03.05.2009

Monténégro : Pljevlja, un bazar disparu

Le Courrier des Balkans

Monténégro : Pljevlja, un bazar disparu

Mise en ligne : mercredi 22 avril 2009
Ancienne capitale du sandjak d’Herzégovine, Pljevlja fut pendant des siècles un centre de pouvoir et un important carrefour commercial. Mais que reste-t-il aujourd’hui de cet héritage ottoman qui a façonné la société, la culture et l’art de vivre de cette ville du nord du Monéténgro ? Les bâtisses ottomanes ont laissé la place aux édifices communistes et le souvenir même de ce passé glorieux commence à disparaître.

Par Jean-Arnault Dérens et Laurent Geslin [1]

À la tombée du jour, toute la population de Plevlija se presse sur le korzo pour profiter des derniers rayons de soleil, s’attabler dans les nombreux cafés de la rue principale et s’entretenir avec les voisins des nouvelles du bourg. Dans cette petite ville du nord du Monténégro, qui comptait 21.000 habitants en 2003, les bâtiments communistes du centre, construits dans les années 1970, ressemblent à ceux de toutes les agglomérations de l’ancienne Yougoslavie. Les rues tranquilles qui rayonnent depuis le korzo sont bordées de petites maisons devant lesquelles jouent des enfants. En somme, la vie paisible et sans histoire d’une petite ville de province.

Cependant, la magnifique mosquée Husein Pacha, construite au XVIe siècle, et quelques demeures ottomanes témoignent toujours du passé glorieux de cette agglomération, jadis importante ville commerçante et centre du pouvoir régional ottoman : la ville fut durant plusieurs siècles la capitale du sandjak d’Herzégovine.

Le dernier descendant des pachas Selmanović habite toujours l’une de ces bâtisses, située en périphérie de l’agglomération, derrière un parking où stationnent des camions. Construite au XVIe siècle par cette riche famille musulmane, elle menace aujourd’hui de s’effondrer. Loin de s’en inquiéter, les autorités de la commune attendent sa destruction pour s’approprier le terrain. L’extrême pauvreté de son actuel propriétaire, Mahmut Selmanović, ne lui permet en aucune façon de pourvoir restaurer l’édifice. Sa famille, ruinée par la Première Guerre mondiale et la chute de l’Empire ottoman, vit depuis dans la misère. L’homme, revenu au Monténégro après une longue vie d’errances, n’a en effet pour survivre que les 80 euros d’aide sociale que lui accorde chaque mois le gouvernement monténégrin. D’ici quelques années, la demeure des derniers pachas d’Herzégovine aura disparu et avec elle tout un pan de l’histoire du Monténégro...

Grandeur et décadence d’une ville de caravane

Le développement de Pljevlja ne commence véritablement qu’avec la conquête turque. La très petite agglomération passe sous le contrôle des Ottomans en 1462. Ceux-ci rebaptisent la bourgade du nom de Tašlidža, ou « thermes de la pierre ». Plevlja/Tašlidža est une ville ouverte, sans fortifications. Selon le recensement du Sandjak d’Herzégovine de 1477, c’est déjà un lieu de marché connu, qui compte 101 foyers et 12 jeunes hommes non mariés.

Le développement de Pljevlja/Tašlidža s’explique avant tout par sa position sur les routes de caravanes remontant de Raguse (Dubrovnik). Depuis Pljevlja/Tašlidža, on peut gagner Foča, Sarajevo et la Bosnie centrale, mais aussi Novi Pazar, en traversant le plateau de Pešter puis Skopje et Istanbul. Une autre route se dirige vers la Serbie. En 1477, un marchand ragusain, Živan Pribičević, a le monopole du commerce du cuivre à Pljevlja. La région connaît en effet, de longue date, des activités minières, notamment dans la zone de la Bukovica, entre Pljevlja et Foča. En1516, il y avait 150 foyers, 130 chrétiens et 20 musulmans. La plupart des maisons sont alors construites en bois.

