04.05.2008
Francisco Suarez (1548-1617)
Francisco Suarez (1548-1617)
§ 1 - La vie et l'oeuvre
Né à Grenade en 1548, Francisco Suarez est jésuite (Compagnie de Jésus, Societas Jesu, S.J., ordre catholique de clercs réguliers fondé par Ignace de Loyola en 1540 et ayant notamment la mission d'enseigner).
Il est professeur à Paris, Valladolid, Salamanque, Rome ....
Comme Francisco de Vitoria, Suarez est considéré comme étant l'un des fondateurs du droit international.
Son oeuvre est considérable et peut être comparée à celle de Saint-Thomas d'Aquin.
L'ouvrage qui nous intéresse ici est le Tractatus de legibus ac de Deo legislatore, le Traité des lois et de Dieu législateur.
§ 2 - La philosophie du droit de Francisco Suarez : droit naturel "rationnel" et droit international
A - Le Pouvoir
Pour Suarez, comme pour Vitoria, l'Etat est une "commauté parfaite par elle-mëme".
Cette communauté parfaite a besoin d'un Pouvoir et ce Pouvoir est voulu par Dieu.
Mais ce sont les hommes, qui composent la communauté, qui détermineront à qui le Pouvoir appartiendra.
Autrement dit si le Pouvoir est d'essence divine le mode de gouvernement relève du droit positif.
C'est par un acte volontaire, qui s'exprime par un contrat (le contrat social) ou par un quasi-contrat (le consentement étant donné peu à peu et tacitement de par le comportement des membres de la communauté) que la communauté parfaite qu'est l'Etat se donne des gouvernants.
Ce sont ces gouvernants qui sont les auteurs du droit positif d'où résultent des droits subjectifs pour les membres de la communauté étatique.
B - Droit positif et droits subjectifs
Les membres de la communauté ayant confié le Pouvoir aux gouvernants ceux-ci disposent du pouvoir législatif.
Le droit positif est un droit volontaire, qui émane de la volonté des gouvernants.
Les gouvernants en édictant des normes de droit positif reconnaissent aux membres de la conununauté un certain nombre de droits subjectifs.
Est-ce à dire que le législateur peut tout faire, dispose d'un pouvoir absolu? Non, le législateur se doit de respecter le droit naturel et le jus gentium, le droit international.
C - Le droit naturel et le droit international
Suarez, comme Vitoria, pense qu'il existe une communauté internationale pour la raison que les Etats ne peuvent se suffire à eux-mêmes.
Cette communauté internationale est régie par le droit naturel et le droit international.
Le droit naturel ce sont les lois naturelles qui ont pour source la volonté divine.
Mais cette volonté divine ne saurait se manifester par le canal de la révélation.
Les lois naturelles ne sauraient être confondues avec les lois bibliques.
Les lois naturelles nous sont connues par le canal de la raison, que Dieu a déposée en l'homme dès l'origine.
C'est donc la raison de l'homme qui permet de connaître le droit naturel.
Or la raison de l'homme, accordée par Dieu, ne saurait être changeante et relative.
En conséquence le droit naturel est universel et immuable.
Certes l'expérience nous montre que certaines différences existent, de par le monde, entre les systèmes juridiques.
Selon Suarez ce ne sont pas les lois qui changent mais les matières auxquelles elles s'appliquent et c'est ce pourquoi les lois naturelles doivent être interprétées.
Ce sont évidemment les théologiens de l'Eglise catholique qui seront les seuls interprètes autorisés.
le droit international tire sa force obligatoire de ce droit naturel "rationnel".
En effet, les Etats ne sont pas libres de créer comme ils l'entendent les règles du jus gentium.
Ils se doivent de respecter les principes du droit naturel qui s'imposent à eux de par leur origine divine.
Le droit naturel étant supérieur au droit international celui-ci tire sa force obligatoire de sa conformité à celui-là.
Cependant si les Etats ne sont pas libres de créer comme ils l'entendent les règles du jus gentium celles-ci résultent formellement de leur volonté.
Le droit international est créé par les Etats. C'est le droit constaté par l'usage, la coutume, la pratique des Etats.
