28.04.2009

Migration et identités parmi les Turcs de Bulgarie établis en Turquie (1989-2004)

2. Les stratégies de la mobilité : solidarités et réseaux migrants

Migration et identités parmi les Turcs de Bulgarie établis en Turquie (1989-2004)

Mila Maeva
Traduction par Miladina Monova

La minorité turque en Bulgarie attire depuis longtemps l’attention des chercheurs bulgares. Apparue avec la dissolution de l’Empire ottoman et la formation d’un Etat-nation bulgare indépendant (1878), elle représente aujourd’hui 10% de la population du pays[1]. Du fait de leur nombre important, de leur appartenance ethnique et religieuse ainsi que de leur emplacement géographique, les Turcs bulgares ont toujours fait l’objet d’un traitement politique particulier, aussi bien de la part de l’Etat bulgare que de l’Etat turc. Mais à la différence d’autres recherches effectuées sur la question, la présente étude propose de porter l’attention non sur les Turcs en Bulgarie, mais sur ceux qui ont quitté le pays pour s’établir définitivement en Turquie[2]. L’exode massif de la population turque de Bulgarie s’est effectué en plusieurs temps et cela est dû aux politiques opaques et contradictoires conduites durant plus d’un siècle par les gouvernements bulgare et turc. Ainsi s’est constituée une masse importante d’immigrants originaires de Bulgarie, aux trajectoires complexes et dont les caractéristiques ne pourraient pas être exposées ici de manière exhaustive. Dans cette étude, il sera question essentiellement de ceux qui arrivent en Turquie dans la période 1989-2004, c'est-à-dire après la chute du régime communiste.

  • 3  Voir sur cette question : Eroğlu (Hamza), « The Question of Turkish Minority in Bulgaria from (...)
  • 4  Zhivkov (Todor), « Etnokulturno razvitie na Vuzroditelnia protses », in Problemi na razvitieto (...)
  • 5  Plusieurs sources statistiques différentes proposent des évaluations contrastées du nombre (...)

2Ce que l’on appelle la « nouvelle émigration » des Turcs bulgare vers la Turquie commence à l’été 1989. Elle est due tout d’abord à la campagne de « bulgarisation » des noms et des prénoms qui débute pendant l’hiver 1984 et vise à faire disparaître tous les noms d’origine turque et arabe dans le pays. Le gouvernement bulgare introduit également des mesures de restriction des libertés individuelles : interdiction de parler turc dans les lieux publics, de porter des habits traditionnels musulmans, de pratiquer les coutumes et les rituels musulmans tels que la fête du Kurban-Bajram, la circoncision, le mariage traditionnel. Il est même défendu d’écouter et de danser sur de la musique turque. L’Etat bulgare interdit aussi les publications en langue turque[3]. La plateforme idéologique visant à justifier cette politique de « bulgarisation » n’a été formulée que dans l’année 1988, vers la fin de la campagne connue sous le nom de « Processus de renaissance » (văzroditelen proces). L’idéologie officielle se réfère ainsi à l’idée courante d’une « Renaissance manquée » parmi les Turcs bulgares, lesquels, Bulgares d’origine, auraient été assimilés de force à l’identité turque et musulmane au cours des siècles de « joug turc ». Aujourd’hui, ils doivent retrouver leur véritable identité. Le but est de construire « une nation socialiste bulgare unie »[4]. Cette tentative d’assimilation par la violence a conduit, au cours du printemps et de l’été 1989, à une immense vague d’émigration de Turcs de Bulgarie, appelée « la Grande excursion ». Plus de 350 000 Turcs ont été forcés à quitter la Bulgarie[5].

  • 6  Karamihova (Margarita), « T. nar. “Vuzroditelen protses”. Politika i rezultati (...)
  • 7  Zhelyazkova (Antonina), « Turcite v Bulgaria » in Dve, Vera Moutafchieva and Antonina (...)
  • 8  Voire les archives de l’Institut d’Ethnographie et Musée, Sofia : (AEIM), № 574-ІІІ, (...)

3Même si environ 152 000 personnes retournent en Bulgarie dès l’année suivante, l’émigration vers la Turquie se poursuit aussi après la chute du régime communiste en novembre 1989. La nouvelle vague est due, cette fois-ci, à la crise économique. Au cours de l’année 1991-1992, les partants sont plus nombreux que ceux de 1989[6]. Dans la période de 1990 à 1997, en moyenne entre 30 000 et 60 000 personnes se rendent en Turquie, munies de visas de séjour temporaire ou de tourisme[7]. Cette vague comprend également ceux qui pendant le régime communiste n’étaient pas autorisés à quitter le pays, ainsi que des personnes qui rejoignent des parents partis avec « la Grande excursion » et déjà établis en Turquie. Certains ne quittent pas le pays avant l’été 1989 parce que leurs enfants sont soit à l’armée, soit encore scolarisés. Ainsi raconte un père de famille : « Au début, je ne suis pas parti parce que les enfants étaient à l’école. Mon, fils aîné étudiait dans une Ecole d’études supérieures en informatique à Kardzhali. Je me suis dit, attendons au moins qu’il termine. Mais après la troisième année je me suis dit, et bien, il peut terminer ses études aussi en Turquie. J’avais appris qu’il pouvait continuer ses études là-bas »[8].

I - Les motivations de l’émigration

4Les dispositions psychologiques des personnes jouent un rôle important dans la prise de décision concernant le départ. La capacité des parents et proches déjà installés en Turquie de recevoir et de prendre un certain temps en charge le reste de la famille est un facteur important. Même si pendant un certain temps les autorités turques demandent un visa aux ressortissants de Bulgarie, on ne leur crée pas beaucoup de difficultés. Au consulat, certains donnent des dessous de table pour obtenir le visa. L’émigration clandestine est une autre option. Nombreuses sont les histoires de traversée de la frontière avec un visa « aller simple » ou dans l’arrière de bus ou de trains avec l’aide d’un réseau de trafic de personnes[9].

  • 9  Le nombre d’immigrés clandestins arrêtés en provenance de Bulgarie pour la période entre (...)
  • 10  Stojanov (Valeri). « Turskoto naselenie v Bulgaria mejdu polusite na etnicheskata politika », (...)
  • 11  Selon les informations de l’Agence de Presse Bulgare (BTA) du 12 février 2001, les (...)
  • 12  Zhelyazkova (Antonina), « Turcite v Bulgaria », op. cit. p. 192.

5Dans la période de 1989 à 2001, les autorités turques attribuent la nationalité « à titre exceptionnel » à environ 16 000 personnes[10]. Or, selon les données non officielles, les immigrants de Bulgarie sont beaucoup plus nombreux[11]. Selon les experts, dans la période de 1989 à 1996, les nouveaux arrivants de Bulgarie comptent environ 400 000 personnes[12]. Leur nombre augmente à partir de 2000 avec la suppression du régime des visas. A partir de cette époque on peut passer librement la frontière avec un visa de séjour de trois mois. Le réseau de transports transfrontaliers qui se développe de plus en plus facilite la circulation des personnes entre les deux pays.

6Dans les dernières années, on observe une nouvelle vague de migration de la Bulgarie vers la Turquie. Nous pourrions l’appeler « la migration des brues ». Il s’agit de femmes turques de Bulgarie qui se marient à des immigrants déjà établis en Turquie ou à leurs enfants. De fait, la minorité turque de Bulgarie est également touchée par le phénomène d’effondrement démographique et le vieillissement de la population caractéristiques de l’ensemble de la société bulgare. La décision de partir se marier en Turquie repose sur deux facteurs essentiels : d’une part, les jeunes femmes célibataires ne trouvent pas de partenaire en Bulgarie, d’autre part, dans les représentations collectives, la Turquie est perçue comme offrant de meilleures conditions de vie.

  • 13  Icduygu, (A.), « Irregular Migration in Turkey »– IOM Migration Research Series, 2003, № (...)

7Parmi ces jeunes femmes beaucoup ont fait partie de la vague de retours en Bulgarie de l’automne 1989-l’hiver 1990 après la « Grande excursion ». La circulation transfrontalière de plus en plus libre, le tourisme, les différentes fêtes familiales et religieuses facilitent les rencontres entre femmes turques en visite et immigrants turcs installés en Turquie. Les rencontres se font également en Bulgarie, lorsque les émigrants sont de retour pour quelque occasion ou dans le milieux étudiants lorsque les jeunes femmes de Bulgarie partent en Turquie faire des études supérieures. On observe que les jeunes couples mariés préfèrent s’établir définitivement en Turquie où ils estiment que les conditions de vie et les salaires sont meilleurs qu’en Bulgarie. De même, si l’on compare les immigrants originaires de Bulgarie à d’autres groupes de migrants on remarque que les Turcs bulgares viennent pour s’établir de manière permanente en Turquie et non pour transiter vers un pays d’Europe occidentale ou vers les Etats-Unis[13].

  • 14  AEIM, № 574-ІІІ, 55.
  • 15  Dimitrova (D), « Balgarskite turci precelnitsi v Republika Turcia prez 1989 godina. Adaptacia (...)
  • 16  Dimitrova (D), op. cit, p. 85.
  • 17  Ibidem, p. 84.

8Lors de la « Grande excursion » de l’été 1989, les candidats à l’immigration traversent la frontière bulgaro-turque avec très peu d’affaires personnelles : « Seulement des vêtements, couvertures, couettes, des choses en textile. Je ne pouvait pas transporter en Turquie mes meubles de cuisine par exemple…»[14]. Ensuite, ils sont installés dans des écoles désertes en été ou dans des campements avec des tentes construits spécialement pour eux. A l’automne avec le début de l’année scolaire, les familles sont transférées dans camps de vacances, propriété de l’Etat. D’autres camps de réfugiés ont été construits les villes de Edirne, Istanbul, Bursa, Izmir, Tekirdag, Eski Shehir, Ankara, Bolu, etc[15]. Le gouvernement prévoyait au début d’installer les réfugiés dans la partie orientale de l’Anatolie: « Nous les Göçmeni (les déplacés) on est comme des soldats. Tu vas là où on te dit. »[16] Cette région est peu peuplée et à majorité kurde. Les personnes qui y vont, restent peu de temps et partent ensuite vers les parties occidentales de la Turquie. Pour la plupart, ils disent ne pas pouvoir s’adapter au climat rude de certaines régions et préfèrent des régions « plus civilisées » où ils peuvent trouver du travail. En conséquence de ces migrations internes, effectuées dès le premiers mois et à l’initiative des migrants, environ 100 000 personnes échappent au contrôle des autorités turques. Une autre partie des nouveaux arrivants se dirige vers les grandes villes comme Bursa (80 000 réfugiés) ou encore Istanbul et Edirne. A Bursa par exemple, le flux massif d’immigrants qui arrivent par vagues dans la ville oblige les autorités locales à construire des barrières autour de la ville, incapable d’accueillir plus de réfugiés[17].

  • 18  Arhiv na Megdunarodnia centar za izsledvane na malcinstvata i kulturnite vzaimodeistvia (...)
  • 19  http//www.orhanco.com (...)
  • 20  AEIM, N°574-ІІІ, p. 18.

9Une partie des immigrants rejoignent des parents qui ont quitté la Bulgarie lors de vagues d’émigration précédentes (1950-51 et 1968-78). Les déplacements sont effectués avec l’assistance des autorités locales et de l’Etat : « Là-bas il y avait des agents publics qui nous prenaient en charge. Ils nous conduisaient là où on avait des parents proches. Non pas avec des bus mais en voiture »[18]. Le séjour chez les parents est bref, pas plus de quelques jours selon les interrogés. La raison principale en est le manque d’hospitalité des proches qui ne les « supportent pas plus de deux-trois jours ». D’autres, qui ne peuvent pas compter sur l’aide de la famille sont pris en charge par des institutions religieuses musulmanes et certains, sans logement ni travail, sont même hébergés dans des mosquées. « Au début, mon père ne pouvait pas trouver du travail et nous avons passé un an dans une pièce de la mosquée locale, prévue pour héberger des gens pauvres. »[19] Bien qu’ils soient originaires de zones rurales en Bulgarie, les migrants préfèrent s’établir à proximité ou dans les villes. « On s’y est fait difficilement. Nous habitions de petites villes et nous voulions vivre dans une petite ville ici aussi mais il n’y a pas de travail donc nous sommes venus vivre en ville. » [20]

  • 21  AMCIMKV, N°3321/19. 02.2004, p. 224.

10Les populations immigrées en Turquie se rendent au début à Edirne et à Istanbul, dans la partie européenne. Dans un second temps, elles se déplacent vers d’autres villes du pays et, pour ce qui est des Turcs de Bulgarie, ils préfèrent les villes de Bursa, Izmir, Çorluet Karadag. Plusieurs facteurs essentiels sont intervenus dans le choix de la ville d’établissement. Premièrement, il est fonction des vagues d’immigration précédentes, pas seulement de Bulgarie mais aussi d’autres pays des Balkans et de l’Asie. Les immigrants bulgares préfèrent rejoindre les colonies d’immigrants déjà constituées dans les grandes villes turques ou devenues elles-mêmes des bidonvilles : « J’ai vécu 4 ans à Istanbul, je n’ai pas pu m’y faire du tout. Trop de gens ce n’est pas pour nous. A Çorlu ça va, c’est une ville d’immigrants, il y a 80% des gens qui viennent de la Bulgarie, de la Yougoslavie, de la Grèce, de la Thrace occidentale. »[21]

  • 22  AEIM, N°574-ІІІ, 13.
  • 23  AMCIMKV, N°3321/19. 02.2004 г., 201

11Un autre facteur qui intervient dans le choix concerne les conditions climatiques. Certains se rendent à Bursa parce que le climat est semblable à celui de la Bulgarie, d’autres préfèrent aller dans le sud à Izmir ou au bord de la mer Egée parce qu’il y fait plus chaud en hiver. Le marché du travail constitue un autre facteur important. « J’ai choisi Izmir parce que je me suis dis c’est une grande ville, il y a un port, un aéroport, ça veut dire qu’il y a des perspectives »[22]. Ils préfèrent les grandes villes parce que « là-bas c’est différent, il y beaucoup de fabriques de textiles entre Lüleburgaz et Çorlu alors qu’il n’y en a pas à Istanbul. Dans ces fabriques il n’y a pas seulement nous, il y a aussi des ouvriers de l’Anatolie, pour la plupart des Kurdes »[23]. Les individus affichent différentes préférences selon les classes d’âge. Par exemple les plus âgés se sont installés à Bursa, ville « plus religieuse » et les plus jeunes vont à Izmir, qu’ils estiment plus moderne et européenne. En effet, les jeunes après un certain temps passé avec leurs parents se sont déplacés vers le sud, la partie européenne de la Turquie dite « la Thrace » ou la Turquie occidentale avec sa côte égéenne.

  • 24  AEIM, N°574-ІІІ, 55

12Pour les nouveaux arrivants le critère de « l’européanité » de la ville est important. Ainsi, dans une ville « plus européenne » ils ne vont pas se sentir gênés de porter « des vêtements européens », les femmes peuvent porter tranquillement des jupes et des pantalons. « A Izmir les femmes ne sont pas voilées, les gens sont plus ouverts, comme en Bulgarie. On peut porter des shorts, des pantalons, aller partout, comme dans une ville européenne. A Ankara, à Bursa ce n’est pas comme ça. Certaines personnes vont peut-être faire pression pour que tu t’adaptes à eux, ils vont te regarder d’un autre œil. Si je n’avais pas pu venir à Izmir, je serais retourné en Bulgarie. Honnêtement »[24].

  • 25  Sur les musulmans hétérodoxes en Bulgarie, voir Georgieva (Ivanichka) (ed.). « Bulgarskite (...)
  • 26  Hristo Dimitrov Izmirliev (Smirnenski) (18981923) est un poète bulgare, un brillant (...)

13La confession est un autre critère important. Les Turcs de Bulgarie de confession alevi[25] se dirigent vers Istanbul et Çorlu. Même leurs connaissances littéraires interviennent dans le choix et la représentation du lieu, comme c’est le cas pour Izmir, selon un informateur : « Nous avons connu Smyrne par les écrits de Hristo Smirnenski[26]».

  • 27  Baumann, Z. Europe of Strangers - WPTC, 1998, 3; Cohen, R. Transnational Social Movements: an (...)
  • 28  Gottmann (J.), La politique des Etats et leur géographie. Paris, 1952, p. 70-71.

14A la suite de leur immigration en Turquie, les Turcs de Bulgarie doivent s’adapter aux nouvelles conditions politiques, économiques et sociales. On observe trois stratégies d’adaptation : l’acculturation et l’intégration ; l’opposition ou la réaction ; le retrait et la marginalisation. Si les nouveaux arrivants conservent des éléments de leur culture d’origine, ils empruntent aussi à la culture d’accueil. Les relations d’interaction avec la société locale sont dynamiques et varient sur une échelle qui va de l’intercompréhension au conflit déclaré. Dans ce cas les migrants maintiennent les relations avec leur pays d’origine, ce qui conduit à la construction d’une communauté transnationale[27]. Plusieurs étapes peuvent être distinguées dans le processus d’adaptation. Premièrement, le groupe cherche à démarquer son  territoire, les acteurs se l’approprient progressivement comme étant celui de leur espace de vie. Avec le temps cette espace vient à être pensé comme sien. Dans ce processus le degré de concentration ou de dispersion du groupe sur le territoire est important. La deuxième étape dans l’appropriation du nouvel espace débute avec la construction d’un logement familial. On considère que l’acte de vendre sa propriété dans le pays d’origine suivi de l’achat d’une nouvelle dans le pays d’accueil montre le degré d’avancement du processus d’intégration. La troisième étape concerne la construction des topos ou lieux de rassemblement entre immigrants tels que le marché, le restaurant, le centre culturel où l’on se rencontre régulièrement. A travers ces différentes étapes les immigrants tentent d’organiser le nouvel espace de vie et créent une culture subjective, afin d’obtenir le droit d’exercer un contrôle sur leur territoire[28]. Le statut socioprofessionnel, le niveau d’éducation et la participation des migrants à la vie économique locale jouent un rôle essentiel dans le processus d’insertion et dans la construction des hiérarchies sociales. L’obtention de la nationalité turque représente une étape importante.

15Les réseaux informels sont de même essentiels à la survie des groupes de migrants. Ceux-ci comprennent les relations d’entraide entre amis, parents, voisins, individus dont l’ensemble assure le processus d’adaptation et d’insertion du groupe. Ces réseaux relient les migrants à leur groupe d’origine, dans le lieu d’origine mais aussi avec les autres membres de la communauté vivant dans d’autres régions de Turquie. La mise en place d’organisations et d’associations qui non seulement défendent les droits des immigrants mais aussi servent de relais entre différentes communautés représente un stade supérieur dans l’usage de ces réseaux. Les activités en commun nourrissent les relations entre les individus et renforcent le sentiment d’appartenance au même groupe.

  • 29  AEIM, N°574-ІІІ,50
  • 30  “Göçmen olmak, gözü arkada olmak.”

16Pour les individus, l’exode de l’été 1989 a représenté un bouleversement radical dans leur existence, amenant de nouvelles épreuves et difficultés à survivre dans le nouveau contexte. Pour ces hommes et femmes il s’agit de « recommencer sa vie à zéro ». Souvent les Turcs bulgares opposent d’un coté la « belle vie » dans le passé, en Bulgarie, à celle d’aujourd’hui : « Là-bas c’était la vie, alors qu’ici on rame et on s’accroche pour survivre »[29]. Selon les personnes interrogées, les premières années sont les plus difficiles ; pour survivre, il faut s’adapter, faire attention, mesurer ses actes, ne faire confiance à personne. « L’immigré doit avoir des yeux dans le dos »[30] .

17La plupart des immigrés Turcs de Bulgarie se sentent rejetés dans leur pays d’origine, sans être pour autant acceptés dans la nouvelle patrie. Ainsi se crée le sentiment d’appartenir à une minorité en Turquie même. Il existe différentes catégories de migrants selon les parcours, mais aussi selon l’identité ethnique et culturelle qu’ils privilégient. Ainsi, on peut distinguer trois groupes : les migrants (ceux qui restent en Turquie) ; les ré-émigrants (ceux qui, déçus de la nouvelle patrie, reviennent en Bulgarie) ; les personnes naturalisées.

II - Autodéfinitions identitaires et expériences vécues en Turquie

18Au XIXème siècle, dans l’Empire ottoman multiethnique, la population turque dans la région était considérée comme majoritaire et l’élite turque était dominante. Après la dissolution de l’Empire, une partie importante des sujets turcs et musulmans s’est trouvée incluse dans les territoires des nouveaux Etat-nations balkaniques. Dans l’Etat bulgare, la communauté turque a subi un processus d’acculturation qui a conduit à la différencier de plus en plus des Turcs de la « mère-patrie », la Turquie. Devenus une minorité, les Turcs de Bulgarie ont développé un sentiment d’appartenance ethnique et le groupe, conscient de sa différence, s’est davantage refermé sur lui-même. La politique de l’Etat bulgare a également contribué à la construction des différences et le groupe ethnique turc à pu conserver certains traits culturels comme la langue et la religion. Si la communauté a pu se préserver, c’est aussi en réaction à la violente politique d’assimilation entreprise par les autorités bulgares dans certaines périodes de l’histoire. Dans la formation d’un sentiment d’appartenance ethnique, la politique turque a également joué un rôle : elle a défendu les droits de « sa » minorité en Bulgarie mais au-delà, ses intérêts politiques et économiques dans la région.

  • 31 Parla (Ayse), « Marking Time Across the Bulgarian Turkish Border », Ethnography, 2003, 4(4) ; Par(...)

19Après l’émigration en Turquie, le sentiment de différence avec les Turcs de Turquie apparaît de plus en plus structurant pour les migrants. Cette différence explique le va-et-vient constant entre les deux « patries », mobilité qui construit une identité de migrant[31]. Un des phénomènes propres au monde moderne et globalisé concerne la disparition des frontières, la circulation intense des individus et des groupes et ses effets induits sur leurs représentations et leur identifications. Tel est le cas également pour les Turcs de Bulgarie aux identités multiples et changeantes. Les identifications des migrants varient en fonction des situations et des individus. C’est pourquoi il semble difficile de les catégoriser en fonction de marqueurs tels que l’ethnicité, la religion, la langue ou la culture.

20Les communautés de migrants sont des « communautés transnationales ». Elles dépendent à la fois de la politique de l’Etat de départ et de l’Etat d’accueil. La communauté de migrants en tant que telle dépend de la relation à ces deux Etats et les individus sans cesse circulent, dans le double objectif de conserver leur model culturel d’avant et d’en acquérir un autre qui leur permettra d’accéder à une meilleur statut socio-économique. Les caractéristiques principales de ce groupe sont : la double nationalité, la mobilité constante, un peuplement compact, des activités en commun, la diglossie, le bilinguisme, la conservation des pratiques religieuses et des traditions culturelles, l’endogamie et enfin un discours de valorisation de ces marqueurs. Dans le comportement des migrants au quotidien, toutes ces valeurs peuvent être observées :

Double nationalité

On conserve ou on recouvre la nationalité de l’Etat d’origine.

