04.05.2008
Max Stirner (1806-1856)
Max Stirner (1806-1856)
et l'Association des égoïstes.
Max Stirner, de son véritable nom Johann Caspar Schmidt (Stirn= front, surnom donné à cause de son large front), est un anarchiste individualiste, bien qu'étant au départ un hégélien de gauche comme Marx. Il est né à Bayreuth le 25 octobre 1806 et décédé à Berlin le 25 juin 1856 après avoir mené une existence solitaire et financièrement difficile.
Il est l'auteur d'un ouvrage qui fit scandale chez les "bien pensants" : Der Einzige und sein Eigentum, Otto Wigand, Leipzig, 1844, L'Unique et sa Propriété et autres écrits, L'Age d'homme, Lausanne, 1988 ; et qui fut critiqué : Karl Marx et Friedrich Engels font dans L'Idéologie allemande (1846), Messidor-Ed. Sociales, Paris, 1982 , sous le titre de Saint Max une critique du livre de Stirner.
Pour Stirner l'Homme, qui est Unique, ne peut être la propriété de qui, ou de quoi, que ce soit, donc ne peut être la propriété de l'Etat, y compris de l'Etat politiquement libéral.
Stirner attaque violemment l'Etat libéral. Pour lui le libéralisme politique conduit à l'esclavage du Moi et, par le libéralisme social, à la nationalisation des propriétés, c'est à dire au vol de ce qui appartient au Moi.
C'est l'Homme qui est propriétaire de toute chose, et il ne peut être dépossédé.
C'est pourquoi Stirner affirme que la Société doit être fondée sur l'Egoïsme, le culte du Moi souverain.
L'organisation sociale doit être une "Association des égoïstes", tous souverains, qui n'auront d'autre objectif que celui d'être ce qu'ils sont.
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03.05.2008
Luther (1483-1546)
Martin Luther(1483-1546).
Le moine rebelle à l'Eglise catholique, c'est-à-dire à l'Eglise universelle, est instrumentalisé par les séparatistes germaniques (La vie et l'oeuvre § 1) et a du droit une conception plutôt ultra conservatrice (La philosophie du droit de Martin Luther § 2).
§ 1. La vie et l'oeuvre
Martin Luther est né, en 1483, dans une famille paysanne de la Saxe.
En 1505, après avoir fait des études de droit et de philosophie, il devient moine au couvent augustinien d'Erfurt où il fait des études de théologie influencées par le nominalisme, philosophie qui insiste sur le "volontarisme" de Dieu et donc de l'homme.
En 1512, dans une "révélation" soudaine, Luther découvre que l'homme ne peut pas être sauvé par ses oeuvres, par sa conduite chrétienne, mais par la foi en Dieu.
En 1517 il affiche à la porte de l'église de Wittenberg ses thèses contre les indulgences (remises des peines qui sanctionnent les péchés des catholiques).
Les indulgences sont alors vendues en Allemagne pour rembourser l' acquisition de l'archevêché de Magde bourg par Albert de Hohenzollern avec l'aide de la Banque Fulgger, et pour la construction de Saint-Pierre-de-Rome.
Il est condamné en juin 1520 par la Bulle papale Exsurge Domine, qu'il brûle publiquement en décembre 1520.
Luther se réfugie alors au chäteau de la Wartburg appartenant à l'électeur Frédéric le Sage.
Luther y rédige de nombreux ouvrages et devient le guide spirituel et temporel de la classe dirigeante de nombreux Etats allemands, classe aristocratique qui entend échapper à l'autorité de Rome.
~ En 1530 les dogmes de l'Eglise luthérienne sont proclamés dans la Confession d'Augsbourg.
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L'oeuvre de Martin Luther, qui est immense, a été traduite en français et publiée aux Editions Labor et Fides de Genève.
Le tome IV (1960) comprend la plupart des ouvrages relatifs au droit.
§ 2 - La philosophie du droit de Martin Luther : le droit sanction
Luther est un homme d'ordre (A/) qui aime la sanction, Divine, et humaine par le droit positif (B/).
A/ Un homme qui aime l'ordre
Luther pense que l'homme ne peut pas être sauvé de par ses propres mérites résultant de l'observance des règles morales mais par les mérites de Dieu lui-même, c'est-à-dire grâce à la miséricorde divine, et de par la foi que l'homme a en Dieu.
N'écrit-il pas : "Sois pècheur et pèche fortement, mais confie-toi et réjouis-toi plus fortement encore dans le Christ. ... Tant que nous serons ici-bas, il faut que le péché existe. ...Il nous suffit d'avoir reconnu l'Agneau qui porte les péchés du Monde ; alors le péché ne pourra nous détacher de lui, forniquerions-nous mille fois par jour ..." (Lettre à J.Mélanchton).
Est-ce à dire que Martin Luther est contre toute forme d'autorité et de droit ? Certainement pas.
Luther pense que l'ordre est providentiel ainsi que la force qui le sert, cette force s'exprimant notamment par la guerre et la violence, s'exprimant par le glaive :
"Dieu honore si grandement le glaive qu'il le nomme son ordre propre; ... Aussi la main qui porte ce glaive et qui égorge, n'est-el1e pas la main de l'homme, mais celle de Dieu ; et ce n'est plus l'homme, mais Dieu qui pend, roue, décapite, égorge et fait la guerre, et tout cela ce sont ses oeuvres et ses jugements. ...
Il ne faut pas considérer dans l'office de la guerre, de quelle façon il égorge, brûIe, frappe, capture. ...
Ce sont les yeux bornés et naifs des enfants qui le font et qui chez le médecin ne voient que le fait qu'il coupe une main ou scie une jambe, mais qui ne s'aperçoivent pas et ne remarquent pas qu'il faut le faire pour sauver tout le corps. Ainsi donc il faut considérer avec des yeux d'homme la raison pour laquelle l'office est divin en soi et qu'il est aussi utile et nécessaire au Monde que le manger et le boire ou toute autre oeuvre" (Tome IV p. 230)(Les guerres de religion en Europe firent "quelques" morts, et l'on continue à s'étriper gentiment dans le nord de l'Irlande ...).
C'est que le chrétien étant libre et pouvant s'affranchir des règles morales et canoniques il n'y a que fort peu de veritables chretiens.
Le péché a perverti l'hornme et le royaume terrestre est le gouvernement des méchants, de ceux qui doivent être régis par des lois.
Dieu a donc donné pour le gouvernement des méchants les lois positives divines contenues dans l'Ecriture sainte et voulu les lois des princes temporels, les lois positives humaines.
Le droit est au service de l'ordre social pour réprimer les pécheurs.
B/ La sanction du droit positif
Le droit c'est la sanction des méchants, c'est le glaive purificateur.
Et ce droit c'est l'ensemble des lois divines et humaines.
En conséquence les hommes doivent obéir aux lois et être respectueux de l'ordre.
Ainsi Luther ne prend pas position en faveur des paysans allemands révoltés contre leurs seigneurs et qui se réclament pourtant de lui, mais soutient les seigneurs qui sont l'autorité :
"Il n'y a point d'autorité qui ne vienne de Dieu et celles qui existent ont été instituées par lui. C'est pourquoi celui qui résiste à l' autorité résiste à l'ordre que Dieu a établi et ceux qui résistent attireront sur eux une condamnation".
