24/05/2013

Bosnie : deux djihadistes wahhabites tués dans les combats en Syrie

Le Courrier des Balkans
De notre correspondant à Sarajevo
 
Sur la Toile :
Mise en ligne : jeudi 23 mai 2013
 
Deux djihadistes bosniens ont été tués en Syrie au cours des derniers jours. Ces wahhabites faisaient partie du front Al Nosra, une « organisation terroriste proche d’Al-Qaïda » selon les États-Unis. 52 Bosniens seraient partis combattre le régime de Bachar Al-Assad aux côtés des islamistes.

Par Rodolfo Toè

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Combattants du front Al-Nosra

 

(Avec B92) - 52 islamistes bosniens auraient quitté la Bosnie pour rejoindre la rébellion contre le régime de Bachar Al-Assad en Syrie. La plupart d’entre eux ont intégré les djihadistes du front Al-Nosra, considéré par les États-Unis comme une « organisation terroriste liée à Al-Qaïda ».

Selon la télévision publique de la Fédération, ces volontaires bosniens rejoignent la ville turque d’Antakya, d’où ils sont transportés à la frontière syrienne. Ils entrent en Syrie illégalement, par la frontière de Bab el-Hawa. Arrivés à Sarmada, ils y reçoivent « un entrainement religieux » par les membres de l’Armée de Libération Syrienne – une organisation armée qui combat contre les forces gouvernementales syriennes.

Le nom de la victime n’a pas encore été rendu public. Selon les informations de SRNA, l’agence de presse de Republika Srpska, un autre citoyen bosnien, Muaz Šabić, originaire de Zenica a été tué ces derniers jours.

Šabić et les autres combattants djihadistes auraient quitté la Bosnie-Herzégovine pour combattre en Syrie « avec le soutien financier du chef de la communauté wahhabite de Gornja Maoča, Nusret Imamović ». Chaque combattant aurait reçu 3.000 KM (1.500 euros) pour financer son voyage.

16/05/2013

Les femmes moscovites ont un faible pour les Turcs

http://fr.rian.ru/analysis/20070119/59347349.html

10:28 19/01/2007

Par Andreï Kolesnikov, RIA Novosti

Les habitantes progressistes de Moscou démentent le mythe très répandu de la croissance en Russie du nationalisme et du chauvinisme propre aux superpuissances, ainsi que l'image d'un peuple russe xénophobe en général et qui déteste les gens à peau très foncée en particulier.

Alors que les services des migrations, tirant la langue de zèle, débarrassent les marchés moscovites des vendeurs et des produits provenant de "l'étranger proche" (pays de l'ex-URSS), les habitantes de la capitale sont nombreuses à épouser des citoyens de la République de Turquie.

Selon les statistiques officielles de la direction des bureaux de l'état civil de Moscou, les hommes turcs ont occupé l'année dernière la première place pour le nombre de mariages conclus avec des femmes moscovites, ayant dépassé les Allemands (argent), les Américains (bronze) et les Britanniques (quatrième place).

Par quoi les Turcs attirent-ils les habitantes d'une des mégalopoles les plus riches et les plus animées du monde? Le citoyen du monde Orhan Pamuk, originaire d'Istanbul et prix Nobel de littérature, représente bien entendu un modèle d'intellectuel véritablement européen. Mais il est peu probable que les jeunes femmes russes faisant la queue au bureau de l'état civil bras dessus, bras dessous avec leurs amis fougueux venus du Sud pensent à ce moment précis, disons, à la gloire universelle de l'auteur du "Livre noir", de "Neige" et d'"Istanbul". Elles songent plutôt, semble-t-il, aux plages de Belek ou aux jardins d'orangers de Kemer, ou bien évoquent le fait que la Turquie se tient depuis des années au seuil de l'Union européenne.

Cependant, malgré le développement dynamique du secteur touristique, l'économie turque est loin de traverser une période faste. En dépit de la laïcité de l'Etat, établie depuis longtemps, les politiques islamistes renforcent leurs positions là aussi, sans parler déjà de la persécution des hétérodoxes (dont le même Orhan Pamuk) et de l'absence de règlement du problème kurde.

Les comptes bancaires et la solvabilité des hommes turcs ne sont pas d'habitude meilleurs que les qualités analogues des Américains, Allemands et Britanniques, et ne sont pas comparables au potentiel des habitants de Moscou et de ses environs, qui s'enrichissent avec une rapidité extraordinaire.