De ce fait, et contrairement au droit naturel, le droit international n'est ni universel ni immuable mais limité aux relations entre deux ou plusieurs Etats.
Quoi qu'il en soit les Etats sont restreints dans leur autorité par l'existence de ce droit international obligatoire et par celle du droit naturel.
http://www.denistouret.fr/ideologues/Suarez.html
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Francisco de Vitoria (v.1480-1546)
Francisco de Vitoria (v. 1480-1546)
§ 1 - La vie et l'oeuvre
Né vers 1480 dans la ville de Vitoria, Francisco de Vitoria est un moine catholique dominicain (ordre des prêcheurs, O.P., fondé par Domingo de Guzman, v. 1170-1221, ayant pour mission de lutter idéologiquement contre les hérésies).
Il fait ses études à Paris, puis y devient Maître avant de rejoindre l'Université de Salamanque, la plus célèbre de l'époque.
On peut dire qu'il est disciple d'Aristote et de saint Thomas d'Aquin.
Il est aujourd'hui considéré comme étant l'un des fondateurs du droit international.
Son ouvrage principal en la matière est le Relectiones morales, recueil de cours faits à Salamanque (1696).
§ 2 - La philosophie du droit de Francisco Vitoria : l'Etat et le droit international
A - L'Etat
Selon Vitoria l'Etat est une "communauté qui est son propre Tout par elle-même", qui est indépendante physiquement (géographiquement), politiquement et juridiquement.
L'Etat est une communauté qui se suffit à elle-même :
- quant à son territoire,
- quant à sa population,
- quant à son organisation et à son gouvernement.
Cependant l'indépendance de l'Etat n'est pas absolue car l'autorité de l'Etat se heurte d'une part à l'existence de la morale et du droit (B) et d'autre part à l'existence d'une communauté internationale (C).
B - La morale et le droit
Vitoria ne distingue pas clairement la morale du droit et notamment le droit naturel du droit positif.
Il affirme cependant que le droit international, le Jus gentium, est constitué par les règles que "la raison naturelle a établies entre les Nations".
Le droit des gens est obligatoire car il tire sa force du droit naturel dont il découle.
Ces règles résultent du consentement de la majeure partie de l'Univers pour le bien de tous, et elles s'imposent à la minorité.
Parmi ces règles l'on peut citer : l'inviolabilité des ambassadeurs, la communauté de la mer, le fait que les prisonniers de guerre sont des esclaves, etc.
En application de ces règles l'Etat ne peut faire que des guerres justes.
La guerre est juste lorsqu'il s'agit de défendre les droits de ses ressortissants et le "bien commun de l'Univers" qui consiste essentiellement à faire du commerce international.
L'on peut donc conquérir par les armes les Etats qui refusent de s'ouvrir à ce commerce international.
L'Etat fort peut d'autre part agir pour le compte d'un Etat faible qui ne peut défendre lui-même ses propres droits.
Tout cela résulte du fait qu'il existe une Communauté internationale qu'il faut protéger.
C - La Communauté internationale
En effet dans l'état de nature primitif tous les biens étaient communs.
Lorsque les Etats se sont formés ils ont dû respecter les droits égaux que les individus avaient sur toute chose. Or le droit fondamental des individus est d'entretenir des relations commerciales.
La Communauté internationale est donc ouverte aux échanges.
Les Etats se doivent donc de respecter certains droits :
- la liberté de la mer et des fleuves,
- le droit d'aller et venir,
- le droit d'acquérir une nationalité,
- le droit de faire du commerce.
http://www.denistouret.fr/ideologues/Vitoria.html
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03.05.2008
Joseph de Maistre (1753-1821)
Joseph de Maistre (1753-1821) Véritable réactionnaire, ennemi acharné du libéralisme de la Révolution française de 1789, a fortiori de la révolution jacobine de Robespierre, le comte Joseph de Maistre consacre sa vie et son oeuvre (§ 1) à lutter contre les Lumières lucifériennes, pour l'unité nationale par l'ordre divin et l'expiation des péchés (§ 2).