Mehmet Pacha Sokolović, fondateur du fameux pont de Visegrad, dont Ivo Andrić fit la chronique, occupa les fonctions de pacha du sandjak d’Herzégovine de mars 1567 à mars 1569. À l’époque, le siège de ce sandjak était basé à Foča, aujourd’hui en Bosnie. En 1569, le pacha Sokolović dota Pljevlja de la mosquée Husein Pacha, puis d’une tour de l’horloge (Sahat Kula), d’un caravansérail et d’un bezistan, un marché couvert. Il construisit également le palais du Sandjak Bey, qui comportait 20 chambres et une cour pour les festivités. De nombreuses sources mentionnent l’importance du bazar qui fait l’admiration des voyageurs étrangers qui traversent la ville, comme le Vénitien Paolo Contarini ou les Français Pierre Lescalopier (1574) et Jean Palerne (1581-1583). En mars 1574, Pierre Lescalopier fait la route à cheval de Foča à Plejvlja, traversant une « forest dangereuse pleine de voleurs » [2], la Bukovica. En 1576, le siège du Sandjak d’Herzégovine est transféré à Pljevlja. Il y resta jusqu’en 1833.

Au milieu du XVIIe siècle, on comptait deux madrase, trois mekteb (écoles élémentaires), deux tekke de derviches, trois hans et deux caravansérails, le palais du pacha. La ville est divisée en deux zones principales : les musulmans vivent au sud de la rivière Breznica, les chrétiens au nord. La ville comptait alors 700 maisons et quelque 6.000 habitants. La zone d’habitat musulman était partagée en douze mahale (quartiers), possédant chacune leur mosquée. En 1936, il n’y avait plus que neuf mosquées à Pljevlja, sept en 1959, et quatre aujourd’hui.

En 1664, le grand voyageur ottoman Evliyâ Çelebi visite Pljevlja. Il parle du bazar et précise qu’il compte 200 échoppes – mais le voyageur avait souvent tendance à l’exagération. Tous les artisanats étaient représentés. Toutefois, les artisans de la čaršija ne sont pas groupés en esnaf (corporations), contrairement à ce que l’on observe dans de nombreuses autres villes, les différentes activités ne se répartissent pas en rues séparées, sauf pour les forgerons et les bouchers. La plupart des échoppes se ferment avec des volets de bois, toute activité cessant dans la čaršija dès la tombée de la nuit. La ville possède aussi de belles maisons en pierre, précise Evliyâ Çelebi.

La čaršija connut un grand développement après le congrès de Berlin (1878), le nombre d’échoppes augmenta et les boutiques gagnèrent toutes les mahale de la ville, car le bazar était devenu trop petit, au moment mêmes où d’autres bazars ressentent la première concurrence des productions industrielles. De fait, la ville profita à plein du nouveau contexte géopolitique. Au congrès de Berlin, les Autrichiens avaient obtenu le droit d’installer une garnison à Pljevlja et la ville devint le siège du consulat autrichien dans le Sandjak. Pourtant, la ville restait formellement placée sous la souveraineté ottomane, comme le Sandjak de Novi Pazar, à qui le destin de Plevlja allait être lié. La ville possédait donc deux casernes, l’une autrichienne, l’autre turque. Le mandat autrichien poussa aussi de riches familles de Bosnie à venir s’installer dans la région. La population augmenta de façon importante, et beaucoup de nouvelles échoppes apparurent, des boulangeries, des cafés, etc.

Les marchandises les plus précieuses arrivaient de Salonique et d’Istanbul, via Skopje et Novi Pazar. Pljevlja était aussi connue pour son grand marché aux bestiaux, ce qui explique le nombre important des tanneurs et des peaussiers. À la fin du XIXe siècle, les deux familles les plus riches étaient les Čulahović et les Rizamulić. On raconte qu’ils était si riches qu’ils se réunissaient dans leurs boutiques pour boire et rire, et qu’ils refusaient de servir les clients qui se présentaient, affirmant fièrement ne faire que du commerce en gros.

