23.08.2009

Minorités au Kosovo : les Bosniaques ne peuvent pas se rendre dans leur « mère-patrie »

Le Courrier du Kosovo

Minorités au Kosovo : les Bosniaques ne peuvent pas se rendre dans leur « mère-patrie »

Traduit par Nerimane Kamberi
Sur la Toile :
Mise en ligne : jeudi 6 août 2009
La Bosnie-Herzégovine n’a pas reconnu l’indépendance du Kosovo et ne reconnaît pas non plus les passeports du nouvel État. Les premières victimes en sont les quelque 30.000 Bosniaques du Kosovo, qui ne peuvent se rendre en Bosnie qu’avec un passeport serbe, que tous n’ont pas. Certaines familles sont ainsi séparées depuis 20 ans par les guerres et les nouvelles frontières. Reportage auprès des Bosniaques de Vitomirica, près de Peć/Peja.

Par Serbeze Haxhiaj

Les restes de son unique frère ont été enterrés le 11 juillet au Mémorial de Potočari, près de Srebrenica, mais Šefka n’a pas pu se rendre à l’enterrement, faute de passeport. Cette Bosniaque de Peć/Peja n’a pas pu rendre visite à sa famille depuis neuf ans. Depuis que son passeport serbe est périmé.

Ce fut pour elle un jour plein de tristesse, 14 ans après que son père et son frère ont été tués lors du massacre de Srebrenica, quand les forces serbes ont exécuté plus de 8.000 Bosniaques. Šefka ne cache pas sa colère contre le gouvernement bosniaque et celui du Kosovo.

« Ma mère m’a téléphoné, elle a assisté à l’enterrement avec mes soeurs et mes tantes. Mon frère avait 19 ans quand il a été tué, seule une partie de ses restes ont été enterrés, on n’a pas tout retrouvé. Les restes de mon père n’ont pas encore été retrouvés », raconte, en larmes, Šefka Suljević. Selon elle, la décision de la Bosnie de ne pas reconnaître l’indépendance du Kosovo ainsi que le passeport du nouvel État représente une forme de discrimination envers les Bosniaques du Kosovo.

Pour les Bosniaques du Kosovo, leur patrie ne veut pas d’eux. Les seuls qui puissent se rendre en Bosnie sont ceux qui possèdent des papiers d’identité serbes ou ceux de pays étrangers.

Des papiers pour les enterrements

Kemija Halili du village de Hajvali a, elle aussi, le même problème. Cela fait neuf ans qu’elle n’a pas pu se rendre à Tuzla pour voir sa famille. « Ma mère est très malade. Elle est paralysée depuis près de deux mois, tandis que mon frère est un invalide de guerre. Je ne peux me rendre là-bas et eux ne peuvent pas venir ici », explique Kemija. Depuis neuf ans, leur seul moyen de contact est le téléphone. « Si je pouvais, d’une manière ou d’une autre, entrer en Bosnie, je pourrais régler mes papiers. Pour le moment, c’est impossible ». La seule solution qui lui reste est de passer illégalement la frontière.

À la fin de l’année 1979, Kemija avait décidé d’épouser un Kosovar. A cette époque, il n’y avait pas de problème de passeport, de frontière ni de visa. L’État yougoslave permettait de circuler librement sur tout le territoire. Trente ans plus tard, les changements politiques ne lui permettent plus de voir sa famille.

Ces cas de violation de droit de la personne ne sont pas isolés au Kosovo. La liberté de circulation est limitée par les changements de frontière. Hajriz Smajlević, un habitant de Vitomirica, le principal village bosniaque du Kosovo, près de Peć/Peja, n’a pas pu se rendre depuis des années en Bosnie. L’an dernier son frère est mort. Avec sa femme, il a tenté de passer illégalement la frontière pour se rendre à son enterrement, mais ils ont été arrêtés par la police et, après une nuit passée au poste, ils sont revenus à la maison. « Nous avions un enterrement et nous ne trouvions pas de solution pour nous y rendre. C’est ainsi que nous avons tenté de passer la frontière du Monténégro la nuit. Mais la police de Goražde, en Bosnie, nous a repéré et ils ont commencé à tirer jusqu’à ce qu’on se rende. Bien sûr, nous n’avons pas pu être présents à l’enterrement ».