§ 1. La vie et l'oeuvre
Le comte Joseph de Maistre est né à Chambéry en 1753. Son père était président du Sénat de Savoie, province alors dépendante du royaume de Sardaigne.
Lui-même fut magistrat puis sénateur.
En 1792, lors de l'invasion française, il quitte son pays pour se réfugier en Suisse puis à Turin, capitale du royaume.
De 1803 à 1817 il représente à Saint-Pétersbourg, comme envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire, le roi de Sardaigne, son prince, Victor-Emmanuel 1er.
Revenu à Turin en 1817, il est nommé premier président des Cours Suprêmes. Il décède à Turin en 1821.
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Homme de cabinet, il consacre de nombreuses heures par jour à l'écriture.
Aussi ses oeuvres complètes comprennent-elles 14 volumes (Lyon 1884-1887). Il écrit notamment :
- De la souveraineté (publié en 1870) ;
- Considérations sur la France, 1796 ;
- Essai sur le principe générateur des constitutions politiques, 1814 ;
- Du Pape, 1819 ;
- De l'Eglise gallicane, 1821 ;
- Soirées de Saint-Pétersbourg, 1821.
Textes disponibles sur internet
§ 2. Pour l'unité nationale par l'Ordre divin et l'expiation des péchés
A/ L'unité nationale
Selon le comte Joseph de Maistre, magistrat monarchiste catholique, le mal est dans l'homme, et il est incommensurable :
"Commençons par examiner le mal qui est en nous, et pâlissons en plongeant un regard courageux au fond de cet abîme ; car il est impossible de connaître le nombre de nos transgressions, et il ne l'est pas moins de savoir jusqu'à quel point tel ou tel acte coupable a blessé l'ordre général et contrarié les plans du législateur éternel" (Soirées, I,214).
Le mal c'est la division, c'est l'unité brisée, unité qui est voulue par Dieu. Or pour remédier au mal et à la division, l'on ne peut compter sur l'homme lui-même, qui est mauvais, entaché du péché originel.
Il n'y a que deux moyens de salut, un moyen préventif, l'autorité, et un moyen curatif, l'expiation.
L'autorité est la condition du maintien de l'unité. Il faut que la société religieuse et la société civile soient soumnises à l'ordre voulu par la providence divine.
Le moyen dans la société religieuse est 1'infaillibilité pontificale et dans la société civile la souveraineté.
C'est Dieu qui souhaite que les hommes soient regroupés par affinités naturelles en sociétés hiérarchisées, en nations.
Les peuples n'ont pas le choix. La souveraineté résulte directement de la nature humaine mais c'est Dieu le créateur de cette nature. "C'est une loi du monde physique : Dieu fait les rois au pied de la lettre" (Oeuvres complètes, I.232).
Chaque nation a son caractère, et ce caractère fait son type de gouvernement. L'homme ne saurait constituer un nouveau type de gouvernement par sa libre détermination, il usurpe ainsi le gouvernement voulu par Dieu.
La Révolution française ne peut être que "satanique" puisqu'elle entend mettre l'homme à la place de Dieu.
Le oaractère national est constitué d'un ensemble de maximes religieuses et politiques qui sont devenues des "dogmes nationaux" et qui font une "raison nationale".
Le souverain a pour devoir d'en imposer le respect par les prêtres, les hauts fonctionnaires, les magistrats.
Les savants n'ont pas d'autres obligations que de subordonner leur science à cette "raison nationale" qui vient tempérer les excés de la raison individuelle.
L'homme s'agite et Dieu le mène. C'est l'action continuelle de la Providence qu'il faut avoir toujours en vue. C'est pourquoi les actes des hommes, y compris les plus criminels, sont à considérer quant à leurs effets profonds.
Les hommes sont pris dans un tourbillon social qui les dirige sans qu'ils s'en doutent, qui leur impose leurs pensées, leurs sentiments et leurs actes.
B/ L'Ordre divin et l'expiation des péchés
Ainsi va la vie des Nations sous l'impulsion de Dieu, et le mal lui-même, voulu par la Providence divine, oeuvre pour, en définitive, le triomphe du bien.
Car malgré l'autorité divine et humaine, le Pape et le Souverain, l'homme continue à pécher, à faire le mal.