On acquiert la nationalité de l’Etat d’accueil

Mobilité intense

   Mobilité intense entre l’Etat d’origine, l’Etat d’accueil et d’autres pays.

Peuplement compact dans les quartiers/villes/villages

Construction de quartiers nouveaux et des topos demigrants (lieux de culte, marchés, magasins, cafés, restaurants, etc.)

Activités en commun

Entraide, rencontres villageoises, célébrations de fêtes…

Diglossie

Maîtrise de différentes langues orales et/ou standardisées

Bilinguisme

Maîtrise orale de la langue officielle du pays d’origine et du pays de destination

Conservation des pratiques religieuses

Maintien de la variante locale de la religion pratiquée dans le pays d’origine

Conservation de la culture traditionnelle

Perpétuation des pratiques rituelles et festives d’origine

Endogamie

Mariage à l’intérieur du groupe de migrants

Valorisation de la culture

Les acteurs se représentent leur culture comme étant la plus « pure » et la « vraie ».

Source : tableau réalisé par l’auteur

  • 32  Tous les interlocuteurs avec l’auteur a eu l’occasion de travailler détenaient la double (...)

21La double nationalité est un marqueur particulièrement important[32]. Pour les Turcs de Bulgarie, les deux nationalités désignent à la fois leur identité nationale et le lien originel avec la société dans laquelle ils ont été élevés. Cette double citoyenneté permet à cette communauté transnationale de participer à la vie politique en exerçant son droit de vote à la fois dans le pays d’origine et dans le pays d’accueil. La mobilité intense est une des caractéristiques essentielles du monde globalisé et de la société post-moderne. Les Turcs de Bulgarie circulent ainsi non seulement entre la Bulgarie et la Turquie, mais aussi en Europe occidentale et aux Etats-Unis pour des raisons telles que le travail, les vacances, les biens à gérer, des parents à visiter, l’accès aux soins médicaux ou encore les fêtes.

  • 33  La Bulgarie a rejoint l’Union européenne en janvier 2007 (ndr).

22Les migrants avec lesquels des entretiens ont été réalisés lors des missions de terrain de 2005 ont des représentations ambivalentes de leurs deux patries. L’Etat d’origine revêt pour eux plusieurs visages aux traits à la fois positifs et négatifs. Les personnes interrogées parlent de « patrie d’origine » où l’on a vécu son enfance, sa jeunesse, où ont été abandonnés les propriétés et les biens de famille. La terre d’origine est qualifiée de « jardin d’Eden », celle qui appartiendra bientôt à l’Union européenne (UE)[33]. Mais aussi c’est aussi un lieu de discrimination et de crise économique. La Bulgarie est présente dans les souvenirs du passé, mais elle apporte aussi des avantages au présent : des papiers d’identité bulgares et donc européens, qui permettent de voyager sans visa à destination de certains pays. En Bulgarie, les migrants soulignent qu’ils ont pu faire de bonnes études et encore aujourd’hui, grâce à la double nationalité, ils peuvent bénéficier du système scolaire et de la sécurité sociale bulgares, par exemple. Ce n’est pas un hasard sur de nombreux Turcs installés en Turquie préfèrent voir leur enfant accomplir leurs études supérieures en Bulgarie, particulièrement depuis que le pays est membre de l’Union européenne. Evidemment, cette question présente aussi un aspect financier dans la mesure où l’enseignement supérieur est moins onéreux en Bulgarie qu’en Turquie, d’autant plus que la détention de la citoyenneté bulgare permet d’obtenir des avantages connus en la matière.

23Aux yeux de la plupart des migrants, le pays d’accueil représente la patrie historique d’où sont venus leurs ancêtres, il y a des siècles. Aujourd’hui, la Turquie accueille de nouveau ses enfants et les aide à s’épanouir dans la vie ; elle leur permet de vivre librement leur identité de Turcs et de musulmans. Avec le temps, les migrants réalisent que la nouvelle patrie n’est pas celle des rêves, des mythes et des légendes dont ils ont entendu parler depuis des générations. Elle leur est apparue comme différente et inconnue, leur offrant une vie difficile et pleine de péripéties. Cependant, au long du processus d’adaptation, les immigrants la découvrent et modifient leurs représentations afin de s’approprier leur nouvelle patrie et de la concevoir comme étant un véritable « chez soi ».

24La concentration et la densité du peuplement d’immigrants par lieu d’habitation constitue un autre critère essentiel à la conservation et au renouvellement des « traditions anciennes » du groupe. C’est pourquoi les nouveaux arrivants sont à l’origine de nouveaux espaces urbains et créent de nouveaux quartiers, comme par exemple celui de Cörece, près d’Izmir. Certains ont été construits par l’Etat précisément pour accueillir les Turcs de Bulgarie. Ils sont situés dans les environs des grandes villes et représentent d’immenses complexes urbains où s’élèvent des blocs en béton. Les appartements sont attribués par loterie, mais la priorité est accordée aux victimes de la répression durant la politique d’assimilation en Bulgarie dans les années 1980. Les Turcs bulgares qui vivent à Izmir et à Istanbul ont préféré s’établir dans des villages proches des centres urbains et y construire leur quartier d’habitation. L’Etat turc les autorise à acheter des terrains à des tarifs préférentiels et à y construire leurs maisons. A Izmir, ce sont les quartiers de Sarnach et de Buca. Les migrants des différentes régions bulgares non seulement souhaitent s’établir en un même lieu avec tous leurs proches, mais ils cherchent aussi à échapper aux mégapoles turques. Telle est la raison pour laquelle ils préfèrent vivre dans les quartiers périphériques des grandes villes, qui ressemblent davantage aux petits villages qu’ils ont quittés. Dans le même temps, le choix d’une migration  en zone urbaine s’impose pour des raisons pratiques : les précédentes vagues migratoires ont été également dirigées vers les villes. En outre, les grandes mégapoles donnent plus de possibilité de réalisation professionnelle et d’accès à l’éducation. Dans le même temps, les migrants s’emploient à changer radicalement leur vie et à recommencer à zéro.

  • 34  Voir Bachelard  (G.), La poétique de l'espace, PUF, 1957; Ledru (Raimon), « L’Homme et (...)

25Les Turcs de Bulgarie construisent des maisons à deux ou à trois étages, d’un style caractéristique dans tout le pays. Ils assurent eux-mêmes la construction des maisons selon un principe d’entre-aide, contribuant au renforcement des solidarités et du sentiment d’intégration dans la société turque. Lorsqu’ils expliquent leur empressement à construire des maisons, les personnes interrogées se réfèrent aux « habitudes de Bulgarie », au désir d’avoir « sa » maison et au modèle patrilocal de leur société d’origine. Ainsi, ils ont le sentiment de « faire pousser des racines » dans la nouvelle patrie[34], ce qui équivaut à un établissement définitif. La nouvelle maison incarne la fin de l’espoir de revenir dans l’ancienne patrie et le début d’une nouvelle vie dans une nouvelle patrie. Cependant, peu de migrants se décident à vendre leurs propriétés en Bulgarie et ils préfèrent les louer à des parents ou même laisser en jachère leurs terres cultivables. Ces choix prouvent que leur ré-enracinement dans la nouvelle patrie ne met pas radicalement fin aux liens avec la Bulgarie et que les individus ne peuvent pas véritablement rompre avec leur passé.

  • 35  Les migrants chassent avant tout des sangliers, une pratique qui est vue comme distinctive ; la (...)

26Le développement de nouveaux quartiers comprend aussi la construction de mosquées et de marchés, ces derniers ayant la particularité de représenter la culture culinaire des migrants et de les réunir les jours de marché. Le marché est ouvert un jour par semaine ou bien tous les jours, comme à Buca. Sa principale fonction est de fournir les habitants en produits en provenance de Bulgarie : ces produits sont apportés par bus, sur des lignes régulières quotidiennes entre la Bulgarie et la Turquie. Il est fréquent que le différentiel de prix soit inexistant, mais les migrants installés en Turquie les considèrent comme plus « savoureux ». Les immigrants se disent « habitués » à consommer des produits bulgares, qui sont de « très bonne qualité ». Les habitants importent également des habitudes ou des activités pratiquées pendant leur temps libre en Bulgarie. Ainsi les hommes vont-ils à la chasse au gibier[35], alors que les femmes aiment se réunir au café du quartier. Le processus d’acculturation ne détruit pas le modèle culturel spécifique.

27Les activités en commun contribuent au renforcement des solidarités au sein du groupe et démontrent un certain degré de fermeture. Les individus partagent la même histoire et les mêmes problèmes aujourd’hui, ils rencontrent compréhension et soutien seulement au sein du même groupe. Ils s’aident mutuellement pour résoudre des difficultés personnelles, trouver du travail, construire une maison. Ils sont ensemble dans leurs activités économiques mais aussi lors des fêtes de famille, des fêtes religieuses. Ils organisent souvent des rencontres villageoises, pour se parler et se souvenir « du bon vieux temps » en Bulgarie, autour de repas et de verres de rakia importés depuis là-bas. Ainsi se construit un sentiment d’appartenance à une identité locale et régionale particulière qui, au-delà du village ou de la ville d’origine, rassemble les individus en immigration par le partage de traits culturels communs : on parle ainsi des « gens » du Džebel, de Cernoocen, de Kărdžali, etc.

  • 36  Au sujet des dialectes turcs en Bulgarie voir : Kowalski, (T). Les Turcs et la langue turque de (...)
  • 37  Des écoles turques ont existé en Bulgarie sur une longue période, entre l’indépendance du (...)

28A la suite de leur arrivée en Turquie, les Turcs de Bulgarie ont constaté des différences importantes entre leur langue turque et celle des populations locales. Ils disent qu’ils parlent « une autre langue » qui présente des caractéristiques empruntés au vieux turc ottoman, plus exactement au dialecte oguz[36]. Cette forme archaïque de la langue orale turque a pu être conservée en Bulgarie[37]  et aujourd’hui elle est toujours pratiquée parmi les migrants en Turquie, même lorsque ces derniers ont appris la langue turque standardisée. Au sein du groupe ils continuent à communiquer dans leur parler d’origine. De même, dans leurs communications privées, ils emploient la langue bulgare. Ainsi la diglossie et le bilinguisme construisent et renforcent le sentiment d’être différent des autres.

29L’appartenance religieuse est un autre marqueur important dans la construction des identifications sociales et culturelles. Dans la patrie de tous les Turcs, les Turcs de Bulgarie découvrent, déçus, qu’ils pratiquent une variante locale de l’islam assez différente de celle pratiquée en Turquie. Si cette prise de conscience représente, pour les plus âgés, une véritable tragédie, les jeunes et moins jeunes n’en font pas grand cas. En effet, les personnes âgées sont réellement pratiquantes, alors que les jeunes semblent avoir principalement recours à la foi en situation de crise. De fait, le marqueur de la pratique religieuse contribue également à renforcer le sentiment de différence entre le groupe immigrant et la société d’accueil. Il en est de même pour les rites et les coutumes représentant des variantes locales en Bulgarie. En Turquie les éléments qui différencient la culture traditionnelle locale de celle des migrants sont perçus comme une frontière démarquant les locaux des nouveaux arrivants. Les Turcs bulgares considèrent certaines pratiques issues de leur tradition comme très conservatives. Ils donnent l’exemple du rituel de consommation de nourriture et de la danse accompagnant les rites de passage tels que le sunet (la circoncision) et le mariage. La perpétuation de ces pratiques en Turquie permet d’assurer non seulement la socialisation religieuse des jeunes mais aussi leur socialisation au sein du groupe d’immigrants, en tant que Turcs de Bulgarie. Les spécificités linguistiques, la religion, les pratiques festives et cultuelles particulières expliquent l’endogamie au sein du groupe des migrants de Bulgarie. Cela conduit au cloisonnement de la communauté et à la conservation du modèle culturel ancien.

30Les Turcs de Bulgarie se conçoivent comme supérieurs aux Turcs de Turquie, ils estiment avoir conservé l’identité ethnique, la langue, la foi et les traditions « les plus pures ». La population d’origine locale ne les considère pas comme étant « des nôtres » non plus. Elle voit en eux l’Autre ou l’étranger, des porteurs des marques de l’identité bulgare et de la chrétienté. Les comportements sociaux, les attitudes corporelles et gestuelles, les vêtements, les normes morales que les nouveaux arrivants apportent avec eux sont perçus comme les marques de cette culture étrangère à la Turquie. De même, aux yeux des locaux ils représentent une menace pour l’emploi, ils « profitent » de la sécurité sociale et des aides de l’Etat et lorsqu’ils réussissent socialement, leur ascension sociales est également mal perçue. Le rejet de la population locale vis-à-vis des immigrants de Bulgarie apparaît dans les dénominations collectives : les Turcs de Turquie les appellent « Gjauri » (incroyants) ou « Bulgarlar », exonymes qui stigmatisent en attribuant une identité ni turque, ni musulmane. En définitive, l’identité collective des migrants oscille entre celle de l’Etat d’origine et de l’Etat d’accueil, ce qui précisément fait du groupe une communauté transnationale.

III - Les trajectoires des « ré-emigrants » et des « naturalisés »

31Parmi les immigrants de Bulgarie en Turquie, certains n’ont pas réussi à trouver leur place dans la société d’accueil ; entre 1989 et 1990, plus de 152 000 personnes sont ainsi rentrées en Bulgarie. Un informateur relate son expérience en ces termes : « Nous, on avait des parents là-bas, mais ils ne nous ont pas aidés. Finalement, ceux qui sont allés dans les camps pour immigrés s’en sont sortis mieux que nous car l’Etat leur a donné des maisons, alors que nous n’avons rien eu, ni logement, ni travail »[38]. D’autres rentrent parce qu’ils ont en Bulgarie des parents âgés qui ont refusé de partir, mais dont ils doivent s’occuper. D’autres encore n’acceptent pas la nouvelle réalité économique, sociale et culturelle de Turquie et ne supportent pas l’attitude méprisante et le rejet des Turcs locaux. Ainsi le refus ou l’incapacité de s’adapter au nouveau contexte les conduit-il à migrer de nouveau et massivement vers la Bulgarie, dès avant la chute du communisme en novembre 1989, mais également dans les premiers mois du nouveau régime. Même si leur identité ethnique et religieuse coïncide avec celle du pays d’immigration, pour eux, l’identification à la Bulgarie comme pays d’origine prédomine. L’identité bulgare prend le dessus sur les identifications ethniques et religieuses.

  • 38  AMCIMKV, N°3321/19. 02.2004, p. 299.
  • 39  Pour plus de détails sur ces deux derniers groupes de migrants, se reporter à Maeva (Mila), (...)

32La catégorie des personnes « naturalisées » inclut les migrants qui réussissent à s’intégrer totalement dans le pays d’accueil. Dans le processus d’acculturation ils parviennent à « oublier » qu’ils ont été des immigrés. Généralement il s’agit d’individus dispersés sur le territoire de la Turquie, vivant dans les quartiers anciens avec les locaux qui n’entretiennent pas de relations régulières avec les autres immigrants de Bulgarie. Leur relation au pays d’origine est presque interrompue, ils n’ont pas de parents là-bas, ni de biens immobiliers. Ils se marient avec des Turcs de Turquie et ne parlent plus que la langue littéraire turque (et non des dialectes locaux et régionaux, dans la mesure où ils espèrent être ainsi mieux acceptés). Leur identité ethnique coïncide avec leur identité nationale. Ils ont délaissé leurs traditions d’origine et pratiquent les rites et les coutumes du pays d’accueil[39].

Conclusion

33On peut difficilement prévoir les processus identitaires que les Turcs de Bulgarie connaîtront à l’avenir. Leur future trajectoire est susceptible de dépendre de nombreux facteurs : la situation économique et politique en Turquie comme en Bulgarie, les politiques des Etats à leur égard. L’admission de la Bulgarie au sein de l’Union européenne a eu un impact dont il est sans doute trop tôt pour prendre pleinement la mesure ; certains migrants envisageaient avant l’adhésion de rentrer en Bulgarie. On peut également supposer que de nombreux individus d’âge moyen rentreront en Bulgarie après la retraite. Certains indicateurs témoignent de ces intentions comme les vagues d’acquisition de propriétés dans les zones mixtes (Turcs et Bulgares), qui ont entraîné une forte hausse des prix de l’immobilier dans ces régions. Une partie des immigrants va certainement transiter par la Bulgarie dans l’objectif de s’établir en Europe de l’Ouest ou aux Etats-Unis. Pour ceux qui resteront en Turquie, le processus d’assimilation s’achèvera avec succès, comme cela était le cas pour les générations précédentes. On peut émettre l’hypothèse que les particularismes culturels du groupe migrant disparaîtront progressivement ainsi que le sentiment d’appartenance des individus à une identité collective à part, celle des Turcs de Bulgarie.

Notes

[1]  Selon les données du dernier recensement en 2001, se sont déclarés Turcs environ 746 664 personnes, soit 9,41% de la population totale.

[2]  Cet article se base sur des données recueillies lors d’enquêtes de terrain effectuées en Bulgarie, parmi des Turcs de retour dans leur pays d’origine pour une courte période (1999-2005). De même, entre mars et septembre 2002, j’ai conduit une enquête dans les quartiers de Buca, Bornova, Görece et Sarnic construits aux environs de villages non loin d’Izmir, en Turquie. La plupart des immigrés Turcs bulgares sont originaires de la région de Haskovo et de Kardzhali en Bulgarie du sud.  Les entretiens - environ 140 au total, en Bulgarie et en Turquie -  ont été menés en bulgare et/ou en turc, en fonction des interlocuteurs, de l’environnement et du contexte de l’étude. L’auteur a choisi la langue de discussion en fonction de chaque situation spécifique.

[3]  Voir sur cette question : Eroğlu (Hamza), « The Question of Turkish Minority in Bulgaria from Perspective of International Law », in The Turkish Presence in Bulgaria. Ankara, Türk Tarih Kurumu Basımevi, 1986, pp. 59-90; Memişoğlu (Hüseyin), TheBulgarian Oppression in Historical Perspective, Ankara, Devran Matbaasi Necatibey Cad, 1989; Şimşir (Bilal), Contribution a l`histoire des populations turques en Bulgarie (1876-1880), Ankara, TKA, 1966.

[4]  Zhivkov (Todor), « Etnokulturno razvitie na Vuzroditelnia protses », in Problemi na razvitieto na balgarskata narodnost i natsia, Sofia, BAN, 1988, pp. 127-143; Zhivkov (Todor), Memoari, Sofia, Siv, AD, 1997; Zagorov (Orlin), Vuzroditelniyat protses. Teza. Antiteza. (Otritsanie na otritsanieto), Sofia: Pandora, 1993. Mihailov (St),Vuzrozhdenskiyat protses v Bulgaria,Sofia, M&M, 1992; Tahirov (Sh), Edinenieto, Sofia, OF, 1981.

[5]  Plusieurs sources statistiques différentes proposent des évaluations contrastées du nombre des Turcs ayant quitté le pays. L’auteur a donc retenu un chiffre moyen.

[6]  Karamihova (Margarita), « T. nar. “Vuzroditelen protses”. Politika i rezultati 1987-1997 ». In Za promenite (sbornik), Sofia, 1997, pp. 397-398.

[7]  Zhelyazkova (Antonina), « Turcite v Bulgaria » in Dve, Vera Moutafchieva and Antonina Zhelyazkova, Sofia, 2002, pp. 161–197.

[8]  Voire les archives de l’Institut d’Ethnographie et Musée, Sofia : (AEIM), № 574-ІІІ, 27.

[9]  Le nombre d’immigrés clandestins arrêtés en provenance de Bulgarie pour la période entre 1994 et juin 2004 s’élève à 9 111 personnes. Voir : Apap (Johanna), Carrera (Sergio) and Kirişci (Kemal). « Turkey in the European Area of Freedom, Security and Justice», EU-Turkey Working Paper, n°3, Brussels: Centre for European Policy Studies, 2004, p. 18. Voir aussi : Baldwin-Edwards (Martin). « Migration in the Middle East and Mediterranean. A Regional Study prepared for the Global Commission on International Migration », January 2005, p. 13 (http://www.gcim.org/attachements/RS5.pdf).

[10]  Stojanov (Valeri). « Turskoto naselenie v Bulgaria mejdu polusite na etnicheskata politika », Sofia, 1998, pp.

[11]  Selon les informations de l’Agence de Presse Bulgare (BTA) du 12 février 2001, les ressortissants bulgares d’origine turque ont lancé un appel au ministre de l’Intérieur afin d’accélérer le processus de régularisation de leur situation et celui de l’attribution de la nationalité turque à ceux qui sont venus après 1992. Selon les auteurs de l’appel : « Les Turcs bulgares qui n’ont pas été naturalisés se trouvent obligés chaque année de payer environ 100 dollars de frais pour l’obtention de la carte de séjour. Cela crée de grandes difficultés financières pour des familles généralement nombreuses et à bas revenus. Pour ceux qui sont venus de Bulgarie avec des visas de touristes ou clandestinement il y a un autre problème : ils sont traités comme des clandestins et ils n’ont d’autre choix que de se cacher, sans papiers, ni assurance maladie. »

[12]  Zhelyazkova (Antonina), « Turcite v Bulgaria », op. cit. p. 192.

[13]  Icduygu, (A.), « Irregular Migration in Turkey »– IOM Migration Research Series, 2003, № 12.

[14]  AEIM, № 574-ІІІ, 55.

[15]  Dimitrova (D), « Balgarskite turci precelnitsi v Republika Turcia prez 1989 godina. Adaptacia i promeni v kulturnia model ». In Zhelyazkova (Antonina),dir.,Mezdu adaptaciata i nostalgiata. Balgarskite turci v Turcia, Sofia, MCPMKV, 1998, pp. 76-139, op. cit. p. 84.

[16]  Dimitrova (D), op. cit, p. 85.

[17]  Ibidem, p. 84.

[18]  Arhiv na Megdunarodnia centar za izsledvane na malcinstvata i kulturnite vzaimodeistvia (AMCIMKV) N° 3321/19. 02.2004, p. 188.

[19]  http//www.orhanco.com

[20]  AEIM, N°574-ІІІ, p. 18.

[21]  AMCIMKV, N°3321/19. 02.2004, p. 224.

[22]  AEIM, N°574-ІІІ, 13.

