work that Ms. Vickers pretends to have accomplished.

Many sentences and paragraphs of her writing, reflect a tendency to generalize and simplify the realities of Islam in Albania, showing thus a lack of knowledge by the author about the Albanian Muslim community. Since the author does not have a good knowledge of the realities of Islam in Albania and because it uses many generalizations, in many cases the author creates unfounded fears and Islamophobia. In some cases, such as on page 2 of the work,[1] Vickers pretends that Albanians have brought down communism only to embrace the West and not their Islamic religion. She ignores the massive flow of the Albanians towards religion which followed the collapse of communism, whereby they opened hundreds of mosques and churches all over the country, and started learning and practicing their communist-prohibited religions. The wording that Vickers uses in her paper and her claim that the slogan of the Albanians in 1990’s was “Towards Europe or Islam,” make the readers feel as if the Albanians did not want Islam and God, but wanted only the West, which for its part abandoned them to the ‘Other’, which for her is Islam. This is a very simplistic and exclusivist example, which does not take into consideration the feelings of Albanian Muslims but refers only to the Islamophobes, who do not want to see Muslims living in Albania; are not happy to see Albania be part of the Organization of the Islamic Conference and have connections to the Arab World.

In her article, Vickers lays out some facts that would surprise any serious researcher of religions in Albania. In this context, she pretends that Muslim missionaries pay children for going to the mosques of Albania, even though she fails to give even a single reference proving this.[2] In another paragraph Ms. Vickers, labels the head of the Muslim Community of Albania “Chief Mufti Selim Muca”, while Selim Muça is neither a mufti, nor Chief Mufti but the head of the Muslim Community of Albania. In another place, she claims that the Xhemati Ahmadije (sic!),[3] which has a mosque in Tirana, but is considered as non-Muslim by the Muslims, according to her is a “a very strict Muslim sect from Kashmir”.[4] And in another place she claims that one journalist that writes about Islam in Albania, was educated in a madrasa in Malaysia, while in reality he has never attended any madrasa in his life.

In page 3 of the paper,[5] Ms. Vickers pretends that since the 1990s, thousands of Albanians traveled to Arab and Asian countries and as a result brought another version of Islam in Albania which differs from the Hanafi Islam. But even here she fails to produce any reference for this claim. The major theme of Vickers’ paper seems to be the repetition of the myth that the Islamophobes created in Albania during the era of Socialist rule,[6] which claims that the Arab Islam is the bad Islam – and it is exported in Albania in order of destroying the Albanian Islam, which is shown as the politically correct form of Islam that Albanians must have. For making her point, on page 2 of the article, Vickers shows how with the opening of Albania to the free world, the Arab Islam came in Albania, as if the Islam that the Albanians have practiced for the last 500 years and throughout the World, has not originated from Mecca but from the Moon. Vickers pretends that the Muslims in Albania are threatened by fundamentalists who are penetrating Albania through imam trainings and their literature.[7] However she fails to show how this thing is happening, and moreover she fails to show the persecution, prejudice and illegal expulsions that many Muslims, Arabs and Muslim NGOs have suffered in Albania, after the tragedy of 9/11.

Vickers pretends that with the coming of the Arab Islam, two rival factions have been created within the Muslim Community in Albania, the Salafis and the Hanafis.[8] The Salafis are considered by Vickers as radicals and anti-modern, while the Hanafis as moderate. According to the author, the Salafis are a problem not only for the Sunni Muslims of Albania, but also for the Bektashis and they are perceived as potential terrorists.[9]

For making her point about the threat of the Salafi Islam, Vickers connects even the assassination of Salih Tivari, former deputy secretary general of the Muslim Community of Albania, with them. Even though up to this day no one knows who killed Tivari and in many cases the Albanian press has alluded that he might have been killed by the Albanian Mafia, Vickers insists that he was threatened by people who had studied in the ‘madrasas’ of Saudi Arabia and Malaysia, since, according to Vickers, he supposedly attempted to reduce the number of daily and funeral prayers of Muslims (sic). But even here, Vickers does not defend her argument with credible facts, but refers only to an amateur article published on Klan Magazine which fails to explain why this conspiracy theory should be credible.[10]

Vickers’s narrative becomes even more intriguing when she claims that Albanian Muslims educated in foreign religious schools led by the Salafis wanted to change the praying rituals within the MCA[11] (as if Albanian Muslims do not pray like the Arabs and do not read the Qur’an in Arabic). According to Vickers, the Salafis were defeated in their attempts to Salafise the MCA from the moderate elements.[12] But even here, she fails to give facts to defend her argument.