Il faut donc que l'être humain expie.
Il faut qu'il expie par le sang, pour que le bien triomphe, et que le repenti gagne son salut.
C'est que le sang versé par le bourreau, cet envoyé de Dieu, cet indisnensable gardien de l'intégrité nationale, ce soutien de l'ordre, est la condition nécessaire de l'unité politique.
De même le sang versé sur les champs de bataille, les mille souffrances qui assaillent 1'humanité, les massacres, les morts violentes, les maladies, en faisant disparaître par la souffrance les souillures de nos péchés et de nos crimes, sont les moyens employés par la Providence divine pour ramener les hommes à l'unité, au bien.
L'innocent lui-même, qui souffre, expie pour le coupable ; et de même que Jésus-Christ a donné sa vie innocente pour racheter les péchés du monde, la victime innocente donne son sang pour le coupable :
"Le juste souffrant volontairement. ne satisfait pas seulement pour lui-même, mais pour le coupable qui, de lui-même, ne pourrait s'acquitter" (Soirées, p. 130).
http://www.denistouret.fr/ideologues/Maistre.html
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Saint-Augustin (354-430)
1.La vie et l'oeuvre
Aurelius Augustinus est né, en 354, à Thagaste (aujourd'hui Souk-Ahras en Algérie), son père est un berbère relativement aisé ayant la citoyenneté romaine. Augustin fait ses études supérieures à Carthage.
Il s'intéresse à la philosophie et au droit (Cicéron). Mais trouve la Bible barbare et refuse d'écouter sa mère, Monique, qui est chrétienne alors que son père est païen, mère qui voudrait qu'il se convertisse au christianisme.
Il est alors séduit par la doctrine manichéenne. Le "babylonien" MANI (216-277) prophétise le salut prédestiné des "élus" qui pratiquent, dans un monde où le "matériel" est le Mal et le "spirituel" le Bien, une morale particulièrement austère.
Bientôt déçu par le manichéisme et par l'enseignement de rhétorique (art oratoire) qu'il donne à des élèves indisciplinés il part pour l'Italie en 383, à Rome puis à Milan où on lui confit un poste officiel de Rhéteur.
Il fréquente l'Evêque de la ville (Saint) AMBROISE et découvre les néo-platoniciens, dont le maître spirituel est PLOTIN (v.205-270).
En 387, cédant aux prières de sa mère (Sainte) MONIQUE, il est baptisé, à l'âge de 33 ans.
Rentré en Afrique il mène tout d'abord une vie monastique puis est élu, en 396, Evêque d'Hippone (aujourd'hui Annaba (Bône) en Algérie, près de la frontière tunisienne), par la toute petite communauté catholique, et le restera jusqu'à sa mort en 430 - qui survient alors que la ville est assiégée par les Vandales, qui la prendront et la pilleront tout en respectant son tombeau ... et sa bibliothèque.
AUGUSTIN a défendu le catholicisme (christianisme universel) contre, notamment, le manichéisme et le donatisme, schisme chrétien fondé par le berbère DONATIUS (?-355) qui est majoritaire à Hippone.
Il a écrit 232 ouvrages, dont le principal La Cité de Dieu a été écrit après la prise de Rome par ALARIC 1er, Roi des Wisigoths, en 410.
2. La philosophie du Droit de SAINT-AUGUSTIN.
La philosophie du Droit de SAINT-AUGUSTIN est fondée sur le dogme chrétien : le Droit c'est le juste divin de la Bible.
Le juste divin est connu par les trois Lois (théorie des trois Lois, Contra Faustum, livre XIX): la Loi naturelle, la Loi biblique, la Loi humaine ou profane.
2.1. Le Juste divin
Selon le dogme, un héritage du judaïsme, Dieu est la cause de tout, il mène l'Histoire, il mène le Monde par sa providence, c'est lui qui donne un sens à l'Histoire.
Or Dieu c'est la Justice et la Justice c'est le Droit.
C'est pourquoi il faut croire, mais aussi comprendre ce que l'on croit, car Dieu a voulu que l'Homme soit un être de raison (Foi et raison).