[23]  AMCIMKV, N°3321/19. 02.2004 г., 201

[24]  AEIM, N°574-ІІІ, 55

[25]  Sur les musulmans hétérodoxes en Bulgarie, voir Georgieva (Ivanichka) (ed.). « Bulgarskite aliyani » [Les Alijani bulgares], Sofia : Universitetsko izdatelstvo, 1991; Gramatikova (Nevena). « Isljamski neortodoksalni techeniya v bulgarskite zemi » [Les courants musulmans non orthodoxes sur les terres bulgares], In Gradeva (Rositsa), Istoria na mjusjulmanskata kultura po bulgarskite zemi [Histoire de la culture musulmane sur les terres bulgares], Sofia, 2001, pp. 192-284 ; Karamihova (Margarita). « Prikazka za Osman baba » [Récit sur Osman baba], Sofia, 2002; Mikov (Ljumobir) « Izkustvoto na heterodoksnite mjusjulmani v Bulgaria (XVI-XX vek). Bektashi i alevi/alevi » [L’art des musulmans hétérodoxes en Bulgarie (XVIè-XXè siècle). Bektaschi et alevi/alevi]. Sofia, Akademichno izdatelstvo “Marin Drinov”, 2005; Aleksiev (Bojidar), « Folklorni profili na mjusjulmanskite svetsi v Bulgaria » [Profils folkloriques des saints musulmans en Bulgarie], Sofia, Akademichno izdatelstvo “Marin Drinov”, 2005.

[26]  Hristo Dimitrov Izmirliev (Smirnenski) (18981923) est un poète bulgare, un brillant représentant du post-symbolisme dans la littérature bulgare. En dépit d’une mort précoce, il s’est fait remarqué comme un auteur prolifique— l’une des dernières éditions de ses œuvres complètes comprend huit volumes. couvert d’éloges par la critique littérataire de gauche (pricipalement en raison des idées socialistes dans son oeuvre) et considéré par les cercles littéraires conservateurs de son époque comme un auteur de « poésie décorative »,Smirnenski est un poète au remarquable potentiel parodique et doté de possibilités versificatoires exceptionnelles.

[27]  Baumann, Z. Europe of Strangers - WPTC, 1998, 3; Cohen, R. Transnational Social Movements: an Assessment - WPTC, 1998, 10; Crisen, S. National Identity and Cultural Self-Definition: Modern and Post-modern Romanian Artistic Expression. 1998 (http://www.ics.si.edu/Programs/REGION/EES); Debeljac, A. Varieties of National Experience: Resistance and Accommodation in Contemporary Slovenian Identity – Space of Identity, 2001, vol. 1, 35-47; Djuric, J. The Concept of Models of Identity: Existance without Identity – In: Golubovif, Z. (ed.). Models of Identities in Postcommunist Societies. Yugoslav Philosophical Studies, I. Cultural Heritage and Contemporary Change. Series IVA, Central and Eastern Europe, 1995, vol. 10; Faist, T. Transnationalism in International Migration: Implication for the Study of Citizenship and Culture - WPTC, 1999, 8; Guarnizo, L. Assimilation and Transnationalism. Determinants of Transnational Political Action among Temporary Migrants – AJS, 2003, vol. 108, nom. 3, 1212-1248; Moalem, M. Foreignness and Be/longing: Transnationalism and Immigrant Entrepreneurial Spaces - Comparative Studies of South Asia, Africa and Middle East, 2000, vol. XX, Nos. 1&2, 200-216; Petrovic, E. Re-Creation of Self: Narrative of Emigrant Women from Yugoslavia living in Western Canada – Space of Identity, 2003, vol. 3, 8-25; Reisenleitner, M. Tradition, Cultural Borders and the Construction of the Space of Identity – Space of Identity, 2001, vol. 1, 7-13; Sandhu, A. No More Inside/Outside: Transnationalism and The New Politic Economy – Alternatives, 2002, vol. 1, nom. 3; Schiffauer, M. Islamism in the Diaspora. The fascination of Political Islam among Second Generation of German Turks - WTPC, 1999, 06; Siemiatycki, M. Immigration, transnationalisme et citoyenneté. Politique et pratique en matière d’immigration au Canada – Cahiers d’études sur la Méditerranee orientale et le monde turco-iranien, 1992, vol 13, janvier-juin; Sklair, L. Transnational Practices and the Analyses of Global System. Seminar delivered for the National Communities Programme Seminar Series, 1998, 22; Smith, M., Guarnizo, L. (eds.) Transnationalism from Below – Comparative Urban and Community Research, 1998, vol. 6; Vertovic, St. Religion and Diaspora – WPTC, 2001, 1; Vertovic, St. Transnational Challenges to the new “Multiculturalism” – WPTC, 2001, 6. Pour une analyse des différentes théories portant sur les phénomènes transnationaux voir Sultanova, R. :  « Transnatsionalizma kato podhod pri izuchavaneto na postmigracionnia opit na migrantite ». In: Mihova, M. (dir) Da zhiveesh tam, da sanuvash tuk, p.268-291.

[28]  Gottmann (J.), La politique des Etats et leur géographie. Paris, 1952, p. 70-71.

[29]  AEIM, N°574-ІІІ,50

[30]  “Göçmen olmak, gözü arkada olmak.”

[31] Parla (Ayse), « Marking Time Across the Bulgarian Turkish Border », Ethnography, 2003, 4(4) ; Parla (Ayse),. « Locating the Homeland : Bulgarian-Turkish “Return” Migration in Transnational Perspective », à l’adresse: www.sant.ox.ac.uk/esc/esc-lectures/parla.pdf  [consultée le 17 octobre 2008].

[32]  Tous les interlocuteurs avec l’auteur a eu l’occasion de travailler détenaient la double nationalité.  

[33]  La Bulgarie a rejoint l’Union européenne en janvier 2007 (ndr).

[34]  Voir Bachelard  (G.), La poétique de l'espace, PUF, 1957; Ledru (Raimon), « L’Homme et l’espace », In Poirier (Jean), Histoire de mœurs. Les temps, l`espace et les rythmes. Paris, 1990, Editions Gallimard, pp. 66-122.

[35]  Les migrants chassent avant tout des sangliers, une pratique qui est vue comme distinctive ; la chasse constitue à la fois un divertissement et un moyen de se procurer du porc gratuitement.

[36]  Au sujet des dialectes turcs en Bulgarie voir : Kowalski, (T). Les Turcs et la langue turque de la Bulgarie du Nord-Est.  Mémoires de la  Commission Orientaliste de l’Académie des Sciences de Cracovie, No. 16. Krakow:  Polska Akademja Umiejetnosci, 1933; Аndrews, (Аlford), Türkiye`de Etnik Gruplar, Ankara, 1992, ANT Yayınları. Les linguistes distinguent plusieurs dialectes turcs de Bulgarie. Ici nous parlons d’un dialecte car il s’agit d’une catégorie d’usage commun, correspondant aux représentations des personnes.

[37]  Des écoles turques ont existé en Bulgarie sur une longue période, entre l’indépendance du pays obtenue, de fait, en 1878, et même après l’établissement du régime communiste après 1944. Le Parti communiste bulgare a progressivement adopté une politique visant à réduire leur rôle, avant de décider de les fermer vers la fin des années 1950. Par ailleurs, le pouvoir communiste a créé en 1958 une commission universitaire dont le but était de faire entrer des termes bulgares dans la langue turque. Au terme de cette politique, de nombreux termes turcs, noms de villes, de mois, d’institutions ont été remplacés par des mots bulgares ou translittérés selon des règles linguistiques bulgares. Cette « bulgarisation » du dialecte turc de Bulgarie a contribué à sa distanciation et différenciation par rapport  à la langue turque parlée en Turquie. Voir Jalămov (Ibrahim), Istoriya na turskata obshtnost v Bulgariya [Histoire de la communauté turque en Bulgarie], Sofia, 2002, pp. 336-337.

[38]  AMCIMKV, N°3321/19. 02.2004, p. 299.

[39]  Pour plus de détails sur ces deux derniers groupes de migrants, se reporter à Maeva (Mila), « Les migrants tucs bulgares en République de Turquie (culture et identité). Sofia, IMIR,2006, à l’adresse : www.imir-bg.org/imir/books/balgarskite%20turci%20preselni...

Pour citer cet article

Référence électronique

Mila Maeva, « Migration et identités parmi les Turcs de Bulgarie établis en Turquie (1989-2004) », Balkanologie, Vol. XI, n° 1-2 | décembre 2008, [En ligne], mis en ligne le 31 décembre 2008. URL : http://balkanologie.revues.org/index1052.html. Consulté le 28 avril 2009.

Auteur

Mila Maeva

Dr. Mila Maeva est chercheur à l’Institut d’ethnographie de l’Académie des Sciences bulgares (BAN), Sofia. Diplômée d’ethnologie à l’Université de Sofia « Kliment Ohridski », elle y a soutenu en 2005 une thèse sur « l’Identité ethnoculturelle des Turcs bulgares migrants », après avoir également effectué des recherches sur les Bulgares musulmans dans le cadre d’un travail de maîtrise. En 2007, elle a obtenu une bourse de spécialisation du British Council au Center for Research of Ethnic Relations (CRER) de l’Université de Warwick (Grande-Bretagne). Ses recherches actuelles portent sur les migrations bulgares en Grande-Bretagne, mais également sur les enjeux identitaires et les groupes ethnoculturels (musulmans, turcs). Elle a récemment publié : « Religija i identičnost na turcite, preselnici ot Bălgarija v Republika turcija [Religion et identités des Turcs émigrants en République de Turquie], in : Margarita Karamihova (dir.), Ti imaš ajsen znak ! ‘Zavrăštane’ na religiosnostta v kraja na XX i načaloto na XXI vek [Tu as un signe distinctif clair ! Le « retour » de la religiosité à la fin du XXème et au début du XXIème siècle], Sofia : Faber OOD, 2007, p.143-158 ; Bălgarskite turci-preselnici v Republika Turcija (kultura i identičnost) [Les Turcs bulgares émigrants en République de Turquie (culture et identité)], Sofia : IMIR, 2006.
mmila_maeva@yahoo.co.uk

Migration et identités parmi les Turcs de Bulgarie établis en Turquie (1989-2004)

2. Les stratégies de la mobilité : solidarités et réseaux migrants

Migration et identités parmi les Turcs de Bulgarie établis en Turquie (1989-2004)

Mila Maeva
Traduction par Miladina Monova

La minorité turque en Bulgarie attire depuis longtemps l’attention des chercheurs bulgares. Apparue avec la dissolution de l’Empire ottoman et la formation d’un Etat-nation bulgare indépendant (1878), elle représente aujourd’hui 10% de la population du pays[1]. Du fait de leur nombre important, de leur appartenance ethnique et religieuse ainsi que de leur emplacement géographique, les Turcs bulgares ont toujours fait l’objet d’un traitement politique particulier, aussi bien de la part de l’Etat bulgare que de l’Etat turc. Mais à la différence d’autres recherches effectuées sur la question, la présente étude propose de porter l’attention non sur les Turcs en Bulgarie, mais sur ceux qui ont quitté le pays pour s’établir définitivement en Turquie[2]. L’exode massif de la population turque de Bulgarie s’est effectué en plusieurs temps et cela est dû aux politiques opaques et contradictoires conduites durant plus d’un siècle par les gouvernements bulgare et turc. Ainsi s’est constituée une masse importante d’immigrants originaires de Bulgarie, aux trajectoires complexes et dont les caractéristiques ne pourraient pas être exposées ici de manière exhaustive. Dans cette étude, il sera question essentiellement de ceux qui arrivent en Turquie dans la période 1989-2004, c'est-à-dire après la chute du régime communiste.

  • 3  Voir sur cette question : Eroğlu (Hamza), « The Question of Turkish Minority in Bulgaria from (...)
  • 4  Zhivkov (Todor), « Etnokulturno razvitie na Vuzroditelnia protses », in Problemi na razvitieto (...)
  • 5  Plusieurs sources statistiques différentes proposent des évaluations contrastées du nombre (...)

2Ce que l’on appelle la « nouvelle émigration » des Turcs bulgare vers la Turquie commence à l’été 1989. Elle est due tout d’abord à la campagne de « bulgarisation » des noms et des prénoms qui débute pendant l’hiver 1984 et vise à faire disparaître tous les noms d’origine turque et arabe dans le pays. Le gouvernement bulgare introduit également des mesures de restriction des libertés individuelles : interdiction de parler turc dans les lieux publics, de porter des habits traditionnels musulmans, de pratiquer les coutumes et les rituels musulmans tels que la fête du Kurban-Bajram, la circoncision, le mariage traditionnel. Il est même défendu d’écouter et de danser sur de la musique turque. L’Etat bulgare interdit aussi les publications en langue turque[3]. La plateforme idéologique visant à justifier cette politique de « bulgarisation » n’a été formulée que dans l’année 1988, vers la fin de la campagne connue sous le nom de « Processus de renaissance » (văzroditelen proces). L’idéologie officielle se réfère ainsi à l’idée courante d’une « Renaissance manquée » parmi les Turcs bulgares, lesquels, Bulgares d’origine, auraient été assimilés de force à l’identité turque et musulmane au cours des siècles de « joug turc ». Aujourd’hui, ils doivent retrouver leur véritable identité. Le but est de construire « une nation socialiste bulgare unie »[4]. Cette tentative d’assimilation par la violence a conduit, au cours du printemps et de l’été 1989, à une immense vague d’émigration de Turcs de Bulgarie, appelée « la Grande excursion ». Plus de 350 000 Turcs ont été forcés à quitter la Bulgarie[5].

  • 6  Karamihova (Margarita), « T. nar. “Vuzroditelen protses”. Politika i rezultati (...)
  • 7  Zhelyazkova (Antonina), « Turcite v Bulgaria » in Dve, Vera Moutafchieva and Antonina (...)
  • 8  Voire les archives de l’Institut d’Ethnographie et Musée, Sofia : (AEIM), № 574-ІІІ, (...)

3Même si environ 152 000 personnes retournent en Bulgarie dès l’année suivante, l’émigration vers la Turquie se poursuit aussi après la chute du régime communiste en novembre 1989. La nouvelle vague est due, cette fois-ci, à la crise économique. Au cours de l’année 1991-1992, les partants sont plus nombreux que ceux de 1989[6]. Dans la période de 1990 à 1997, en moyenne entre 30 000 et 60 000 personnes se rendent en Turquie, munies de visas de séjour temporaire ou de tourisme[7]. Cette vague comprend également ceux qui pendant le régime communiste n’étaient pas autorisés à quitter le pays, ainsi que des personnes qui rejoignent des parents partis avec « la Grande excursion » et déjà établis en Turquie. Certains ne quittent pas le pays avant l’été 1989 parce que leurs enfants sont soit à l’armée, soit encore scolarisés. Ainsi raconte un père de famille : « Au début, je ne suis pas parti parce que les enfants étaient à l’école. Mon, fils aîné étudiait dans une Ecole d’études supérieures en informatique à Kardzhali. Je me suis dit, attendons au moins qu’il termine. Mais après la troisième année je me suis dit, et bien, il peut terminer ses études aussi en Turquie. J’avais appris qu’il pouvait continuer ses études là-bas »[8].

I - Les motivations de l’émigration

4Les dispositions psychologiques des personnes jouent un rôle important dans la prise de décision concernant le départ. La capacité des parents et proches déjà installés en Turquie de recevoir et de prendre un certain temps en charge le reste de la famille est un facteur important. Même si pendant un certain temps les autorités turques demandent un visa aux ressortissants de Bulgarie, on ne leur crée pas beaucoup de difficultés. Au consulat, certains donnent des dessous de table pour obtenir le visa. L’émigration clandestine est une autre option. Nombreuses sont les histoires de traversée de la frontière avec un visa « aller simple » ou dans l’arrière de bus ou de trains avec l’aide d’un réseau de trafic de personnes[9].

  • 9  Le nombre d’immigrés clandestins arrêtés en provenance de Bulgarie pour la période entre (...)
  • 10  Stojanov (Valeri). « Turskoto naselenie v Bulgaria mejdu polusite na etnicheskata politika », (...)
  • 11  Selon les informations de l’Agence de Presse Bulgare (BTA) du 12 février 2001, les (...)
  • 12  Zhelyazkova (Antonina), « Turcite v Bulgaria », op. cit. p. 192.

5Dans la période de 1989 à 2001, les autorités turques attribuent la nationalité « à titre exceptionnel » à environ 16 000 personnes[10]. Or, selon les données non officielles, les immigrants de Bulgarie sont beaucoup plus nombreux[11]. Selon les experts, dans la période de 1989 à 1996, les nouveaux arrivants de Bulgarie comptent environ 400 000 personnes[12]. Leur nombre augmente à partir de 2000 avec la suppression du régime des visas. A partir de cette époque on peut passer librement la frontière avec un visa de séjour de trois mois. Le réseau de transports transfrontaliers qui se développe de plus en plus facilite la circulation des personnes entre les deux pays.

6Dans les dernières années, on observe une nouvelle vague de migration de la Bulgarie vers la Turquie. Nous pourrions l’appeler « la migration des brues ». Il s’agit de femmes turques de Bulgarie qui se marient à des immigrants déjà établis en Turquie ou à leurs enfants. De fait, la minorité turque de Bulgarie est également touchée par le phénomène d’effondrement démographique et le vieillissement de la population caractéristiques de l’ensemble de la société bulgare. La décision de partir se marier en Turquie repose sur deux facteurs essentiels : d’une part, les jeunes femmes célibataires ne trouvent pas de partenaire en Bulgarie, d’autre part, dans les représentations collectives, la Turquie est perçue comme offrant de meilleures conditions de vie.

  • 13  Icduygu, (A.), « Irregular Migration in Turkey »– IOM Migration Research Series, 2003, № (...)

7Parmi ces jeunes femmes beaucoup ont fait partie de la vague de retours en Bulgarie de l’automne 1989-l’hiver 1990 après la « Grande excursion ». La circulation transfrontalière de plus en plus libre, le tourisme, les différentes fêtes familiales et religieuses facilitent les rencontres entre femmes turques en visite et immigrants turcs installés en Turquie. Les rencontres se font également en Bulgarie, lorsque les émigrants sont de retour pour quelque occasion ou dans le milieux étudiants lorsque les jeunes femmes de Bulgarie partent en Turquie faire des études supérieures. On observe que les jeunes couples mariés préfèrent s’établir définitivement en Turquie où ils estiment que les conditions de vie et les salaires sont meilleurs qu’en Bulgarie. De même, si l’on compare les immigrants originaires de Bulgarie à d’autres groupes de migrants on remarque que les Turcs bulgares viennent pour s’établir de manière permanente en Turquie et non pour transiter vers un pays d’Europe occidentale ou vers les Etats-Unis[13].

  • 14  AEIM, № 574-ІІІ, 55.
  • 15  Dimitrova (D), « Balgarskite turci precelnitsi v Republika Turcia prez 1989 godina. Adaptacia (...)
  • 16  Dimitrova (D), op. cit, p. 85.
  • 17  Ibidem, p. 84.

8Lors de la « Grande excursion » de l’été 1989, les candidats à l’immigration traversent la frontière bulgaro-turque avec très peu d’affaires personnelles : « Seulement des vêtements, couvertures, couettes, des choses en textile. Je ne pouvait pas transporter en Turquie mes meubles de cuisine par exemple…»[14]. Ensuite, ils sont installés dans des écoles désertes en été ou dans des campements avec des tentes construits spécialement pour eux. A l’automne avec le début de l’année scolaire, les familles sont transférées dans camps de vacances, propriété de l’Etat. D’autres camps de réfugiés ont été construits les villes de Edirne, Istanbul, Bursa, Izmir, Tekirdag, Eski Shehir, Ankara, Bolu, etc[15]. Le gouvernement prévoyait au début d’installer les réfugiés dans la partie orientale de l’Anatolie: « Nous les Göçmeni (les déplacés) on est comme des soldats. Tu vas là où on te dit. »[16] Cette région est peu peuplée et à majorité kurde. Les personnes qui y vont, restent peu de temps et partent ensuite vers les parties occidentales de la Turquie. Pour la plupart, ils disent ne pas pouvoir s’adapter au climat rude de certaines régions et préfèrent des régions « plus civilisées » où ils peuvent trouver du travail. En conséquence de ces migrations internes, effectuées dès le premiers mois et à l’initiative des migrants, environ 100 000 personnes échappent au contrôle des autorités turques. Une autre partie des nouveaux arrivants se dirige vers les grandes villes comme Bursa (80 000 réfugiés) ou encore Istanbul et Edirne. A Bursa par exemple, le flux massif d’immigrants qui arrivent par vagues dans la ville oblige les autorités locales à construire des barrières autour de la ville, incapable d’accueillir plus de réfugiés[17].

  • 18  Arhiv na Megdunarodnia centar za izsledvane na malcinstvata i kulturnite vzaimodeistvia (...)
  • 19  http//www.orhanco.com (...)
  • 20  AEIM, N°574-ІІІ, p. 18.

9Une partie des immigrants rejoignent des parents qui ont quitté la Bulgarie lors de vagues d’émigration précédentes (1950-51 et 1968-78). Les déplacements sont effectués avec l’assistance des autorités locales et de l’Etat : « Là-bas il y avait des agents publics qui nous prenaient en charge. Ils nous conduisaient là où on avait des parents proches. Non pas avec des bus mais en voiture »[18]. Le séjour chez les parents est bref, pas plus de quelques jours selon les interrogés. La raison principale en est le manque d’hospitalité des proches qui ne les « supportent pas plus de deux-trois jours ». D’autres, qui ne peuvent pas compter sur l’aide de la famille sont pris en charge par des institutions religieuses musulmanes et certains, sans logement ni travail, sont même hébergés dans des mosquées. « Au début, mon père ne pouvait pas trouver du travail et nous avons passé un an dans une pièce de la mosquée locale, prévue pour héberger des gens pauvres. »[19] Bien qu’ils soient originaires de zones rurales en Bulgarie, les migrants préfèrent s’établir à proximité ou dans les villes. « On s’y est fait difficilement. Nous habitions de petites villes et nous voulions vivre dans une petite ville ici aussi mais il n’y a pas de travail donc nous sommes venus vivre en ville. » [20]

  • 21  AMCIMKV, N°3321/19. 02.2004, p. 224.