Quelle est donc la raison de ce choix? Résiderait-elle, cela me fait froid dans le dos rien que d'y penser, dans les qualités proprement viriles des Turcs? Mais ethniquement, ils se distinguent très peu de leurs voisins azerbaïdjanais, alors qu'il y a peu de femmes désirant épouser des représentants de ce peuple frère qui se voient chasser des marchés moscovites.

Il n'y a qu'une seule conclusion qui s'impose: dans la conscience des femmes russes, la Turquie se présente comme un pays de villégiature assez proche de la Russie où le niveau et la qualité de vie sont proches du niveau normal (à la différence des pays de la CEI [Communauté des Etats indépendants]).

Il se peut que les Russes épousant des Turcs se nourrissent d'illusions. Certes, elles ne sont pas menacées de se retrouver dans un harem, mais il est clair que tout le monde ne vivra pas comme un coq en pâte. D'ailleurs, celles qui savent bien que les conditions pour les entreprises (et en particulier pour les petits producteurs) y sont beaucoup plus favorables qu'en Russie prennent sans doute consciemment le risque, en espérant réaliser de grandes choses. Ce qui est flatteur pour la Turquie et non pas pour la Russie.

Il y en a sans doute d'autres, qui espèrent que leurs maris les soutiendront en toute situation et sauront leur assurer une vie plus ou moins rapprochée des normes européennes, et dans le même temps plus calme que celle qu'elles mènent en Russie. Ce qui ne plaide pas non plus en faveur de notre Etat et de sa ville la plus riche. Il s'avère donc qu'un pays méridional, découvert essentiellement lors des vacances d'été, apparaît aux femmes russes plus amical et hospitalier que Moscou, ville de contrastes.

Il est difficile de tirer des conclusions universelles de cette tendance "nuptiale" de 2006. Il ne convient pas de toute façon de conclure que la Russie doit s'aligner sur la Turquie dans son développement pour pouvoir attirer des gens souhaitant fonder une famille, avoir des enfants et gagner de l'argent. Mais un symptôme se laisse constater. Les femmes russes aspirent à une vie plus calme, plus prévisible, normale en somme, fût-ce dans un environnement plutôt étranger.

Il est à noter qu'en épousant un étranger, ces femmes abandonnent sans hésitation leurs complexes de supériorité ou, au contraire, d'infériorité par rapport aux représentants d'autres ethnies, qui sont dans la plupart des cas adeptes d'une autre religion que la leur. Ce qui signifie une seule chose: l'aspiration à une vie normale est plus forte que le sentiment d'appartenance à une superpuissance ou que d'autres chimères nationales.

Et si finalement la vie normale était cette idée nationale que tout le monde est en train de rechercher en Russie depuis belle lurette et qu'on ne parvient toujours pas à trouver?

Le point de vue de l'auteur ne correspond pas forcément à celui de la rédaction.

Islamisme et crime organisé en Bosnie : ces wahhabites qui partent « libérer la Syrie »

Dani

Traduit par Rodolfo Toè

Sur la Toile :

Publié dans la presse : 25 avril 2013
Mise en ligne : lundi 6 mai 2013

Les services de renseignements étrangers l’annonçaient depuis quelque temps : des moudjahidins de Bosnie partent en Syrie combattre le régime de Bachar Al-Assad aux côtés des mouvements fondamentalistes. Dani a retrouvé l’un deux, déjà condamné pour terrorisme par la justice bosnienne. Plongée dans un milieu fondamentaliste étrangement proche du crime organisé balkanique.


Par Majda Tatarević
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Bajro Ikanović lors de son procès pour terrorisme


Bajro Ikanović, un wahhabite de Hadžići, s’est rendu en Syrie en 2012 pour combattre en tant que volontaire. Avec son histoire, on en apprend un peu plus sur les cercles wahhabites, des informations contenues dans les rapports bien documentés des services de renseignement étrangers. Juste avant de partir « en djihad » en Syrie, il s’était d’ailleurs vanté de posséder de bonnes connexions avec les moudjahidins d’Afghanistan, de Tchétchénie et d’Irak, qui pouvaient « l’aider ».