2.2. La Loi naturelle
Dieu a créé l'ordre naturel :
- Dieu entend que toute chose soit ordonnée.
- Dieu impose son ordre sur la nature.
Donc la Justice c'est le respect de l'ordre naturel :
- C'est l'obéissance à l'ordre voulu par Dieu.
Les païens (non-juifs et non-chrétiens) sont soumis à la Justice :
- C'est la Loi naturelle qui s'impose à eux et qui les guide.
2.3. La Loi biblique
Elle s'impose aux juifs et aux chrétiens.
Les juifs doivent respecter l'Ancien Testament :
- Dieu ayant pris pitié des Hommes, qui vivent dans le péché, a donné au peuple juif, le peuple élu, une loi supérieure à la loi naturelle, la Loi biblique qui est contenu dans l'Ancien Testament (le Pentateuque, la Torah) et qu'ils doivent respecter.
Les chrétiens doivent respecter le Nouveau Testament :
- La Loi biblique de l'Ancien Testament est maintenant dépassée par l'enseignement du Christ, le Nouveau Testament.
- C'est la nouvelle Loi biblique qui s'impose aux chrétiens, c'est leur Droit.
Le Droit des chrétiens :
- Le Droit des chrétiens c'est, tout d'abord, "aimer Dieu", c'est ce qui fait que l'Homme est juste.
- C'est aussi, et en même temps, "aimer son prochain", sans discrimination. C'est pratiquer la charité, le pardon des offenses, c'est ne pas faire à autrui ce que l'on ne veut pas qu'autrui vous fasse.
- Pour Saint-Augustin le Droit des chrétiens c'est encore la renonciation totale aux biens terrestres, renonciation qui est nécessaire pour pouvoir aimer Dieu, c'est la vie en communauté, le communisme monastique car l'appropriation privée des biens n'est pas d'essence divine (l'appropriation privée des biens pervertit les possesseurs qui, en fait, ne possèdent pas les biens mais sont possédés par eux, ce qui les éloigne de Dieu).
La sanction du Droit des chrétiens :
- Les chrétiens qui ne respectent pas la Loi biblique ne sont pas sanctionnés sur cette terre.
- La sanction est transcendante, elle ne peut être applicable qu'aux âmes et pour l'éternité.
Les chrétiens sont également soumis à la Loi humaine, ou profane.
2.4. La Loi humaine ou profane
La Loi humaine est injuste. Il faut cependant lui obéir mais lutter pour le triomphe de la Loi juste qu'est la Loi biblique.
La Loi humaine est injuste :
- Les Hommes ont créés des lois pour régir leurs relations sociales.
- Ces lois humaines ne sont pas justes en soi.
- La Loi humaine n'est pas juste en soi, car l'Etat poursuit des fins qui sont trompeuses en essayant, par le droit profane, de rendre à chacun ce qui lui est dû.
- La Loi humaine ne peut être juste que si elle rend à Dieu ce qui lui est dû, en s'inspirant étroitement de la Loi biblique.
Le chrétien doit obéir à la Loi humaine :
- Le chrétien doit obéir, même aux lois humaines injustes.
- Tout d'abord parce que les lois humaines fondent un certain ordre social, qui permet une certaine paix, une certaine sécurité, dont profite le peuple.
- Mais surtout parce que les lois humaines sont voulu par Dieu, par la providence divine.
- Obéir aux lois humaines, même injustes, c'est obéir à Dieu.
Le chrétien doit lutter, pour le triomphe de la Loi biblique :
- La Loi biblique ne peut triompher que si la Loi humaine s'en inspire étroitement.
- Il faut donc que les chrétiens luttent pour l'expansion de l'Eglise catholique qui est au service de Dieu et de sa Loi.
- Cette expansion de l'Eglise catholique pourra se faire en faisant appel au Pouvoir civil contre le schisme (séparation) et l'hérésie (erreur dogmatique), en utilisant si nécessaire la violence et la guerre sainte, car si la foi est un acte essentiellement libre il convient de convaincre par la force les irréductibles, afin d'assurer leur salut éternel (Lettre 93 à Vincentius).