Based on the gossips spread by Ilir Kulla, an individual who was discredited by the Muslims of Albania, and was accused in the media by many Muslims for his corruptive and suspicious affairs connected to Former Prime Minister Fatos Nano,[13] Miranda Vickers pretends that when the Salafis failed to change the statute of the MCA, they threatened the director of the State Committee of Cults, Ilir Kulla and the head of the Muslim Community of Albania, Selim Muça.[14] However, even in this instance, Vickers is wrong because Mr. Kulla and Selim Muça were not threatened by any Muslim. But it was Ilir Kulla who was going to loose his job in a matter of days, since the Nano government lost the elections of 2005, who created the false news as if he and Selim Muça were threatened by the Wahabis. Ilir Kulla’s lies were immediately refuted in the media by the head of the Muslim Community of Albania, Selim Muça who publicly denied the rumors spread by Kulla. Ilir Kulla’s games with the image of Islam in Albania were denounced by the Muslim Forum of Albania on 3/ 06/ 2005, which accused Kulla as a violator of the constitution and secularism of Albania, when he suggested in one televised public debate that the state should take over the control of Islam in Albania and not treat Islam as the other religions.[15] The Muslim Forum of Albania denounced Ilir Kulla even on 24/ 09/ 2005 when he blackmailed the imams of Tirana by accompanying them to police stations, after pretending that they had threatened him. The MFA has denounced even the blackmails that Mr. Kulla made against the Mufti of Tirana,[16] who was threatened before this, with execution, by one of the bosses of the construction industry in Tirana, since the Mufti refused to sell the religious VAKF properties of the MCA to them.[17]

Even though the Muslim Forum of Albania has continuously denounced the slanders and blackmails of Mr. Kulla and the construction mafia in Albania against Muslims, Vickers who quotes the fabrications of Kulla, claims that the Muslim Forum of Albania is a religious organization, established to rival the MCA. To the astonishment of the MFA, Vickers describes the Forum as a Salafi organization.[18] It is interesting to note that the first to spread out this rumor about the Forum was the Serbian press, obviously prone to link Islam in Albania to terrorism, trying thus to affect the pro-Albanian policies of the Americans towards the Albanians, and portray them as Islamic extremists. If Ms. Vickers did not have the chance to consult the Albanian press, where the MFA has answered to Mr. Kulla and has explained that the Forum is not a religious organization (Gazeta Panorama, 25-09-05),[19] we advise her to consult the website of the Forum where the MFA explains that:

The Muslim Forum of Albania is a civil society organization whose objectives are:

 a) To unite Muslim Albanians (be them Sunni, Bektashi and of other sects) in order of combating Islamophobia, xenophobia and racism in Albania.

b)  The MFA does not, in any way aim to rival the MCA, the World Center of Bektashis or other Islamic Sects in Albania in their religious activities and practice.  

c) The MFA is and remains a civil society organization, whose main objective is the protection of human rights and the right of belief, in line with the international conventions which Albania has ratified.[20]

Contrary to Ms. Vickers’s conclusions, the MFA is not a religious organization but a civil society organization, whose aim is to defend the historical, cultural and political image of Islam in Albania.

The MFA was established as a response to the need that the Muslims of Albania had for confronting what the Forum has labeled as “a media terror” with which Islam and Muslims have been confronted for many years in Albania and Kosova. This slander campaign was sponsored in the media of Albania by Islamophobes that are attacking the Muslim identity of the Albanians under the excuses of Europeanisation, which they like to translate as Christianization.[21]

The reactions of the MFA in defense of Islam have found great support in the audiovisual and printed media of Albania. As a result of the Forum’s efforts against Islamophobia, we observe that the media of Albania and Kosova have started being more sensitive and correct when talking about Islam and avoid offences against Muslims, that before us, were randomly made in our press.