Traité comme une « victime » du régime de Bachar Al-Assad
Comme l’impose la règle wahhabite, Bajro Ikanović a dû rassembler de l’argent pour faire vivre sa famille avant de partir : il a donc demandé à ses « frères » de l’aider, discrètement. Surtout qu’il avait aussi besoin de fonds pour financer son voyage. Selon nos informations, le chef de la communauté lui-même, Nusret Imamović, s’est montré particulièrement généreux.
Selon nos sources, quelques jours à peine après son arrivée en Syrie, Bajro Ikanović a été blessé. Il avait rejoint un groupe local spécialiste des razzias, des hommes pillant ordinateurs, portables, imprimantes, lecteurs DVD et autre matériel. Problème : un autre groupe a voulu prendre leur place. Les rivaux se sont affrontés à l’arme automatique, et Bajro Ikanović a été touché alors qu’il tentait de protéger le butin.
Gravement atteint, il risquait d’être amputé. Ses « frères » syriens lui ont alors conseillé de rentrer chez lui. Seulement en Bosnie-Herzégovine, il ne dispose pas d’une assurance santé qui lui permette de payer des soins aussi chers. Il a donc préféré se faire accueillir dans un hôpital réservé aux victimes du régime de Bachar Al-Assad, géré par des ONG et financé par les aides internationales.


Un trafiquant de drogue converti au wahhabisme


L’aventure de Bajro Ikanović pourrait n’être que l’histoire d’un type cherchant à profiter de la tragédie de la guerre, mais elle ne contribue sûrement pas à redorer le blason des Bosniens, parfois accusés de n’être que des moudjahidins, des terroristes islamiques, des membres d’Al-Qaeda... Surtout que notre homme a un lourd passif.
Selon la police bosnienne, Bajro Ikanović gagnait sa vie grâce au trafic de drogue avant de se convertir à l’Islam. La première fois que son nom est apparu dans les médias, c’était fin 2005, il avait été arrêté avec d’autres wahhabites lors d’une opération policière. Ils étaient accusés de préparer un attentat dans un pays européen. La police avait retrouvé dans l’appartement de ses complices 20 kg d’explosifs, des détonateurs et des armes. Condamné à huit ans de prison, Bajro Ikanović avait finalement écopé d’une peine de 4 ans et demi en appel.
En juin 2009, il bénéficie d’une libération conditionnelle, après avoir effectué les deux-tiers de sa peine à la prison de Zenica. Le fait que des remises de peine puissent être appliquées même pour des cas de terrorisme est, bien évidemment, un des problèmes principaux de la législation bosnienne.
Cela est particulièrement vrai dans le cas d’Ikanović : tout de suite après sa sortie de prison, il fait la connaissance de Imad Al Husin, plus connu sous le nom d’Abu Hamza, l’un des chefs moudjahidins de Bosnie. Abu Hamza a lui aussi été arrêté en 2008 pour terrorisme et transféré dans le centre de rétention de Lukavica. Sa procédure d’extradition en Syrie a été bloquée par la Cour européenne des Droits de l’Homme en février 2012.


Des liens privilégiés avec la pègre bosniaque


Fin 2010, Bajro Ikanović, forme chez lui une école pour wahhabites. À ce moment-là, il fait appel ses « frères » pour agrandir sa maison. Mais ses voisins, effrayés par l’agressivité de ses « élèves », avertissent la police, qui l’oblige à déménager. Il dit vouloir s’établir à Gornja Maoča, l’enclave wahhabite de Bosnie, où il pourra s’éloigner de tous ces « Kafirs » (infidèles) et « Vlaščine » (mot péjoratif pour désigner les Serbes). En réalité, il reste à Hadžići.
Finalement, il ouvre un centre de désintoxication pour alcooliques et toxicomanes dans une ferme du village. Il y accueille surtout des membres de la communauté wahhabite. Mais ce centre n’est qu’une couverture. Son vrai travail, c’est celui de « percepteur » pour le compte de Dragan Stajić Sijalić, le premier nom sur la liste du crime organisé en Bosnie-Herzégovine selon le ministère de l’Intérieur.


Avec Ekrem Lekić, Dragan Stajić Sijalić est l’un des principaux trafiquants d’armes et de drogues entre la Bosnie et la Serbie. En sus, Ikanović travaillait aussi pour Naser Orić, ancien chef bosniaque de Srebrenica, et pour Naser Kelmendi, l’un des plus importants narcotrafiquants des Balkans. Quand Kelmendi a été obligé de s’enfuir en septembre 2012, Bajro a demandé à Naser Orić de le protéger, sans succès. L’ancien chef militaire de Srebrenica a refusé de l’aider, et Ikanović a choisi d’aller se battre en Syrie.

