19.07.2009

« Stari Hamam », le vieux hammam de Novi Pazar

Le Courrier des Balkans

« Stari Hamam », le vieux hammam de Novi Pazar

Par nos envoyés spéciaux
Sur la Toile :

Mise en ligne : mardi 7 juillet 2009
Novi Pazar possède l’un des plus vieux hammams des Balkans, toujours en fonction. Cet édifice, construit en 1591, est intégré dans le complexe des termes de la ville, la Novopazarska banja. À la découverte d’un joyau oublié du patrimoine ottoman des Balkans et d’une pratique sociale toujours active. Un reportage réalisé dans le cadre du séminaire du Courrier des Balkans à Novi Pazar.

Texte : Mandi Gueguen et Jacqueline Dérens
Reportage audio : Béatrice André et Vanessa Pfeiffer
Photos : Marija Janković

MP3 - 1.9 Mo
Reportage audio : au cœur du hammam de Novi Pazar

« Ceux qui ont vu l’Est et l’Ouest, les terres et les mers, n’ont jamais vu une source si chaude de par le monde. »

Depuis sa construction par les Turcs en 1591, le vieux hammam de Novi Pazar reçoit tous les jours une centaine d’hommes et de femmes, de 6 heures du matin à 22 heures. Ce sont, pour la plupart, des habitués des lieux qui se succèdent : deux heures pour les hommes, deux heures pour les femmes. Protégé par l’Unesco depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le vieux hammam aurait grand besoin qu’on prenne soin de lui.

Les pouvoirs de la source

Son eau soufrée qui jaillit d’une source à 52°C jouit d’une réputation bien au-delà de la ville de Novi Pazar. On y vient de Macédoine, de Croatie et d’ailleurs. Sa teneur en minéraux et oligo-éléments excelle dans le soulagement des rhumatismes et autres maux. Les femmes qui viennent se baigner dans ce bassin à l’eau turquoise, d’où se dégagent des vapeurs à forte odeur de soufre, perpétuent la légende qui attribue à cette eau des pouvoirs sur leur fécondité. Selon une coutume ancestrale, le futur marié s’arrange pour que sa promise se baigne dans ces eaux bénéfiques avant le mariage.

Les lieux et le décor

Le visiteur pressé peut passer devant le vieux hammam sans le voir car il est caché par une vilaine bâtisse recouverte d’un badigeon violet, construite dans les années 1960. Il s’agit d’un café où l’on peut attendre son tour. Quand l’heure arrive, une porte ordinaire s’ouvre sur un contraste frappant. Passée la porte à battant on se retrouve dans une rotonde avec une fontaine et tout autour des rideaux de couleur cachent des vestiaires où l’on peut se déshabiller. Dès ce vestibule, une perspective s’ouvre sur le bassin principal noyé dans les vapeurs d’eau. Ce bassin octogonal en pierre est alimenté par l’eau de la source qui se déverse avant dans de petits bassins et se refroidit ainsi pour atteindre une température plus supportable.

Le hammam et la guerre

« Les hommes n’empêcheront jamais une source de jaillir », nous confie un habitué des lieux, qui vit et travaille maintenant à Berlin mais qui ne manque jamais de revenir au vieux hammam. En effet, malgré l’histoire mouvementée des Balkans, le vieux hammam a résisté à toutes les destructions des hommes. Aucune guerre n’a ébranlé ces vieux murs, aucun homme n’a osé les souiller, seul le temps a marqué son empreinte. Imperturbable, le vieux hammam a traversé les époques en accueillant hommes et femmes jour après jour. Seul un tremblement de terre a fait frémir les fondations de ce bain turc.

Le rituel du bain

Quand le hammam s’ouvre aux femmes de tous âges la musique de leurs voix se mêle au bruit de l’eau. Chacune a sa façon d’occuper les lieux : l’une se baigne en maillot de bain, l’autre dans le plus simple appareil, une autre encore soigne ses cheveux – le souffre ayant des propriétés astringentes sur le cuir chevelu – et une autre enfin s’épile tranquillement. Certaines se rafraîchissent dans des alcôves surplombant le bassin et les courbures de ces formes féminines ne sont pas loin d’évoquer les ambiances des bains turcs de Delacroix.

La nudité de ces femmes est naturelle, elles sont là dans leur milieu pour un rituel dépouillé de l’hypocrisie du monde extérieur. En poussant la porte de ce hammam on pénètre dans un autre monde où l’ordre naturel règne. Les regards se font discrets et respectueux de l’intimité de chacune sans le moindre jugement de valeur esthétique. Toutes profitent de ces lieux pour leur bien-être et le plaisir d’être ensemble, qu’elles viennent de la ville ou de la campagne et ce rituel social se perpétue à travers les générations.

L’avenir du hammam

Ce bâtiment qui a traversé les siècles va-t-il résister à l’esprit du lucre et à la toute-puissance du marché ? Depuis les derniers conflits qui ont déchiré l’ancienne Yougoslavie, le hammam a été en partie privatisé. Un hôtel a déjà été construit dans les parages pour accueillir les curistes. Il serait très triste qu’en utilisant le prétexte d’une rénovation nécessaire, ce lieu qui a toujours été fréquenté par la population dans toute sa diversité, perde son âme.

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