09.09.2009
Le Graal et l'Islam
Le Graal et l'Islam
Horacio Labat
Le Graal, symbole de la Grâce ? rapprochement et participation au divin ? rencontre de Dieu avec lui-même dans l'homme ? union transformatrice de la créature avec le modèle divin ? connaissance directe de Dieu et de son Verbe ? Sujet transcendantal pour le mysticisme occidental....
D'une manière générale, on suppose que le Saint Graal est en relation avec Jésus. Selon certaines traditions, c'est la coupe à laquelle burent Jésus et ses disciples lors de la dernière Cène. D'autres disent que c'est la coupe que Joseph d'Arimatie utilisa pour recueillir le sang de Jésus crucifié. Mais si le Graal était si intimement associé à Jésus, pourquoi n'y a-t-on fait absolument aucune allusion pendant plus d'un millénaire ? Où était-il pendant tout ce temps ? Pourquoi n'a-t-il pas figuré dans la littérature, le folklore ou la tradition antérieures au douzième siècle de notre ère ? Pourquoi quelque chose d'aussi important pour le christianisme est-il resté apparemment caché pendant tant de temps ?
Tout approfondissement du sujet qui nous occupe doit commencer par un examen de l'origine du Graal, de ses aspects, ses caractéristiques, son éthique, l'idée du centre du monde, la recherche ou quête du Graal, ses épreuves, la chevalerie terrestre et la chevalerie céleste, et le héros du Graal.
La Kaaba, sanctuaire principal de l'islam dans la mosquée de la Mecque, a une forme cubique et sur sa face orientale interne se trouve la Pierre noire que baisent les pélerins. La tradition nous dit que le patriarche hébreu Abraham, né à Ur en Chaldée, vers 2000 ans av. J.-C., avec son fils Ismael, né de l'esclave Agar, reçut de Dieu l'ordre d'élever un temple, et comme il ne savait pas où ,ni comment l'ériger il posa la question au Seigneur. Celui-ci envoya un nuage noir qui se posa en l'air : en cet endroit géographique et avec les mêmes dimensions et les mêmes couleurs que celles du nuage, le père et le fils réalisèrent leur oeuvre. "Fais-nous connaître le culte", demandèrent-ils. Survint alors l'Archange Gabriel, qui apportait la pierre noire. Ce qu'apporta Gabriel était-il une jacinthe qui se transforma en pierre noire en présence d'une femme impure ? S'agit-il en réalité d'une pierre météorique de couleur rouge sombre ? En tous cas, l'équivalent islamique du Graal, en tant que symbole des centres spirituels de l'humanité, est la Pierre noire de la Kaaba.
Depuis le VIIIe siècle de notre ère, le problème théologique et intellectuel de la coexistence et de la valeur respective des trois fois est posé : la foi chrétienne, la foi judaïque et la foi musulmane. Et depuis cette époque, la parabole des trois anneaux tente de nous donner une solution : un père remet un anneau à chacun de ses trois fils : lequel est le meilleur ? se demandent chacun des fils, imbus de la grande hérésie de la séparativité et prompts à cataloguer. Par leur nature et leurs caractéristiques, les trois fils sont différents, ce que met en évidence le fait que le père leur a remis des anneaux différents adaptés à leurs possibilités et à leurs besoins. Ils sont aussi complémentaires, car le père veut le meilleur pour tous ses fils. Mais eux ne le comprennent pas ni ne le vivent. La clé réside dans l'usage que fait chaque fils de son anneau, pour être le reflet toujours plus fidèle du père. Ces trois branches du monothéisme, de racine abrahamanique, devront actualiser le Mystère prophétique permanent de Melchisedech.
L'islam, ouvert par vocation à toutes les formes de révélation authentique prophétiques ou sapientiales, a joué un rôle particulier d'intégration avec les mazdéistes, les hermétiques, les pythagoriciens, les platoniciens, les chrétiens et les juifs.
Le message de transcendance des trois branches monothéistes pour mieux tirer profit des possibilités que l'Ere astrologiques des Poissons conférait à l'humanité, apparaît dans les Ecritures avec le thème du Roi du Monde, Prêtre du Feu, Melchisedech, bénissant Abraham au nom du Dieu Très-Haut, et par son intermédiaire les trois religions à l'origine desquelles se trouve Abraham. L'Ordre du Graal, à travers toutes les époques et toutes les traditions, est une expression de l'Ordre du Feu de Melchisedech. De la conscience effective de l'unité essentielle des trois religions monothéistes dépendait la restauration de la souveraineté du Graal, c'est-à-dire l'accomplissement du "Mystère impérial" qui sauverait l'Occident de la décadence due à la scission politique et religieuse. Plus tard, dans la littérature également, Dante a posé le problème, en tant que Gibelin qu'il était (partisan des Empereurs d'Allemagne, en Italie, durant le Moyen Age, contre les Guelfes, défenseurs des Papes).
