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20/08/2010

En Albanie, un ramadan peu suivi dans un pays majoritairement musulman

http://albanie-kosovo.blog.lemonde.fr/2010/08/11/en-albanie-un-ramadan-peu-suivi-dans-un-pays-majoritairement-musulman/

 

11 août 2010

Il était 5 heures du matin la nuit dernière quand j’ai entendu le muezzin appeler les fidèles à la prière. Aujourd’hui a commencé le ramadan dans une Albanie majoritairement musulmane, d’après les chiffres du moins. Les dernières statistiques de confession religieuse datent de l’entre-deux guerres. A l’époque, l’Albanie comptait 70% de musulmans sunnites, 20% d’orthodoxes et 10% de catholiques.

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En 1967, le pays est déclaré “premier État athée du monde” par son dictateur Enver Hoxha. S’inspirant de la révolution culturelle chinoise, il interdit dans la constitution tout pratique religieuse. Les lieux de culte qui n’ont pas d’intérêt historique sont détruits. A la chute du communisme, l’Albanie retrouve la liberté de culte. Lorsque la mosquée de la capitale rouvre le 18 janvier 1991, quelques 10 000 personnes se déplacent. Cependant, l’Albanie semble devenue indifférente aux influences des Églises. Musulmans, orthodoxes et catholiques mènent une co-habitation pacifique et le sentiment d’appartenance religieuse n’est pas très développé.

Dans la petite mosquée de Kukës, Adush, pieds nus et barbe fournie, reconnaît volontiers que “très peu d’hommes viennent prier”. Un fidèle a créé une page Facebook pour le lieu de culte afin d’attirer un peu plus de monde. Arlind, un adolescent qui vient régulièrement, écoute la conversation. Il tient à la main un cahier d’écriture dans lequel il apprend l’arabe. Pendant que nous discutons, deux hommes âgés sont venus prier.

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La mosquée - un bâtiment jaune très commun, doté d’un minaret et d’un dôme - a été construite en 1995 grâce au financement d’un Jordanien. Les riverains se sont plaint à la mairie du bruit lors de l’appel à la prière. Quant au ramadan,“tout le monde ne le fait pas strictement, ni les prières. Les magasins ne ferment pas la journée”. Ici le le jeûne se pratique le plus souvent entre femmes : elles cuisinent la journée et se retrouvent pour le repas.

Un islam en perte de vitesse

Le couple qui tient l’unique boucherie halal de Kukës est l’une des rares familles à observer la période de ramadan, chaque année depuis 1991. Leurs filles jeûnent également depuis qu’elles ont quatorze ans. “Je le faisais aussi sous le communisme, dès l’âge de douze ans”, raconte la femme. Le risque? Perdre son travail, ou être emprisonné. “On mangeait la nuit, dans le noir, de peur d’être vus”. Elle ne travaille pas, fait sa prière cinq fois par jour à la maison. Lui se rend à la mosquée seulement le vendredi. : “il n’y a quasiment personne, alors que la ville compte une majorité de musulmans”.

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Il poursuit : “Depuis deux ou trois ans, de moins en moins d’Albanais font le ramadan. Les imams n’incitent plus les fidèles, ils ont baissé les bras. Même eux ne font plus toutes les prières”. Quand au port du voile, il est de plus en plus rare : à Tirana, j’ai croisé seulement trois femmes voilées. Le couple est parfois obligé de justifier leur jeûne devant les autres habitants, beaucoup leur demandent pourquoi ils le font encore.

D’après Adush, le gardien de la mosquée, les musulmans sont plus actifs à Shkodra (Nord-Ouest) où il y a deux mosquées. Celle de Kruja, entourée du bazar de la ville, ne rassemble guère plus de monde qu’à Kukës. “L’Albanie est profondément laïque”, explique l’universitaire Ardian Marashi. “D’ailleurs les gens évitent maintenant de donner des prénoms musulmans à leurs enfants”.

img_6267.1281801647.jpgQuelques tentatives d’islamisation de la société ont été lancées depuis 1991, mais sans succès. La seule conséquence visible du prosélytisme islamique est la construction de quelques mosquées disproportionnés par rapport aux besoins, avec des financements étrangers. A Tirana, ce n’est pourtant pas une mosquée qui est en construction sur la place principale, mais une église orthodoxe.

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