Luther commande donc aux paysans de se laisser piller, maltraiter, égorger par les seigneurs et leur commande de laisser violer leurs filles, de tendre l'autre joue, de ne pas résister à la force.
Ce que les paysans peuvent faire, par contre, c'est quitter lèur prince pour un autre, plus évangélique ;
"Les paysans lors de leur insurrection ont prétexté que des seigneurs refusaient de prêcher l'Evangile et qu'ils écorchaient les pauvres gens, c'est pqurquoi il fallait les renverser. Mais j'ai répondu ceci : bien que les seigneurs aient commis une injustice, il ne serait pas pour autant juste et équitable de commettre également une injustice, c'est-à-dire de désobéir et de détruire l'ordre qui a été établi par Dieu, et qui ne nous appartient pas ; au contraire, il faut souffrir l'injustice et si un prince ou un seigneur ne veut pas tolérer l'Evangile, qu'on se rende dans une autre principauté où l'Evangile est prêché, ainsi que le Christ dit : s'ils vous persécutent dans une ville fuyez dans une autre".
Pour Luther il n'existe pas de droit naturel au sens d'Aristote ou de Thomas d'Aquin.
D'ailleurs, selon Luther, Saint Thomas d'Aquin est un "gros cochon" et "Aristote est le rempart impie des papistes. Il est à la théologie ce que les ténèbres sont à la lumière. Son Ethique est le pire ennemi de la grâce" (cité dans J. Maritain : Trois réformateurs, p. 43).
Quant à raison elle est particulièrement maltraitée.
Pour Martin Luther : "La raison, c'est la plus grande putain du diable ... qu'on devrait fouler aux pieds et détruire, elle et sa sagesse. Jette-lui de l'ordure au visage pour la rendre laide. Elle est et doit être noyée dans le baptème. Elle mériterait, l'abominable, qu'on la relègue dans le plus dégoûtant lieu de la maison, aux chiottes" (Tome IV, p. 142).
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Nietzsche (1844-1900)
Nietzsche (1844-1900)
Une morale du dépassement
Si sa vie fut solitaire et douloureuse, son oeuvre fut prolixe, qui, par la philosophie du Surhomme, eut une grande influence au XXème siècle.
1. La vie
Friedrich Wilhelm Nietzsche est né en Saxe à Röcken en 1844. Son père, qui est pasteur, meurt alors qu'il a cinq ans.
De 1858 à 1864 il fréquente le gymnasium de Pforta, en Thuringe (Thüringen), qui compte le philosophe Johann Gottlieb Fichte (1762-1814) parmi ses anciens élèves.
En 1864 il s'inscrit à l'Université de Bonn, où il entreprend des études de théologie, et surtout de philologie sous la direction du professeur F.W. Ritschl. Celui-ci étant nommé à Leipzig, Nietzsche le suit. En 1869, sur la recommandation de Ritschl, Nietzsche est nommé professeur de philologie à l'Université de Bâle, en Suisse.
Influencé dès 1865 par le philosophe Arthur Schopenhauer (1788-1860), il se lie avec le compositeur Richard Wagner (1813-1883), puis rompt avec lui en 1878 et, malade, doit quitter l'Université.
Errant dans l'Europe du soleil (Venise, Gênes, Nice, Rome, Engadine) il rencontre en 1882 la fameuse Lou Salomé ( Angela Livingstone, Lou Andreas-Salomé ; Sa vie et ses écrits, 352 p., PUF, Paris, 1990), qui sera notamment la maîtresse de l'écrivain Rainer Maria Rilke (1875-1926) et l'une des disciples de Sigmund Freud (1856-1939). Il la demande en mariage, mais celle-ci hésite à épouser un homme qu'elle sent marqué par la solitude et un destin tragique.
Après une année 1888 particulièrement féconde pour son oeuvre, Nietzsche sombre dans la folie, à Turin, en janvier 1889. Il décède en 1900 à Weimar.
2. L'oeuvre
Nietzsche a, notamment, écrit :
- Die Geburt der Tragödie, La Naissance de la tragédie, 1872, Gallimard, Folio Essais n°32, Paris 1989,
- Unzeitgemässe Betrachtungen, Considérations intempestives, 1873-1876, Aubier-Montaigne, Paris,
- Menschliches, Allzumenschliches, Humain, trop humain, 1879-1886, Gallimard, Idées n°441 et 442, Paris 1981,
- Morgenröte, Aurore, 1880-1881, Hachette, Pluriel n°8509, Paris 1987,
- Die fröliche Wissenschaf, Le Gai savoir, 1881-1882, UGE, 10/18 n°813, Paris 1973,
- Also sprach Zarathustra, Ainsi parlait Zarathoustra, 1883-1885, UGE, 1O/18 n°646, Paris 1972,
- Jenseits von Gut und Böse, Par-delà le bien et le mal, 1886, Aubier-Montaigne, Paris 1978,
-Zur Genealogie der Moral, La Généalogie de la morale, 1887, Gallimard, Folio Essais n°16, Paris 1987,
- Götzendämmerung, Crépuscule des idoles, 1888, Gallimard, Folio Essais n°88, Paris 1988,
- Nietzsche contra Wagner, 1888, Gallimard, Idées n°428, Paris 1980,
- Der Fall Wagner, Le cas Wagner, 1888, Idem,
- Der Antichrist, L'Antéchrist, 1888, Gallimard, Folio Essais n°137, Paris 1990,
- Ecce Homo, 1888, Idem.
Les Oeuvres philosophiques complètes sont publiées chez Gallimard depuis 1970, qui sont une traduction des Oeuvres complètes de l'Edition Colli-Montinari publiée à Berlin depuis 1967.
3. La philosophie du Surhomme
Nietzsche pense qu'il faut "surmonter la métaphysique", qui est une production de l'homme décadent, alors que la réalité c'est "la volonté de vie" de l'Eternel Retour du Même.
La volonté de puissance du Surhomme ne peut s'épanouir par la culture de la démocratie ou de l'anarchie, mais par la culture sélective qui fondera une nouvelle noblesse.
3.1. Il faut "surmonter la métaphysique",
Nietzsche accuse la métaphysique (Paul Valadier, Nietzsche : l'athée de rigueur, Desclée de Brouwer, Paris, 1975, 1989 ) de donner une lecture erronée de la nature.
Par haine du devenir et par haine de la vie le métaphysicien a créé l'"Etre" et l'"Idéal", qui ne sont que des idoles, qui ne sont que du néant érigé en idole.
Ce que veut le philosophe de l'"Idéal", ce n'est pas dire la vérité, mais trouver des a-priorismes qui entendent légitimer des intérêts.
L'idéologie n'est qu'un ensemble de jugements de valeur qui fixent les normes de l'action par quoi un être vivant essaie de conformer le monde à ses intérêts propres, et la morale; tout système de jugements de valeur qui est en relation avec les conditions d'existence d'un être.
Dans ces conditions l'Etat de Droit, c'est à dire l'Etat démocratique libéral, et sa production, le droit positif libéral, sont des maux.
3.2. Qui est une production de l'homme décadent,
L'origine de la métaphysique est à trouver dans la décadence. C'est la production idéologique de l'homme décadent qui n'aspire plus qu'au repos, à la capitulation, au néant, néant qu'il sacralise en le nommant l'"Idéal", l'"Etre", "Dieu".