A l'intérieur de la tradition primordiale représentée par le Graal, existe alors un versant occidental (la Coupe, pierre prophétique des Celtes, devient la coupe qui a reçu le sang du Christ : le dogme de la transsubstantation, conversion intégrale d'une substance en une autre, l'eucharistie comme expression de la dernière Cène au cours de laquelle le corps et le sang de Christ devient l'hostie-pain et le vin dans la coupe). Et un versant oriental (la Pierre de la révélation descendue du ciel oriental). La tradition occidentale se manifeste à la fin du XIIe siècle comme effet de l'influence des croisades, après leur contact avec l'Orient, dans le terrain européen fertile préparé par la renaissance celtico-chrétienne ou néodruidisme qui eut lieu au XIe siècle. Appartiennent à ce courant les oeuvres littéraires du cycle du Graal de Chrétien de Troyes, Robert de Boron, Monnessier, Gerbert de Montreuil et les travaux sur Lancelot et la mort d'Arthur. L'Ordre de Citeaux et l'Ordre de saint Benoît canalisent dans les faits cette tendance. La filiation orientale apparaît dans la littérature avec le Parsifal le Wolfram von Eschenbach et le Nouveau Titurel (Tintagel ?) de Albrecht (1270). La doctrine de l'Ordre du Temple canalise cette tradition. L'enseignement du Graal est un magistère ésotérique (moine-soldat, prêtre-roi), magistère distinct de l'Eglise.
L'oeuvre de Wolfram von Eschenbach est un des rameaux principaux et primitifs du mythe du Graal. Pendant ces siècles, l'islam fut l'inspirateur et le guide des minorités responsables du développement et de la canalisation des trois religions monothéistes. Ibn Arabi, Ibn Masara, Ibn Farabi, Avicenne et Averroès, parmi d'autres moins connus, ont inspiré la production de saint Albert le Grand, de saint Thomas d'Aquin, d'Escoto (?) et d'autres. La science occidentale est pour lors totalement arabe : Ptolémée et Euclide parviennent, via l'Espagne et la Sicile, au XIIIe siècle, jusqu'aux chaires d'Oxford et de Chartres.
La confrérie des constructeurs de cathédrales, et les corporations artisanales d'une manière générale, furent des organisations initiatiques, avec des traces claires d'influence islamique. La tradition hermétique, dont Hermès Trismégiste, du nom grec donné au dieu égyptien Thot, passe de Geber(?) à Roger Bacon, au-delà des différences extérieures des dogmes : c'est ainsi que l'alchimie est parvenue jusqu'à nos jours. Von Eschenbach nous parle d'un maître provençal, qui avait reçu le baptême, et qui sous le pseudonyme de Kyot trouva, dans un atelier alchimique à Tolède, des manuscrits arables abandonnés : il recueillit en Espagne la tradition arabe, racontant la vie d'un docteur ès sciences cosmologiques, Flegetanis (descendant d'une ancienne famille d'Israel), qui lit le nom du Graal dans les étoiles et voit comment les anges le font descendre sur la Terre, pour le remettre à la garde "des seuls hommes d'essence angélique (qui grâce au mystère du Baptême étaient à l'abri des embûches du Malin) : les chrétiens. Le Graal est apporté jusqu'en Inde, lieu où on situait alors le paradis terrestre. Le mystère du Graal, en tant que mystère de la connaissance, de l'initiation, de la transmission initiatique, en tant que mystère des centres spirituels de la planète, a alors une existence certaine, il est d'origine céleste, de source islamique, et sa présence en Occident est sous la garde des chrétiens. Où ? le récit nous parle de Gahumret, frère cadet du Roi d'Anjou, qui fuit la vie de la Cour et entreprend le voyage à la recherche de lui-même, cheminant de l'Asie à l'Afrique, pour passer ensuite par l'Irlande et revenir après en Provence. C'est le père de Feirefiz (Orient) et de Parsifal (Occident), représentants de la chevalerie errante orientale et occidentale. La coupe de chevalerie représente les breuvages initiatiques des quatre sciences : la science de l'Esprit (le vin), la science absolue (l'eau), la science des lois révélées (le lait) et la science des normes sapientales (de sagesse) (miel).