10Les populations immigrées en Turquie se rendent au début à Edirne et à Istanbul, dans la partie européenne. Dans un second temps, elles se déplacent vers d’autres villes du pays et, pour ce qui est des Turcs de Bulgarie, ils préfèrent les villes de Bursa, Izmir, Çorluet Karadag. Plusieurs facteurs essentiels sont intervenus dans le choix de la ville d’établissement. Premièrement, il est fonction des vagues d’immigration précédentes, pas seulement de Bulgarie mais aussi d’autres pays des Balkans et de l’Asie. Les immigrants bulgares préfèrent rejoindre les colonies d’immigrants déjà constituées dans les grandes villes turques ou devenues elles-mêmes des bidonvilles : « J’ai vécu 4 ans à Istanbul, je n’ai pas pu m’y faire du tout. Trop de gens ce n’est pas pour nous. A Çorlu ça va, c’est une ville d’immigrants, il y a 80% des gens qui viennent de la Bulgarie, de la Yougoslavie, de la Grèce, de la Thrace occidentale. »[21]

  • 22  AEIM, N°574-ІІІ, 13.
  • 23  AMCIMKV, N°3321/19. 02.2004 г., 201

11Un autre facteur qui intervient dans le choix concerne les conditions climatiques. Certains se rendent à Bursa parce que le climat est semblable à celui de la Bulgarie, d’autres préfèrent aller dans le sud à Izmir ou au bord de la mer Egée parce qu’il y fait plus chaud en hiver. Le marché du travail constitue un autre facteur important. « J’ai choisi Izmir parce que je me suis dis c’est une grande ville, il y a un port, un aéroport, ça veut dire qu’il y a des perspectives »[22]. Ils préfèrent les grandes villes parce que « là-bas c’est différent, il y beaucoup de fabriques de textiles entre Lüleburgaz et Çorlu alors qu’il n’y en a pas à Istanbul. Dans ces fabriques il n’y a pas seulement nous, il y a aussi des ouvriers de l’Anatolie, pour la plupart des Kurdes »[23]. Les individus affichent différentes préférences selon les classes d’âge. Par exemple les plus âgés se sont installés à Bursa, ville « plus religieuse » et les plus jeunes vont à Izmir, qu’ils estiment plus moderne et européenne. En effet, les jeunes après un certain temps passé avec leurs parents se sont déplacés vers le sud, la partie européenne de la Turquie dite « la Thrace » ou la Turquie occidentale avec sa côte égéenne.

  • 24  AEIM, N°574-ІІІ, 55

12Pour les nouveaux arrivants le critère de « l’européanité » de la ville est important. Ainsi, dans une ville « plus européenne » ils ne vont pas se sentir gênés de porter « des vêtements européens », les femmes peuvent porter tranquillement des jupes et des pantalons. « A Izmir les femmes ne sont pas voilées, les gens sont plus ouverts, comme en Bulgarie. On peut porter des shorts, des pantalons, aller partout, comme dans une ville européenne. A Ankara, à Bursa ce n’est pas comme ça. Certaines personnes vont peut-être faire pression pour que tu t’adaptes à eux, ils vont te regarder d’un autre œil. Si je n’avais pas pu venir à Izmir, je serais retourné en Bulgarie. Honnêtement »[24].

  • 25  Sur les musulmans hétérodoxes en Bulgarie, voir Georgieva (Ivanichka) (ed.). « Bulgarskite (...)
  • 26  Hristo Dimitrov Izmirliev (Smirnenski) (18981923) est un poète bulgare, un brillant (...)

13La confession est un autre critère important. Les Turcs de Bulgarie de confession alevi[25] se dirigent vers Istanbul et Çorlu. Même leurs connaissances littéraires interviennent dans le choix et la représentation du lieu, comme c’est le cas pour Izmir, selon un informateur : « Nous avons connu Smyrne par les écrits de Hristo Smirnenski[26]».

  • 27  Baumann, Z. Europe of Strangers - WPTC, 1998, 3; Cohen, R. Transnational Social Movements: an (...)
  • 28  Gottmann (J.), La politique des Etats et leur géographie. Paris, 1952, p. 70-71.

14A la suite de leur immigration en Turquie, les Turcs de Bulgarie doivent s’adapter aux nouvelles conditions politiques, économiques et sociales. On observe trois stratégies d’adaptation : l’acculturation et l’intégration ; l’opposition ou la réaction ; le retrait et la marginalisation. Si les nouveaux arrivants conservent des éléments de leur culture d’origine, ils empruntent aussi à la culture d’accueil. Les relations d’interaction avec la société locale sont dynamiques et varient sur une échelle qui va de l’intercompréhension au conflit déclaré. Dans ce cas les migrants maintiennent les relations avec leur pays d’origine, ce qui conduit à la construction d’une communauté transnationale[27]. Plusieurs étapes peuvent être distinguées dans le processus d’adaptation. Premièrement, le groupe cherche à démarquer son  territoire, les acteurs se l’approprient progressivement comme étant celui de leur espace de vie. Avec le temps cette espace vient à être pensé comme sien. Dans ce processus le degré de concentration ou de dispersion du groupe sur le territoire est important. La deuxième étape dans l’appropriation du nouvel espace débute avec la construction d’un logement familial. On considère que l’acte de vendre sa propriété dans le pays d’origine suivi de l’achat d’une nouvelle dans le pays d’accueil montre le degré d’avancement du processus d’intégration. La troisième étape concerne la construction des topos ou lieux de rassemblement entre immigrants tels que le marché, le restaurant, le centre culturel où l’on se rencontre régulièrement. A travers ces différentes étapes les immigrants tentent d’organiser le nouvel espace de vie et créent une culture subjective, afin d’obtenir le droit d’exercer un contrôle sur leur territoire[28]. Le statut socioprofessionnel, le niveau d’éducation et la participation des migrants à la vie économique locale jouent un rôle essentiel dans le processus d’insertion et dans la construction des hiérarchies sociales. L’obtention de la nationalité turque représente une étape importante.

15Les réseaux informels sont de même essentiels à la survie des groupes de migrants. Ceux-ci comprennent les relations d’entraide entre amis, parents, voisins, individus dont l’ensemble assure le processus d’adaptation et d’insertion du groupe. Ces réseaux relient les migrants à leur groupe d’origine, dans le lieu d’origine mais aussi avec les autres membres de la communauté vivant dans d’autres régions de Turquie. La mise en place d’organisations et d’associations qui non seulement défendent les droits des immigrants mais aussi servent de relais entre différentes communautés représente un stade supérieur dans l’usage de ces réseaux. Les activités en commun nourrissent les relations entre les individus et renforcent le sentiment d’appartenance au même groupe.

  • 29  AEIM, N°574-ІІІ,50
  • 30  “Göçmen olmak, gözü arkada olmak.”

16Pour les individus, l’exode de l’été 1989 a représenté un bouleversement radical dans leur existence, amenant de nouvelles épreuves et difficultés à survivre dans le nouveau contexte. Pour ces hommes et femmes il s’agit de « recommencer sa vie à zéro ». Souvent les Turcs bulgares opposent d’un coté la « belle vie » dans le passé, en Bulgarie, à celle d’aujourd’hui : « Là-bas c’était la vie, alors qu’ici on rame et on s’accroche pour survivre »[29]. Selon les personnes interrogées, les premières années sont les plus difficiles ; pour survivre, il faut s’adapter, faire attention, mesurer ses actes, ne faire confiance à personne. « L’immigré doit avoir des yeux dans le dos »[30] .

17La plupart des immigrés Turcs de Bulgarie se sentent rejetés dans leur pays d’origine, sans être pour autant acceptés dans la nouvelle patrie. Ainsi se crée le sentiment d’appartenir à une minorité en Turquie même. Il existe différentes catégories de migrants selon les parcours, mais aussi selon l’identité ethnique et culturelle qu’ils privilégient. Ainsi, on peut distinguer trois groupes : les migrants (ceux qui restent en Turquie) ; les ré-émigrants (ceux qui, déçus de la nouvelle patrie, reviennent en Bulgarie) ; les personnes naturalisées.

II - Autodéfinitions identitaires et expériences vécues en Turquie

18Au XIXème siècle, dans l’Empire ottoman multiethnique, la population turque dans la région était considérée comme majoritaire et l’élite turque était dominante. Après la dissolution de l’Empire, une partie importante des sujets turcs et musulmans s’est trouvée incluse dans les territoires des nouveaux Etat-nations balkaniques. Dans l’Etat bulgare, la communauté turque a subi un processus d’acculturation qui a conduit à la différencier de plus en plus des Turcs de la « mère-patrie », la Turquie. Devenus une minorité, les Turcs de Bulgarie ont développé un sentiment d’appartenance ethnique et le groupe, conscient de sa différence, s’est davantage refermé sur lui-même. La politique de l’Etat bulgare a également contribué à la construction des différences et le groupe ethnique turc à pu conserver certains traits culturels comme la langue et la religion. Si la communauté a pu se préserver, c’est aussi en réaction à la violente politique d’assimilation entreprise par les autorités bulgares dans certaines périodes de l’histoire. Dans la formation d’un sentiment d’appartenance ethnique, la politique turque a également joué un rôle : elle a défendu les droits de « sa » minorité en Bulgarie mais au-delà, ses intérêts politiques et économiques dans la région.

  • 31 Parla (Ayse), « Marking Time Across the Bulgarian Turkish Border », Ethnography, 2003, 4(4) ; Par(...)

19Après l’émigration en Turquie, le sentiment de différence avec les Turcs de Turquie apparaît de plus en plus structurant pour les migrants. Cette différence explique le va-et-vient constant entre les deux « patries », mobilité qui construit une identité de migrant[31]. Un des phénomènes propres au monde moderne et globalisé concerne la disparition des frontières, la circulation intense des individus et des groupes et ses effets induits sur leurs représentations et leur identifications. Tel est le cas également pour les Turcs de Bulgarie aux identités multiples et changeantes. Les identifications des migrants varient en fonction des situations et des individus. C’est pourquoi il semble difficile de les catégoriser en fonction de marqueurs tels que l’ethnicité, la religion, la langue ou la culture.

20Les communautés de migrants sont des « communautés transnationales ». Elles dépendent à la fois de la politique de l’Etat de départ et de l’Etat d’accueil. La communauté de migrants en tant que telle dépend de la relation à ces deux Etats et les individus sans cesse circulent, dans le double objectif de conserver leur model culturel d’avant et d’en acquérir un autre qui leur permettra d’accéder à une meilleur statut socio-économique. Les caractéristiques principales de ce groupe sont : la double nationalité, la mobilité constante, un peuplement compact, des activités en commun, la diglossie, le bilinguisme, la conservation des pratiques religieuses et des traditions culturelles, l’endogamie et enfin un discours de valorisation de ces marqueurs. Dans le comportement des migrants au quotidien, toutes ces valeurs peuvent être observées :

Double nationalité

On conserve ou on recouvre la nationalité de l’Etat d’origine.

On acquiert la nationalité de l’Etat d’accueil

Mobilité intense

   Mobilité intense entre l’Etat d’origine, l’Etat d’accueil et d’autres pays.

Peuplement compact dans les quartiers/villes/villages

Construction de quartiers nouveaux et des topos demigrants (lieux de culte, marchés, magasins, cafés, restaurants, etc.)

Activités en commun

Entraide, rencontres villageoises, célébrations de fêtes…

Diglossie

Maîtrise de différentes langues orales et/ou standardisées

Bilinguisme

Maîtrise orale de la langue officielle du pays d’origine et du pays de destination

Conservation des pratiques religieuses

Maintien de la variante locale de la religion pratiquée dans le pays d’origine

Conservation de la culture traditionnelle

Perpétuation des pratiques rituelles et festives d’origine

Endogamie

Mariage à l’intérieur du groupe de migrants

Valorisation de la culture

Les acteurs se représentent leur culture comme étant la plus « pure » et la « vraie ».

Source : tableau réalisé par l’auteur

  • 32  Tous les interlocuteurs avec l’auteur a eu l’occasion de travailler détenaient la double (...)

21La double nationalité est un marqueur particulièrement important[32]. Pour les Turcs de Bulgarie, les deux nationalités désignent à la fois leur identité nationale et le lien originel avec la société dans laquelle ils ont été élevés. Cette double citoyenneté permet à cette communauté transnationale de participer à la vie politique en exerçant son droit de vote à la fois dans le pays d’origine et dans le pays d’accueil. La mobilité intense est une des caractéristiques essentielles du monde globalisé et de la société post-moderne. Les Turcs de Bulgarie circulent ainsi non seulement entre la Bulgarie et la Turquie, mais aussi en Europe occidentale et aux Etats-Unis pour des raisons telles que le travail, les vacances, les biens à gérer, des parents à visiter, l’accès aux soins médicaux ou encore les fêtes.

  • 33  La Bulgarie a rejoint l’Union européenne en janvier 2007 (ndr).

22Les migrants avec lesquels des entretiens ont été réalisés lors des missions de terrain de 2005 ont des représentations ambivalentes de leurs deux patries. L’Etat d’origine revêt pour eux plusieurs visages aux traits à la fois positifs et négatifs. Les personnes interrogées parlent de « patrie d’origine » où l’on a vécu son enfance, sa jeunesse, où ont été abandonnés les propriétés et les biens de famille. La terre d’origine est qualifiée de « jardin d’Eden », celle qui appartiendra bientôt à l’Union européenne (UE)[33]. Mais aussi c’est aussi un lieu de discrimination et de crise économique. La Bulgarie est présente dans les souvenirs du passé, mais elle apporte aussi des avantages au présent : des papiers d’identité bulgares et donc européens, qui permettent de voyager sans visa à destination de certains pays. En Bulgarie, les migrants soulignent qu’ils ont pu faire de bonnes études et encore aujourd’hui, grâce à la double nationalité, ils peuvent bénéficier du système scolaire et de la sécurité sociale bulgares, par exemple. Ce n’est pas un hasard sur de nombreux Turcs installés en Turquie préfèrent voir leur enfant accomplir leurs études supérieures en Bulgarie, particulièrement depuis que le pays est membre de l’Union européenne. Evidemment, cette question présente aussi un aspect financier dans la mesure où l’enseignement supérieur est moins onéreux en Bulgarie qu’en Turquie, d’autant plus que la détention de la citoyenneté bulgare permet d’obtenir des avantages connus en la matière.

23Aux yeux de la plupart des migrants, le pays d’accueil représente la patrie historique d’où sont venus leurs ancêtres, il y a des siècles. Aujourd’hui, la Turquie accueille de nouveau ses enfants et les aide à s’épanouir dans la vie ; elle leur permet de vivre librement leur identité de Turcs et de musulmans. Avec le temps, les migrants réalisent que la nouvelle patrie n’est pas celle des rêves, des mythes et des légendes dont ils ont entendu parler depuis des générations. Elle leur est apparue comme différente et inconnue, leur offrant une vie difficile et pleine de péripéties. Cependant, au long du processus d’adaptation, les immigrants la découvrent et modifient leurs représentations afin de s’approprier leur nouvelle patrie et de la concevoir comme étant un véritable « chez soi ».

24La concentration et la densité du peuplement d’immigrants par lieu d’habitation constitue un autre critère essentiel à la conservation et au renouvellement des « traditions anciennes » du groupe. C’est pourquoi les nouveaux arrivants sont à l’origine de nouveaux espaces urbains et créent de nouveaux quartiers, comme par exemple celui de Cörece, près d’Izmir. Certains ont été construits par l’Etat précisément pour accueillir les Turcs de Bulgarie. Ils sont situés dans les environs des grandes villes et représentent d’immenses complexes urbains où s’élèvent des blocs en béton. Les appartements sont attribués par loterie, mais la priorité est accordée aux victimes de la répression durant la politique d’assimilation en Bulgarie dans les années 1980. Les Turcs bulgares qui vivent à Izmir et à Istanbul ont préféré s’établir dans des villages proches des centres urbains et y construire leur quartier d’habitation. L’Etat turc les autorise à acheter des terrains à des tarifs préférentiels et à y construire leurs maisons. A Izmir, ce sont les quartiers de Sarnach et de Buca. Les migrants des différentes régions bulgares non seulement souhaitent s’établir en un même lieu avec tous leurs proches, mais ils cherchent aussi à échapper aux mégapoles turques. Telle est la raison pour laquelle ils préfèrent vivre dans les quartiers périphériques des grandes villes, qui ressemblent davantage aux petits villages qu’ils ont quittés. Dans le même temps, le choix d’une migration  en zone urbaine s’impose pour des raisons pratiques : les précédentes vagues migratoires ont été également dirigées vers les villes. En outre, les grandes mégapoles donnent plus de possibilité de réalisation professionnelle et d’accès à l’éducation. Dans le même temps, les migrants s’emploient à changer radicalement leur vie et à recommencer à zéro.

  • 34  Voir Bachelard  (G.), La poétique de l'espace, PUF, 1957; Ledru (Raimon), « L’Homme et (...)

25Les Turcs de Bulgarie construisent des maisons à deux ou à trois étages, d’un style caractéristique dans tout le pays. Ils assurent eux-mêmes la construction des maisons selon un principe d’entre-aide, contribuant au renforcement des solidarités et du sentiment d’intégration dans la société turque. Lorsqu’ils expliquent leur empressement à construire des maisons, les personnes interrogées se réfèrent aux « habitudes de Bulgarie », au désir d’avoir « sa » maison et au modèle patrilocal de leur société d’origine. Ainsi, ils ont le sentiment de « faire pousser des racines » dans la nouvelle patrie[34], ce qui équivaut à un établissement définitif. La nouvelle maison incarne la fin de l’espoir de revenir dans l’ancienne patrie et le début d’une nouvelle vie dans une nouvelle patrie. Cependant, peu de migrants se décident à vendre leurs propriétés en Bulgarie et ils préfèrent les louer à des parents ou même laisser en jachère leurs terres cultivables. Ces choix prouvent que leur ré-enracinement dans la nouvelle patrie ne met pas radicalement fin aux liens avec la Bulgarie et que les individus ne peuvent pas véritablement rompre avec leur passé.

  • 35  Les migrants chassent avant tout des sangliers, une pratique qui est vue comme distinctive ; la (...)

26Le développement de nouveaux quartiers comprend aussi la construction de mosquées et de marchés, ces derniers ayant la particularité de représenter la culture culinaire des migrants et de les réunir les jours de marché. Le marché est ouvert un jour par semaine ou bien tous les jours, comme à Buca. Sa principale fonction est de fournir les habitants en produits en provenance de Bulgarie : ces produits sont apportés par bus, sur des lignes régulières quotidiennes entre la Bulgarie et la Turquie. Il est fréquent que le différentiel de prix soit inexistant, mais les migrants installés en Turquie les considèrent comme plus « savoureux ». Les immigrants se disent « habitués » à consommer des produits bulgares, qui sont de « très bonne qualité ». Les habitants importent également des habitudes ou des activités pratiquées pendant leur temps libre en Bulgarie. Ainsi les hommes vont-ils à la chasse au gibier[35], alors que les femmes aiment se réunir au café du quartier. Le processus d’acculturation ne détruit pas le modèle culturel spécifique.

27Les activités en commun contribuent au renforcement des solidarités au sein du groupe et démontrent un certain degré de fermeture. Les individus partagent la même histoire et les mêmes problèmes aujourd’hui, ils rencontrent compréhension et soutien seulement au sein du même groupe. Ils s’aident mutuellement pour résoudre des difficultés personnelles, trouver du travail, construire une maison. Ils sont ensemble dans leurs activités économiques mais aussi lors des fêtes de famille, des fêtes religieuses. Ils organisent souvent des rencontres villageoises, pour se parler et se souvenir « du bon vieux temps » en Bulgarie, autour de repas et de verres de rakia importés depuis là-bas. Ainsi se construit un sentiment d’appartenance à une identité locale et régionale particulière qui, au-delà du village ou de la ville d’origine, rassemble les individus en immigration par le partage de traits culturels communs : on parle ainsi des « gens » du Džebel, de Cernoocen, de Kărdžali, etc.

  • 36  Au sujet des dialectes turcs en Bulgarie voir : Kowalski, (T). Les Turcs et la langue turque de (...)
  • 37  Des écoles turques ont existé en Bulgarie sur une longue période, entre l’indépendance du (...)

28A la suite de leur arrivée en Turquie, les Turcs de Bulgarie ont constaté des différences importantes entre leur langue turque et celle des populations locales. Ils disent qu’ils parlent « une autre langue » qui présente des caractéristiques empruntés au vieux turc ottoman, plus exactement au dialecte oguz[36]. Cette forme archaïque de la langue orale turque a pu être conservée en Bulgarie[37]  et aujourd’hui elle est toujours pratiquée parmi les migrants en Turquie, même lorsque ces derniers ont appris la langue turque standardisée. Au sein du groupe ils continuent à communiquer dans leur parler d’origine. De même, dans leurs communications privées, ils emploient la langue bulgare. Ainsi la diglossie et le bilinguisme construisent et renforcent le sentiment d’être différent des autres.

29L’appartenance religieuse est un autre marqueur important dans la construction des identifications sociales et culturelles. Dans la patrie de tous les Turcs, les Turcs de Bulgarie découvrent, déçus, qu’ils pratiquent une variante locale de l’islam assez différente de celle pratiquée en Turquie. Si cette prise de conscience représente, pour les plus âgés, une véritable tragédie, les jeunes et moins jeunes n’en font pas grand cas. En effet, les personnes âgées sont réellement pratiquantes, alors que les jeunes semblent avoir principalement recours à la foi en situation de crise. De fait, le marqueur de la pratique religieuse contribue également à renforcer le sentiment de différence entre le groupe immigrant et la société d’accueil. Il en est de même pour les rites et les coutumes représentant des variantes locales en Bulgarie. En Turquie les éléments qui différencient la culture traditionnelle locale de celle des migrants sont perçus comme une frontière démarquant les locaux des nouveaux arrivants. Les Turcs bulgares considèrent certaines pratiques issues de leur tradition comme très conservatives. Ils donnent l’exemple du rituel de consommation de nourriture et de la danse accompagnant les rites de passage tels que le sunet (la circoncision) et le mariage. La perpétuation de ces pratiques en Turquie permet d’assurer non seulement la socialisation religieuse des jeunes mais aussi leur socialisation au sein du groupe d’immigrants, en tant que Turcs de Bulgarie. Les spécificités linguistiques, la religion, les pratiques festives et cultuelles particulières expliquent l’endogamie au sein du groupe des migrants de Bulgarie. Cela conduit au cloisonnement de la communauté et à la conservation du modèle culturel ancien.

30Les Turcs de Bulgarie se conçoivent comme supérieurs aux Turcs de Turquie, ils estiment avoir conservé l’identité ethnique, la langue, la foi et les traditions « les plus pures ». La population d’origine locale ne les considère pas comme étant « des nôtres » non plus. Elle voit en eux l’Autre ou l’étranger, des porteurs des marques de l’identité bulgare et de la chrétienté. Les comportements sociaux, les attitudes corporelles et gestuelles, les vêtements, les normes morales que les nouveaux arrivants apportent avec eux sont perçus comme les marques de cette culture étrangère à la Turquie. De même, aux yeux des locaux ils représentent une menace pour l’emploi, ils « profitent » de la sécurité sociale et des aides de l’Etat et lorsqu’ils réussissent socialement, leur ascension sociales est également mal perçue. Le rejet de la population locale vis-à-vis des immigrants de Bulgarie apparaît dans les dénominations collectives : les Turcs de Turquie les appellent « Gjauri » (incroyants) ou « Bulgarlar », exonymes qui stigmatisent en attribuant une identité ni turque, ni musulmane. En définitive, l’identité collective des migrants oscille entre celle de l’Etat d’origine et de l’Etat d’accueil, ce qui précisément fait du groupe une communauté transnationale.