La métaphysique est l'expression d'une "volonté de puissance débile".
Car toute vie relève soit d'une volonté de puissance ascendante, affirmative, "la volonté de vie", soit d'une volonté de puissance décadente, "la volonté du néant".
A vrai dire les deux volontés sont en chacun de nous, et tout homme étant un être de désir rêve sa satisfaction en dehors de l'effort antagoniste, en dehors de la réalité, par faiblesse et abandon.
3.3. Alors que la réalité c'est se surmonter soi-même à l'infini,
La réalité c'est la nature propre de la vie, ce qui est contraint de se surmonter soi-même à l'infini, c'est le principe intime de "la volonté de puissance".
Le réel c'est le changement, le devenir, la pluralité, l'opposition, la contradiction, le combat.
Le devenir est à la fois un écoulement, probablement absolu, et un combat incessant entre toutes les forces de domination occupées à étendre leur règne "à l'infini", en se surmontant elle-mêmes "à l'infini".
Mais le devenir n'est pas seulement un flux qui s'écoule à l'infini, il "est", paradoxalement, en tant qu'il demeure le Même, dans l'Eternel Retour du Même.
3.4. Dans le cycle de l'Eternel Retour du Même.
Le devenir est, demeure le Même, en ce sens qu'il revient sur soi, formant un grand cycle, l'Eternel Retour du Même.
L'Eternel Retour libère l'homme de la malédiction du passé. Il permet à la liberté de s'épanouir dans l'adhésion à une nécessité irrationnelle, au destin, dont la volonté de puissance ascendante assume volontiers la charge.
C'est le Surhomme qui sera l'homme du destin.
3.5. Le Surhomme,
Le Surhomme n'est pas une nouvelle espèce d'homme, résultant d'une mutation biologique, mais l'homme d'aujourd'hui dans ce qu'il a de mieux réussi, qui, par l'éducation et la sélection, se surpasse par la volonté de puissance ascendante.
Cela nécessite un bouleversement, en Europe, de l'idéal culturel, qui est un idéal de domestication, l'idéal démocratique égalitariste, qui provoque l'hypertrophie de la conscience morale au détriment de la sexualité, du goût de la compétition, de l'égoïsme constructif.
3.6. N'est pas un démocrate égalitariste,
Il ne peut y avoir de Surhomme dans une démocratie égalitariste.
La démocratie égalitariste est le pire des régimes puisqu'elle accorde des droits égaux à des individus inégaux et permet le gouvernement des médiocres.
La régénérescence du démocrate décadent ne saurait être trouvée dans l'Etat démocratique, libéral ou socialiste.
Oeuvre des faibles l'Etat démocratique n'est que l'idole des faibles.
Dieu mort, l'Etat a été sacralisé. Le Politique se substitue au Théologique. L'homme politique remplace le religieux et lui ressemble : sous le masque de l'humanitarisme, comme sous celui de la spiritualité, la vie se déguise, ce qui est une trahison, et le mensonge devient sacré.
L'Etat démocratique "est de l'humain trop humain". Le trop humain est féminin et "de Judée".
L'Etat démocratique n'exprime que la sottise nihiliste, est signe d'impuissance et de mort.
L'Etat démocratique ne sert pas l'homme, comme il le prétend, mais il asservit l'homme.
Pour obtenir la soumission de l'homme, l'Etat démocratique utilise, notamment, la presse qui corrompt les masses. Les hommes sont dressés à trouver leur confort, c'est l'abêtissement.
L'Etat démocratique socialiste ne saurait être supérieur à l'Etat démocratique libéral, car le socialisme "est une attitude vengeresse qui dévalue les valeurs, défie l'individu, vise à son anéantissement au profit d'une masse amorphe, privée de bon sens, abrutie par une pseudo-culture où, autre opium du peuple, revient sans cesse le mot de "justice". Il apparaît alors que l'essence du socialisme est d'engendrer un homme rapetissé, un animal de troupeau, minuscule avorton, véritable pygmée...".
3.7. Ni un anarchiste,
Le salut de l'Occident ne peut être, davantage, trouvé dans l'anarchie.
Si l'anarchiste est celui qui sait dire non à l'Etat, et est un esprit libre, il est aussi un égotiste et parfaitement impuissant à vivifier le monde par son individualisme.
Les anarchistes sont des moralisateurs, convaincus d'être bons et justes ce sont des hommes négatifs, des hommes du ressentiment qui sont des destructeurs, des nihilistes.
L'anarchiste est un vampire haineux, avide de sang.
L'anarchiste, comme le chrétien, est un décadent.
3.8. Mais un "nouveau noble".
Le droit étant une valeur est, comme toutes les valeurs, une création de la volonté humaine, "la volonté d'éterniser un rapport de puissance donné".
La Justice ne peut s'apprécier qu'en fonction de la volonté de puissance du dominateur qui, mesurant les choses à son échelle, constate ce qui est Juste.
La loi pénale permet aux forts d'imposer leur justice, de maintenir une hiérarchie entre les hommes. En condamnant les actes non-conformes aux valeurs dominantes, la Justice met un terme aux "fureurs insensées du ressentiment", qui sont dangereuses pour le Pouvoir.
Le Pouvoir doit appartenir, demain, à "une race pure et noble, de haute et rare aristocratie, anti-chrétienne, donc dionysienne, (qui) sur les ruines des vieilles fausses valeurs, édifiera un monde politique nouveau où, enfin, les vraies valeurs chanteront la Vie".
C'est une culture sélective, destinée à ennoblir le corps et à vivifier l'esprit qui permettra d'établir la hiérarchie qui aura à son sommet la nouvelle noblesse, celle de ceux qui savent se surmonter eux-mêmes, qui sont seuls véridiques parce qu'"Ils ont le courage de voir les choses comme elles sont : tragiques".
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Karl Marx (1818-1883)
Karl Marx (1818-1883) Un socialisme dit "scientifique"
Karl Marx affirme dans le Manifeste communiste de 1848 (Manifeste pour la Ligue des communistes, société secrète de propagande révolutionnaire créée pendant l'été 1847) que "L'histoire de toute société jusqu'à nos jours n'a été que l'histoire de luttes de classes", la lutte de la classe dirigeante des oppresseurs et de la classe dirigée des opprimés.
Mais, selon lui, grâce à la révolution prolétarienne la société sans classes, donc sans domination, pourra s'instaurer, définitivement ... (Les croyants sont aujourd'hui beaucoup moins nombreux qu'après la deuxième guerre mondiale, et beaucoup plus discrets. Toutefois certains persistent, tout en étant critiques, notamment Roger Garaudy, Souviens-toi, brève histoire de l'Union soviétique, Le Temps des cerises, Pantin, 1994.)
1. La vie et l’oeuvre
Karl Marx est né à Trèves en 1818. Son père, Hirschel Ha Levi, qui est avocat et qui est issu d’une famille de rabbins et de marchands, s’est converti au protestantisme pour pouvoir exercer sa profession. Sa mère est Henrietta Pressburg Hirshel. Karl Marx est baptisé dans le luthérianisme en 1824.