La conquête pour notre monde de la Cité divine, le projet et l'oeuvre interrompue des templiers, chercher en Europe le paix spirituelle, s'est faite à travers une relation initiatique avec l'islam, créant des liens de fraternité spirituelle avec des Ordres musulmans comme celui des Assassins (à contrôler)("Gardiens"), créé cinquante ans avant que ne soit institué le Temple en 1118. L'authentique Terre Sainte de l'ésotérisme médiéval, le centre spirituel suprême de l'époque est connu pour nous comme le Royaume du Prêtre Jean, en relation en Asie Centrale avec l'Agartha, Royaume occulte du Roi du Monde.
Dans la tradition occidentale, la quête du Graal complète la réalité d'Arthur comme pouvoir temporel, de la même manière que le Ciel complète la Terre et que la chevalerie céleste complète la chevalerie terrestre. Le Roi du Ciel attribue à l'Homme deux clés, deux mystères : celle de l'Empire (qui est en argent) et celle du Sacerdoce (qui est en or).
Dans la mythologie celtique, Arthur (fidèle agent de Merlin) est l'Empire avec son épée Excalibur, et Merlin est le Prêtre avec la direction spirituelle des peuples celtes. A l'heure de la seconde venue, les deux autorités, sacerdotale et royale, seront à nouveau réunies sur une seule auguste tête : la tradition chiite nous dit la même chose quand elle explique la fonction du Mahdi.
Si le lieu central, la Montagne polaire, l'Ile sèche, dans les différentes traditions, reçoit les noms de la Thulé hyperboréenne, l'Avalon celtique, le Mérou hindou, l'Olympe grec, la Colline de Sion pour le christianisme et le judaïsme, dans l'islam on a la Monbna Qaf, (à vérifier), Montagne des Saints ou Montagne blanche située dans l'Ile verte.
La Pierre noire est exotérique, tandis que le Graal est totalement ésotérique. On peut expliquer cela par l'existence d'une Kaaba céleste ou existerait la Pierre-archétype de la Pierre noire terrestre, qui voit et parle nomme les Imans et déposera comme témoin le Dernier Jour.
La notion d'universalité du Graal et de l'unité essentielle des traditions, implique non seulement l'approfondissement ésotérique du contenu des dogmes mais également la rupture - par transcendance- des limites intellectuelles liées au fait même de sa définition, et l'effondrement des barrières religieuses, qui se transformeront en ponts, pour permettre à la chrétienté de réintégrer l'Ordre traditionnel universel face au triple défi d'un nouveau siècle, d'un nouveau millénaire, d'une nouvelle ère astrologique.
Bibliographie
"The Rosicrucian Enlightenment" (St. Albans, 1975), Yates, F.A.
"Parzifal" (Nueva York, 1961), Wolkam von Eschenbach.
"Le Roi du Monde", René Guénon.
"Traité d'Histoire des religions", Mircea Eliade.
"L'islam et le Graal", Pierre Ponsoye.
Traduit de l'espagnol par Marie-Françoise Touret
02:15 Publié dans Esotérisme, Paganisme et Tradition | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : graal, islam
Roumanie : un village turc oublié par le temps
Evenimentul Zilei
Roumanie : un village turc oublié par le temps
Traduit par Ramona Delcea
Par Mariana Apostol
La Dobrogea est le territoire le plus ancien de Roumanie. Son relief dénivelé conduit les voyageurs à l’épuisement et leur donne le sentiment d’être de courageux aventuriers. Sur place, on découvre avec stupeur les fameuses collines de Moreni connues pour leurs pistes d’enduro. On prend également conscience que Bucarest n’est pas la plus exposée aux tempêtes de poussière.
D’immenses et puissants nuages font en effet perdre la vue et le souffle aux visiteurs. Pourtant aucune bouteille d’oxygène n’est à portée. La bouffée d’air salvatrice vient enfin lorsqu’au loin une tour blanche surgit comme par miracle. Seule l’odeur de fumier rappelle alors aux sens qu’on se trouve bien sur terre.
C’est le village de Bastpunar, ou Fântâna Mare (La Grande Source), petite localité du département de Constanţa, située à 10 km de la Bulgarie. Seule fortification empêchant l’entrée au village, un troupeau d’oies têtues qui a décidé de pondre au beau milieu de la route. Ce n’est pas un village comme les autres, mais une localité frontalière peuplée exclusivement de Turcs, environ 400, dont la seule source d’eau potable est une « cişmea », un point d’eau situé au cœur du village.
Grand vacarme sous la trémie en pierre qui cache la source : des enfants avec des bidons, des vieillards avec des petites bouteilles usées ; ils s’entassent tous pour remplir leurs récipients, comme si l’heure de fermeture du robinet allait sonner.