Hajriz est originaire de Mostar. Dans les années 1980, il était venu travailler à la caserne de Peć/Peja, et il s’est installé au Kosovo. « C’est très injuste. Cela fait presque dix ans que je n’ai pas vu mes proches », s’indigne-t-il. Beaucoup de Bosniaques ont essayé de traverser illégalement la frontière du Montégro pour aller en Bosnie, afin de se procurer des documents d’identité.

Džezair Murati, président du parti bosniaque Vakat estime que les Bosniaques du Kosovo sont victimes d’une grande discrimination de la part de l’État bosnien. « Les Kosovars, tout d’abord ceux d’origine bosniaque, sont discriminés par l’État bosnien. La Bosnie reconnaît les passeports serbes et ne reconnaît pas ceux des Bosniaques qui voyagent avec des passeports kosovars. Ce n’est pas seulement le problème des relations familiales, c’est aussi le problème de 200 étudiants bosniaques du Kosovo qui étudient en Bosnie, et aussi celui de tous les Kosovars qui doivent se rendre en Bosnie ». La moitié de la famille de Džezair Murati vit en Bosnie, mais celui-ci n’a pas pu lui rendre visite depuis la fin de la guerre. Une autorisation du ministère des Affaires étrangères de Bosnie-Herzégovine n’a pas pu l’aider à entrer dans ce pays.

Un enjeu politique

Džezair Murati a déclaré que la communauté bosniaque allait demander au chef du Bureau Civil International (ICO) Peter Feith de faire pression sur la Bosnie par le biais du Parlement européen. « Il n’est pas normal que les Bosniaques, majoritaires en Bosnie-Herzégovine, soient obligés de discriminer leurs compatriotes du Kosovo ».

Les représentants de la communauté bosniaque du Kosovo, malgré les plaintes et les pétitions qu’ils ont adressées au gouvernement bosniaque, n’ont reçu aucune réponse jusqu’à présent. Numan Balić, président du Parti bosniaque de l’action démocratique (SDA) et député au Parlement du Kosovo, pense que c’est un vrai problème que les Bosniaques ne puissent se rendre en Bosnie munis d’un passeport kosovar. Et ce problème a été créé par les Croates et les Serbes qui siègent au Parlement de Bosnie-Herzégovine.

« L’État bosnien est obligé de pratiquer cette discrimination à cause de ses problèmes internes. Nous avons demandé que tous les documents de voyage du Kosovo soient enfin reconnus ». Selon Numan Balić, même les représentants du SDA doivent voyager avec un passeport serbe. « C’est absurde, nous voyageons avec un passeport serbe. L’État bosnien reconnaît les passeports serbes mais ne permet pas aux Bosiaques du Kosovo d’entrer en Bosnie ».

Le gouvernement du Kosovo estime également que la Bosnie pratique une politique discriminatoire envers ses compatriotes du Kosovo. Le ministre de l’Intérieur Zenun Pajaziti reconnaît que les efforts du Kosovo pour convaincre les autorités bosniaques de reconnaître le passeport du Kosovo ont été jusqu’à présent vains. « Nous avons essayé d’expliquer à l’État bosniaque que reconnaître le passeport kosovar serait une bonne mesure pour tous les citoyens, bosniaques et kosovars. Il existe de nombreux intérêts communs d’affaires, des liens de famille et d’autres encore que l’État bosnien doit prendre en considération ». Selon Zenun Pajaziti, le gouvernement du Kosovo n’a pas pu trouver de solution, même provisoire, pour les Bosniaques du Kosovo.