Islam en Croatie : « la plus belle mosquée d’Europe » a ouvert à Rijeka

Index.hr

 

Traduit par Lejla Sadović

Sur la Toile :

Mise en ligne : mardi 7 mai 2013

 


Plus de 20.000 personnes ont assisté samedi à l’inauguration de la mosquée de Rijeka, la troisième de Croatie et « la plus belle d’Europe ». Elle accueillera les 10 à 12.000 fidèles musulmans des environs de Rijeka. De nombreuses personnalités politiques et religieuses étaient présentes.

Plus de 20.000 personnes se sont rassemblées samedi 4 mai à Rijeka pour l’inauguration de la troisième mosquée de Croatie après celles de Zagreb et de Gunj.

De nombreuses personnalités politiques et religieuses étaient présentes, dont le Président Ivo Josipović, le membre bosniaque de la Présidence de Bosnie-Herzégovine Bakir Izetbegović, le reis-ul-ulema de Bosnie Husein Kavazović, le mufti de Croatie, Aziz Hasanović ainsi que Monseigneur Enzo Rodinis, secrétaire général de la conférence des évêques de Croatie.
Le principal donateur, l’émir du Qatar, le Cheikh Hamad Bin Khalifa Al-Thani était représenté par le ministre des Biens religieux et des Affaires islamiques de la monarchie du Golfe. Des représentants de l’UE et de la Turquie assistaient aussi à la cérémonie

La mosquée de Rijeka est déjà considérée comme étant « la plus belle d’Europe » pour son architecture novatrice. Conçu par le sculpteur Dušan Džamonja (1928-2009) et les artchitectes Darko Vlahović et Branko Vučinović.

Avec son minaret haut de 23 mètres et le centre islamique construit en son sein, la Mosquée pourra désormais accueillir les fidèles de Rijeka et de sa région dans ses 5.300 m2. La première pierre avait été posée le 3 octobre 2009.

Son ouverture a une forte signification en Croatie : il s’agit de la première mosquée construite sur la côte adriatique depuis le retrait de l’Empire ottoman de ces terres. Rijeka compte quelques 10.000 musulmans émigrés de l’ancienne Yougoslavie.

« C’est un jour historique pour Rijeka et toute la Croatie, un pays démocratique, multiculturel et multiethnique. Voilà un exemple à suivre pour le traitement des questions liées à l’Islam, mais c’est aussi un exemple pour les pays musulmans vis-à-vis des Chrétiens », a précisé Husein Kavazović, le mufti de Croatie.

17/05/2012

Quelques réflexions sur l’islamisation de la France

Publié par le 5 septembre 2011 dans Articles, Géopolitique du fait religieux

La visibilité sociale accrue de l’Islam en France, avec la multiplication des lieux de culte musulmans, l’accroissement du nombre des femmes voilées, l’apparition du voile intégral, la prolifération des restaurants servant exclusivement de la nourriture halal, etc., suscite un évident et bien compréhensible malaise chez nombre de Français non musulmans qui voient leur paysage familier transformé par cette nouvelle donne. Ce malaise est manifeste aussi chez certains Français d’origine musulmane qui ne souhaitent pas que la France reproduise un modèle d’outre-Méditerranée que leurs parents ou eux-mêmes ont laissé sans regret derrière eux.

La visibilité sociale accrue de l’Islam a conduit beaucoup à évoquer une « islamisation » de la France. Mais deux questions se posent ici.

Peut-on parler d’une véritable islamisation, en ce que cette visibilité de l’Islam traduirait son influence grandissante, religieuse, voire politique, en France ? Deuxième question : les musulmans eux-mêmes sont-ils à l’origine de ce phénomène d’islamisation ?

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Du fait de la poursuite de l’immigration qui s’est transformée, comme l’a observé Hervé Juvin, en « immigration de peuplement », le nombre de musulmans tend bien évidemment à s’accroître chaque année en France.