Since the Muslim Forum of Albania wishes to make Albanian Muslims that live in Albania and Kosova feel part of our old continent of Europe, and that Europe should never be monopolized in the minds of the Albanians as only a Christian continent, the MFA has been keen to inform the Albanian public opinion that the integration of the Albanians in Europe will not harm Muslims’ aspirations for preserving and practicing their religion. For this reason, in February 2008, the MFA organized in Kavaja a symposium called “The European Integration of the Albanians and the Values that Islam Brings in this Integration” with participants from Albania, Kosova, Macedonia and Montenegro.

As a result of the above, we believe that Ms. Vickers’ conclusions about the reality of Islam in Albania, where according to her, extremists are conspiring to impose an aggressive form of Islam, or the ‘Arabian version’ of Islam which challenges the Hanafi Islam and the Tarikats of Albania,[22] are wrong and unfounded. They do not represent the reality of Islam in Albania and are based on hysterical news and gossips that were fabricated during the era of Nano government.

The MFA believes that Ms. Vicker’s discourse is characterized by many inaccuracies. In most of the cases, it is built upon false news that were fabricated during Mr. Nano’s rule, where the government of Mr. Nano and the Socialists in general used Islamophobia and the spread of anti-Islamic sentiments, for their politico-religious games against the opposition.[23]

The MFA thinks that if Ms. Vickers wants to be impartial in her writings about Islam in Albania, should consult all the sources that have been produced about Islam in our country. For producing a fair report she should consult even the reactions of the Muslims against the Islamophobic circles and must not adopt an Orientalist stance, whereby the ‘Orientals cannot represent themselves, but must be represented’.[24] Only by doing so, Ms. Vickers will be able to produce a credible and fair study on Islam in our country.

For all the above, we suggest to the Advanced Research and Assessment Group of the Defence Academy of the United Kingdom to critically analyze Ms. Vickers’ work, since we fear that inaccurate studies can lead to the compilation of unjust policies by the respective institutions. At the same time, we want to assure the Western public opinion that even though the Muslims of Albania pray to their Lord in Arabic and face Him towards Mecca, they remain loyal and devoted citizens to the principles of democracy and human rights in which our United Europe believes today. The Muslims of Albania have a great need for the democracy and the human rights which our common continent has constructed in years.

The Muslim Forum of Albania,
Tirana
 


 

[1] Following the end of the one-party state and the coming to power of the Democratic Party in March 1992, several Arab countries showed an interest in development opportunities in the country. Albanians, however, expected an immediate rush of American and European investment in their country. When this failed to materialise, the slogan “Towards Europe or Islam” began to appear in media discussions. Yet even though Albanians believed then that the West had turned its back on Albania, they were alarmed by the decision in December 1992 of the then newly-elected President Sali Berisha that the country should become a full member of the Organisation of the Islamic Conference (OIC). The decision had been made hurriedly without consulting parliament and many Albanians were worried that the move would align Albania closer to the Islamic world. Nevertheless, for a country in such desperate economic straits, at the time it appeared a logical move in order to provide an alternative source of potential aid and investment. Thus began the involvement of Arab-Islam in Albania. p. 2

[2] In many northern towns and villages children are being paid to attend mosques, in much the same manner as Christian missionaries tried to bribe Albanian children into attending churches in the early 1990s by offering them sweets and cans of Coca Cola. p. 2

[3] Its correct spelling should be the Ahmadiyya Muslim Jamaat

[4] For example, an organization based on the outskirts of Tirana is run by a very strict Muslim sect from Kashmir called Xhemati Ahmadije, and has lately become very active amongst the Muslim community in the suburbs of Tirana. p. 10

[5] Since the mid-1990s thousands of young Sunni Muslim Albanians have travelled to Arab and Asian countries on educational scholarships, with many returning to Albania embracing different religious schools other than the Hanefi, which is traditionally predominant in the Balkans. P. 3

[6] Olsi Jazexhi, The Political Exploitation of Islamophobia in post–communist Albania, Islamophobia Conference, Istanbul, December 2007

[7]Fundamentalist missionaries are making inroads amongst Albania’s Muslims mainly in two areas: training of imams and the distribution of religious literature. This reflects serious shortcomings in the resources and activities of the established Albanian Muslim community, which has trouble financing the training of imams, forcing many go abroad for their religious education where they are often exposed to fundamentalist teachings. p. 3

[8] She names the Salafis as ‘Selefiste’ and the Hanafi as ‘Hanefiste’.