Ce n’est pourtant pas le cas. Depuis sa naissance, il y a 2000 ans, la source a gardé le même débit et les incertitudes concernant son avenir ne sont pas d’actualité. Bien au contraire. L’ambassade de Turquie à Bucarest à promis d’aider les villageois à mettre en place un système de canalisation autour de la cişmea et à mettre du béton tout autour.
Les habitants de Baspunar ne sont pas les seuls à s’approvisionner depuis cette source qui jaillit comme par magie, d’un sol rocheux, aride et sillonné par des crevasses. Beaucoup d’habitants des trois villages voisins y viennent remplir leurs seaux et même des habitants des villes environnantes parcourent presque 100 km dans le même but. Selon notre guide, l’eau de la source peut être conservée pendant toute une année sans qu’elle perde de ses qualités et sans subir d’altération.
L’existence du village remonterait, selon l’historien de Baspunar, à l’an zéro. Une histoire fantastique sur son apparition est racontée par les villageois. Il semblerait que la Dobrogea fut inondée à cette époque et la crue laissa derrière elle un ravin, celui qui abrite le village de nos jours, entouré, comme à l’époque, par des collines de calcaire, hautes de plus de 30 mètres.
La forêt qui a poussé sur ces collines a donné naissance à la première source d’eau, d’où le nom de la localité : Fântâna Mare. L’épisode est fortement lié à une autre histoire ; celle d’un buffle qui, chaque soir, venait au village. Les habitants en ont déduit que le buffle venait assouvir sa soif et donc, qu’il devait y avoir une source. Ils ont suivi l’animal et c’est ainsi qu’ils ont trouvé le point d’eau.
Tensions avec les voisins bulgares
La cişmea continue d’attirer non seulement des consommateurs, mais aussi des curieux de toute la Roumanie. Cristea Gascan, le maire de la commune à laquelle appartient le village, cherche à développer un site touristique autour de ce petit bout de terre marqué par une légende ancienne et où vivent quelques 400 Turcs de confession musulmane.
Mais, au village, les voisins bulgares ne sont pas les bienvenus, loin de là. Chaque communauté insulte l’autre par delà les collines et lorsqu’elles se croisent, elles s’ignorent.
Sabatin, le représentant de la commune, raconte : « Les Bulgares sont les plus méchants. Nous nous entendons bien avec les Roumains, ils nous ont laissé vivre dans ces lieux. Par contre, quand nous nous sommes rendus un jour en Bulgarie faire le marché, tout le monde nous a ignoré parce qu’on parlait le turc. Au final, je me suis tellement énervé, que je me suis mis au milieu des Bulgares et j’ai crié fort pour qu’ils ne m’ignorent plus. Ils nous prennent de haut, alors qu’ils sont plus pauvres que nous et que leurs villages sont très dégradés ».
Des rituels solennels
Les messes du Ramadan résonnent dans les haut-parleurs et les radios. Dans la mosquée située derrière la source d’eau, au lieu d’une foule de croyants, trois femmes seulement sont assises dans la salle de prières, récitant un passage du Coran. Deux apprennent à lire l’arabe, la troisième est leur professeur. Elle a pris elle-même des cours en Turquie, grâce aux dons de plusieurs hommes d’affaires turcs et était retournée transmettre à ses co-villageois ce qu’elle avait appris. Ce serait, selon notre guide, une pratique courante au sein de la communauté turque.
La purification par l’eau est un autre tradition que les villageois ont gardée. Les femmes rentrent chez elles et, à 13h30, le serviteur de la mosquée, qu’ils appellent « Ogea » fait son apparition. C’est un jeune homme aux cheveux bruns de 21 ans, qui baisse son regard après avoir salué les invités en guise de respect. Il s’appelle Revan, mais tout le monde l’appelle Monsieur Ogea. Avant la messe, la tradition veut qu’il exécute un rituel de purification par l’eau.
Il se déchausse à l’entrée de la mosquée, se lave les mains trois fois, il se lave la bouche, le nez et les coudes. Ensuite, avec sa main droite, il laisse couler de l’eau du haut de sa tête jusqu’à sa poitrine et finit par se laver les oreilles et les pieds. Enfin, il met un voile sur sa tête et se couvre d’un long manteau noir, appelé « gipee ».
Avant de dérouler son rituel solennel, Revan appelle ses croyants à la prière à l’aide d’un haut-parleur. Cet appel prend la forme d’une chanson. Les femmes du village rappellent leurs poules qui crèvent de chaud, les enfants allument les radios et de la musique court dans toute la vallée. Le Ramadan, semble-t-il, n’est pas la fête de tous les Turcs.
02:01 Publié dans Minorités ethniques ou religieuses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : roumanie, turcs, ottomans, islam, dobroudja, dobrogea