En 1835 il est envoyé par son père à la Faculté de droit de Bonn mais, s’étant fiancé à la fille d’un conseiller d’Etat prussien contre l’avis de ses parents et celui des parents de la jeune fille, Jenny von Westphalen, il est éloigné à l’Université de Berlin en 1836.
De 1836 à 1841 Karl Marx fait des études de droit, de philosophie et d’histoire. Il fréquente le milieu des jeunes hégéliens de gauche (disciples radicaux du grand philosophe Friedrich Hegel, 1770-1831). En 1841 il est reçu docteur en philosophie (Differenz der demokritischen und epikureischen Natur-philosophie, Différence de la philosophie de la nature chez Démocrite et Epicure) mais ne peut entrer dans l’enseignement comme il le souhaiterait à cause de ses opinions politiques. Il devient journaliste puis rédacteur en chef d’un journal démocratique révolutionnaire qui est interdit par le gouvernement prussien.
En 1843, son père étant décédé en 1838, Karl Marx épouse Jenny von Westphalen et quitte en octobre Berlin pour Paris où il fréquente les milieux socialistes. En 1844 il rencontre le fils d’un grand industriel du textile, Friedrich Engels (1820-1895), qui lui accordera son assistance.
En 1844 il publie dans l’unique numéro des Deutsch-französische Jahrbücher (Annales franco-allemandes) deux articles : Zur Judenfrage, La Question juive ( Enzo Traverso, Les Marxistes et la question juive, hitoire d’un débat (1843-1943), La Brèche-PEC, Paris, 1990) et Zur kritik der hegelschen Rechtsphilosophie, Contribution à la critique de la philosophie du droit de Hegel.
En 1845 il publie avec Engels et contre les hégéliens de gauche, La Sainte famille ou critique de la critique critique, et rédige des manuscrits qui ne seront publés qu’au XXème siècle, Les manuscrits économico-philosophiques, 1844, et L’idéologie allemande, 1845.
Ayant été expulsé du territoire français à la demande de la Prusse Marx séjourne à Bruxelles de 1845 à 1848. En 1847 il publie Misère de la philosophie en réponse à l’ouvrage de Pierre-Joseph Proud’hon, Philosophie de la misère. En 1848 il publie en collaboration avec Engels l’ouvrage de propagande Le Manifeste communiste.
Expulsé de Belgique début 1848 Marx séjourne en France de mars à juin puis se rend à Cologne où il fonde un journal révolutionnaire, qui fait faillite et lui laisse de lourdes dettes.
Expulsé de Rhénanie en 1849, et après un bref séjour à Paris, Marx se rend à Londres où il séjournera jusqu’à sa mort en 1883. Jusqu’en 1860 sa situation matérielle est très précaire mais son ami Engels ayant hérité des entreprises textiles de son père à cette date peut alors lui assurer un revenu régulier, un autre ami, Wilhem Wolff) lui léguant par ailleurs sa fortune.
Pendant la période 1848-1883, qui est considérée par les marxologues comme étant la période de maturité, Karl Marx publie : Die Klassenkämpfe in Frankreich, Les luttes de classes en France (1850), Le 18 brumaire de Louis Bonaparte (1852), Contribution à la critique de l’économie politique (1859), Das Kapital, Kritik der politischen Oekonomie, Le Capital, critique de l’économie politique, livre I (1867), La guerre civile en France (1871), Zur Kritik des sozialdemokratischen Parteiprogramms, Critique du programme de Gotha (1875).
Après la mort de Marx, Engels publie les livres II et III du Capital en 1885 et 1894 et Kautsky les théories sur la plus-value en 1905-1910 sous le titre français Histoire des Doctrines économiques. Les oeuvres de jeunesse de Marx seront publiées en 1932 et les Principes de la critique de l’économie politique en 1939-1941.
2. La philosophie du droit de Karl Marx : par la lutte des classes vers l’association dans la Société sans classes
2.1. La lutte des classes
Selon Marx la cause fondamentale de l'évolution historique est économique.
L'Histoire humaine est le résultat de rapports sociaux qui s'imposent à la volonté des hommes. Ces rapports sociaux expriment la contradiction existant entre les forces (moyens) économiques de production, c'est à dire les hommes et leurs outils, et les rapports de production ou leur expression juridique, c'est à dire le système juridique de propriété.
Les rapports sociaux sont variables selon les modes de production. Et la contradiction, qui est aliénation, produit la lutte des classes.
2.1.1. Les modes de production
Marx distingue les étapes de l'histoire humaine d'après les régimes économiques et détermine ainsi quatre modes de production :
1°- le mode de production asiatique (Karl Marx, Contribution à la Critique de l'économie politique, 1859, Ed. Sociales, Paris, 1972 , p.3.), qui se caractérise par la subordination de tous les travailleurs à l'Etat, c'est à dire à une classe bureaucratique, comme la classe des mandarins en Chine;
2°- le mode de production antique, qui se caractérise par l'esclave, c'est à dire par la subordination de l'esclave à l'homme libre, comme dans l'Empire romain;
3°- le mode de production féodal, qui se caractérise par le servage, c'est à dire par la subordination du serf au noble, propriétaire de la terre, comme au moyen-âge en Occident;
4°- le mode de production bourgeois, qui se caractérise par le salariat, c'est à dire par la subordination du salarié au bourgeois, propriétaire des moyens de production dans les pays capitalistes.
Quel que soit le mode de production deux classes sociales s'opposent, à cause de l'aliénation des rapports sociaux.
2.1.2. L'aliénation
L'aliénation économique - qui est l'infrastructure de la société - est la source de toutes les autres aliénations : sociale, politique, religieuse et philosophique - qui constituent la superstructure.
L’infrastructure
La nature de l'Homme est de construire le monde, et donc de se construire lui-même, par le travail productif, et non par la spéculation sur le travail de l'Autre. En conséquence l'Homme doit produire et être maître de son produit.
Dans la société capitaliste le prolétaire et le capitaliste sont aliénés : le prolétaire, le salarié non-propriétaire de moyens de production, est aliéné car pour lui le travail n'est qu'un moyen de subsistance et non un moyen d'épanouissement ; le capitaliste est lui-même aliéné car il ne produit pas et le travail des salariés prolétaires n'est pour lui qu'une source de profits.
La superstructure
L'aliénation économique conduit à l'aliénation sociale, c'est à dire à l'antagonisme de la classe des prolétaires et de la classe des capitalistes, alors que la Société devrait être harmonieusement unie.
L'aliénation sociale conduit à l'aliénation politique car pour conserver sa position économiquement et socialement dominante la classe des capitalistes doit contrôler l'Etat, c'est à dire l'administration et le droit positif.
L'aliénation politique conduit à l'aliénation religieuse ( Ludwig Feuerbach, Das Wesen des Christentums, 1841, L'Essence du christianisme, La Découverte, Paris, 1982. Sigmund Freud, Die Zukunft einer Illusion, 1927, L'avenir d'une illusion, PUF, Paris, 1971.) et philosophique car la classe dirigeante des capitalistes doit légitimer son pouvoir en utilisant Dieu et/ou la Nature, en fondant son droit positif sur le droit divin et/ou naturel.
Quel que soit le mode de production économique, une classe dirigeante exploite la classe des dirigés. Selon Marx cette situation d'oppression de l'Homme par l'Homme ne sera pas éternelle. Un jour la Société sera sans classes.