Zoran Petković, ministre-adjoint des Affaires étrangères de Bosnie-Herzégovine, ne considère pas l’impossibilité de voyager en Bosnie avec un passeport kosovar comme une discrimination. « La question de la reconnaissance des passeports du Kosovo est directement liée à la reconnaissance du Kosovo comme État indépendant. Conformément à la Constitution de la Bosnie-Herzégovine, c’est la Présidence qui décide de la reconnaissance d’un État et, malheureusement, je ne peux pas dire si et quand elle le fera ».

Selon lui, « les autorités de Bosnie-Herzégovine ne discriminent pas les citoyens du Kosovo, quelle que soit leur nationalité. Les Kosovars qui désirent se rendre en Bosnie doivent demander un visa, qui est accordé par les autorités compétentes, chaque cas étant examiné individuellement. C’est la même procédure qui est pratiquée par tous les pays qui n’ont pas reconnu le Kosovo », explique Zoran Petković.

Mais Šefka et Hajriz n’ont pas pu profiter de cette possibilité. Il faut partie des quelque 30.000 Bosniaques du Kosovo - chiffre incertain - dont les liens de famille ont été coupés depuis la fin de la guerre.

Minorités au Kosovo : heureux comme les Turcs de Mamusha ?

Koha ditore

Minorités au Kosovo : heureux comme les Turcs de Mamusha ?

Traduit par Nerimane Kamberi
Sur la Toile :
Publié dans la presse : 13 juillet 2009
Mise en ligne : lundi 3 août 2009
52 projets différents réalisés en quatre ans, pour quelque cinq millions d’euros, ont changé la qualité de vie des habitants de Mamusha : éclairage public, asphaltage des rues, canalisation et système d’eau potable, création d’une maison de la culture, d’un dispensaire et d’une école moderne. Cette commune dont les habitants appartiennent majoritairement à la minorité turque du Kosovo a profité de nombreuses donations de la Turquie. Un modèle à suivre pour les minorités du Kosovo ?

Par Arben Ahmeti

Le gros village de Mamusha a été érigé en commune dans le cadre du processus de décentralisation, et avait été un projet pilote avant même le projet de Martti Ahtisaari. En 2005, les institutions du Kosovo avaient créé trois unités communales pilotes pour préparer la décentralisation. Une de ces unités était Mamusha.

Le projet pour le Kosovo de l’ancien Président finlandais permet aux communes du Kosovo d’avoir des liens directs entre elles et de recevoir des investissements de différents États. 6.000 habitants de la communauté turque du Kosovo profitent chaque jour des avantages du soutien de leur « mère patrie » et des facilités que leur offre le système multiethnique du Kosovo.

Le parc d’Ankara

Le parc d’Ankara, la mairie, financée par la commune de Osmangazi à Bursa, le dispensaire financé par la commune de Byjyk Qekmgeje à Istanbul, des pancartes et inscriptions en turc... Autant de signes de la présence de la Turquie partout dans la commune.

Le village qui autrefois n’avait ni eau, ni canalisation ni la moindre rue asphaltée, est aujourd’hui une commune, avec un parc, un dispensaire, un système moderne d’eau potable et chaque route est asphaltée.

Arif Bytyç est le maire de la commune de Mamusha. Comme tout le personnel de la mairie, il travaille dans un bâtiment moderne. Le bureau du maire est grand, le mobilier de style « eurasiatique » rappelle la chaleur d’Istanbul et la fraîcheur de Bodrum. « La création de la commune de Mamushë en 2005 a été marquée par un grand investissement des institutions du Kosovo pour la communauté turque », déclare le maire.