[9] There are two rival groups within Albania’s Sunni Muslim Community, founded in Tirana in 1924, which is a loose informal representative body of the country’s active mosques. The Selefi faction is an anti-modernist puritanical school, which promotes a strict traditional interpretation of Islamic doctrine, whilst the Hanefi school advocates a more traditional liberal interpretation of Islam. During the past few years there has developed an emerging conflict between older supporters of the Hanefi, and younger men who have returned from religious education in increasingly radical Islamic environments, and are supporters of the far less tolerant and more radical Selefi school of Islam. This has caused particular concern for members of Albania’s Bektashi community practising the most liberal form of Islam, which has put them in direct confrontation with Selefi supporters. Although still relatively few in number, these young men are treated with suspicion by the older community because they are perceived as "potential terrorists", who are bringing unwanted and unnecessary attention upon Albania’s Muslim Community. p. 3

[10] Sali Tivari’s relatively radical ideas aimed at introducing a new spirit of moderation into Albanian Islam, had become the focus of much criticism in the weeks leading up to his murder. Tivari had spoken publicly about reducing the number of the five obligatory daily prayers and shortening the very lengthy rituals during funerals. These ideas had won him many enemies amongst Albania’s Sunni Muslim community. Apparently, just days before his death, Tivari had been threatened by a number of young men, mainly graduates from madrasas in Saudi Arabia and Malaysia, who were striving to establish a puritanical form of Islam in Albania. Representatives of this faction, adherents of the Selefi sect, had been persistently trying to gain leading positions within the Muslim Community. p. 5

[11] MCA refers to the Muslim Community of Albania

[12] The following May, the General Council of the Albanian Islamic Community voted to adopt a new name – the Albanian Muslim Community (AMC) – with the view that the new name was more comprehensive. At the same time, an attempt by young Muslims educated in foreign madrasas in which the Selefi school is predominant, to introduce a proposal to change religious rituals within the Muslim community was defeated by moderate elements. The proposal was to change the meddh’bei (the direction of thought of a man well versed in Islamic religious rites), from the traditional Hanefi school to the more radical Selefi. Article 2 of the Constitution of the Muslim Community clearly stipulates that the Hanefi line is in the Albanian tradition. The Hanefi meddh’bei has existed for centuries amongst Albania’s Muslims, whereas the Selefi became known in Albania only since 1991 when Islamic clerics and associations began arriving in the country following the end of the one-party state. p. 6

[13] See the public declaration of Faik Cota, honorary member of the King’s Mosque in Elbasan, given to TV News 24 and other televisions, September 2005

[14] However, the decision by the General Council to reject the proposed changes in its statute angered some members of the Selefist faction, who vented their frustration by issuing death threats against AMC Chairman, Selim Muca and the then director of the State Committee of Cults, Ilir Kulla. It appeared almost certain that the cause of these threats was the public stance of Muca and Kulla against the extremist current within the Muslim community. In several televised debates, Kulla had repeated his growing concerns at the penetration of the Muslim Community by radical elements. At the beginning of June 2005, leaflets were distributed in three Tirana mosques demanding that both Muca and Kulla abandon their opposition to the proposal to change the meddh’bei from Hanefi to Selefi. Muca received direct threats by people asking him to reconsider his stance against changes to the statute. Meanwhile, Kulla received anonymous phone calls and threatening messages on the internet.18 The death threats resulted in the anti-terrorist branch of the Tirana police providing armed protection to both Muca and Kulla. p. 7