2.2. La Société sans classes
La révolution prolétarienne permettra la dictature du prolétariat, qui aboutira au dépérissement de l'Etat et du droit, c'est à dire à l'instauration d'une société sans classes sociales, d'une libre association de personnes libres.
2.2.1. La révolution prolétarienne
Le développement logique du système capitaliste conduit à la concentration du capital et à la paupérisation des salariés, donc conduit à sa mort.
Concentration et paupérisation
Pour accroître ses forces de production, soumises à la concurrence internationale, la bourgeoisie doit procéder à des concentrations d'entreprises. Cela a pour effet de faire tomber dans le prolétariat l'échelon inférieur des classes moyennes, les petits paysans, les artisans, les petits commerçants, les petits industriels.
Cela a également pour effet de maintenir les salaires au minimum alors que les profits des propriétaires capitalistes sont maximalisés, d'où une paupérisation du prolétariat.
Conséquences
Devant cet état de fait les salariés prendront conscience de leur intérêt commun, leur intérêt de classe opprimée, et lutterons contre un système qui, en définitive, s'effondrera de lui-même, les capitalistes n'étant plus qu'une infime minorité face aux salariés prolétaires.
2.2..2. La domination du prolétariat
Par la nationalisation de l'infrastructure et ses conséquences sur la superstructure la domination du prolétariat aboutit, selon Marx, au dépérissement de l'Etat et du droit.
La nationalisation de l'infrastructure
Le prolétariat ayant pris le pouvoir politique utilisera l'administration et le droit positif pour nationaliser les instruments de production et augmenter la quantité des forces productives.
Le prolétariat utilisera sa domination de classe pour détruire le mode bourgeois de production, en substituant l'appropriation collective à l'appropriation privée des moyens de production.
Conséquences sur la superstructure
En détruisant le mode bourgeois de production c'est l'aliénation économique qui est détruite.
L'aliénation économique étant détruite toutes les autres aliénations sont détruites.
Le dépérissement de l'Etat et du droit
Toutes les aliénations étant détruites les classes sociales disparaissent.
Les classes sociales disparaissant l'Etat et le droit disparaissent, puisque l'Etat est l'appareil oppressif d'une classe sur une autre classe utilisant le droit comme moyen de contrainte.
La dictature du prolétariat aboutit donc, selon Marx, à la suppression de l'exploitation de l'Homme par l'Homme et à la constitution d'une libre association de personnes libres.
(Pour un premier bilan après l'effondrement de l'Urss au début des années 1990 : Stéphane Courtois et autres, Le livre noir du communisme, crimes, terreur, répression, Robert Laffont, Paris 1997; et sur les méthodes notamment utilisées pour construire "l'homme nouveau" : Grigore Dumitrescu, L'Holocauste des âmes, Munich 1978, Librairie roumaine, Paris 1997.)
2.2.3. La libre association des personnes libres
L'Etat et son droit oppressif sont remplacés par une libre association "où le libre développement de chacun est la condition du libre développement de tous".
Cette libre association n'est pas de nature anarchique. Une autorité publique subsiste, qui est aux mains des communistes, ceux qui savent dans quel sens va l'Histoire et qui sont résolus à accélérer sa marche vers la construction d'un "homme nouveau", l'Homme communiste, l'Homme enfin libre.
Selon Marx cette libre association, en permettant à l'Homme de se réaliser pleinement, ne peut aboutir qu'à la prospérité matérielle et à l'harmonie sociale, par le triomphe d'une morale altruiste librement assumée ...
Et, selon lui, cette libre association sera celle des Hommes du Monde entier, elle sera internationale.
3. Le marxisme d'Etat
Contrairement aux prévisions de Marx, qui pensait que la révolution socialiste éclaterait dans les pays capitalistes développés comme l'Allemagne ou l'Angleterre, le socialisme ne s'est implanté que dans des pays moins développés ou sous-développés, comme la Russie de 1917 ou la Chine de 1949, la Yougoslavie, l'Albanie, la Corée du Nord, le Vietnam, Cuba, ... à moins qu'il n'ait été imposé par la force des armes comme en Europe de l'Est après 1945.
Dans ces Etats le marxisme est devenu une idéologie d'Etat sous la forme officielle classique de marxisme-léninisme, ou avec des variantes comme le stalinisme ou les pensées Maozedong, Kim Il Sung, Enver Hodja.
L'idéologie d'Etat est utilisée pour imposer de nouvelles structures économiques et sociales, centralisées et interventionnistes, ayant pour objectif le développement national et, si possible, l'expansionnisme impérial (URSS, Vietnam....), selon le schéma fonctionnel indo-européen (souveraineté politico-idéologique, forces armées, forces de production) dans lequel l'économique est subordonné au politique qui est, au moins théoriquement, subordonné à l'idéologique.
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(Pour certains (Wim Beuken et autres, Concilium n° 245, Le Messianisme dans l'histoire, Beauchesne, Paris, 1993) le marxisme est bien un messianisme, le messie étant le prolétariat et l'objectif le bonheur de tous sur la terre, et non pas post mortem et pour l'éternité.
Comme l’on sait le marxisme a enthousiasmé la diaspora juive d’Europe de l’Est. Lénine lui-même a une mère juive, issue d’une famille bourgeoise, convertie à la religion orthodoxe (Dimitri Volkogonov, Le Vrai Lénine, Robert Laffont, Paris, 1995).
"Marx, comme on sait, est juif ou du moins est d'origine juive, puisqu'il a été converti par son père à l'âge de six ans au protestantisme. Son grand-père paternel, Marx-Levy, avait été rabbin à Trèves jusqu'à sa mort en 1789 ; son oncle paternel (Samuel, NDA) avait été grand rabbin du département de la Sarre et membre du grand Sanhedrin ; sa grand-mère paternelle descendait d'une lignée de rabbins célèbres depuis le XVIème siècle, tels que Jehuda ben Eliezer Halevy Minz (mort vers 1508), Meir Katzellenbogen, directeur de la Yechiva de Padoue (mort en 1591), Josua Heschel Lvov (1693-1771) ; sa mère, de son côté, était elle-même issue d'une famille de rabbins hollandais" in Francis Kaplan, Marx antisémite ? Imago/Berg International, Paris, 1990, p. 50. "...Herschel, le père (de Marx, NDA), devint au contraire avocat et se maria avec Henriette Presborck, descendante d'une famille de rabbins hollandais. Avocat, homme cultivé et ouvert aux idées du rationalisme des Lumières, il se convertit au protestantisme vers la fin de 1816 ou au début de 1817, changeant son prénom juif, Herschel, en Heinrich. Cette conversion fut imposée par la nécessité : c'était la condition indispensable pour exercer la profession d'avocat après l'introduction des lois qui interdisaient aux Juifs l'accès aux fonctions publiques. ..." in Enzo Traverso, Les Marxistes et la Question juive, Préface de Pierre Vidal-Naquet, 316p., La Brèche, Paris, 1990, p.255 note 9.)
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Georg Wilhelm Friedrich HEGEL
Georg Wilhelm Friedrich HEGEL
(1770-1831)
Le système normatif de l'Etat bureaucratique
1. La vie et l'oeuvre
Georg Wilhelm Friedrich HEGEL est né à Stuttgart en 1770 d'un père qui est un petit fonctionnaire des finances.