Pour autant, il convient de distinguer ces deux réalités que sont l’immigration et l’islamisation.1

En effet, tous les immigrés ne sont pas musulmans, loin s’en faut. Une partie non négligeable d’entre eux provient de l’Extrême-Orient ou de l’Afrique sub-saharienne, chrétienne et animiste. D’autre part, l’immigration musulmane elle-même ne relève bien évidemment pas d’un projet pan-islamiste de conquête de l’Europe, mais bien plutôt de la volonté séculaire du patronat français de disposer sur place d’une main d’œuvre bon marché, et de la volonté des immigrés de trouver en France, pour eux-mêmes et leur famille, des conditions de vie meilleures que dans leur pays d’origine.

En outre, les citoyens ou les résidents français d’origine musulmane sont loin d’être tous pratiquants, voire croyants, et, dans l’immense majorité des cas, leur pratique religieuse, alignée sur les traditions familiales, se limite à consommer de la viande halal (ou, à tout le moins, à ne pas manger de porc) et à observer, plus ou moins rigoureusement, le jeûne du ramadan . Selon un sondage CSA réalisé pour l’hebdomadaire catholique La Vie du 17 avril au 30 août 2006, 88% des musulmans de France affirmaient faire le ramadan2, 43% faire les cinq prières quotidiennes, 20% lire le Coran au moins une fois par semaine, 17% aller à la mosquée au moins une fois par semaine, et 4% être déjà allés à La Mecque. Il convient de préciser que ce sondage a été réalisé auprès de personnes se déclarant de confession musulmane, ce qui exclut les personnes d’origine musulmane qui s’affirment incroyantes ou qui adhèrent à un credo religieux non musulman, dont la proportion reste à déterminer !

Plutôt que d’une islamisation « en profondeur », sans doute convient-il de parler ici d’une islamisation apparente. Cette dernière n’est toutefois pas innocente et sans portée comme l’a montré l’exemple de la Bosnie-Herzégovine, dont le paysage rural et urbain s’était ré-islamisé à partir des années de la fin des années 1960 avec la construction massive de mosquées et de lieux de culte musulmans financée par les pays arabes avec l’assentiment des dirigeants communistes locaux3.

Le renouveau symbolique de l’Islam en Bosnie-Herzégovine servait la politique étrangère de la Yougoslavie titiste, qui avait pris la tête du mouvement des non-alignés et se montrait soucieuse de se ménager l’appui diplomatique des Etats musulmans.

Mais, alors même que les nouvelles mosquées étaient fort peu fréquentées, au grand dam des autorités islamiques locales, cette ré-islamisation du paysage bosniaque favorisa une polarisation identitaire de la société qui s’avéra plus tard lourde de conséquences.

Au bout du compte, peut-on parler d’une influence religieuse grandissante de l’Islam en France ? Cela reste à prouver : la multiplication des mosquées est, en effet, moins le signe du dynamisme de l’Islam en France que celui de son atomisation, les pratiquants se répartissant en associations cultuelles distinctes, qu’il n’est pas abusif de qualifier pour certaines de « sectes », s’opposant vivement sur l’interprétation du corpus islamique.

En revanche, le poids politique de l’Islam se fait sentir en France, quoi qu’indirectement, avec le Conseil français du culte musulman, volontiers consulté par le pouvoir politique, au même titre toutefois que les représentants des autres confessions de France, chrétiennes et juive.

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Cette visibilité sociale, ce poids accrus de l’Islam en France sont-ils imputables aux musulmans eux-mêmes ? Ne sont-ils pas plutôt le fait de l’État français, des collectivités publiques et des grandes entreprises, qui manifestent ainsi un parti-pris idéologique en faveur du multiculturalisme (ou de « la diversité », pour reprendre le jargon en vigueur) – un parti-pris favorable qui ne s’étend toutefois pas aux cultures et aux langues régionales – et la volonté de contrôler, ou d’encadrer, les nouvelles populations implantées en France?

Notons d’abord que le Conseil français du culte musulman créé en 2003 à l’instigation des autorités françaises, en particulier de Nicolas Sarkozy alors ministre de l’Intérieur chargé des cultes, n’apparaît guère représentatif de la population musulmane de France. Ses membres sont d’ailleurs élus par un collège électoral restreint composé de délégués des associations cultuelles largement soumises à l’influence des Etats étrangers (Algérie, Maroc et Turquie surtout) et des groupes proches des Frères musulmans.