Au début du XXe siècle, Pljevlija atteint un maximum démographique avec 20.000 habitants. La ville a également accueilli les musulmans chassés de Nikšić et de Kolašin par l’expansion monténégrine. Cet « âge d’or » dura jusqu’aux guerres balkaniques : en 1913, la ville de Pljevlja intègre le Monténégro, et beaucoup de grandes familles musulmanes se réfugient en Turquie.

Il faut cependant noter que la čaršija n’a jamais été exclusivement musulmane : il y avait de grandes familles de commerçants orthodoxes, comme les Obradović, les Šećerović, les Bajić ainsi que des commerçants juifs qui furent présents jusqu’à la Seconde Guerre mondiale.

Après la Première Guerre mondiale, alors que Pljevlja, comme tout le Monténégro, est désormais rattachée au nouveau « Royaume des Serbes, Croates et Slovènes », la čaršija entre dans une longue agonie. La ville ne jouit plus d’une position géographique avantageuse, alors que de nouveaux axes de communications, notamment ferroviaires, se développent. Or, le train n’est jamais arrivé jusqu’à Pljevlja, malgré des projets de liaison vers Foča, en Bosnie. Le nombre d’artisans et de commerçants diminue, beaucoup d’échoppes ferment, même celles des tanneurs. En effet, apparaissent des usines modernes de textile et de cuirs : l’artisanat traditionnel n’est pas de taille à supporter la concurrence.

Toute la société est balayée par d’intenses bouleversements. Avec la réforme agraire, les beys perdent leurs vastes domaines agraires, et certains sombrent dans la misère, qui touche aussi certains commerçants et artisans du bazar. On voit apparaître à cette époque le groupe des « fous de la čaršija », des déclassés qui survivent en ayant recours à la mendicité.

Alors que les relations entre orthodoxes et musulmans n’avaient jamais été conflictuelles, de premiers cas d’intolérance et de violence intercommunautaire sont attestés dans les années 1930, dans un contexte global de paupérisation de la ville. Nombre de familles musulmanes continuent d’émigrer vers la Turquie tout au long de cette période.

Alors que dans la tradition, les fils faisaient le métier de leurs pères, cette chaîne de transmission est brisée. Dès début du XXe siècle, d’ailleurs, les riches éleveurs avaient commencé à envoyer leurs fils à l’école. Les enfants des familles aisées du bazar accèdent à l’Université dans les années 1930. Beaucoup en revinrent militants communistes convaincus, la ville faisant même figure de petit bastion du Parti communiste yougoslave, clandestin depuis 1921.

Durant la Seconde Guerre mondiale, les enfants des artisans du bazar, devenus militants communistes, rejoignirent le mouvement des partisans, fortement implanté dans tout le Sandjak de Novi Pazar. C’est aussi durant la guerre que les tensions vont tragiquement s’accroître entre musulmans, majoritairement favorables aux partisans communistes, et orthodoxes, qui soutenaient le mouvement des tchétniks serbes. Le Sandjak et la région de Pljevlja furent le théâtre de nombreuses tueries.

Après la guerre, ce sont ces jeunes communistes, issus des familles d’artisans et de commerçants du bazar, qui détruisirent la čaršija, perçue comme un symbole des temps anciens. Sur l’emplacement même de la čaršija, furent construits des bâtiments administratifs modernes comme l’actuelle mairie de la ville. Les principaux responsables de la destruction de la čaršija sont donc les artisans déclassés et les militants communistes d’avant-guerre. En échange, le nouveau pouvoir communiste offrit quelques postes importants à ces nouveaux cadres souvent d’origine musulmane : un ancien boucher devint maire de la ville, un ancien tailleur directeur des mines de charbon, un ancien cordonnier directeur des biens communaux.