III - Les trajectoires des « ré-emigrants » et des « naturalisés »

31Parmi les immigrants de Bulgarie en Turquie, certains n’ont pas réussi à trouver leur place dans la société d’accueil ; entre 1989 et 1990, plus de 152 000 personnes sont ainsi rentrées en Bulgarie. Un informateur relate son expérience en ces termes : « Nous, on avait des parents là-bas, mais ils ne nous ont pas aidés. Finalement, ceux qui sont allés dans les camps pour immigrés s’en sont sortis mieux que nous car l’Etat leur a donné des maisons, alors que nous n’avons rien eu, ni logement, ni travail »[38]. D’autres rentrent parce qu’ils ont en Bulgarie des parents âgés qui ont refusé de partir, mais dont ils doivent s’occuper. D’autres encore n’acceptent pas la nouvelle réalité économique, sociale et culturelle de Turquie et ne supportent pas l’attitude méprisante et le rejet des Turcs locaux. Ainsi le refus ou l’incapacité de s’adapter au nouveau contexte les conduit-il à migrer de nouveau et massivement vers la Bulgarie, dès avant la chute du communisme en novembre 1989, mais également dans les premiers mois du nouveau régime. Même si leur identité ethnique et religieuse coïncide avec celle du pays d’immigration, pour eux, l’identification à la Bulgarie comme pays d’origine prédomine. L’identité bulgare prend le dessus sur les identifications ethniques et religieuses.

  • 38  AMCIMKV, N°3321/19. 02.2004, p. 299.
  • 39  Pour plus de détails sur ces deux derniers groupes de migrants, se reporter à Maeva (Mila), (...)

32La catégorie des personnes « naturalisées » inclut les migrants qui réussissent à s’intégrer totalement dans le pays d’accueil. Dans le processus d’acculturation ils parviennent à « oublier » qu’ils ont été des immigrés. Généralement il s’agit d’individus dispersés sur le territoire de la Turquie, vivant dans les quartiers anciens avec les locaux qui n’entretiennent pas de relations régulières avec les autres immigrants de Bulgarie. Leur relation au pays d’origine est presque interrompue, ils n’ont pas de parents là-bas, ni de biens immobiliers. Ils se marient avec des Turcs de Turquie et ne parlent plus que la langue littéraire turque (et non des dialectes locaux et régionaux, dans la mesure où ils espèrent être ainsi mieux acceptés). Leur identité ethnique coïncide avec leur identité nationale. Ils ont délaissé leurs traditions d’origine et pratiquent les rites et les coutumes du pays d’accueil[39].

Conclusion

33On peut difficilement prévoir les processus identitaires que les Turcs de Bulgarie connaîtront à l’avenir. Leur future trajectoire est susceptible de dépendre de nombreux facteurs : la situation économique et politique en Turquie comme en Bulgarie, les politiques des Etats à leur égard. L’admission de la Bulgarie au sein de l’Union européenne a eu un impact dont il est sans doute trop tôt pour prendre pleinement la mesure ; certains migrants envisageaient avant l’adhésion de rentrer en Bulgarie. On peut également supposer que de nombreux individus d’âge moyen rentreront en Bulgarie après la retraite. Certains indicateurs témoignent de ces intentions comme les vagues d’acquisition de propriétés dans les zones mixtes (Turcs et Bulgares), qui ont entraîné une forte hausse des prix de l’immobilier dans ces régions. Une partie des immigrants va certainement transiter par la Bulgarie dans l’objectif de s’établir en Europe de l’Ouest ou aux Etats-Unis. Pour ceux qui resteront en Turquie, le processus d’assimilation s’achèvera avec succès, comme cela était le cas pour les générations précédentes. On peut émettre l’hypothèse que les particularismes culturels du groupe migrant disparaîtront progressivement ainsi que le sentiment d’appartenance des individus à une identité collective à part, celle des Turcs de Bulgarie.

Notes

[1]  Selon les données du dernier recensement en 2001, se sont déclarés Turcs environ 746 664 personnes, soit 9,41% de la population totale.

[2]  Cet article se base sur des données recueillies lors d’enquêtes de terrain effectuées en Bulgarie, parmi des Turcs de retour dans leur pays d’origine pour une courte période (1999-2005). De même, entre mars et septembre 2002, j’ai conduit une enquête dans les quartiers de Buca, Bornova, Görece et Sarnic construits aux environs de villages non loin d’Izmir, en Turquie. La plupart des immigrés Turcs bulgares sont originaires de la région de Haskovo et de Kardzhali en Bulgarie du sud.  Les entretiens - environ 140 au total, en Bulgarie et en Turquie -  ont été menés en bulgare et/ou en turc, en fonction des interlocuteurs, de l’environnement et du contexte de l’étude. L’auteur a choisi la langue de discussion en fonction de chaque situation spécifique.

[3]  Voir sur cette question : Eroğlu (Hamza), « The Question of Turkish Minority in Bulgaria from Perspective of International Law », in The Turkish Presence in Bulgaria. Ankara, Türk Tarih Kurumu Basımevi, 1986, pp. 59-90; Memişoğlu (Hüseyin), TheBulgarian Oppression in Historical Perspective, Ankara, Devran Matbaasi Necatibey Cad, 1989; Şimşir (Bilal), Contribution a l`histoire des populations turques en Bulgarie (1876-1880), Ankara, TKA, 1966.

[4]  Zhivkov (Todor), « Etnokulturno razvitie na Vuzroditelnia protses », in Problemi na razvitieto na balgarskata narodnost i natsia, Sofia, BAN, 1988, pp. 127-143; Zhivkov (Todor), Memoari, Sofia, Siv, AD, 1997; Zagorov (Orlin), Vuzroditelniyat protses. Teza. Antiteza. (Otritsanie na otritsanieto), Sofia: Pandora, 1993. Mihailov (St),Vuzrozhdenskiyat protses v Bulgaria,Sofia, M&M, 1992; Tahirov (Sh), Edinenieto, Sofia, OF, 1981.

[5]  Plusieurs sources statistiques différentes proposent des évaluations contrastées du nombre des Turcs ayant quitté le pays. L’auteur a donc retenu un chiffre moyen.

[6]  Karamihova (Margarita), « T. nar. “Vuzroditelen protses”. Politika i rezultati 1987-1997 ». In Za promenite (sbornik), Sofia, 1997, pp. 397-398.

[7]  Zhelyazkova (Antonina), « Turcite v Bulgaria » in Dve, Vera Moutafchieva and Antonina Zhelyazkova, Sofia, 2002, pp. 161–197.

[8]  Voire les archives de l’Institut d’Ethnographie et Musée, Sofia : (AEIM), № 574-ІІІ, 27.

[9]  Le nombre d’immigrés clandestins arrêtés en provenance de Bulgarie pour la période entre 1994 et juin 2004 s’élève à 9 111 personnes. Voir : Apap (Johanna), Carrera (Sergio) and Kirişci (Kemal). « Turkey in the European Area of Freedom, Security and Justice», EU-Turkey Working Paper, n°3, Brussels: Centre for European Policy Studies, 2004, p. 18. Voir aussi : Baldwin-Edwards (Martin). « Migration in the Middle East and Mediterranean. A Regional Study prepared for the Global Commission on International Migration », January 2005, p. 13 (http://www.gcim.org/attachements/RS5.pdf).

[10]  Stojanov (Valeri). « Turskoto naselenie v Bulgaria mejdu polusite na etnicheskata politika », Sofia, 1998, pp.

[11]  Selon les informations de l’Agence de Presse Bulgare (BTA) du 12 février 2001, les ressortissants bulgares d’origine turque ont lancé un appel au ministre de l’Intérieur afin d’accélérer le processus de régularisation de leur situation et celui de l’attribution de la nationalité turque à ceux qui sont venus après 1992. Selon les auteurs de l’appel : « Les Turcs bulgares qui n’ont pas été naturalisés se trouvent obligés chaque année de payer environ 100 dollars de frais pour l’obtention de la carte de séjour. Cela crée de grandes difficultés financières pour des familles généralement nombreuses et à bas revenus. Pour ceux qui sont venus de Bulgarie avec des visas de touristes ou clandestinement il y a un autre problème : ils sont traités comme des clandestins et ils n’ont d’autre choix que de se cacher, sans papiers, ni assurance maladie. »

[12]  Zhelyazkova (Antonina), « Turcite v Bulgaria », op. cit. p. 192.

[13]  Icduygu, (A.), « Irregular Migration in Turkey »– IOM Migration Research Series, 2003, № 12.

[14]  AEIM, № 574-ІІІ, 55.

[15]  Dimitrova (D), « Balgarskite turci precelnitsi v Republika Turcia prez 1989 godina. Adaptacia i promeni v kulturnia model ». In Zhelyazkova (Antonina),dir.,Mezdu adaptaciata i nostalgiata. Balgarskite turci v Turcia, Sofia, MCPMKV, 1998, pp. 76-139, op. cit. p. 84.

[16]  Dimitrova (D), op. cit, p. 85.

[17]  Ibidem, p. 84.

[18]  Arhiv na Megdunarodnia centar za izsledvane na malcinstvata i kulturnite vzaimodeistvia (AMCIMKV) N° 3321/19. 02.2004, p. 188.

[19]  http//www.orhanco.com

[20]  AEIM, N°574-ІІІ, p. 18.

[21]  AMCIMKV, N°3321/19. 02.2004, p. 224.

[22]  AEIM, N°574-ІІІ, 13.

[23]  AMCIMKV, N°3321/19. 02.2004 г., 201

[24]  AEIM, N°574-ІІІ, 55

[25]  Sur les musulmans hétérodoxes en Bulgarie, voir Georgieva (Ivanichka) (ed.). « Bulgarskite aliyani » [Les Alijani bulgares], Sofia : Universitetsko izdatelstvo, 1991; Gramatikova (Nevena). « Isljamski neortodoksalni techeniya v bulgarskite zemi » [Les courants musulmans non orthodoxes sur les terres bulgares], In Gradeva (Rositsa), Istoria na mjusjulmanskata kultura po bulgarskite zemi [Histoire de la culture musulmane sur les terres bulgares], Sofia, 2001, pp. 192-284 ; Karamihova (Margarita). « Prikazka za Osman baba » [Récit sur Osman baba], Sofia, 2002; Mikov (Ljumobir) « Izkustvoto na heterodoksnite mjusjulmani v Bulgaria (XVI-XX vek). Bektashi i alevi/alevi » [L’art des musulmans hétérodoxes en Bulgarie (XVIè-XXè siècle). Bektaschi et alevi/alevi]. Sofia, Akademichno izdatelstvo “Marin Drinov”, 2005; Aleksiev (Bojidar), « Folklorni profili na mjusjulmanskite svetsi v Bulgaria » [Profils folkloriques des saints musulmans en Bulgarie], Sofia, Akademichno izdatelstvo “Marin Drinov”, 2005.

[26]  Hristo Dimitrov Izmirliev (Smirnenski) (18981923) est un poète bulgare, un brillant représentant du post-symbolisme dans la littérature bulgare. En dépit d’une mort précoce, il s’est fait remarqué comme un auteur prolifique— l’une des dernières éditions de ses œuvres complètes comprend huit volumes. couvert d’éloges par la critique littérataire de gauche (pricipalement en raison des idées socialistes dans son oeuvre) et considéré par les cercles littéraires conservateurs de son époque comme un auteur de « poésie décorative »,Smirnenski est un poète au remarquable potentiel parodique et doté de possibilités versificatoires exceptionnelles.

[27]  Baumann, Z. Europe of Strangers - WPTC, 1998, 3; Cohen, R. Transnational Social Movements: an Assessment - WPTC, 1998, 10; Crisen, S. National Identity and Cultural Self-Definition: Modern and Post-modern Romanian Artistic Expression. 1998 (http://www.ics.si.edu/Programs/REGION/EES); Debeljac, A. Varieties of National Experience: Resistance and Accommodation in Contemporary Slovenian Identity – Space of Identity, 2001, vol. 1, 35-47; Djuric, J. The Concept of Models of Identity: Existance without Identity – In: Golubovif, Z. (ed.). Models of Identities in Postcommunist Societies. Yugoslav Philosophical Studies, I. Cultural Heritage and Contemporary Change. Series IVA, Central and Eastern Europe, 1995, vol. 10; Faist, T. Transnationalism in International Migration: Implication for the Study of Citizenship and Culture - WPTC, 1999, 8; Guarnizo, L. Assimilation and Transnationalism. Determinants of Transnational Political Action among Temporary Migrants – AJS, 2003, vol. 108, nom. 3, 1212-1248; Moalem, M. Foreignness and Be/longing: Transnationalism and Immigrant Entrepreneurial Spaces - Comparative Studies of South Asia, Africa and Middle East, 2000, vol. XX, Nos. 1&2, 200-216; Petrovic, E. Re-Creation of Self: Narrative of Emigrant Women from Yugoslavia living in Western Canada – Space of Identity, 2003, vol. 3, 8-25; Reisenleitner, M. Tradition, Cultural Borders and the Construction of the Space of Identity – Space of Identity, 2001, vol. 1, 7-13; Sandhu, A. No More Inside/Outside: Transnationalism and The New Politic Economy – Alternatives, 2002, vol. 1, nom. 3; Schiffauer, M. Islamism in the Diaspora. The fascination of Political Islam among Second Generation of German Turks - WTPC, 1999, 06; Siemiatycki, M. Immigration, transnationalisme et citoyenneté. Politique et pratique en matière d’immigration au Canada – Cahiers d’études sur la Méditerranee orientale et le monde turco-iranien, 1992, vol 13, janvier-juin; Sklair, L. Transnational Practices and the Analyses of Global System. Seminar delivered for the National Communities Programme Seminar Series, 1998, 22; Smith, M., Guarnizo, L. (eds.) Transnationalism from Below – Comparative Urban and Community Research, 1998, vol. 6; Vertovic, St. Religion and Diaspora – WPTC, 2001, 1; Vertovic, St. Transnational Challenges to the new “Multiculturalism” – WPTC, 2001, 6. Pour une analyse des différentes théories portant sur les phénomènes transnationaux voir Sultanova, R. :  « Transnatsionalizma kato podhod pri izuchavaneto na postmigracionnia opit na migrantite ». In: Mihova, M. (dir) Da zhiveesh tam, da sanuvash tuk, p.268-291.

[28]  Gottmann (J.), La politique des Etats et leur géographie. Paris, 1952, p. 70-71.

[29]  AEIM, N°574-ІІІ,50

[30]  “Göçmen olmak, gözü arkada olmak.”

[31] Parla (Ayse), « Marking Time Across the Bulgarian Turkish Border », Ethnography, 2003, 4(4) ; Parla (Ayse),. « Locating the Homeland : Bulgarian-Turkish “Return” Migration in Transnational Perspective », à l’adresse: www.sant.ox.ac.uk/esc/esc-lectures/parla.pdf  [consultée le 17 octobre 2008].

[32]  Tous les interlocuteurs avec l’auteur a eu l’occasion de travailler détenaient la double nationalité.  

[33]  La Bulgarie a rejoint l’Union européenne en janvier 2007 (ndr).

[34]  Voir Bachelard  (G.), La poétique de l'espace, PUF, 1957; Ledru (Raimon), « L’Homme et l’espace », In Poirier (Jean), Histoire de mœurs. Les temps, l`espace et les rythmes. Paris, 1990, Editions Gallimard, pp. 66-122.

[35]  Les migrants chassent avant tout des sangliers, une pratique qui est vue comme distinctive ; la chasse constitue à la fois un divertissement et un moyen de se procurer du porc gratuitement.

[36]  Au sujet des dialectes turcs en Bulgarie voir : Kowalski, (T). Les Turcs et la langue turque de la Bulgarie du Nord-Est.  Mémoires de la  Commission Orientaliste de l’Académie des Sciences de Cracovie, No. 16. Krakow:  Polska Akademja Umiejetnosci, 1933; Аndrews, (Аlford), Türkiye`de Etnik Gruplar, Ankara, 1992, ANT Yayınları. Les linguistes distinguent plusieurs dialectes turcs de Bulgarie. Ici nous parlons d’un dialecte car il s’agit d’une catégorie d’usage commun, correspondant aux représentations des personnes.

[37]  Des écoles turques ont existé en Bulgarie sur une longue période, entre l’indépendance du pays obtenue, de fait, en 1878, et même après l’établissement du régime communiste après 1944. Le Parti communiste bulgare a progressivement adopté une politique visant à réduire leur rôle, avant de décider de les fermer vers la fin des années 1950. Par ailleurs, le pouvoir communiste a créé en 1958 une commission universitaire dont le but était de faire entrer des termes bulgares dans la langue turque. Au terme de cette politique, de nombreux termes turcs, noms de villes, de mois, d’institutions ont été remplacés par des mots bulgares ou translittérés selon des règles linguistiques bulgares. Cette « bulgarisation » du dialecte turc de Bulgarie a contribué à sa distanciation et différenciation par rapport  à la langue turque parlée en Turquie. Voir Jalămov (Ibrahim), Istoriya na turskata obshtnost v Bulgariya [Histoire de la communauté turque en Bulgarie], Sofia, 2002, pp. 336-337.

[38]  AMCIMKV, N°3321/19. 02.2004, p. 299.

[39]  Pour plus de détails sur ces deux derniers groupes de migrants, se reporter à Maeva (Mila), « Les migrants tucs bulgares en République de Turquie (culture et identité). Sofia, IMIR,2006, à l’adresse : www.imir-bg.org/imir/books/balgarskite%20turci%20preselni...

Pour citer cet article

Référence électronique

Mila Maeva, « Migration et identités parmi les Turcs de Bulgarie établis en Turquie (1989-2004) », Balkanologie, Vol. XI, n° 1-2 | décembre 2008, [En ligne], mis en ligne le 31 décembre 2008. URL : http://balkanologie.revues.org/index1052.html. Consulté le 28 avril 2009.

Auteur

Mila Maeva

Dr. Mila Maeva est chercheur à l’Institut d’ethnographie de l’Académie des Sciences bulgares (BAN), Sofia. Diplômée d’ethnologie à l’Université de Sofia « Kliment Ohridski », elle y a soutenu en 2005 une thèse sur « l’Identité ethnoculturelle des Turcs bulgares migrants », après avoir également effectué des recherches sur les Bulgares musulmans dans le cadre d’un travail de maîtrise. En 2007, elle a obtenu une bourse de spécialisation du British Council au Center for Research of Ethnic Relations (CRER) de l’Université de Warwick (Grande-Bretagne). Ses recherches actuelles portent sur les migrations bulgares en Grande-Bretagne, mais également sur les enjeux identitaires et les groupes ethnoculturels (musulmans, turcs). Elle a récemment publié : « Religija i identičnost na turcite, preselnici ot Bălgarija v Republika turcija [Religion et identités des Turcs émigrants en République de Turquie], in : Margarita Karamihova (dir.), Ti imaš ajsen znak ! ‘Zavrăštane’ na religiosnostta v kraja na XX i načaloto na XXI vek [Tu as un signe distinctif clair ! Le « retour » de la religiosité à la fin du XXème et au début du XXIème siècle], Sofia : Faber OOD, 2007, p.143-158 ; Bălgarskite turci-preselnici v Republika Turcija (kultura i identičnost) [Les Turcs bulgares émigrants en République de Turquie (culture et identité)], Sofia : IMIR, 2006.
mmila_maeva@yahoo.co.uk

Qui étaient les Indo-européens?

février 22, 2009

Devant l’évidente ressemblance des racines des mots des langues Européennes et de nombreuses langues majeures de l’Asie du sud et centrale (Iran, Inde, Afghanistan, nord-Pakistan, Kurdistan, Xinjiang, etc…), les chercheurs ont bien vite supposés un lien de parenté entre ces langues. Les études ont eues tôt fait de confirmer de manière certaine que ces langues avaient bien une origine commune. Cette famille de langue a été appellée les langues Indo-européennes et leur ancêtre commun le proto-Indo-européen.

En effet, on peut dire que le Français est apparenté à l’Hindi, l’Allemand au Farsi (la langue Iranienne), le Gaëlique au Kurde, le Latin au Sanskrit (Langue Indo-européenne Indienne antique), etc … Toutes ces langues sont parentes entre elles. Les analogies sortent du champ de la linguistique pour se poursuivre dans le champ culturel. En effet, il y a parfois des ressemblances troublantes entre les religions et cultures de l’antiquité Européenne et, par exemple, les textes les plus anciens de l’hindouisme. La parenté se lit parfois jusque dans le nom des dieux (le Dyaus pitar de l’hindouisme rappelle le Jupiter des Romains ou le Zeus  (aussi dénommé parfois Zeus pater) des grecs, ayant pour origine un antique dieu père-ciel. Parfois la personnification des dieux eux-mêmes est similaires. Ainsi, l’Indra du RigVeda, texte sacré antique le plus ancien de l’hindouisme, rappelle étrangement Thor, le dieu du tonnerre du panthéon Scandinave (Indra est le dieu des éléments météorologiques, il écrase les êtres maléfiques (comme par exemple Vritra, un serpent géant) avec sa masse d’armes, une sorte de marteau de guerre nommé Vajra, qui est le symbole de la foudre. Indra trouve son reflet dans Thor, qui écrase les êtres maléfiques (comme Jörmungandr, le serpent géant qu’il combat au Ragnarök) avec son marteau nommé Mjöllnir (d’une racine Indo-européenne qui a donné aussi malleus (marteau en Latin, donnant maillet en Français)) qui est le symbole de la foudre et du tonnerre.

Ce constat d’une origine linguistique commune de l’immense majorité des langues de l’Europe et de nombreuses langues d’Asie centrale et d’Asie du sud, ainsi que les points communs dans les cultures et religions anciennes de l’Europe païenne et des cultures anciennes et récentes des régions Asiatiques précitées, amène à se demander comment une culture et une langue (un hypothétique mais très vraissemblable langage proto-indo-Européen) a pu se répandre avec une telle ampleur à travers de telles distances parmi des peuples si différents. Qui étaient ses locuteurs originels ? Quelle était leur origine ?

Pour certains, cela ne peut que signifier une invasion de l’Europe par des peuples Asiatiques issus d’Asie Centrale ou du Sud, il y a de nombreux millénaires.