[15] FMSH, Deklaratë për Shtyp, 3/6/2005. Online:
 http://www.forumimusliman.org/pershtyp1.html

[16] FMSH, Deklaratë për Shtyp, 24/09/2005.
Online:  http://www.forumimusliman.org/pershtyp4.html  

[17] Gazeta TemA, 14 janar 2005, Kercenohet Myftiu i Tiranes

[18] Just a month later a new religious organization – the Muslim Forum of Albania - was established in the northern city of Shkoder. The emergence of a new parallel organisation intended to rival the AMC), appeared to be in direct response to the AMC’s rejection of the request to change the meddh’bei. An indication of the level of support for this fundamental break with traditional Albanian Muslim values was witnessed by those attending the founding ceremony of the Shkoder branch which included at least three prominent imams of the city, including the imam of the Great Mosque and several representatives of the AMC in this area.  p. 7

[20] FMSH, Deklaratë për Shtyp, 14/06/2005.
Online:  http://www.forumimusliman.org/pershtyp4.html  

[21] Read: Gazeta “Korrieri”, 10 Gusht 2005, “Feja Islame perballe terrorit mediatik”.

[22] Under the pretext of working towards the internationalisation of Islam, extremists aim to impose a rigid, primarily Arab version of Islam onto Albanian Muslims. If their aim is the “purification of Sunni Islam”, then Albania with its combination of Hanefi Islam and numerous Tarikat brotherhoods represents an irresistible challenge. p. 10

[23] In order to understand the Socialist Party hysteria against Islam see:
Rajwantee Lakshman-Lepain, Albanian Islam – Development and Disruptions in KARL KASER FRANK KRESSING (2002), Albania – A country in transitin Aspects of changing identities in a south-east European country, Baden-Baden: Nomos-Verlag.

Quote: “When Fatos Nano came to power after the elections of June 1997, he filled government positions with southern Orthodox and Greek Albanians. He developed close contacts with Greece which were not approved of by a large part of the non-Orthodox population. He was criticised for reacting slowly to the Kosovars’ suffering. At the same time he launched a hysterical anti-Muslim campaign against foreign Muslim countries…”

[24] Edward Said, Orientalism, New York, 1979, p. 21

Note for Editors:

The Muslim Forum of Albania is an NGO, part of the Albanian Civil Society whose aim is the fight against racism, discrimination and Islamophobia. For having more information on us please visit: www.forumimusliman.org

Albanie, Allah banni ?

Albanie, Allah banni ?

Image_47_11 En arrivant à Tirana en Albanie, on s’attend à atterrir dans un désert spirituel post-communiste. Le régime ubuesque léninisto-maoïste d’Enver Hodja ne se vantait-il pas d’avoir forgé par le fer et par le feu “le premier Etat athée de la planète”?

Erreur. L'aéroport a été rebaptisé … Nënë Tereza, Mère Teresa, et peut sans doute se targuer d'être l’unique aérodrome au monde à porter le nom d’une sainte, qui plus est prix Nobel. Sacrée Albanie où il y a encore vingt ans, porter une croix ou feuilleter un Coran suffisait à faire de vous un “ennemi duStatue_enver_2 peuple”, donc du parti, soit du Chef tout-puissant.

Le Chef est parti, mort en 1985 mais pas embaumé (l’équipe d’embaumeurs nord-coréens accourus alors de PyongYang se trompa dans les réglages des appareils et fit cramer le corps au lieu de le congeler!). Depuis, Dieu a repris la place. Toute la place ? On se le demande dès la sortie de l’aéroport en se trouvant nez à nez avec cette statue de Mère Teresa.

Voici donc un pays athée qui ne jure plus que par Dieu. “Il jure, quitte à parjurer, s’exclame Ilir Yzeiri, la foi ayant quand même été amplement abrasée par un demi-siècle de bourrage de crâne intensif”. Rien d’étonnant donc, aux yeux de cet historien et journaliste francophone, à ce que des escouades de curés, popes, imams, pasteurs, illuminés de tout poil, gourous et autres camelots de l’esprit, américains, croates, grecs, turcs, arabes, espagnols, iraniens… aient tôt investi l’Albanie, l’ex-désert religieux devenu nouvelle “terre de mission”.