Après guerre, la migration des musulmans vers la Turquie se poursuivit, favorisée par les autorités. Les autorités communistes achevèrent la destruction du bazar pour loger les ruraux qui affluaient vers la ville, à commencer par les anciens partisans, qui formaient désormais la nouvelle élite sociale. En 1958, toute la čaršija était détruite.

La destruction programmée de l’héritage ottoman

Que reste-t-il aujourd’hui de l’héritage ottoman à Pljevlja ? Les bâtisses ottomanes ont laissé la place aux édifices communistes et le souvenir même de ce passé commence à disparaître. Jakub Durgut, secrétaire de la Communauté islamique de la commune, s’attache depuis des années à collecter les archives et les histoires qui rappellent cette période. « Tout le monde, et en particulier le pouvoir politique cherche à faire disparaître les traces du passé ottoman au Monténégro », assure-t-il, « les Bochniaques musulmans sont de moins en moins nombreux, ils émigrent en Bosnie-Herzégovine ou à l’étranger. Il n’y a plus de place pour nous ici ». Le recensement de 1991 avait dénombré 6.964 Musulmans sur une population totale de 39.593 âmes. Ils n’étaient plus que 1865 au recensement de 2003 [3].

De fait, si la cohabitation entre orthodoxes et musulmans a été bonne durant des siècles, les combats de la Seconde Guerre mondiale et les guerres des années 1990 ont menacé l’existence des Bochniaques de la région. La commune de Pljevlja et la région montagneuse de la Bukovica, enkystée en territoire bosnien, ont subi les conséquences de l’intensif nettoyage ethnique commis par les forces serbes dès les premières semaines de la guerre de Bosnie-Herzégovine, en 1992. A quelques dizaines de kilomètre de Pljevlja, en Bosnie-Herzégovine, les Musulmans de Čajnice et de Foča sont massivement expulsés ou sommairement exécutés, tandis que la ville de Goražde, fidèle au gouvernement de Sarajevo, est soumise à un terrible siège.

« Depuis la Seconde Guerre mondiale, la région de la Drina, aux confins de la Bosnie-Herzégovine, de la Serbie et du Monténégro, représente une véritable obsession pour les nationalistes serbes, qui veulent en chasser toute présence musulmane », souligne Jakub Durgut. « En 1992, Vojislav Šešelj, le chef du Parti radical serbe (SRS) déclarait d’ailleurs qu’il fallait expulser tous les Bochniaques musulmans du Monténégro et de Serbie, dans une zone de trente kilomètres le long des frontières de la Bosnie. C’est exactement ce programme qui a été appliqué en Bukovica, et dans une moindre mesure à Pljevlja ».

En 1992, le Monténégro est officiellement resté à l’écart de la guerre qui déchirait la Bosnie. Mais la petite république avait décidé, par un référendum fort contesté, de rester associée à la Serbie, et les deux pays avaient formé, en avril 1992, une nouvelle République fédérale de Yougoslavie.

Les dirigeants monténégrins, et en premier lieu l’actuel Premier ministre Milo Đukanović, sont totalement alignés sur la politique de Slobodan Milošević. Les autorités de Podgorica violèrent toutes les conventions internationales en arrêtant des centaines de réfugiés de Bosnie, et en les livrant aux autorités de la Republika Srpska. La plupart des réfugiés furent assassinés dès leur remise aux autorités serbes bosniaques. Certains sont toujours portés disparus [4].

Dans le nord du Monténégro, et tout particulièrement dans la commune de Pljevlja, la situation devint explosive. Dès le début de la guerre de Bosnie, Pljevlja s’impose comme le principal bastion du Parti radical serbe (SRS) au Monténégro, et abrite de nombreuses unités paramilitaires. Miliciens, réservistes et soldats de l’Armée yougoslave multiplient les provocations, agressant les commerçants ou les consommateurs des cafés musulmans. Durant tout le printemps 1992, la ville de Pljevlja est secouée par des explosions incessantes : tous les commerces tenus par des musulmans sont dynamités.