Il fait de solides études secondaires classiques au gymnasium (lycée) de la ville, qui lui donnent le goût de la civilisation grecque et de l'histoire.
En 1788 il entre comme boursier au Stift, le séminaire protestant de Tübingen, où il se passionne...pour les idées révolutionnaires françaises.
N'ayant pas la vocation de pasteur il devient précepteur à Berne, puis à Frankfurt, de 1793 à 1796.
En 1797 il est professeur stagiaire (privatdozent) à Frankfurt puis à Jena en 1800, où il est nommé professeur extraordinaire (auxiliaire) en 1804.
En 1806 il publie : Phënomenologie des Geistes, Phénoménologie de l'Esprit.
De 1808 à 1816 il dirige le gymnasium de Nuremberg où il enseigne la philosophie.
Il publie : Philosophische Propädeutik, 1811, Propédeutique philosophique, et Wissenschaft der Logik, 1812-1816, Science de la Logique.
En 1816 il obtient la chaire de philosophie à l'Université de Heidelberg.
Il publie : Encyclopädie der philosophischen Wissenschaften im Grundriss, 1817, Précis de l'encyclopédie des sciences philosophiques.
En 1817 il est nommé professeur de philosophie à l'Université de Berlin, où il enseigne jusqu'à sa mort en 1831.
Il publie : Grundlinien der philosophie des Rechts, 1821, Les Principes de la philosophie du Droit.
Les ouvrages suivants seront publiés après sa mort :
- Vorlesungen über die Aesthetik, 1832, Esthétique ;
- Vorlesungen über die Philosophie der Religion, 1832, Leçons sur la philosophie de la Religion ;
- Vorlesungen über die Philosophie der Geschichte, 1837, Leçons sur la philosophie de l'Histoire.
2. La philosophie du Droit de HEGEL : le Droit c'est la Liberté car le Droit c'est l'Etat
L'Histoire c'est le développement de l'Idée vers l'Esprit universel, vers l'Absolu, la Liberté.
C'est le Droit de l'Etat qui réalise la Liberté dans l'Histoire.
2.1. L'Histoire c'est le développement de l'Idée vers la Liberté
Ce qui Est totalement c'est l'Absolu, l'Esprit universel, "Dieu avant la création du monde" (Science de la logique).
L'Absolu est Liberté, car puissance éternelle infinie.
La Liberté se réalise objectivement par l'Idée. Tout procède de l'Idée, le monde sensible et les productions de l'esprit. L'Idée (pour Platon les Idées sont des réalités suprasensibles, les modèles éternels, immuables et parfaits, de tout ce qui existe ) est le principe universel du devenir par lequel est engendrée la Nature.
Dans la réalité concrète le développement progressif de l'Idée vers l'Esprit universel c'est l'Histoire.
L'Histoire se développe selon des lois qui lui sont propres, selon une logique qui est celle de la dialectique.
La dialectique est la loi du devenir, du développement de l'Histoire, selon un rythme à trois temps : thèse, antithèse, synthèse (la formule elle-même est marxiste).
Le développement de l'Histoire est l'oeuvre de la Raison, qui a pour fin lointaine la Liberté, l'Esprit universel, l'Absolu.
La Raison pour aboutir à cette fin dernière doit utiliser une ruse : elle se sert des passions des hommes qui suivent leur intérêt et le réalise "mais en même temps se trouve réalisée une fin plus lointaine, qui est immanente, mais dont ils n'avaient pas conscience et qui n'était pas leur intention" (Introduction à la philosophie de l'Histoire).
L'Esprit dans l'Histoire se manifeste non pas à travers les individus mais à travers les peuples ; l'individu ne peut accéder à l'Esprit universel, à la Liberté, à l'Absolu, qu'à travers un peuple, que par et dans l'esprit d'un peuple.
Dans l'Histoire c'est la religion qui permet l'une des plus hautes manifestations de l'esprit d'un peuple.
L'esprit d'un peuple c'est l'esprit national. L'esprit d'un peuple est un être vivant, qui naît, mûrit et meurt :"Un peuple est dominant dans l'histoire du monde pour telle époque donnée - et chaque peuple ne peut faire époque qu'une fois ..."(Philosophie du droit).
Chaque peuple étant unique, à un moment ou à un autre les guerres entre peuples sont nécessaires. Elles sont une condition de la "santé éthique des peuples".
Mais bien que nécessaires les guerres conduisent les peuples vers leur déclin car elles aboutissent à la constitution d'empires trop vastes pour conserver leur unité, c'est à dire pour conserver l'esprit national.
L'esprit national d'un peuple meurt mais son principe s'incarne alors dans un autre peuple.
Ainsi l'Histoire est-elle une succession d'impérialismes qui réalisent l'aventure de l'Esprit universel, de l'Absolu, de la Liberté.
2.2. Le Droit de l'Etat réalise la Liberté dans l'Histoire
L'Etat est la Raison réalisée, "le rationnel en soi et pour soi".
L'Etat incarne la Souveraineté. L'Etat a pour fonction d'organiser la société civile, la production, la répartition et la consommation des biens, l'économie.
L'individu, immergé dans ses intérêts particuliers, désire trouver son plein développement dans la famille et dans la société civile en dépassant sa particularité et en l'accomplissant dans l'intérêt universel.
La famille, par le mariage, par la gestion et la conservation du patrimoine, par l'éducation des enfants, arrache l'homme à son abstraction.
Mais la famille n'est qu'une unité contingente, qui ne dure pas. L'enfant devient adulte et à son tour fonde une famille ; les familles étendues donnent naissance à un peuple : ainsi se constitue la société civile.
Mais la société civile n'est pas l'Etat. La société civile n'est que le système des intérêts particuliers qui vise à assurer la survie des hommes. La société civile moderne c'est l'organisation moderne du travail, c'est le libéralisme économique, le capitalisme, dont la fonction est d'assurer la protection des droits individuels. La société civile permet la transformation matérielle du monde mais elle ne permet pas à la Liberté de se réaliser dans l'Histoire.
C'est l'Etat qui permet l'accomplissement individuel dans l'intérêt universel, c'est à dire la réalisation de la Liberté : "L'Etat est la réalité de la liberté concrète" (Philosophie du droit).
Dans le monde moderne, selon HEGEL, il y a opposition entre l'intérêt particulier et l'intérêt de la collectivité organisée qui apparaît à l'individu comme puissance extérieure et force contraignante, aliénante.
Cette opposition doit être surmontée. Elle le sera par la ruse de l'Etat.
L'Etat moderne, en partant de la liberté individuelle et en s'en servant, amène les hommes à reconnaître le caractère supérieur de son pouvoir et le caractère raisonnable de sa Loi.
La Raison dans l'Etat c'est une organisation constitutionnelle qui réalise l'esprit du peuple, c'est une monocratie qui ne connaît pas la séparation des pouvoirs au sens de John LOCKE (1632-1704) ou de Charles de MONTESQUIEU (1689-1755) mais une hiérarchie fonctionnelle qui permet à la vie concrète de la réalité étatique de s'exprimer pleinement : c'est le "pouvoir du Prince" qui représente la personnalité de l'Etat et exprime sa Souveraineté, c'est le "pouvoir gouvernemental" qui est le service public administratif, c'est le "pouvoir législatif" qui formalise sa volonté.
