18.05.2009
Serbie : la vieille čaršija de Novi Pazar, au centre des Balkans
Serbie : la vieille čaršija de Novi Pazar, au centre des Balkans
Par Sladjana Novosel
Lorsqu’un voyageur arrive par hasard à Novi Pazar et se promène dans la Vieille čaršija, il ne peut s’empêcher de faire la comparaison avec la Baščaršija de Sarajevo. La ressemblance n’est pas due au hasard. Le fondateur de Novi Pazar et de Sarajevo est le même : le chef militaire ottoman Isa-Beg Isaković.
Novi Pazar a été fondée dans la seconde moitié du XVe siècle. Selon les historiens, les fondations de la ville ont été posées entre 1455 et 1461. Au confluent des rivières de la Jošanica et de la Raška, la ville a reçu le nom de Yeni Bazar, qui signifie « Nouveau bazar », Novi Pazar. Elle avait d’abord été conçue comme une base militaire lors de l’avancée de l’armée ottomane vers le nord. Elle a rapidement perdu ce rôle pour devenir un très important centre économique et commerçant. Les principales voies reliant Dubrovnik, la Bosnie et la côte méridionale à Thessalonique et « Tsarigrad » (ainsi que les populations slaves des Balkans appelaient alors Istanbul) traversaient Novi Pazar. Grâce à cette position sur les grands axes de communication, Novi Pazar est devenue au XVIIe siècle une grande ville et l’une des principales agglomérations du centre des Balkans. Le centre de la ville se trouvait à l’endroit même où passait alors la « stambol-drum » (la route d’Istanbul), qui était la principale liaison entre la Bosnie et le centre de l’Empire ottoman.
Dès l’origine, Novi Pazar avait l’apparence d’une agglomération orientale et, en raison de son étendue et de son importance, elle a été qualifiée de šeher (« grande ville »). Peu de villes des Balkans ont eu droit cette épithète. Au centre de la ville se trouvaient des petites échoppes d’artisans et de commerçants. Le fameux voyageur et écrivain turc Evliyâ Çelebi a noté qu’il y avait 1.100 échoppes de tout genre. Le centre commercial et artisanal a pris naissance sur la rive gauche de la Raška, mais la čaršija s’est rapidement étendue sur la rive droite de la rivière avec le développement du commerce et de l’artisanat. C’est ainsi qu’un nouveau noyau urbain est apparu à la fin du XIXe siècle et au début du XXe dans une zone qui n’avait pas initialement de fonction commerciale. Ce nouveau centre réunit aujourd’hui les bâtiments administratifs de la ville.
La vieille čaršija de Novi Pazar correspond à l’actuelle rue Prvomajski. Autrefois on l’appelait la « route du Sultan », car les caravanes, impériales ou non, la traversaient pour rejoindre Kosovska Mitrovica, Skopje et Istanbul. L’espace de la vieille čaršija est limité par deux mosquées. Arap-džamija est située au début de la rue et elle est aujourd’hui devenue la principale mosquée de la ville. Au bout de la vieille čaršija se trouve la mosquée Altun-alem, l’un des plus importants et des plus beaux édifices de l’architecture islamique dans cette partie de la Serbie. On ne possède pas beaucoup de détails sur l’histoire de cet édifice. On sait que le ktitor (fondateur) de cette mosquée était un éminent personnage, riche et cultivé du nom de Mevlana Muslihudin. Il a fondé la mosquée au milieu du XVIe siècle.
À l’ouest, la vieille čaršija touche le hammam, une construction grandiose qui fait partie des monuments les plus anciens et les plus importants de Serbie. Il appartient au groupe des hammams doubles, avec une partie pour les hommes et une autre pour les femmes. Le hammam a été construit par le fondateur de Novi Pazar Isa-beg Isaković, entre les années soixante et quatre-vingt du XVe siècle. À l’est de la vieille čaršija se trouve la forteresse de la ville, avec sa tour de guet, construite au XVIIIe siècle. La tour est haute de 15 mètres, avec quatre terrasses de défense et de petites meurtrières circulaires disposées sur trois niveaux. Elle servait de tour d’observation et de défense de la forteresse. En raison de son importance culturelle et historique, la vieille čaršija de Novi Pazar a été proclamée patrimoine culturel d’importance exceptionnelle dans les années 1970.
En plus des monuments publics et cultuels, les échoppes de commerce artisanal se côtoient toujours dans la vieille čaršija : boulangers, bijoutiers, cordonniers, bouchers, vendeurs de ćevapi, cardeurs de laine, coiffeurs pour hommes et femmes… Il n’y a pratiquement plus de vieux métiers artisanaux, la plupart ont été remplacés par des commerces. Les boulangeries, accolées les unes aux autres, où le pain se fait encore dans des fours à bois, rappellent les temps passés. Le goût du pain, des grosses miches (somun), et de toutes sortes de petits pains font partie des secrets de famille transmis de génération en génération dans chaque boulangerie. Les vestiges du han (auberge) Granata évoquent aussi les temps anciens. C’est actuellement une kafana, un petit café, où les amateurs locaux de boissons distillées laissent filer le temps, avec de la musique et des chansons populaires. La kafana est aussi évoquée dans les chansons. On dit qu’elle a reçu son nom d’après une grenade tombée à l’endroit où l’auberge a été ultérieurement construite. Depuis longtemps, le bâtiment est abandonné à l’usure du temps.
Bien que classée comme patrimoine culturel d’importance exceptionnelle, la vieille čaršija de Novi Pazar n’a pas été préservée dans sa forme originelle. Les propriétaires des échoppes ont été autorisés à détruire et à reconstruire sans limitations ni contrôle les bâtiments. Les reconstructions se sont donc faites au gré des besoins et des goûts des propriétaires. Le métal, le verre, le plastique, le bois sont aujourd’hui les matériaux les plus utilisés pour les réparations des bâtiments.
La nouvelle municipalité de Novi Pazar, élue en 2008, veut privilégier le développement touristique, de sorte que la restauration de la vieille čaršija fait désormais partie des priorités de la ville. L’élaboration des projets est en cours. La vieille čaršija sera fermée à la circulation et transformée en zone piétonne. Avec les monuments culturels et historiques qu’elle possède, elle deviendra sans aucun doute une destination touristique attrayante.
22:15 Publié dans Minorités ethniques ou religieuses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sandzak, serbie, novi pazar, balkans, ottomans, slaves, turcs, kosovo



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