Une autre théorie existe, la théorie dite des “Kourganes“, qui pose que depuis les bords de la mère noire, en Ukraine, des gens appartenant a une civilisation de peuples blancs Européens (connus comme la culture Yamna) aient migrés pour partie vers l’est et le sud-est, vers l’Asie Centrale, tandis que d’autres, à d’autres époques étendraient leur influence vers l’ouest et l’Europe.
Sans doute installés dans les environs de l’Afghanistan vers 2000 avant JC (culture du Complexe archéologique bactro-margien ? culture Andronovo ?) les migrants Indo-européens en Asie se seraient répandus dans le nord-ouest de l’Inde puis dans toute sa moitié nord vers 1700-1800 avant JC, puis plus tard dans l’est de l’Iran.  (Plus de détails sur l’Inde et la ressemblance du Sanskrit à des langues européennes antiques comme le Latin)

Expansion Indo-Européenne supposée

Expansion Indo-Européenne supposée jusque vers l'an 1000 avant J. C.

Y a-t-il une quelconque preuve indiscutable de tout cela ? Non, pas vraiment.
Néanmoins, des indices concordant pointent souvent dans la même direction.

Ainsi par exemple, sur cette étendue où l’on parle des langues ayant une origine commune, et ayant eu des traits culturels communs, l’on trouvent aussi des points communs génétiques, semble-t-il.

Les études génétiques montrent que sur quasiment toute l’étendue géographique où l’on retrouve des langues Indo-Européennes (ou éventuellement où il y en eût dans le passé), l’on retrouve un haplogroupe (1) R1a (avec des quantité très variables : de beaucoup à très peu), seul élément génétique véritablement commun sur ces régions étendues.
De là, il est possible de conjecturer que le peuple porteur de cet signature génétique (haplogroupe  R1a, du type ADN-Y) a été le vecteur d’Indo-européanisation de l’Europe et de l’Asie centrale ainsi que de l’Asie du sud.
Or cet haplogroupe semble bel et bien appartenir a un peuple Europoïde.
Le constituant principal des peuples Européens en pourcentage de leur population totale est l’haplogroupe R1 lequel est divisé en 2 sous-groupes majeurs R1a et R1b (et chacun d’eux en d’autres sous-groupes).

R1b, parent du R1a, est l’haplogroupe majoritaire en Europe de l’ouest et R1a est très présent en Europe de l’est et en proportion non négligeable en Europe du nord (environ 30 % des hommes en Norvège ont ce marqueur génétique, par exemple).
Sur toute cette étendue géographique Eurasienne, on retrouve aussi des haplogroupes ADNmt U, K, et H qui sont sans doute, en Asie, associés aux Indo-européens (l’haplogroupe H est l’haplogroupe ADNmt le plus répandu d’Europe. Il est probablement le pendant ADNmt de l’haplogroupe ADN-Y R1).

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(1) Les haplogroupes sont des signatures génétiques qui identifient les différents peuples suite à des mutations du génome, propres à un groupe éthnique donné.
Il y a deux ensembles d’haplogroupes, un des marqueurs se trouve sur le chromosome Y (
haplogroupe ADN-Y ) et permet de déterminer l’appartenance ethnique de l’ancêtre masculin le plus lointain ayant eu cette signature génétique, de manière exclusivement patrilinéaire (le père du père du père du père du père  etc…), l’autre ensemble d’haplogroupes est identifié à partir de l’ADN mitochondrial (haplogroupe ADNmt ) et cet ADN est transmis de manière strictement matrilinéaire (la mère de la mère de la mère de la mère, etc…) et permet de déterminer l’appartenance ethnique de l’ancêtre féminin le plus lointain ayant eu cette signature génétique propre.

Carte des haplogroupes déterminé via l'ADN du chromosome Y.

Carte des haplogroupes déterminés via l'ADN du chromosome Y.

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Les peuples Européens sont constitués principalement des haplogroupes (ADN-Y) R1 (R1a, R1b) et I (I1, I2a, I2b) à cela se rajoute des haplogroupes plus spécifiques d’autres régions du monde (Moyen orient, Afrique du nord, peuples Ouraliques du nord de l’Eurasie génétiquement proches des Asiatiques d’extrême orient). Pour les haplogroupes de l’ADN mitochondrial (lignée féminine), il y a de nombreux haplogroupes Europoïdes dont les principaux sont H et U (U et K, car K est en fait une évolution de U8 et est de la même famille), que l’on trouve aussi sur tout l’espace géographique accueillant où ayant acueilli des peuples Indo-européens.

Il est très possible que l’haplogroupe donnant les caractéristiques “nordiques” aux Indo-européens d’Asie soit l’haplogroupe (ADNmt) U (et K qui est de la même famille) plutôt que l’haplogroupe R1a.

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Petite parenthèse éclairante : On trouve ces deux haplogroupes Europoïdes aussi au Maghreb (H et U, en l’occurence U6 (on trouve aussi un haplogroupe ADN-Y Europoïde, R1b et aussi un autre haplogroupe ADNmt répandu en Europe, l’haplogroupe V)), en particulier de manière assez importante chez les Kabyles, ce qui explique leur fréquents phénotypes Européens. Des os d’une population de la région du Taforalt (dans les montagnes Marocaines), vieux de 12000 ans (et donc datant sans doute d’avant l’arrivée des peuples Berbères), on été trouvés. Ces os on été testés génétiquement et aucun des haplogroupes trouvé n’étaient des haplogroupes Berbères les plus typiques (principalement l’haplogroupe ADN-Y Africain E1b1b1 - dont le pendant en haplogroupe ADNmt serait un haplogroupe L (haplogroupe qui aurait dû être trouvé si cette population avait été véritablement à proprement parler Berbère) - et aussi l’haplogroupe ADN-Y sémitique J1 surement d’origine plus récente historiquement). Ces ossements étaient tous d’haplogroupes “eurasiatiques” (c’est-à-dire non-Africains et originaire du continent Eurasien alors que l’haplogroupe véritablement typique des Berbères, je le rappelle est l’haplogroupe ADN-Y Africain E1b1b1 et L en ce qui concerne les haplogroupes “féminins” (ADNmt)). Ces os étaient majoritairement de l’haplogroupe ADNmt U, un haplogroupe fréquent en Europe.

Article d’un blog d’anthropologie faisant état de cette découverte (en Anglais)

On peut conclure qu’avant que les peuples Berbères n’arrive de l’est de l’Afrique (origine supposée des Berbères) il y a environ 10000 ans, des peuples Europoïdes (apparement aussi  avec des caractéristiques telles que des peaux pâles, des cheveux blonds et des yeux bleus puisqu’on en trouve toujours, y compris dans des régions montagneuses du coeur du Maghreb) habitaient l’endroit, ce qui expliquent ces caractéristiques Europoïdes chez certains Africains du nord modernes, tels que les Kabyles d’Algérie. Une explication beaucoup plus convaincante et plausible que les esclaves Européens raflés en Europe du sud et les quelques Vandales et Alains du 5ème siècle, ayant fondés un royaume en Afrique du nord (dans ce qui est aujourd’hui la Tunisie). La répartition des phénotypes Européens en Afrique du nord ne plaident pas tellement pour la thèse “Vandale” ou “barbaresques”.

Cela pourrait aussi expliquer la présence de phénotypes Europoïdes en Egypte ancienne.

Voici par exemple la statue, découverte en 1871 par Auguste Mariette, de  Rahotep (grand prêtre d’Héliopolis, général, et prince de Pe, une des villes saintes de l’Egypte antique et fils du Pharaon Snéfrou, premier Pharaon de la 4ème dynastie de l’ancien empire (qui règna environ de -2575 à -2550)  et prédécesseur de Kheops. Certains le pense le fils du Dernier pharaon de la 3ème dynastie, Houni) et Nofret (ou Néfret) sa femme :

Rahotep, personnage important du début de la 4ème dynastie de l'ancien empire

Rahotep, personnage important du début de la 4ème dynastie de l'ancien empire

Visage de Néfret (Nofret), femme de Rahotep (environ 2550 avant J. C.)

Visage de Néfret (Nofret), femme de Rahotep (environ 2550 avant J. C.)

A noter que des haplogroupes Europoïdes ont été trouvés en petite quantité dans la population moderne de la région (appartenant à des sous-clades des haplogroupes ADN-Y R1 et ADNmt U et H).

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Partout où la présence Indo-Européenne en Asie a été importante, on trouve l’haplogroupe R1a. C’est le cas dans le Nord/Nord-ouest de l’Inde, dans une grande partie de l’Afghanistan et du Tadjikistan, le Xinjiang, et dans l’est de l’Iran, berceau de la Perse. Iran dont le nom, de manière significative, veut dire étymologiquement “Terre des Aryens” (d’après un mot en proto-Iranien, Aryanam, donnant Eran en moyen-Persan (Etymologie d’Iran - ici en Anglais (plus complet)). Les Aryas (mot Sanskrit) sont sensés être un peuple Indo-européen ayant apporté avec lui une langue Indo-européenne antique à l’origine des langues Indo-européennes parlée en Asie centrale et en Asie du sud. Il est question de ce peuple Indo-européen dans la tradition Védique (2) (ensemble de textes sacrés (les Vedas) à l’origine du Védisme, la religion à l’orgine de l’Hindouisme), même si l’interprétation du mot Arya est sujet à discussion. La tradition Iranienne (Perse) antique est plus explicite et utilise clairement le terme Arya comme dénomination ethnique, notamment dans l’ Avesta, ensemble de texte religieux sacrés de la Perse antique (probablement composés autour de 1000 avant J. C.), du sage Zarathoustra (aussi appelé Zoroastre).

(2) [Veda est le mot Sanskrit qui veut dire Savoir, Sagesse dont on retrouve des parents dans les langues Indo-européennes d'Europe comme le verbe Suédois veta "savoir", weten en Hollandais avec le même sens, wit ou wisdom en Anglais (respectivement intelligence et sagesse), on le retrouve avec un glissement de sens dans le verbe Latin videre (voir) donnant video... et même dans notre mot druide ! (du Gaulois druvid- : dru- (très, beaucoup, fortement ; toujours présent dans l'expression "il pleut dru"), vid- (savoir), donc littéralement une personne sachant beaucoup), mais aussi dans les verbes Russes vedat' (savoir) et videt' (voir) et dans bien d'autres langues d'Europe]

Soldat Perse d'une fresque de Suse

Soldat Perse d'une fresque de Suse

Darius Ier, le plus grand Empereur Perse (né en -549 mort en -486 ) fait écrire sur une inscription gravée à Naqsh-e Rostam :
Je suis Darius le Grand Roi, Roi des Rois, Roi de pays contenant des hommes de toutes sortes, Roi de cette grande terre large et étendue, Fils d’Hystaspès, un Achéménide, un Perse, fils de Perse, un Aryen, d’une lignée Aryenne.

Empire achéménide

Empire Achéménide de l'époque de Darius le Grand

On retrouve aussi certains symboles liés à la culture de ces proto-Indo-européens de l’Inde à l’extrême nord-ouest de l’Europe. Ainsi, la swastika, ce symbole positif en Asie (et autrefois en Europe) qui est devenu en Europe un symbole mauvais à la suite des évènements politiques du 20 ème siècle, se retrouve chez quasiment tous les peuples Indo-Européens (Indiens, Iraniens, Slaves, Germains, Hittites, Grecs, Latins de l’antiquité et Celtes ou il est plus généralement représenté sous la forme d’un Triskel).

Collier à swastikas trouvé à Kularaz dans la province de Gilan (Iran) datant du premier millénaire avant J. C. (Musée National d'Iran)

Collier à swastikas trouvé à Kularaz dans la province de Gilan (Iran) datant du premier millénaire avant J. C. (Musée National d'Iran)

Broche sans doute appartenant au peuple Germanique des Alamans de la période des grandes invasions

Broches appartenant sans doute au peuple Germanique des Alamans de la période des grandes invasions

Swastika sur la tête d'un religieux d'Asie. La swastika est un symbole bénéfique en Asie très répandu.

Swastika sur la tête d'un religieux d'Asie. La swastika est un symbole bénéfique très répandu en Asie.

Swastika sur un temple Bouddhiste de Taïwan. La Swastika est un symbole majeur des religions d'Inde (Hindousime, Bouddhisme, Jaïnisme)

Swastika sur un temple Bouddhiste de Taïwan. La Swastika est un symbole majeur des religions originaires de l'Inde (Hindouisme, Bouddhisme, Jaïnisme)

Un autre fait qui pourrait être vu comme un indice, a à voir avec les fameuses momies du Xinjiang (Le Turkestan Chinois, situé au nord du Tibet, dans le bassin du Tarim du desert du Taklamakan, sorte d’annexe du désert de Gobi à la même longitude que l’Inde).
Dans cette région aride et hostile ont été découvertes des momies parfois très anciennes dans un état de conservation admirable.

Momie de type Européen trouvée dans le Bassin du Tarim dans le nord-ouest de la Chine.

Momie de type Européen trouvée dans le Bassin du Tarim dans le nord-ouest de la Chine.

La surprise est venue du fait que ces momies avaient l’air d’être des momies d’européens, ce qui était plutôt inattendu dans l’ouest de la Chine. Les traits, la morphologie et la couleurs des cheveux (blonds, roux, châtain) semblait indiquer une origine Européenne. Des Tartans (tissu écossais) typiques de l’Europe ont aussi été retrouvés (datant d’entre -1200 et -700).

Tartan du bassin du Tarim trouvé à Urumqi (Xinjiang). Ce genre de motif est normalement typiquement rattaché au peuple Indo-européen Celte.

Tartan du bassin du Tarim trouvé à Qizilchoqa (Xinjiang). Ce genre de motif est normalement typiquement rattaché au peuple Indo-européen Celte.

Les tests génétiques ont confirmés que les momies les plus anciennes étaient des blancs de type Européen. Les tests ont révélés qu’au cours des siècles ces peuples blancs se sont mélangés avec de nouveaux arrivants Asiatiques, les premières momies avec des caractéristiques Asiatiques apparaissant environ 800 ans après ce qui semble être l’arrivée de ce peuple blanc.

Homme de Cherchen, 1000 avant J. C.

Homme de Cherchen, 1000 avant J. C.

La présence de ce peuple remet dailleurs en question le développement supposément en vase clos de la civilisation Chinoise, car ce peuple Europoïde, au marche de la Chine antique, était apparemment plus avancé dans le domaine des textiles et de la métallurgie que les chinois de l’époque. Ils pourraient avoir aussi apportés la domestication du cheval et le char en Chine antique.

Femme déterrée à Cherchen datant de 1000 avant J.C.

Femme déterrée à Cherchen datant de 1000 avant J.C.

De vieux textes Chinois évoquent la présence dans ces régions de gens aux cheveux roux et blonds et ayant les yeux bleux et verts.
La présence de peuples Indo-européens dans ces régions est attestée (Tokhariens (que les Chinois ont appelés Yuezhi), Kushans, etc…). Les momies du bassin du Tarim sont sans doute les proto-Tokhariens, au moins en partie, détachés peu avant du groupe des Indo-européens se déplaçant vers le sud de l’Asie.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Tokhariens

Article sur l’influence supposée des Tokhariens sur la mythologie Chinoise

Vers l’an 800 de notre ère des peuples Turco-mongols ont envahis ces régions et depuis lors la région est Turcophone et le type physique typé Asiatique, néanmoins des caractéristiques physiques Europoïdes se rencontre régulièrement dans la population (des cheveux châtains, roux et tirant sur le blond, des yeux verts et bleux et des peaux pâles) et certaines langues de la région bien que de la famille turco-mongole ont un vocabulaire contenant beaucoup de mots d’origine Indo-européenne. Les tests génétiques sur les Ouïghours, l’ethnie Turco-mongole majoritaire de la région, ont révélé un grand mélange, parmi les haplogroupes relevés se trouvaient une proportion non négligeable d’haplogroupes du type R1.

Les plus anciennes momies datent de 1800 avant Jésus Christ (par exemple la beauté de Loulan, une femme rousse et son enfant). Etrangement, c’est vers cette date que serait arrivé dans le nord-ouest de l’Inde (sans doute entre 1800 avant J.C. et 1600 avant J.C.), le peuple Indo-européen nommé Arya, les fameux Aryens - peuple historique Indo-européen dont le nom, suite aux tribulations du 20ème siècle, est entaché (Le sanskrit Arya venant apparemment d’une antique racine Indo-européenne ar- signifiant bon, noble qui aurait donné aristos en Grec ancien (à l’origine de notre mot aristocrate via aristokratos, littéralement “le pouvoir aux meilleurs” ou “le pouvoir aux plus nobles“)).

Article Français de wikipédia sur les momies du Xinjiang (très succint)

Article en Anglais de wikipédia sur les momies du Xinjiang (beaucoup plus complet)

Article du Khaleej Times d’après des informations de l’AFP sur les momies du Xinjiang (en anglais)

Carte de la région d'Asie concernée.

Carte de la région (en couleur claire, pour repère, l'Afghanistan).

De même dans l’Altaï, aux portes de la Mongolie, l’on a trouvé des momies ayant pour caractéristiques d’avoir une peau pâle et les cheveux blonds. Ces momies de plus de 2500 ans appartenaient a un peuple Scythe et étaient donc un peuple Indo-Européen parlant une langue Indo-iranienne apparentée au Perse, comme tous les peuples Scythes (Peuples appelés Sakas en Asie (Saces en Français)).
Ils ont été nommés Pazyryk par les archéologues.

(liens en anglais) :

http://en.wikipedia.org/wiki/Pazyryk

http://www.pbs.org/wgbh/nova/transcripts/2517siberian.htm...

http://www.spiegel.de/international/0,1518,433600,00.html...

Tout les points énumérés précédemment semblent pouvoir nous donner des indications sur le type physique des peuples indo-européens originels et leur point de départ. Mais il est intéressant de constater que près de 4000 ans après ces mouvements de population supposés (une période de temps très longue puisque cela nous renvoie à l’âge du bronze - pour comparaison, Ramsès II vivait il y a environ 3200 ans), l’on trouve toujours, semble-t-il, des traces visibles de ces migrations dans les populations locales.
Malgré une population qui devait être bien moindre que celle des autochtones, malgré les guerres et invasions (Invasion Islamiques très sanglantes en Asie du Sud, Invasion très sanglantes des Mongols et des Timourides), malgré peut-être des gènes récessifs, l’ont peut toujours voir ce qui pourrait bien être l’expression visible des gènes de ce peuple. Il semble bien que des gènes de peuples Blancs Européens fasse partie du génotype de ces populations Asiatiques.

Même s’ils ne sont dans l’ensemble pas représentatif de la population générale de ces régions (encore que pour certaines de ces régions ils ne soient pas rares non plus), voici quelques exemples de phénotypes Asiatiques particulièrement éloquents dans une suite d’articles par régions d’Asie.

 

Afghanistan

février 22, 2009

Géographiquement entre l’est de l’Iran et le nord-ouest de l’Inde, l’Afghanistan est supposé avoir été le lieu d’habitat intermédiaire des Aryas (aryens), peuple Indo-Européen de l’âge du bronze, dans leur progression vers le sud de l’Asie.
Les langues officielles du pays que sont le Dari (une forme du Perse) et le Pachtoune (de la branche Iranienne du groupe Indo-iranien) sont toutes deux Indo-européennes.
Les Pachtounes, l’ethnie principale du pays, sont perçus comme un peuple relié ethniquement à l’est de l’Iran avec lequel ils partagent l’origine de leurs langues, mais ils pourraient vivre là depuis extrêmement longtemps puisqu’il y est fait semble-t-il référence dans le texte sacré de l’hindouisme le plus ancien en tant que Pakhtas (Le Rig-Veda dont les plus anciens textes sont sensés avoir été composé entre 1700 et 1100 avant J. C. selon les travaux philologiques et linguistiques - voir par exemple Thomas Oberlies dans “Die Religion des Rgveda”, Wien 1998).
Les Pachtounes sont généralement plutôt de type méditerranéen mais les cheveux et les yeux  clairs, ainsi que les peaux pâles ne sont pas si rares, spécialement parmi les tribus des zones montagneuses les plus isolées. L’haplogroupe R1a est très présent dans la population.

Petite fille Afghane de Kabul

Petite fille Afghane (Nuristani / Kalasha)

Petite Afghane, Herat, Afghanistan

Petite Afghane, Herat, Afghanistan

Petite Pashtoune de la zone tribale

Petite Pachtoune de la zone tribale

Petite fille de kaboul

Petite fille de kaboul

Petite Afghane

Petite Afghane

Jeunes Afghans

Jeunes Afghans

Homme d'Afghanistan

Homme d'Afghanistan

Jeune Afghan d'un camp de réfugiés

Jeune Afghan d'un camp de réfugiés

Jeune Afghan

Jeune Afghan

Jeune Afghane

Jeune Afghane

Enfants Afghans

Enfants Afghans

Afghans

Afghans

Petit enfant blond Afghan

Petit enfant blond Afghan

Jeune Afghane

Jeune Afghane

Homme Afghan

Homme Afghan

Petite fille Afghane

Petite fille Afghane

Petite fille Afghane

Petite fille Afghane

Photo prise dans un camp de réfugiés afghans à Semnan en Iran

Photo prise dans un camp de réfugiés Afghan à Semnan en Iran

Petites Afghanes

Petites Afghanes

Enfants Afghans

Enfants Afghans

Enfants Afghans, Jalalabad (Afghanistan)

Enfants Afghans, Jalalabad (Afghanistan)

Nuristan (ex-Kafiristan)

Les Nuristanis (parfois appelés Kalasha, tout comme le peuple du nord du Pakistan du même nom) est un groupe ethnique de l’est de l’Afghanistan, dans le sud des vallées de l’Hindu Kush. Le peuple Nuristani vit dans une région très isolée, que les caravanes évitaient. Ce peuple de guerriers, de chasseurs et d’éleveurs a connu des siècles d’indépendance, résistant pendant huit où neuf siècles à l’islam, faisant des raids sur les habitations et les caravanes musulmanes,  jusqu’en 1895 ou ce peuple fut converti.
Le Nuristani est une langue Dardique et appartient donc au groupe Indo-iranien et plus précisément Indo-aryen des langues Indo-européennes.
Avant d’être islamisés vers 1895, les habitants du Nuristan (Nourestân) étaient polythéistes et pratiquaient ce qui semble être une survivance de l’ancienne religion Indo-européenne qui a donné la religion Védique Indienne donnant naissance par la suite à l’hindouisme. Ils étaient, avec les Kalash du nord-pakistan (qui sont sans doute des Kalashas ayant immigrés dans le Chitral), le peuple étant resté sans doute le plus proche culturellement des ancient Aryas.
Beaucoup de Nuristanis ont des caractéristiques physiques européennes, comme une peau blanche, des yeux et cheveux clairs.
Ils sont supposés être en partie les descendants  des peuples indo-européens installé dans ces régions il y a environ 4000 ans dans leur expansion en Asie centrale vers l’Asie du sud.

Garçon Nuristani de l'est de l'Afghanistan

Garçon Nuristani de l'est de l'Afghanistan

Petite fille Nuristani

Petite fille Nuristani

Jeune fille Nuristani

Jeune fille Nuristani, avec tatouage rappelant le Bindi Hindou.