Le "pouvoir du Prince" est un pouvoir volontariste. Il est nécessaire que l'Etat promulgue des lois de telle façon que la volonté universelle qu'il personnifie régisse les volontés particulières afin que la Liberté dans l'Egalité soit réalisée.
La Liberté dans l'Egalité c'est la liberté pour tous et non pas l'égalité pour tous, l'égalitarisme de Jean-Jacques ROUSSEAU (1712-1778). La Liberté dans l'Egalité c'est le développement personnel des citoyens conformément à leurs capacités, qui ne sont pas égales, c'est donc le respect des différences.
Ainsi l'Etat qui réalise le véritable moi universel de l'individu est Liberté et le Droit c'est l'Etat.
La Liberté dans l'Etat ne peut se réaliser qu'à deux conditions :
- il faut que le citoyen raisonnable puisse trouver dans l'Etat par le Droit la satisfaction de ses désirs et de ses intérêts raisonnables,
- il faut que les lois de l'Etat, son droit positif, puissent être reconnues comme étant justes par tous ceux qui ont commpris que seul l'être raisonnable et universel peut être libre.
Cela suppose une organisation administrative qui ait en charge l'intérêt général, une bureaucratie qui permette aux fonctionnaires, choisis en fonction de leurs compétences, de gérer la liberté des citoyens.
Dans l'ordre étatique interne l'Etat est donc la concrétisation de la liberté individuelle.
Il n'en est pas de même dans l'ordre étatique externe, dans l'ordre international.
Dans l'ordre international les Etats se reconnaissent comme étant indépendants. Les Etats sont dans la situation des individus de la société civile avant la constitution de l'Etat.
Certes les Etats ont des devoirs moraux : ils doivent respecter les traités, l'inviolabilité des ambassadeurs... Mais aucune règle supérieure ne les oblige impérativement à respecter ces devoirs.
La vie internationale n'est pas soumise au Droit, faute d'Etat universel.
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Johann Gottlieb Fichte (1762-1814)
Johann Gottlieb Fichte(1762-1814)
Fichte est un disciple du bourgeois Immanuel Kant, qui se passionne pour la Révolution française ( § 1) puis se fait le chantre "illuminé" du nationalisme germanique (Le philosophie de Fichte : vers la liberté par l'Etat social et la Nation éducatrice § 2).
§ 1. La vie et l'oeuvre
J.G. Fichte est né en 1762 à Rammenau (Saxe) de parents pauvres. Il ne peut faire ses études que grace à un généreux protecteur.
Disciple de Kant, ce dernier lui permet de publier un premier ouvrage, une "Critique de toute révélation" (Versuch einer Kritik aller Offenbarung, Koenigsberg 1792) qui le fait connaître des spécialistes.
En 1793 il prend passionnément position en faveur de la Révolution française dans ses "Contributions destinées à rectifier le jugement du public sur la Révolution Française" (Beiträge zur Berichtigung der Urteile des Publikums über die französische Revolution, Berlin 1793), ouvrage qui le rend célèbre.
En 1794 il est nommé professeur à l'Université d'Iéna, dont il est renvoyé en 1799, ses adversaires l'accusant d'athéisme. Il enseigne alors à Berlin puis à Erlungen.
Après la publication de ses fameux "Discours à la Nation allemande" (Reden andie deutsche Nation, 1807-1808, trad. Paris 1952) prononcés alors que Berlin est occupé par les troupes françaises, il est nommé recteur de l'Université.
Il décède à Berlin en 1814.
Outre les ouvrages déjà cités, il a, notamment, écrit :
- Grundlage der gesamten Wissenschaftslehre. Leipzig 1794. Principes de la Doctrine de la science.
- Grunlage des Naturrechts nach Prinzipien der Wissenschafts1ehre, 1796. Fondement du droit naturel.
- Die Bestimmung des Menchen, 1800. La Destination de l'homme, Paris 1942.
- Wissenschafts1ehre, 1801 et 1804.
- Die Anweisung zum seligen Leben oder auch die Religionslehre, 1806. Initiation à la vie heureuse, Paris 1945.
Le fils de Fichte a publié les oeuvres comp1ètes de son père : - Nachgelassene Werke. Bonn 1834. - Sämtliche Werke, 8 vol., berlin, 1845-1846.
§ 2. Le philosophie de Fichte : vers la liberté par l'Etat social et la Nation éducatrice
A/ Vers la liberté
Selon Fichte le monde n'est pas réel. La seule réalité c'est l'Esprit.
Si le monde n'est pas réel, et s'il n'est que le produit de l'Esprit, il cesse d'être un obstacle à la réalisation de la Raison pratique (Kant). Le monde peut devenir le lieu du développement de la Raison pratique, le théâtre des hauts faits de la liberté.
Car le mouvement de l'Histoire c'est l'opposition du despotisme et de la liberté, qui conduit à l'instauration de l'état de paix qui est le but final de l'Homme, à savoir la réalisation d'une communauté d'êtres libres de par le progrès indéfini de la conscience humaine.
La tâche primordiale de la philosophie, au-delà des rêveries métaphysiques, est de justifier la conscience commune qui croit à l'existence du monde et qui souhaite une doctrine (théorie) du droit et de la morale.
La philosophie doit aboutir à l'action par la morale et le droit, l'Etat et la Nation.
Morale et droit
Les deux domaines de la morale et du droit sont séparés et non déductibles l'un de l'autre.
La morale a pour but l'unité spirituelle des consciences alors que le droit permet d'individualiser l'Homme dans la cotmnunauté.
La communauté est une nécessité car 1'Homme ne peut être un Homme que parmi les Hommes. Ce qui importe pour l'Homme c'est son appartenance au genre humain. L'individu isolé est sans réalité, sa bonne volonté ne peut s'exprimer qu'au sein d'une communauté organisée.
C'est le contrat social (tacite) qui permet de fonder la communauté politique, contrat qui a un double objectif :
- tout d'abord de déterminer les droits individuels accordés à chacun, - et ensuite de créer la contrainte nécessaire à la cohésion sociale, la contrainte de l'Etat.
Etat et Nation
L'Etat et la Nation sont les deux moyens qui permettront à l'Homme d'atteindre le but final, la liberté, l'Esprit.
L'Etat de Fichte c'est "l'Etat absolu", , l'Etat total, celui qui assigne "l'orientation de toutes les forces individuelles vers la finalité de l'espèce" (Sämtliche Werke, Berlin 1845, tome VII, p. 144).
Or, selon le pangermaniste Fichte, la finalité de l'espèce c'est la finalité de l'Etat lui-même, car l'Etat se considère comme étant la plus haute réalité et par conséquent comme l'expression de l'espèce.
De ce fait l'Etat peut être un tout fermé dans lequel "s'absorbe intégralement et parfaitement l'individualité de tous dans l'espèce de tous et dans lequel chacun récupère ce qu'il avait apporté à la force générale de tous les autres" (ibidem, p. 146).
On ne saurait en déduire, selon notre doctrinaire, que l'individu est livré à l'Etat car la finalité de ce dernier est sociale et morale : se mettre au service de la Raison pratique en préparant la personne humaine à la véritable liberté spirituelle.