Personne ne sait qui contrôle le poste-frontière de Metaljka, entre Monténégro et Bosnie, où paradent soldats et policiers serbes de Bosnie ainsi que combattants des unités paramilitaires de Bosnie et du Monténégro. Momir Bulatović et le Président de la nouvelle République fédérale de Yougoslavie, l’écrivain Dobrica Ćosić, se rendent à Pljevlja en juin 1992 pour essayer de rétablir l’autorité de l’État, condamnant la multiplication des milices. Les tensions atteignent cependant leur comble en août 1992 : les combattants du « voïvode » tchétnik local Milika Čeko Dačević mettent la ville en état d’insurrection.

La Bukovica connaît un véritable nettoyage ethnique. Les listes précises établies par l’association des citoyens de la Bukovica permettent d’établir un bilan : 111 familles ont été expulsées, soit 322 personnes. On compte plus de 10 victimes directes abattues durant les opérations, tandis que d’autres habitants de la région sont toujours officiellement portés « disparus ».

Les autorités du Monténégro continuent de nier qu’il se soit produit le moindre épisode de nettoyage ethnique sur le territoire de la république. Elles ont remarquablement bien réussi à étouffer l’affaire, sur laquelle des organisations de défense des droits de la personne, comme le Comité Helsinki du Sandjak ou le Fonds du droit humanitaire de Belgrade ont essayé, mais sans grand succès, d’attirer l’intérêt de l’opinion publique internationale. Le TPI de La Haye ne s’est pas jamais penché sur le dossier. Fin décembre 2008, le gouvernement monténégrin a cependant enfin reconnu le crime et offert des indemnités financières à certaines des familles de victimes.

« Aujourd’hui, beaucoup de familles pourraient rentrer en Bukovica et à Pljevlja, mais encore faudrait-il qu’elles obtiennent des aides pour reconstruire leurs maisons et relancer une petite activité économique, comme en Bosnie », affirme Haris Tahirbegović, réfugié de la Bukovica installé en Bosnie.

« Pljevlja et la Bukovica représentent la face sombre de l’actuel régime monténégrin. Au lieu d’être jugés, tous les responsables des crimes commis ont été promus, comme l’ancien chef de la police de Pljevlja, devenu chef exécutif de la police du Monténégro », explique Sabina Talović, une militante féministe de Pljevlja .

« À Pljevlja, l’identité monténégrine est très faiblement présente », poursuit-elle. « Les habitants orthodoxes se sont toujours définis comme Serbes. Après sa rupture avec Belgrade, en 1995-1996, Milo Djukanović avait pourtant besoin d’alliés locaux, et il s’est appuyé sur des cadres qui ne cachaient pas, quelques années plus tôt, leurs sympathies tchétniks ».

Lors des élections qui ont suivi le référendum d’indépendance du 22 mai 2006, le DPS a pris le contrôle de la mairie de Pljevlja, jusqu’alors contrôlée par les partis d’opposition pro-serbe, et ce sont des hommes du DPS qui dirigent les grandes entreprises de la ville, notamment les mines et la centrale thermoélectrique. « Toute la nomenklatura locale du DPS était tchétnik il y a dix ans », assure Jakub Durgut. « Maintenant, elle prétend défendre le Monténégro indépendant »...

Sabina Talović, militante de longue date de l’indépendance monténégrine, sait pourtant que le Monténégro ne pourra pas devenir un pays véritablement démocratique s’il n’est pas capable d’affronter tous les aspects de son passé récent mais aussi d’intégrer l’histoire plus ancienne de son passé ottoman. Reste que la maison des pachas Selmanović, qui a résisté à quatre siècle et quatre guerres, ne sera plus qu’un amas de ruines dans quelques années.

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