Petite fille du Nuristan

Petite fille du Nuristan

Jeune Nuristani d'un orphelinat de Kabul

Jeune Nuristani d'un orphelinat de Kaboul (notez le tatouage ressemblant au Bindi Hindou)

Petites filles du Nuristan

Petites filles du Nuristan

Hazara

Les Hazaras sont un peuple du centre de l’Afghanistan parlant une langue Perse (donc Indo-européenne).
Les Hazaras montrent beacoup de traits Mongoloïdes dûs à l’invasion Mongole du 13ème siècle, néanmoins un certain nombre de ces gens ont aussi des caractéristiques Europoïdes.

 

Fille Hazara, Afghanistan central

Fille Hazara, Afghanistan central

Jeune Hazara

Jeune Hazara

Petite fille Hazara

Petite fille Hazara

Petite Hazara d'Afghanistan

Petite Hazara d'Afghanistan

Petite Hazara du centre de l'Afghanistan

Petite Hazara du centre de l'Afghanistan

Enfants Hazaras, Afghanistan

Enfants Hazaras, Afghanistan

Au nord du Pakistan, à la frontière de l’Afghanistan où dans le Cachemire Pakistanais se trouve des peuples chez qui l’on retrouve parfois des phénotypes Europoïdes (comme les kalash où les Burusho habitant la valée de Hunza). Certains de ces peuples parlent une langue Indo-européenne et ont des coûtumes les rapprochant de l’antique folklore Indo-iranien.

Jeune fille du Balochistan (Pakistan)

Jeune fille du Balouchistan (Pakistan)

Fille du nord du Pakistan

Fille du nord du Pakistan

Fazal Mahmood, ancien champion de cricket du Pakistan

Fazal Mahmood, ancien champion de cricket du Pakistan

Homme du Cachemire Pakistanais (nord du Pakistan)

Homme du Cachemire Pakistanais (nord du Pakistan)

Enfants du nord du Pakistan

Enfants du nord du Pakistan

Petit enfant du district du Chitral dans le nord du Pakistan

Petit enfant du district du Chitral dans le nord du Pakistan

Jeune homme du nord du Pakistan

Jeune homme du nord du Pakistan

Jeune fille du nord du Pakistan

Jeune fille du nord du Pakistan

Jeune fille Pakistanaise

Jeune fille Pakistanaise

garçon Pakistanais

garçon Pakistanais

Petite fille du Chitral (Nord du Pakistan)

Petite fille du Chitral (Nord du Pakistan)

Enfants Pakistanais

Enfants Pakistanais

Garçons du Chitral

Garçons du Chitral

Petite fille du Cachemire

Petite fille du Cachemire

Petit enfant Pakistanais

Petit enfant Pakistanais

Burusho de la valée de Hunza

Les Burusho, un peuple du nord du Pakistan dans la valée de Hunza ont aussi un certain nombre de gens ayant l’air Européen dans leur population. Leur langue, le Burushaski, est un isolat, il ne fait partie d’aucun groupe de langue connu.

 

Jeunes filles d'Hunza

Jeune fille d'Hunza

Petite fille de la vallée de Hunza, nord du Pakistan

Petite fille de la vallée de Hunza, nord du Pakistan

Vieille femme Burusho de la vallée de Hunza

Vieille femme Burusho de la vallée de Hunza

Enfants de la vallée de Hunza

Enfants de la vallée de Hunza

Fille de la vallée de Hunza

Fille de la vallée de Hunza

Petite Burusho

Petite Burusho

Deux petites Burusho d'Hunza

Deux petites Burusho d'Hunza

Jeunes filles Burusho

Jeunes filles Burusho

Les Kalash sont un groupe ethnique de la chaîne de montagne de l’Hindu Kush dans l’extrême nord du Pakistan (district du Chitral). La langue Kalash est une langue Indo-européenne faisant partie des langues Dardiques et appartient donc à la branche Indo-aryenne (Branches dont les langues sont aussi appelées langues Indiques) du groupe Indo-iranien des langues Indo-européennes (et donc appartenant à la famille des langues Indo-européennes Indiennes - même si certains la prétende plutôt entre la famille Indo-aryenne et la famille Iranienne).
Leur mythologie et leur folkolre sont proches des traditions Indo-iraniennes Védiques (Inde ancienne) et pré-Zoroastriennes (Perse (Iran de l’antiquité)).

Ils vivent géographiquement proches des Nuristanis (aussi appelés Kalashas), peuple Afghan connu pour ces nombreux phénotypes de type Européen et dont les traditions étaient voisines avant leur islamisation au 19ème siècle. Les Kalashas du Chitral sont en fait une population probablement issue des Kalashas du Nuristan (région autrefois appelée Kafiristan, c’est à dire “pays des mécréants” car ils étaient polythéistes et non-musulmans). Les Kalashas du Chitral (et les Nuristanis avant leur islamisation - même si certaines de leurs anciennes pratiques persistent parfois) sont sans doute aujourd’hui les peuples qui sont restés les plus proche des anciens Aryas, culturellement parlant (même si l’on peut bien sûr imaginer que depuis l’époque très ancienne de l’arrivée des Indo-européens dans ces régions, de nombreux changements ont eu lieu).

 

Jeune fille Kalash blonde avec des tatouages faciaux

Jeune fille Kalash blonde avec des tatouages faciaux

Petite fille Kalash

Petite fille Kalash (nord du pakistan)

Petite fille KalashPetite fille Kalash

Petite fille Kalash

Deux petites filles Kalash

Deux petites filles Kalash

Jeune Kalash

Jeune Kalash

Petite fille Kalash blonde

Petite fille Kalash blonde

Bébé Kalash

Bébé Kalash

Petite Kalash rousse

Petite Kalash rousse

Petites Kalasha du Chitral

Petites Kalasha du Chitral

Jeune fille Kalash

Jeune fille Kalash

Jeune fille Kalash

Jeune fille Kalash

Trois jeunes Kalash

Trois jeunes Kalash

Deux femmes Kalash

Deux femmes Kalash

Petite fille Kalash

Petite fille Kalash

Bébé Kalash, Romboor, Pakistan

Bébé Kalash, Romboor, Pakistan

Femme Kalasha de la vallée de Romboor

Femme Kalasha de la vallée de Romboor

Femme Kalash

Femme Kalash

Kalashas du Chitral

Kalashas du Chitral

Deux Femmes Kalash

Deux Femmes Kalash

Jeune Kalash

Jeune Kalash

Garçon Kalash

Garçon Kalash

Homme Kalash (Pakistan du nord)

Homme Kalash (Pakistan du nord)

Enfant Kalash

Enfant Kalash

Enfants Kalashas

Enfants Kalashas

Petit garçon Kalash

Petit garçon Kalash

Inde

février 21, 2009

C’est en prenant conscience des ressemblances frappantes entre le Sanskrit (langue Indienne Antique), le Perse, le Latin, le Grec ancien et d’autres langues Européennes que Sir William Jones a réalisé la parenté qui les unissaient (en fait d’autres avaient déjà remarqués ces ressemblances dès le 16ème siècle mais c’est lui qui rendit célèbre cette théorie en 1786).
En effet, comment ne pas rapprocher des mots comme vox (voc-is) en Latin et vac en Sanskrit qui signifie dans les 2 cas “la voix”, où candor (”blancheur immaculée” en Latin) et candra “la lune” en Sanskrit, Ignis (”le feu” en Latin - ogon’ en Russe, ugnis en Lithuanien) et Agni le Dieu du feu de la religion Hindouiste, divus en Latin (Dieu) et devas en Sanskrit (signifiant aussi dieu), serpens en Latin et sarpah en sanskrit signfiant serpent, pater en Latin (père) et pitar en Sanskrit, et une multitude d’autre mots, sans parler des similarités dans les cas de déclinaisons de ces mots - comme l’ablatif et le datif pluriel en -ibus en Latin et en -ebhyas en Sanskrit).

De nombreux Indiens, principalement dans la moitié nord du pays, parlent un langue Indo-européenne (Hindi, Bengalî, Urdu, Penjâbî, nepâlî (Népalais), etc…), les autres parlent des langues Dravidiennes (le tamoul, par exemple).
Même si la majeure partie de la population Indienne est bien loin phénotypiquement de la population Européenne, il n’est pas rare de trouver des Indiens ayant des caractéristiques Européennes, spécialement dans le nord/nord-ouest de l’Inde. L’haplogroupe R1a, une signature génétique typique des peuples Europoïdes, est présent aux alentours de 35-45 % dans le nord-ouest de l’Inde.

Le Bouddha lui-même (de son vrai nom Siddhartha Gautama), prince du nord de l’Inde de la caste des Kshatriyas (caste des guerriers), est décrit dans le canon Pali, qui est la source écrite la plus ancienne du Bouddhisme, comme ayant les yeux bleus (”abhi nila netto” signifie littéralement : très (abhi) bleu (nila) yeux (netto) ; Nila sert à décrire la couleur d’un saphir ou de la mer).

Bodhidharma aussi, un moine Indien du 6ème siècle, fondateur du bouddhisme Zen et que l’on considère comme l’origine de la tradition d’arts martiaux du temple de Shaolin (ce qui fait de lui quelqu’un de très grande importance dans les arts martiaux d’extrême-orient) était appelé par les Chinois “le barbare aux yeux bleus“.

C’est aux alentours de 1800 à 1700 avant J. C., durant l’âge du bronze, que le peuple Indo-européen dénommé Arya est sensé être arrivé en Inde du nord-ouest en provenance de l’Asie Centrale (peut-être un peuplement issu de la culture Andronovo (-2200 à -1600) dans la région du Kazakhstan, Ouzbekistan, Turkmenistan, Kyrgyzstan et Tadjikistan (dans le Pamir) mais sans doute originellement de la culture Yamna située en Ukraine, aussi appelée culture des Kurgans). La culture du Complexe Archéologique Bactro-Margien est aussi parfois cité comme origine possible du peuple Indo-européen qui aurait envahis le nord-ouest de l’Inde.

 

 

Aishwarya Rai, célèbre actrice Indienne

Aishwarya Rai, célèbre actrice Indienne

Aishwarya Rai sans maquillage

Aishwarya Rai sans maquillage

Un homme d'Haryana ,Nord-ouest de l'inde

Un homme d'Haryana, Nord-ouest de l'Inde

Petite fille du Cachemire (Nord de l'Inde)

Petite fille du Cachemire (Nord de l'Inde)

Femme du rajasthan, nord-ouest de l'Inde

Femme du rajasthan, nord-ouest de l'Inde

Jeune garçon du Rajasthan

Jeune garçon du Rajasthan

Jeune fille orpheline du rajasthan

Jeune orpheline du rajasthan

Petite orpheline du Rajasthan, soeur de celle du dessus

Petite orpheline du Rajasthan, soeur de celle du dessus

Petite écolière de l'Uttaranchal, région du nord de l'Inde

Petite écolière de l'Uttaranchal, région du nord de l'Inde

Jeunes hommes de Hema dans le nord de l'Inde

Jeunes hommes de Hema dans le nord de l'Inde

Fille du nord de l'Inde

Fille du nord de l'Inde

Femme du nord de l'Inde

Femme du nord de l'Inde

Femme du Madhya Pradesh

Femme du Madhya Pradesh

Deux enfants Sikhs (nord de l'Inde)

Deux enfants Sikhs (nord de l'Inde)

Fille des rues Indienne

Fille des rues Indienne

Garçon Indien

Garçon Indien

Petite fille Sikh de Bangalore

Petite fille Sikh de Bangalore

Soldat Sikh du nord de l'Inde

Soldat Sikh du nord de l'Inde

Petite fille Indienne

Petite fille Indienne de Pushkar dans le Rajasthan

Sadhu de Calcutta

Sadhu de Calcutta

Petit garçon Indien

Petit garçon Indien

Jeune fille Indienne

Jeune fille Indienne

Petite fille Indienne

Petite fille Indienne

L'actrice Indienne Rakhee Gulzar

L'actrice Indienne Rakhee Gulzar

Homme indien

Homme indien

Inde (suite)

février 21, 2009

 

L'acteur Indien Aamir Khan

L'acteur Indien Aamir Khan

Aditi Govitrikar est une actriceet un mannequin Indien. Elle a été sélectionnée miss monde 2001.

Aditi Govitrikar est une actrice et un mannequin Indien.

L'actrice indienne Rani Mukherjee

L'actrice indienne Rani Mukherjee

Kajol, Actrice Indienne de Bollywood

Kajol, Actrice Indienne de Bollywood

Kareena Kapoor, actrice Indienne

Kareena Kapoor, actrice Indienne

Karisma Kapoor, soeur de Kareena Kapoor, membre d'une famille célèbre de Bollywood

Karisma Kapoor, soeur de Kareena Kapoor, membre d'une famille célèbre de Bollywood

Jeune fille indienne

Jeune fille indienne

Petit garçon Indien

Petit garçon Indien

Petit Indien

Petit Indien

Membres du clan Rooprai de la communauté Tarkhan au Pundjab

Membres du clan Rooprai de la communauté Tarkhan au Penjab (nord de l'Inde)

Collégienne, New delhi, Inde

Collégienne, New delhi, Inde

Petit garçon Indien

Petit garçon Indien

Petit garçon blond du Cachemire (nord-ouest de l'Inde)

Petit garçon blond du Cachemire (nord-ouest de l'Inde)

Petite fille à Hema, nord-est de l'Inde

Petite fille à Hema, nord-est de l'Inde, entre Népal et Bhoutan.

Petit garçon de l'Himachal Pradesh, nord de l'Inde

Petit garçon de l'Himachal Pradesh, nord de l'Inde

Petite Indienne

Petite Indienne

Petite fille du Cachemire (Nord de l'Inde)

Petite fille du Cachemire (Nord de l'Inde)

Petite fille Indienne

Petite fille Indienne

Petite fille Indienne

Petite fille Indienne

Jeune Indienne

Jeune Indienne

Jeune fille dans une rue Indienne

Jeune fille dans une rue Indienne

Petite Indienne

Petite Indienne

Fille de Pushkar dans le Rajasthan au nord de l'Inde

Fille de Pushkar dans le Rajasthan au nord de l'Inde

Petite fille Indienne

Petite fille Indienne

Petite Indienne

Petite Indienne

Sadhu (sage) du Juna Akhara

Sadhu (sage) du Juna Akhara

Petite Indienne

Petite Indienne

Homme Indien

Homme Indien

Petite fille indienne

Petite fille Indienne

Petit Indien

Garçon Indien

Fille des rues de Bangalore

Fille des rues de Bangalore

Garçon de Madras (Inde)

Garçon de Madras (Inde)

Vieil Indien

Vieil Indien

Iran (Perse)

février 20, 2009

L’Iran est l’héritière d’une grande et vieille civilisation Indo-européenne. Autrefois, la Perse à son apogée étendait son emprise de l’Afghanistan et des frontières de l’Inde jusqu’à l’Europe et la Lybie. La langue Iranienne, le Farsi, est une langue Indo-Européenne du groupe Indo-iranien.
Dans l’est de l’Iran, là-même où l’on retrouve un taux assez élevé de l’haplogroupe R1a (environ 1/3 des hommes ont la signature génétique de cet haplogroupe), les caractéristiques physiques Européens ne sont pas rares. Des yeux clairs par exemple, sont assez souvent visibles dans la population locale.
L’étymologie du mot Iran vient d’un mot en proto-Iranien Aryanam voulant dire “Pays des Aryas (*) ” (Aryanam devient Eran en moyen Persan) attesté pour la première fois par la tradition Avestique du Zoroastrisme.

Le zoroastrisme se présente comme une réforme de la religion pratiquée par des tribus de langue iranienne qui se sont installées dans l’Iran occidental entre le IIe et le Ier millénaire av. J.-C.. Ces tribus étaient étroitement apparentées aux Indo-Aryens, lesquels ont apporté le sanskrit et toutes ses langues dérivées en Inde du Nord, à partir de l’an 1700 avant l’ère chrétienne. Ces peuples constituent une famille dite indo-iranienne.

Ariya et Airiia sont aussi attestés comme désignation ethnique dans une inscription Achéménide.

(*) (c’est-à-dire Aryens, peuple historique Indo-européen ancien)

 

Une petite paysanne Iranienne de Khorasan

Une petite paysanne Iranienne de Khorasan

 

Ecolière Iranienne

Ecolière Iranienne

 

Une jeune Qashqai du sud de l'Iran près des ruines de Persépolis

Une jeune Qashaqii du sud de l'Iran près des ruines de Persépolis

 

Petite Iranienne

Petite Iranienne

 

Petite Iranienne

Petite Iranienne

 

Photograhie de 1971 prise par Ali Massoud d'une fille de Rasht dans la province de Gilan dans le nord de l'Iran

Photograhie de 1971 prise par Ali Massoud d'une fille de Rasht dans la province de Gilan dans le nord de l'Iran

 

Ayatollah Yazdi, l'ancien ministre de la justice de l'Iran

Ayatollah Yazdi, l'ancien ministre de la justice de l'Iran

 

Jeune iranienne

Jeune iranienne

 

Petite fille (Nomade Iranien)

Petite fille (Nomade Iranien)

 

Ali Larijani, président du parlement Iranien

Ali Larijani, président du parlement Iranien

 

Jeune fille distribuant des tracts

Jeune fille distribuant des tracts

 

Enfants du nord-est de l'Iran

Enfants du nord-est de l'Iran

 

Jeune Iranienne d'Ar-panah

Jeune Iranienne d'Ar-panah

 

Petite fille Iranienne

Petite fille Iranienne

 

Amir Abbas Fakhravar, journaliste et écrivain

Amir Abbas Fakhravar, journaliste et écrivain

 

Mohammad Reza Golzar, acteur et musicien Iranien

Mohammad Reza Golzar, acteur et musicien Iranien

Femme Iranienne

Femme Iranienne

 

Petite Perse de Mazandaran

Petite Perse de Mazandaran

 

Jeune Iranien

Jeune Iranien

 

Petite Iranienne du village de Kigah dans la province du Lorestan

Petite Iranienne du village de Kigah dans la province du Lorestan

 

Visage d'une petite Iranienne

Visage d'une petite Iranienne

 

Petite Iranienne de la ville de Shiraz dans le sud-ouest de l'Iran

Petite Iranienne de la ville de Shiraz dans le sud-ouest de l'Iran

 

Petit Iranien d'Abanyeh

Petit Iranien d'Abanyeh

 

Viel iranien aux yeux bleus et au teint clair

Viel Iranien aux yeux bleus et au teint clair

 

Petite enfant Iranienne

Petite enfant Iranienne

 

Petite nomade Iranienne

Petite nomade Iranienne

 

Homme Iranien

Homme Iranien

 

Femme Iranienne

Femme Iranienne

 

Petite Iranienne de la campagne

Petite Iranienne de la campagne

Jeune fille nomade Iranienne

Jeune fille nomade Iranienne

 

Actrice Iranienne

Actrice Iranienne

Iran (Suite) et Kurdistan

février 20, 2009

“Elle [c'est-à-dire l'unité ethnique de l'aristocratie Indo-européenne] a même été ressentie comme un lien entre peuples Indo-européens étrangers, par-delà les différences linguistiques (qui pourtant définissent le “barbare”) et malgré les conflits qui les opposent : comment expliquer autrement l’étonnante mention chez Eschyle (Les Perses, 185-186) de la Perse et de la Grèce en guerre comme soeurs du même sang“. - J. Haudry
Mohammad Baqer Qalibaf, maire de Téhéran

Mohammad Baqer Qalibaf, maire de Téhéran

Ali Reza JanFada

Ali Reza Jan Fada

Hessam Navvab Safavi, acteur Iranien

Hessam Navvab Safavi, acteur Iranien

Noosh Afarin, chanteuse Iranienne

Noosh Afarin, chanteuse Iranienne

Actrice Iranienne

Actrice Iranienne

Supporter Iranien

Supporter Iranien

Femme Iranienne

Femme Iranienne

Jeune femme Iranienne

Jeune femme Iranienne

Nazanin Afshin Jam, militante des droits de l'homme

Nazanin Afshin Jam, Miss monde 2003 pour le canada, chanteuse, actrice, militante des droits de l'homme

Nazanin Afshin Jam, ex-miss monde

Nazanin Afshin Jam, ex-miss monde

Iranienne avec à la fois une hérédité Europoïde et Mongoloïde

Iranienne avec à la fois une hérédité Europoïde et Mongoloïde

Jeune Perse d'aujourd'hui

Jeune Perse d'aujourd'hui

Actrice Iranienne

Actrice Iranienne

Garçon Iranien

Garçon Iranien

Enfant acteur iranien, Arsalan ghassemi

Enfant acteur iranien, Arsalan ghassemi

Petite Iranienne à Shiraz, Iran

Petite Iranienne à Shiraz, Iran

Petit enfant Iranien

Petit enfant Iranien

Petite qashaqii , Iran du sud-ouest

Petite qashaqii , Iran du sud-ouest

Mohammad Khatami, président de la République Islamique d'Iran de 1997 à 2005

Mohammad Khatami, président de la République Islamique d'Iran de 1997 à 2005

Petite fille Iranienne

Petite fille Iranienne

Garçon Iranien

Garçon Iranien

Petite Iranienne des montagnes de Zard-kooh à Chahar Mahall Va Bakhtari

Petite Iranienne des montagnes de Zard-kooh à Chahar Mahall Va Bakhtari

Petit Iranien blond

Petit Iranien blond

Les Kurdes sont un peuple parlant une langue Indo-Européenne de la famille Iranienne.
Cette langue indo-Européenne s’est imposée dans cette région avec l’Arrivée des Mèdes, un peuple Perse, vers 850 avant J. C..
Le Kurdistan s’étend entre l’Est de la Turquie, le nord de l’Irak, le nord-est de la Syrie et le nord-ouest de l’Iran.

 

Jeune femme Kurde (Roza Kurd)

Jeune femme Kurde

 

Garçon Kurde

Garçon Kurde

 

Kurdes

Kurdes

 

Femme Kurde d'Irak

Femme Kurde d'Irak

 

Petite Kurde en train de manger

Petite Kurde en train de manger

 

Jeune fille Kurde (Syrie)

Jeune fille Kurde (Syrie)

Femme âgée Kurde

Femme âgée Kurde

 

Petite kurde

Petite kurde

Tadjikistan / Pamir

février 20, 2009

Le Tadjikistan, est un pays situé au nord de l’Afghanistan et occuppé en bonne partie par la chaîne de montagne du Pamir. Le terme “Tadjik” désignait les peuples Perses (Iranien et indo-européens) d’Asie Centrale pour les différencier des peuples turcs.
Le Tadjik est un langage Indo-Européen et est une variante moderne du perse.