En outre, si l’État et les collectivités publiques ne peuvent financer le culte musulman, il apparaît que les communes, depuis plusieurs années, interviennent largement dans la création de lieux de cultes, à travers notamment les subventions accordées aux associations culturelles musulmanes (ces dernières servant de support aux associations cultuelles) ou la mise à disposition de locaux, ou de terrains concédés parfois sous la forme de baux emphytéotiques. Il est certes tout à fait normal que des lieux de culte musulmans puissent voir le jour, mais on constate que les largesses publiques bénéficient bien souvent à de petites minorités activistes au sein de la population musulmane.

Précisons ici que, contrairement à une idée reçue, ce ne sont pas les musulmans qui éprouvent le plus de difficultés à ouvrir des lieux de culte en France, mais certaines églises chrétiennes, en particulier les églises évangéliques, celles-ci se heurtant à l’hostilité affichée des municipalités communistes de la banlieue parisienne. La journaliste Stéphanie Le Bars soulignait dans Le Monde que « de nombreux responsables d’églises évangéliques, dont la vitalité ne se dément pas, notamment en région parisienne, rencontrent des difficultés pour offrir à leurs fidèles des « lieux de culte dignes ». A la recherche d’entrepôts ou de cinémas désaffectés, ils passent d’une localité à l’autre, parfois pendant plusieurs années, avant de trouver un point de chute. « Lorsqu’elles visent un local, les communautés évangéliques se heurtent souvent au droit de préemption des mairies ou à leur refus de changer la destination des locaux » ». « Comparativement, les musulmans jouissent désormais d’une relative facilité pour ouvrir une salle de prière ou une mosquée. Si des besoins demeurent en termes de surface, notamment, « l’islam des caves » est en passe de disparaître. « Un lieu de culte ouvre en moyenne par semaine », indique M. Leschi [alors chef du bureau des cultes au ministère de l'Intérieur]. Plus de 2000 lieux de culte musulman fonctionnent aujourd’hui. Et les responsables musulmans le reconnaissent eux-mêmes, il est devenu électoralement payant pour un élu d’assister à la pose de la première pierre d’une mosquée ».4

Quant aux grandes entreprises, en accordant des salles de prière sur le lieu de travail, des aménagements des horaires de travail en fonction des fêtes religieuses et des repas halal à leurs employés, sans même que des exigences dans ce sens aient été formulées par leurs employés musulmans ou par une majorité de ceux-ci, elles entendent clairement développer une stratégie « identitaire » de gestion des ressources humaines dans le droit fil du multiculturalisme ambiant.

C’est là qu’il apparaît clairement que l’islamisation de la France, voire de l’Europe, s’accorde parfaitement avec leur américanisation, avec la transposition locale du modèle américain.

Il n’y a à cela rien d’étonnant quand on sait que, loin d’être nécessairement hostile aux États-Unis, l’Islam, dans certaines de ses expressions dont la Turquie de l’A.K.P., la fraction moderniste des Frères musulmans et les Etats du Golfe offrent l’exemple le plus éclairant5, peut se révéler parfaitement américano-compatible, géopolitiquement et économiquement parlant, et même sur le plan civilisationnel, ainsi qu’en témoignent la reconnaissance et l’approbation par ces courants islamistes de l’hégémonie états-unienne, leur adhésion au néo-libéralisme mondialisé décrit comme profitable aux élites musulmanes, et leur promotion du consumérisme de masse à peine amendé par quelques interdits alimentaires et prescriptions vestimentaires.

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L’ampleur de la responsabilité des décideurs politiques et économiques français dans ce phénomène d’« islamisation » se donne également à voir dans des cas particuliers, apparemment anodins, tirés du quotidien. On évoquera ici, pour illustrer notre propos
- celui des Quick halal, et
- celui de l’abattage rituel des animaux de boucherie.

La chaîne de restauration Quick a décidé, au début de l’année 2010, de bannir toute viande de porc dans huit de ses établissements et de ne servir à la clientèle de ces établissements que de la viande de bœuf halal. Leur nombre a été porté quelques mois plus tard à 22. Mais la qualité halal des produits vendus a été partiellement mise en doute par les mosquées de Paris et d’Evry, qui se livraient, semble-t-il, à une féroce concurrence sur le marché de la certification, et par les rédacteurs du site internet Al Kanz voué à la défense des consommateurs musulmans.

Cette stratégie du tout halal a été initiée par Quick dans le but de séduire les banlieues mais également (et surtout) de conquérir le marché nord-africain.

Il n’est pas indifférent de savoir que le capital de Quick appartient pour 95% à la Caisse des dépôts et consignations, personne morale de droit public dont la mission est définie par le code monétaire et financier.