B/ Par l'Etat social et la Nation éducatrice
Par l'Etat social
Dès maintenant, l'Etat doit organiser pour tous ses membres, et non pas seulement pour une petite minorité d'entre eux, une vie digne d'être vécue :
"Il doit travailler sans angoisse, avec plaisir et joie, et avoir du temps de reste pour élever son esprit et son regard au ciel pour la contemplation duquel il est formé... C'est là son droit puisque enfin il est homme" (L'Etat commercial fermé, I, L.G.D.J. Paris 1940, p. 73).
Les forces sociales doivent être redistribuées en vue de produire le plus possible de biens matériels et de meilleures conditions de travail. Chacun doit recevoir une partie proportionnelle à son activité du produit total.
C'est l'Etat qui, par une réglementation minutieuse, veille à fournir à chacun ce qui lui revient. Cela nécessite le maintien d'un équilibre interne qui ne peut être obtenu, selon Fichte, que par l'autarcie économique, la fermeture commerciale - fermeture commerciale qui aura pour autre conséquence d' éviter la guerre puisque les guerres modernes ont presque toujours des origines mercantiles.
L'Etat a donc pour objet premier ce qui relève du temporel, du matériel.
La Nation éducatrice
L'objet de la Nation c'est le spirituel, l'éternel.
La Nation porte les valeurs et a charge d'éduquer, de moraliser, de rendre l'Homme vertueux. Si tous les hommes étaient vertueux, l'Etat perdrait son caractère de pouvoir contraignant et ne serait plus que le conseiller et le guide des hommes de bonne volonté.
La Nation se détermine par la culture, culture qui est fondée sur une langue. L'homme dépend plus de sa langue que la langue ne dépend de lui. Une Nation est irréductible à n'importe quelle autre car dans l'Histoire elle représente un système d'idées, un système original, forgé au cours de 1'expérience de son peuple.
La Nation germanique
Selon Fichte quelques nations ont su conserver, au cours de leur évolution historique, la langue primitive de leurs ancêtres.
Ce sont les nations-mères.
La Nation germanique est une nation-mère, qui embrasse tous les Hommes de langue allemande.
En Europe, face aux nations non germaniques, ou germaniques qui parlent des langues néo-latines, 1a Nation allemande est la seule qui soit porteuse des valeurs essentielles et donc l'instrument préféré de l'Esprit.
Il convient, toutefois, de distinguer entre germanisme formel et germanisme réel.
Un idéaliste français est, selon Fichte, plus "germanique" qu'un matérialiste allemand :
- "Tous ceux qui croient à la spiritualité et à la liberté, ceux qui veulent faire progresser cette spiritualité par la liberté, tous ceux-là, quels que soient leur pays d'origine et leur langue, sont avec nous et pour nous" (Discours à la Nation allemande, VII, Paris 1952, p. 164). :,
(La philosophie de Fichte, notamment, va permettre aux allemands de se préparer idéologiquement à adhérer massivement à l'idéologie nationale-socialiste.)
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Oswald Spengler (1880-1936)
Oswald Spengler (1880-1936) Le Déclin de l'Occident
- La vie et l'oeuvre
Né le 29 mai 1880 à Blankenburg, en Allemagne, Oswald Spengler fait des études de sciences naturelles, de mathématiques et de philosophie.
Il obtient, en 1904, son doctorat de philosophie en soutenant une thèse sur Héraclite.
Professeur dans l'enseignement secondaire jusqu'en 1910 il fait alors un héritage qui lui permet de se consacrer entièrement à son oeuvre. Il projette d'écrire une méditation philosophique sur le destin des cultures. Le plan général d'un ouvrage est terminé en 1914 et en juillet 1918 parait le premier tome de "Der Untergang des Abendlandes"(Le Déclin de l'Occident). Le livre a immédiatement un succès considérable. Le second tome est publié en 1922 et la version remaniée et définitive du premier tome en 1923.
Alors que la République de Weimar fonctionne vaille que vaille Spengler consacre toute son activité à critiquer violemment la démocratie, le parlementarisme et le marxisme, sans pour autant adhérer au nazisme ni appartenir aux chapelles intellectuelles, aussi les ouvrages de cette deuxième période ne rencontrent-ils que peu d'audience: Preussentum und Sozialismus, 1919 (Prussianisme et socialisme); Pessimismus ? 1921 (Pessimisme ?); Neubau des deutchen Reiches, 1924 (La Reconstruction du Reich Allemand).
"Der Mensch und die Technik", 1931 (L' homme et la technique) qui est une.suite au Déclin n'est pas mieux accueilli et son dernier ouvrage "Jahre der Entscheidung" (Années décisives) qui parait en 1933 et coincide avec l'arrivée de Adolf Hitler au pouvoir lui vaut d'être accusé par les nazis de pessimisme systématique.
Oswald Spengler décède le 8 mai 1936.
++++++
- Le biologisme aristocratique d'Oswald Spengler
Spengler ne croit pas, comme les marxistes le croient, que l'Histoire ait un sens.
A l'idée scientiste et démocratique d'une Histoire universelle et unique orientée dans le sens du progrès Spengler oppose l'existence des cultures, radicalement différentes, organismes vivants qui naissent, grandissent, murissent puis déclinent et disparaissent. A la recherche rationnelle des causes il préfère la méditation sur le destin. Au mécanisme il oppose le biologisme.
A la suite de Goethe, Spengler oppose le devenir au devenu, l'organique au mécanique, la nature à l'Histoire.
Il n'y a pas d'Histoire de l' Humanité pour la raison que l'Humanité n'existe pas. Les seules réalités historiques sont les cultures qui possèdent leur âme propre. Spengler écrit: "Une culture naît au moment où une grande âme se réveille, se détache de l'état psychique primaire d'éternelle enfance humaine, forme issue de l'informe, limite et caducité sorties de l'infini et de la durée. Elle croît sur le sol d'un paysage exactement délimitable, auquel elle reste liée comme une plante. Une culture meurt quand l'âme a réalisé la somme entière de ses possibilités, sous la forme de peuples, de langues, de doctrines religieuses, d'arts, de sciences, et qu'elle retourne ainsi à l'état psychique primaire".
Chaque culture est mue par une nécessité immanente qui est son "destin". Différentes les unes des autres les cultures ne peuvent ni communiquer, ni se comprendre, ni transmettre d'héritage.
Spengler distingue huit grandes cultures (égyptienne, babylonienne, indienne, chinoise, mexicaine, arabe, antique, occidentale). Ses principaux développements concernent, bien entendu, la culture antique et la culture occidentale.
La culture antique a une âme "appollinienne". Cette âme qui répugne à l'illimité s'attache donc à ce qui est clairement circonscrit, s'exprime dans la géométrie euclidienne, la statuaire, la tragédie, la Cité-Etat.
L'âme occidentale, elle, est "faustienne". Elle s'épanouit dans les espaces illimités. Ses manifestations: telles sa musique, sa peinture, ses cathédrales dressées vers le ciel, le drame shakespearien, le calcul infinitésimal, les grandes explorations, les armes à longue portée, le télégraphe et le téléphone, l'Etat moderne, l'impérialisme, sont autant de signes de l'éternelle inquiètude de l'occident à désirer l'inaccessible.
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