Il préfère évoquer d’abord du soutien des institutions du Kosovo avant de parler de celui de la Turquie. « Nous n’avons pas d’autre patrie. Notre patrie est le Kosovo. Je suis fier d’être Kosovar, et fier d’être de Mamusha. Le gouvernement du Kosovo a soutenu de nombreux projets pour la commune de Mamusha, quasiment tous les projets. » (…) Le maire parle des nombreux investissements : « dans toute son histoire Mamusha, n’avait jamais connu autant d’investissements qu’en cette période. Le dispensaire s’étend sur 450 mètres carré et possède un laboratoire moderne, avec toute la technique et les instruments nécessaires. Il n’y a plus besoin de se rendre à Prizren pour des analyses ». (…)

Les quatre jumelages de Mamusha

La commune de Mamusha est jumelé avec quatre communes de Turquie. Celles-ci construisent chaque jour à Mamusha et, pour le maire, ce modèle peut servir d’exemple.

« Nous sommes un modèle pour toutes les autres communautés minoritaires qui vivent au Kosovo. Les donations peuvent être trouvés par les communes avec lesquelles nous sommes jumelés mais, évidemment, il faut suivre la voie institutionnelle. Rien ne se fait avec des slogans politiques, mais avec du travail. Il faut que tout le monde reconnaisse l’État du Kosovo et travailler pour une vie meilleure. » (…)

Albanie : union sacrée des religieux contre le mariage gay

Koha Jonë

Albanie : union sacrée des religieux contre le mariage gay

Traduit par Belgzim Kamberi
Sur la Toile :
Publié dans la presse : 19 août 2009
Mise en ligne : vendredi 21 août 2009
Le projet de loi permettant le mariage entre les personnes de même sexe a suscité pour la première fois une réaction conjointe de toutes les communautés religieuses d’Albanie. Musulmans sunnites, bektashis, orthodoxes et catholiques demandent le retrait de ce projet.

Cette déclaration a été signée par le Conseil Interreligieux d’Albanie (KNFSH), où sont représentés les dirigeants des quatre communautés religieuses traditionnelles d’Albanie. La lettre a été officiellement remise le 20 août au Premier ministre Sali Berisha, ainsi qu’au peuple albanais.

Les signataires de la lettre sont Haxhi Selim Muça, le président de la Communauté islamique, Mgr Anastas Janullatos, métropolite de l’Eglise orthodoxe autocéphale d’Albanie, Rrok Mirdita, président de la Conférence épiscopale albanaise (catholique) et Haxhi Dede Reshat Bardhi, chef suprême du Siège mondial bektachi.

« Nous sommes totalement opposés à l’initiative du gouvernement qui a rédigé une loi pour la reconnaissance des mariages homosexuels en République d’Albanie et nous exprimons notre indignation et notre inquiétude pour le danger que représente cette loi pour la société albanaise », explique la lettre de KNFSH. « Notre nation a toujours respecté le noyau de la société : la famille. Indépendamment des difficultés multiples que l’Albanie a connu pendant ces années de transition et de grands changements socio-économiques, la famille albanaise a su garder son caractère saint et son rôle irremplaçable pour la défense de l’identité nationale, de la dignité et du bien-être national ».

Les dirigeants des communautés religieuses ont qualifié l’initiative en faveur du mariage gay « d’attaque pour l’affaiblissement de la famille naturelle entre un homme et une femme, qui est un cadeau de Dieu et qui constitue le noyau le plus fort de la société albanaise ». « La politique forme les structures et les institutions, alors que la foi forme les cœurs et le moral spirituel de la nation », ajoutent les religieux.

L’appel poursuit : « Nous exprimons unanimement notre volonté conjointe de défendre la famille, de préserver l’avenir de nos enfants et leurs valeurs, ainsi que nous l’apprennent la religion et nos précurseurs, et nous appelons à l’annulation de ce projet de loi ».

En conclusion, la lettre contient une véritable admonition : « Nous devons faire ce qui est juste, non pas pour les yeux du monde ‘moderne’, mais pour Dieu, et seulement alors nous pourrons attendre de Lui qu’Il entende nos prières et qu’Il nous bénisse dans le chemin du vrai progrès et du développement ».

Toutes les notes