Zarathoustra, le célèbre sage de la Perse antique, parle apparemment de ce pays, dans l’Avesta, comme le berceau des “Aryens“, Airyanem Vaejah et il utilise aussi le mot Taa-jyaan d’où vient le nom de Tadjik.
Il est aussi intéressant de noter que le Tadjikistan a le pourcentage le plus élevé de l’haplogroupe R1a en Asie avec les Kyrgyzes (Le Kyrgyzstan est le pays au nord du Tadjikistan) et les Afghans Ishkashimis avec plus de 60 % des hommes (dans l’est de l’Iran et les régions du nord/nord-ouest de l’Inde le pourcentage est plus vers les 35 % de la population masculine porteur du marqueur génétique R1a).

 

Garçon Tadjik

Garçon Tadjik

 

Petit Tadjik

Petit Tadjik

 

Jeune Tadjik

Jeune Tadjik

Enfants du Pamir, tadjikistan

Enfants du Pamir, tadjikistan

 

Petite fille du Tadjikistan

Petite fille du Tadjikistan

 

Tadjiks Ishkashim

Tadjiks Ishkashim

Jeunes filles du Pamir dans le Vanj

Jeunes filles du Pamir dans le Vanj

 

Petite fille du Pamir

Petite fille du Pamir

Enfants du Pamir

Enfants du Pamir

 

Enfants du Pamir dans le Vanj

Enfants du Pamir dans le district de Vanj

Garçon de Roshtkala, Tadjikistan

Garçon de Roshtkala, Tadjikistan

Petite fille du Pamir, Yamchun, vallée de Wakhan (tadjikistan)

Petite fille du Pamir, Yamchun, vallée de Wakhan (Tadjikistan)

Enfants du Pamir, Iskashim, Tadjikistan

Enfants du Pamir, district d'Ishkashim, sud du Tadjikistan

 

 

Xinjiang

février 20, 2009

Le Xinjiang est la région la plus au nord-ouest de la Chine, au nord du Tibet à la même longitude que l’Inde. La région, aussi appelée Turkestan Chinois, est peuplée principalement de Ouïghours, un peuple Turco-mongol. Cette région est définitivement turcophone depuis le 9ème siècle après J.C., mais des peuples Indo-européens ont habités à cet endroit ce qui explique que l’on retrouve beaucoup de mots avec des racines Indo-européennes dans le vocabulaire local.

C’est à cet endroit qu’on été retrouvées les momies du bassin du Tarim dont certaines ont près de 4000 ans et dont beaucoup ont un phénotype Européen.

La beauté de Loulan (1800 avant Jésus Christ)

La beauté de Loulan (1800 avant Jésus Christ)

Squelette de morphologie Européenne trouvé dans le bassin du Tarim dans le désert du Taklamakan (Xinjiang, Chine de l'ouest)

Momie avec un squelette de morphologie Européenne trouvée dans le bassin du Tarim dans le désert du Taklamakan (Xinjiang, Chine de l'ouest)

Momie d'une femme de haute taille de type Européen trouvée dans l'ouest de la Chine

Momie d'une femme de haute taille de type Européen trouvée dans l'ouest de la Chine

Dans cette région de la Chine, la population, bien qu’Asiatique, a souvent des caractéristiques Europoïdes. Les tests génétiques ont corroborés l’existence de gènes Européens dans la population (présence de l’haplogroupe R1 dans la population en assez grande proportion).

Femme Ouïghour du xinjiang

Femme du Xinjiang

 

Jeune fille Ouïghour

Jeune fille du Xinjiang

 

Femme Ouïghour

Femme Ouïghoure

 

Jeune Fille Ouïghour du Xinjiang

Jeune Fille Ouïghour du Xinjiang

 

Petite fille rousse (Xinjiang)

Petite fille rousse (Xinjiang)

Petit garçon Ouïghour

Petit garçon Ouïghour

 

Garçon Ouïghour

Garçon Ouïghour

 

Petite Ouïghour aux yeux bleus

Petite Ouïghoure aux yeux bleus

 

Jeune homme du Xinjiang

Jeune homme Ouïghour du Xinjiang

 

Enfants du Xinjiang

Enfants du Xinjiang

 

Jeune fille du Xinjiang

Jeune fille du Xinjiang

 

Ecolier Ouïghour

Ecolier du Xinjiang

 

4 filles (Xinjiang)

4 filles (Xinjiang)

 

Vielle femme (Xinjiang)

Vieille femme (Xinjiang)

 

Petite fille Tadjik du Xinjiang

Petite fille Tadjik du Xinjiang

 

Tadjiks du Xinjiang

Tadjiks du Xinjiang

 

Ecolières (Xinjiang)

Ecolières (Xinjiang)

 

Jeune Ouïghour

Jeune Ouïghoure du Xinjiang

 

3 Jeunes filles Ouïghoures sur le marché de Khotan

3 Jeunes filles Ouïghoures sur le marché de Khotan

 

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Grèce : Komotini, la Thrace ottomane

Le Courrier des Balkans

Grèce : Komotini, la Thrace ottomane.

 

Mise en ligne : vendredi 24 avril 2009
À Komotini, en Thrace, l’histoire a la peau dure. Dans les rues du vieux bazar ottoman, on peut encore entendre le turc, le pomak, le rromami. Cette ville du nord de la Grèce, conquise par les Ottomans dès 1362, a pourtant connu d’importants changements ces dernières décennies, notamment avec l’installation de Grecs du Caucase et la construction de nouveaux quartiers. Komotini a cependant su protéger son histoire, et de fait un peu son âme ottomane.

Par Joëlle Dalègre

Comme ses voisins des Balkans, le jeune État grec du XIXe siècle souhaitait effacer son passé ottoman. Hellénisation obligatoire des toponymes, destruction ou abandon complet des quelques bâtiments rappelant l’islam, - mosquées, hammams ou tekkes -, disparition dans l’incendie du centre ancien de Thessalonique, la plus grande ville de la Turquie d’Europe, démolition impitoyable et urbanisation anarchique en hauteur des centre-villes dans les années 1960-70... Dans ces conditions, retrouver la ville ottomane dans une ville grecque du XXIe siècle tient de la gageure. Komotini, ville moyenne (50.000 habitants) de Thrace, à l’extrême nord de la Grèce, est une miraculeuse exception.

La Thrace occidentale (aujourd’hui « grecque ») forme un long et étroit rectangle de basses terres serrées entre les contreforts des Rhodopes, au nord, et la mer Égée, au sud, une vingtaine de kilomètres du nord au sud, une centaine de kilomètres entre le Nestos et l’Evros. Dans cette plaine, dont les points culminants dépassent à peine les 15 mètres d’altitude, s’étalent des marécages nauséabonds pleins de moustiques, et des torrents au débit irrégulier qui, dévalant de la montagne, cherchent à atteindre la mer sans trouver de lit réellement fixé. Pillée pendant des siècles par les razzias des pirates de toutes origines et les raids des envahisseurs venus du nord, dangereuse, la plaine insalubre, ravagée par la malaria, est devenue un tel désert humain que, les uns après les autres, les empereurs byzantins, puis les sultans, ont cherché à la repeupler par des déplacements forcés de populations. Alors pourquoi une ville ?

La Via Egnatia, qui reliait l’Italie à Constantinople, seul chemin empierré au milieu des marais et de la boue qui régnaient la moitié de l’année, jalonnée de fortins et de caravansérails, assura longtemps un trafic permanent sur l’itinéraire terrestre entre la côte adriatique et le Bosphore. Mais son état s’est progressivement dégradé et la lenteur des trajets (en 1866, 8 à 10 h entre Xanthi et Komotini, 18 h entre Komotini et l’Evros, selon le géographe français Viquesnel, pour environ 60 km à parcourir dans chacun des deux trajets) multiplia les relais. La culture du tabac, prospère sur les pentes du Rhodope, et les besoins des populations transhumantes firent naître un centre commercial. Dans l’Empire byzantin, on connaît un petit fortin carré, du nom de Koumoutzina (Gümülcina en turc, Komotini en grec contemporain), le long de la Via Egnatia, au débouché du chemin qui descend des Rhodopes. En 1361, Evrenos Bey, un converti grec au service du sultan, s’empare de Didymoticho, première ville européenne conquise par les Turcs, et l’année suivante, de Komotini. Devenue Gümülcina, la cité est désormais ottomane. Elle le resta de 1362 à 1913, une durée record pour la présence turque en Europe (comme à Xanthi et Didymoticho).

La Thrace n’est intégrée à l’État grec qu’en 1920, à un moment où la Grèce, moins sûre d’elle-même, aux prises avec des problèmes pressants, n’a guère le temps d’effacer la présence ottomane. Aussi ne trouve-t-on plus de destructions systématiques, que ce soit en Épire, en Macédoine ou en Thrace. Par ailleurs, second hasard de l’histoire, à la suite d’une sorte de marchandage diplomatique complexe, les musulmans de Thrace grecque sont exemptés des échanges obligatoires de population, décidés en 1923, entre la Grèce et la Turquie. Le maintien de ce groupe humain, en large part turcophone, contribua également au maintien des structures urbaines, à l’entretien des constructions qui lui étaient propres. On peut ajouter que ces musulmans, pendant 70 ans, resteront bloqués dans les mêmes activités traditionnelles (artisanat ou agriculture) et dans les mêmes biens fonciers. En effet, d’une part, le système scolaire leur permettant de ne fréquenter que des écoles musulmanes et turcophones, ils continueront à ignorer le grec et à n’avoir aucun diplôme, d’autre part, une législation grecque d’exception, méfiante envers cette minorité jugée « inquiétante », leur rendait à peu près impossible tout achat d’un bien foncier, ou même l’obtention de permis de construire ou de réparer. On peut donc dire que la ville musulmane de Komotini est ainsi restée longtemps quasi figée.

Enfin, l’éloignement de la région par rapport aux principaux centres d’activités de Grèce, la médiocrité des transports, l’isolement répulsif aggravé par le peu d’échanges effectués avec les voisins, bulgares ou turcs, ont contribué à faire de la Thrace la province la moins développée de la Grèce des années 1950. À cette époque, on pouvait encore rencontrer des caravanes de chameaux au marché de Komotini, et aucun boum immobilier ne poussait à la destruction du centre-ville. Quand la modernité atteignit la province, comme à Xanthi, dans les années 1980, les habitants avaient compris l’intérêt touristique et culturel du passé architectural, et l’on ne détruisit pas. Depuis dix ans enfin, grâce au « réchauffement » des relations gréco-turques, on entretient et on restaure tant les bâtiments néoclassiques du XIXe siècle que les bâtiments religieux musulmans. Cette succession de conditions spécifiques à la Thrace expliquent ainsi que les villes de Xanthi et de Komotini aient gardé, malgré une large extension territoriale, des structures visibles de leur passé ottoman.

Komotini est décrite en termes élogieux par le célèbre voyageur Evliya Celebi, au milieu du XVIIe siècle : environ 4.000 habitants, répartis en 16 mahalle, une population mixte comprenant des Turcs, des chrétiens, des Tziganes et des Juifs (ces derniers habitant le fortin byzantin en ruines) des vignes et des jardins, et surtout un grand centre commercial, 400 magasins et un bedesten. La présence musulmane y est forte : 16 mosquées, une tekke, 2 imarets, 2 hammams, une medressa. L’un des deux imarets a été élevé aux frais d’Evrenos bey (entre 1375 et 1385), il s’agit du plus ancien bâtiment ottoman de Thrace. La Vieille Mosquée, Eski Cami, date de la fin du XVIe siècle, la Mosquée Nouvelle, Yeni Cami, a été construite entre 1600 et 1608, aux frais d’Ahmet Pacha. Eski Cami est considérée comme l’une des plus belles des Balkans, grâce aux céramiques d’Iznik qui décorent le mirhab, et au plafond de bois avec décor géométrique et peintures sur soie incrustées dans le bois. Par la suite, les descriptions manquent, les voyageurs européens ont d’autres critères que Celebi et ignorent la Thrace, comme le leur conseille sans appel le célèbre guide Joanne et Isambert de 1861 : « D’après ce que nous venons de dire, il est facile de tirer cette conséquence qu’il faut être doué d’une grande dose d’énergie et de courage pour voyager à l’intérieur de la Turquie d’Europe (...) Du reste, l’intérêt archéologique est presque nul. Pas de monuments à visiter, pas de grandes ruines (...) les beautés pittoresques manquent (...) l’agriculture y est à peu près nulle (...) Quant au touriste, il y renonce bientôt. L’aspect de ces amas de maisons qui ne sont ni villes, ni villages, la solitude et l’abandon qui règnent partout, la misère des habitants et la cohorte de chiens errants, de corbeaux dévorants se disputant les charognes abandonnées sur les chemins, ne laissent qu’une impression de fatigue et de dégoût, sans aucune espèce de dédommagement ».

Malgré cette vision sévère, Komotini poursuit sa croissance. Dans la deuxième moitié du XIXe siècle, centre administratif, elle est capitale d’un sandjak (un département ottoman de grandes dimensions) et voit se construire une école supérieure ottomane sur modèle occidental, l’idadiye, un bâtiment de réelle qualité, devenu la 1ère école primaire musulmane. Centre commercial, elle dispose d’une grande foire annuelle où se rencontrent les agriculteurs de la plaine et les Saracatsanes, pasteurs transhumants qui, à la fin de l’été, descendent de la montagne. La prospérité du commerce international du tabac cultivé sur les pentes du Rhodope et très apprécié, permet à certains chrétiens de faire bâtir, avant 1912, de solides bâtiments néoclassiques, reconvertis aujourd’hui en musée laographique, musée de la vannerie, bibliothèque, et même rectorat de l’Université de Thrace. Les documents fournis à la Conférence de la Paix en 1918, les archives de l’armée française qui géra la région de 1919 à mai 1920, et les études réalisées au début des années 1930 par le géographe allemand J.H. Schultze permettent de se faire une idée de la ville de cette époque. Sa population totale est évaluée à 21.294 habitants par les Turcs en 1913, à 20.850 habitants par les militaires français en décembre 1919, à 21.446 par les Grecs en 1920, chiffres d’une rare cohérence dans ce genre de situation. En décembre 1919, après six années de présence bulgare, les Français dénombrent 15.000 Turcs (donc la majorité de la population) et 2.500 Grecs, un chiffre qui augmente chaque jour, au fur et à mesure des retours de ceux qui avaient fui après 1913. Boues, moustiques, torrent qui déborde, fosses d’aisance non entretenues, manque d’éclairage nocturne, les rapports des militaires français sont très négatifs. Aussi ont-ils pris rapidement des mesures de santé publique : curage des fosses, pétrole dans les eaux stagnantes, lampes à acétylène, ponts sur le torrent qui permettent de traverser la ville. Après la cession de la Thrace orientale à la Turquie, décidée rapidement en octobre 1922 et l’échange de populations de 1923, la ville connaît une phase de croissance rapide : sa population passe, entre 1920 et 1928, de 21.000 à 30.000 habitants (soit une augmentation de 47%), 11.000 des 21.000 habitants chrétiens sont des réfugiés ! La superficie urbanisée est multipliée par 9, passant de 20 hectares en 1920 à 180 hectares en 1932. Le plan de Schultze, établi en 1933, montre clairement les phases de croissance de la ville. Au centre, les éléments principaux d’une ville classique ottomane : la division en quartiers ethniques, juif (toujours proches du fortin comme au XVIe siècle), arménien, turc, grec, et le bazar. Des éléments nouveaux se sont ajoutés à la fin du XIXe siècle, encerclant la ville ancienne : en 1896, la ligne de chemin de fer Thessalonique-Constantinople dont la gare a été établie loin du centre, les « nouveaux » quartiers grecs qui traduisent l’élan commercial nouveau de cette époque et l’arrivée des Grecs chassés de Bulgarie en 1906-08. On note ensuite, toujours plus loin du centre qui reste intact, les quartiers de réfugiés postérieurs à 1923.

Le quartier commercial central est situé sur la rive droite du torrent qui traverse la ville, - les ponts de l’armée française sont indiqués -, tandis que l’espace inondable consacré à la foire annuelle se trouve sur la rive gauche. Le cœur du bazar, reconnaissable sur le plan à sa dizaine de minuscules pâtés de maisons rectangulaires, longe le torrent, au pied de la mosquée. Les mahalle turcs qui l’entourent sont composés de maisons basses, sans étages, entourées d’un haut mur qui rend leur cour invisible depuis la rue ; les quartiers d’habitation comportent de nombreuses impasses qui visent à les isoler de la circulation générale. Malgré la possibilité qui leur a été donnée de vivre en Grèce, malgré même l’interdiction de quitter le pays, décidée par les autorités grecques à la fin des années 1920, une partie des musulmans a rejoint la Turquie, refusant un État à dominante chrétienne ou la difficile cohabitation avec les réfugiés. Ceci se reflète sur le plan de Schultze : le quartier indiqué comme « nouveau quartier grec », au NNE. de la ville, entre l’église et un quartier de réfugiés, est en fait un ancien habitat turc repris en main par des Grecs, mais sans changement des structures au sol (voir les impasses). Les quartiers de la bourgeoisie grecque du début du siècle sont situés, eux, de part et d’autre du torrent à l’ouest de la ville tandis que leur planification rectiligne sur plan hippodaméen indique, sans confusion possible, les quartiers de réfugiés.

30.000 habitants en 1930, 31.000 en 1961, 40.000 en 1991 et 50.000 habitants en 2008, la croissance nulle ou minime a longtemps figé le paysage urbain. La Deuxième Guerre mondiale a fait disparaître la communauté juive et du fortin ne subsistent plus que quelques murs très bas, la communauté arménienne s’est réduite comme une peau de chagrin. En revanche la ville, tant « musulmane » que « chrétienne » s’est étendue, par suite de l’exode rural et par la volonté des gouvernements d’installer dans la région des activités qui apportent de l’emploi, faculté des lettres et sciences humaines, école de gendarmerie ou d’infirmières, prison, qui recrutent à l’échelle nationale. Il faut y ajouter, par suite de l’éclatement de l’URSS et du « retour » vers la Grèce d’une large partie des Grecs du Caucase et des Grecs Pontiques, une nouvelle vague de populations que les gouvernements des années 1990 ont cherché à diriger vers la Thrace, à la fois pour repeupler une région de très faible densité et pour y renforcer l’élément non-musulman. Depuis 1961 en effet, les statistiques ne fournissent plus officiellement de dénombrement des habitants par religion, mais les chiffres existent : les musulmans forment 60 à 62% de la population du département du Rhodope et, au minimum, la moitié des habitants de Komotini.

Le plan actuel de la ville, fourni par la commune, montre les constantes et les changements. La ville reste cernée au sud-ouest par la voie de chemin de fer qu’elle n’a pas dépassée, au nord par les casernes ; les éléments récents s’alignent le long des routes qui conduisent, l’une au nord-ouest, vers les villages, l’autre, au sud-est, vers la Turquie : cités ouvrières, prison, hôpital, compagnie d’électricité.

Le torrent difficile, le Vosvozis, a été détourné, repoussé plus à l’ouest dans les années 1950, et sépare à présent l’ancienne commune d’Héphaistos du reste de la cité. Son ancien cours, dont le trajet est nettement visible sur la carte, si on la compare à la carte de Schultze, devenu Avenue de la République, puis Avenue Orphée et Avenue Démocrite, a été occupé par des espaces verts et différents bâtiments publics récents, piscine, centre d’athlétisme, circuit de conduite pour enfants, préfecture, parking et même une place nouvelle pour le marché. Cette dernière remplace l’ancienne foire annuelle comme lieu de rencontre entre les citadins et les gens de la montagne, mais le marché, devenu hebdomadaire, occupe un emplacement plus réduit ; l’ancienne place de la foire, qui ne risque plus désormais les inondations est aujourd’hui, la place centrale, bordée d’hôtels. Les quartiers qui, selon Schultze, étaient chrétiens ou musulmans n’ont pas changé de résidents. L’emplacement des cimetières et du collège-lycée musulman (sur le terrain d’un ancien parc) indiquent dans quelle direction se sont développés les nouveaux quartiers musulmans. Une sorte de division de l’agglomération, musulmane à l’est, chrétienne à l’ouest, semble s’imposer sur terrain, entérinant la coexistence « à distance », qui reste une réalité de la vie quotidienne. Les quartiers de réfugiés des années 1920 sont toujours faciles à distinguer, le quartier construit par un organisme public, l’Ektenepol, pour héberger à moindres frais les « Rossopontiques », trahit par son parcellaire aux larges maillons rectangulaires, sa planification récente.

Malgré ces agrandissements, le centre du bazar ottoman est resté le même, identique à celui qu’indiquait le plan de J.H. Schultze. Il s’étend du pied de la mosquée Yeni Cami, à l’est (centre de résidence et d’administration du mufti du département) jusqu’à Eski Cami, à l’ouest, formant un quadrilatère étroit allongé le long de l’ancien cours du torrent. Il correspond aux rues Hermès, Sérrès et Korais (O.E) coupées par les rues Lachana, Aéropolis et Bizani (N.S), un peu plus au nord, l’actuel marché couvert occupe l’emplacement du bedesten. À côté du minaret de Yeni Cami, la tour de l’horloge, construite en 1883, sous le règne d’Abdul Hamid, signale les lieux, de loin. Les commerces de ce secteur sont tous tenus par des musulmans, ceux des rues piétonnes alentour, architecturalement de la même époque, sont plutôt tenus par des chrétiens. C’est là que se mêlent les acheteurs, chrétiens, musulmans, et, même touristes depuis que le quartier est devenu piétonnier, là que se côtoient les costumes féminins les plus variés, selon l’appartenance religieuse, l’origine (turcophone, pomak, rrom), le milieu social, l’âge et le degré d’« européanisation » de chacun. Les constructions n’ont pas changé : maisons sans étages, avec un toit à pans carrés, vitrines fermant par des plaques de bois ou rideaux de tôle ondulée, les commerces sont toujours tenus par des musulmans. Bien des spécialités traditionnelles se sont, elles aussi, conservées : dinanderie (parfois plastiques...), étameurs, c’est-à-dire le secteur appelé « ténékedzidika », chaussures et babouches, rouleaux de tissus et tailleurs, marchands de broderies (les tsevredhes très recherchés pour les trousseaux des mariées) orfèvres, barbier, cafés fréquentés par des hommes dont certains portent encore un turban, pâtisseries (les suçuk lokum et halva de Komotini sont renommés)...

Les lieux sont calmes, silencieux, des pergolas couvertes de végétation ombragent les quelques ruelles en été, de jeunes garçons traversent encore les rues en portant plateau et café turc (!) aux commerçants et à certains de leurs clients qui, en été, discutent tranquillement sur le seuil de leur échoppe. On peut y entendre par le turc, le grec, le pomak, le rromani. On écoute les télévisions et radios turques et grecques... Une sorte de survivance architecturale et multiethnique, un petit coin d’Empire ottoman en Grèce.

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