Image_52 Et voilà, surtout, une terre d’islam où sept citoyens sur dix sont musulmans, deux orthodoxes et un catholique, mais où - et c’est le plus inattendu- il  pousse plus de clochers que de minarets. Mieux, l’Etat a érigé en  fête nationale le 19 octobre, en souvenir de ce jour de l’an 2003 où Mère Teresa a été béatifiée par Jean Paul II, à Rome.

A Tirana, la capitale, l’islam garde profil bas. Le coeur de cette charmante ville édifiée à partir de 1614 par le général ottoman Suleiman Pacha n’a pu sauver de l’ouragan maoïste qu’ un seul monument - devenu du coup un des plus anciens de la cité : la mosquée Ethem Bey. Construit entre 1792 et 1821, le temple islamique, désaffecté presque un demi-siècle durant, ne s'est ouvert aux croyants qu’en... 1992 quand une foule de 10 000 fidèles s’ y est donnée rendez-vous pour prier enfin auMosquee_nuit_4 grand jour.

La mosquée, présentée comme “monument historique” sur le site web de la capitale, se dresse non loin de la sévère statue équestre du héros national Eskenderbeg (1405-1468), ce catholique albanais qui après avoir embrassé l’islam et servi le sultan ottoman redevint catholique et anima une farouche mais vaine lutte contre l’”infidèle turc”. L’Albanie en ranima le souvenir dès la fin du XIX° siècle et l’érigea père de la Nation devant l’Eternel. Elle ne peut accueillir, sous ses voûtes ornées d’entrelacs  encadrant d’insolites peintures de villages toscans, qu’un petit groupe de croyants. On y rencontre aujourd'hui de très vieux fidèles ou –signe des temps?- de très jeunes. Ici, point de prêche, juste un appel “a capella” du muezzin, vite absorbé et dissipé par le brouhaha de la ville.

Tiranaplace

La foi de Mahomet serait-elle donc le parent pauvre de l’Albanie “démocratique”? “L’islam est une religion d’exclus”, tranche Ervin Hatibi. Poète reconnu, artiste-peintre et intellectuel respecté, ce musulman laïque décèle chez l’”establishment albanais un rejet viscéral et “névrotique” de l’apport ottoman et islamique à la formation de l’identité albanaise.  Au début du XX° siècle, rappelle-t-il, Tirana disposait de 19 mosquées pour seulement 20 000 âmes; aujourd’hui, on n’y compte guère plus de 6 lieux de prière pour un million d’habitants.

Eglises_catho En arpentant Tirana en tous sens, rien, ou si peu, ne rappelle que l’on se trouve dans la capitale d’un pays musulman qui donna à l’empire ottoman une myriade de grands vizirs, d’oulémas, de généraux… et à l’Orient arabe une dynastie qui, du khédive Mehmet-Ali au roi Farouk, posa les jalons de l’Egypte moderne. On n’ y croise pas plus de filles en hijab –sauf exception rarissime- que d’imams en turban ou de restaurants s’affichantEglise_grecque_2 “halal”.

Aucune discrétion, en revanche, pour tout ce qui évoque les “racines chrétiennes de l’Albanie”, dixit Sali Berisha, l’actuel Premier ministre, lui-même “musulman”. Outre le square Nënë Tereza, le boulevard Jean Paul II, sans parler de l’avenue… George Bush, on vous montre la sobre et clinquante cathédrale catholique Saint-Paul qui a été construite à l’endroit précis indiqué par Mère Teresa en 2002, à l’endroit “que la Vierge lui avait désigné”. Ceci pour les catholiques. Les orthodoxes, eux, achèvent d’édifier, à l’orée du centre-ville, une méga-église aux allures de station orbitale. Et partout, hauts et bas-reliefs, statues, bustes, posters, portes-clés, stylos, pin’s… à l’effigie de Nënë Tereza, la nouvelle icône nationale,  chapelet ou Bible en main.