On voit donc que l’État, à travers la Caisse des dépôts et consignations, joue un rôle majeur dans un processus d’islamisation, dont l’authenticité est cependant contestée par les musulmans eux-mêmes.

Une directive européenne du 18 novembre 1974 avait imposé le principe de l’étourdissement des animaux de boucherie avant leur abattage. Ce principe, repris dans une directive du 22 décembre 1993, connaissait cependant une dérogation, fondée sur le respect de la liberté de religion: celle de l’abattage rituel.

Les dispositions de ces directives ont été transposées dans le droit français, et incluses dans le code rural, où figurent également les dispositions prévoyant l’exception de l’abattage rituel.

Cependant, le Rapport d’enquête sur le champ du halal, rendu en septembre 2005 par le Comité permanent de coordination des inspections, relevait (page 33) que « l’abattage sans étourdissement préalable tend à devenir la norme pour certaines espèces ». « En France, 80% des ovins, 20% des bovins et 20% des volailles seraient abattus selon le rite halal ».

L’existence d’une telle dérive a été confirmée par la direction générale de l’alimentation du ministère de l’Agriculture en 2007 et par le ministre de l’Agriculture lui-même dans sa réponse à la question posée à ce sujet par le député du Nord Christian Vanneste en 2009. Les enquêtes de terrain de l’Oeuvre d’assistance aux bêtes d’abattoirs réalisées ces dernières années montrent l’ampleur de cette dérive, l’abattage rituel concernant, selon les constatations faites, 62% des ovins et caprins tués en abattoirs, 43% des veaux et 28% des gros bovins (en 2006 et 2007).

L’abattage sans étourdissement présente un double attrait aux yeux des entrepreneurs de la filière: il est plus économique, et il permet de pouvoir exporter de la viande vers des pays musulmans. Un tel attrait justifie pour eux qu’on puisse en imposer, sans les informer, la consommation à des non musulmans en France.

Les législations européennes et françaises sont ainsi bafouées dans les abattoirs français, avec l’assentiment du ministre de l’Intérieur, supérieur hiérarchique des préfets compétents pour délivrer les agréments aux activités d’abattage des animaux, et du ministre de l’Agriculture, supérieur hiérarchique des directeurs départementaux des services vétérinaires chargés de contrôler les abattoirs.

Mettant en avant la complicité de ces ministres dans ces violations du code rural, qui pouvaient également tomber sous le coup de l’article 521-1 du code pénal punissant la cruauté envers les animaux, Brigitte Bardot avait saisi d’une plainte dans ce sens la Cour de justice de la république en février 2011. Mais cette dernière n’a pas voulu y donner suite.

Là encore, la responsabilité des dirigeants politiques et économiques dans la généralisation de l’abattage rituel (que beaucoup de musulmans disent à juste titre conditionnée par des impératifs de rentabilité et non par des motifs religieux) est sans commune mesure avec celle des musulmans eux-mêmes.

On voit bien que, si islamisation de la France il y a, celle-ci, même si elle répond aux vœux d’une minorité des musulmans, est essentiellement le résultat de l’action des décideurs – des décideurs non musulmans.

Thierry Mudry


1 – S’agissant des problèmes liés à l’immigration, le lecteur se reportera aux analyses d’Hervé Juvin et aux propositions qu’il formule sur ce site.
2 – En revanche, le port du voile, en particulier du voile intégral, marque plutôt une rupture avec les traditions familiales. Il répond, chez les femmes qui l’assument, à des motivations complexes, et procède le plus souvent d’un choix individuel, volontiers provocateur (cf. Raphael Liogier, « L’islamophobie, symptôme de la décadence européenne », article paru sur le site de l’Observatoire du religieux : www.world-religion-watch.org.)
3 – La Bosnie-Herzégovine comptait 969 mosquées et lieux de culte musulmans en 1960. Elle en comptera 1437 en 1970 et 1661 en 1976 (Cf. Thierry Mudry, Histoire de la Bosnie-Herzégovine. Faits et controverses, Paris, Ellipses, 1999, p. 217-218).
4 – « Les évangéliques, en plein essor, peinent à trouver des lieux de culte », in Le Monde, 8 mars 2007.
5 – On lira sur la Turquie les articles de Tancrède Josseran. Il faut cependant souligner que l’Islam, pluriel par essence, est loin d’être uniformément américano-compatible.