Grstatue_hussein_bektash_2 Le déni du legs islamique s'alimente à cette adulation des “racines chrétiennes”... ainsi qu'à la valorisation d'un discours tout à la gloire d’un courant soufi initié au XIII° siècle par le mystique turco-iranien Hadji Bektach Véli (1209-1271). Ce discours official présente le culte Bektachi comme une « religion trait d’union » entre Croix et Croissant, fruit naturel d’un “génie albanais” non moins naturel, tolérant car si peu religieux, au fond. A la fois chrétiens et musulmans, un tantinet païens, buvant de l’alcool et amateurs de brochettes pur porc, les fidèles bektachis n’auraient plus qu’un lien aussi symbolique qu’évanescent avec l’islam.

Visite chez Hadji Dede Reshat Bardhi, le grand maître bektachi, au siègeHussein_tete de l’ordre, une ample bâtisse jadis mise sous séquestre par l’Etat athée. Deux hautes statues de plâtre, l'une incarnant Hussein, le petit-fils de Mahomet, dont le martyre nourrit le credo chiite ; l'autre, Hadji Bektach, accueillent le visiteur. Un jus d’abricot, deux chocolats fourrés et le cheikh arrive, s’assied sur un fauteuil, sous une fresque montrant Ali, gendre du Prophète et père de Hussein, Hadji Bektach flanqué d’un lion et, au-dessus, des anges ravis.

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Le costume vert cru, l’oeil bleu ardent et la barbe immaculée   donnent à l'hôte des lieux l’air d’un roi mage sorti tout droit d’un livre de contes illustré. Les Bektachis s’estiment-ils musulmans ? “Et comment !, sursaute-t-il, bien sûr, à mille pour cent”. Titillé par la question, il reprend : “Vous savez, j’ai été persécuté en tant qu’ennemi du peuple; je n’ai jamais abjuré ma foi”. Mangent-ils du porc ? “Vous rigolez, rétorque-t-il en se tapant sur la cuisse, j’ai fait le hadj de La Mecque”…

Fresque_guerre “Pourquoi alors le discours courant sur les Bektachis nie-t-il tout ce qu'ils ont de bien musulman ? Dans cette dépréciation du legs islamique Ervin Hatibi ne voit nulle haine religieuse, mais surtout un calcul opportuniste, selon lequel il n’ y aurait pas de meilleur expédient pour s’attirer les bonnes grâces d’un “Occident” -présuméTereeasa_minaret_2 Chrétien et islamophobe- que d’abjurer l’islam.

Cet étrange flagrant déni de l'histoire nourrit un débat incessant en Albanie même et fait déjà l’objet d’une vaste littérature académique. “Vouloir escamoter l’héritage ottoman qui, pour le meilleur et pour le pire,  a façonné l’identité actuelle du peuple albanais reviendrait à  le priver de sa culture et de son identité”,  observe le chercheur français, Jean Arnault Dérens.

Timbre_mal_2 Et l’Europe elle-même, comment reçoit-elle le zèle albanais à se faire admettre dans le “club chrétien” ? Elle s’en irrite au nom du sacro-saint principe de laïcité et n’hésite pas à le faire savoir, semble-t-il. Ainsi, si l’on en croit en haut-fonctionnaire qui a tenu à garder l’anonymat, les autorités albanaises auraient soumis à la Commission un projet de passeport illustré par deux figures on ne peut plus catholiques : Mère Térésa évidemment et Skanderbeg, surnommé “l’Athlète du Christ” –titre dont héritera plus tard Jean Paul II- qui a combattu les Ottomans. Bruxelles aurait simplement éconduit Tirana en opposant une nette fin de non-recevoir à un projet jugé inutilement vexatoire pour au moins les deux tiers des Albanais. Mère Teresa elle-même n'aurait pas déploré ce refus, elle qui déclara, lors de la remise du Nobel : “ Par mon sang, je suis albanaise. Par ma nationalité indienne. Par ma foi je suis une religieuse catholique. Pour ce qui est de mon appel j’appartiens au monde. Pour ce qui est de mon cœur j’appartiens entièrement au Cœur de Jésus.”

Mosquee_fresque

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