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02.05.2008
Saint-Thomas d'Aquin
Saint-Thomas d'Aquin
(1225-1274)
1. La vie et l'oeuvre
Tommaso d'Aquino est né dans une grande famille de la noblesse européenne.
Il est le petit neveu de l'Empereur FREDERIC 1er BARBEROUSSE (v.1122-1190).
Elève au monastère bénédictin du Mont(e) Cassin(o), situé entre Rome et Naples, son père veut faire de lui un militaire ou un diplomate, sans succès.
A 19 ans il entre dans l'ordre des prêcheurs (O.P.)(les dominicains) fondé par DOMINGO de GUZMAN (Saint Dominique) en 1216 pour lutter contre l'hérésie albigeoise, cathare, l'Inquisition leur fut confiée en 1233.
Il se consacre à l'enseignement et fait ses études supérieures à Naples, Paris et Cologne où il est le disciple d'ALBERT le Grand (Saint)(v.1193-1280).
Surnommé le Boeuf de Lucanie puis le Docteur angélique il enseigne la théologie à La Sorbonne, fondée en 1253, à Rome et à Naples.
En 1259 le Pape Alexandre IV lui confie la direction du Centre d'Etudes Pontificales de Rome.
En 1268 le Pape Clément IV l'envoye à La Sorbonne pour apaiser les Querelles scolastiques.
En 1272 le Pape Grégoire X lui confie la direction de l'Université de Naples.
En 1274 il décède en se rendant au Concile de Lyon où il est appelé comme expert.
Son oeuvre comprend, essentiellement, Quaestiones disputatae, De Ente et Essentia, Summa contra Gentiles, Summa Theologiae (note 1).
2. La philosophie du droit de THOMAS D'AQUIN
Le système normatif de THOMAS D'AQUIN est construit à une époque historique particulièrement intéressante.
Il comprend quatre catégories de droit.
2.1. L'époque historique
Après l'expansion islamique (VIIème-XIème) et la remarquable civilisation qui en résulte - qui est très largement causée par le fait que la théologie islamique classique n'entend pas imposer le dogme aux sciences rationnelles - l'Occident, à son tour, est en expansion, intellectuellement, économiquement et politiquement (croisades), à partir du XIème siècle.
Dans le monde des idées l'on redécouvre les philosophes grecs par l'intermédiaire des musulmans.
Les oeuvres des grands philosophes musulmans pénètrent en Occident en passant par l'Espagne :
- à partir de la seconde moitié du XIIème siècle, celles d'AVICENNE (note 2) (Ibn Sînâ, 370/980-428/1037), un médecin, mathématicien et philosophe perse, qui sera combattu par le juriste, théologien et mystique perse ALGAZEL (note 3) (AL-GHAZâLî, 450/1058-503/1111), qui a reconcilié l'Islam orthodoxe avec le soufisme (note 4) ; Avicenne s'inspire d'Aristotélès, ARISTOTE (note 5) (385-322) et des néo-platoniciens dont le maître spirituel est Plôtinôs, Plotin (v. 205-270) ;
- à partir du milieu du XIIIème siècle, celles d'AVERROES (note 6) (Ibn RUSHD ou ROCHD, 520/1126-595/1198), un adversaire d'AVICENNE qui entend revenir à l'authentique philosophie d'ARISTOTE.
Ces oeuvres ont une profonde influence sur les intellectuels chrétiens et donnent naissance à La Sorbonne à ce que l'on appelle "Les querelles scolastiques".
Dans le domaine économique et social on assiste à la renaissance de la bourgeoisie marchande en tant que groupe social en plein développement (note 7).
La théocratie de SAINT-AUGUSTIN semble alors mal adaptée à un monde diversifié qui se complexifie.
THOMAS d'AQUIN entend concilier (note 8) la Bible et l'Augustinisme avec les doctrines de PLATON mais surtout d'ARISTOTE, dégagées des interprétations musulmanes considérées comme étant matérialistes.
2.2. Les quatre catégories de droit
Le système normatif de THOMAS d'AQUIN comprend les catégories suivantes, dans l'ordre hiérarchique :
1.- Le Droit divin, appréhendé par la Raison divine et donc inaccessible à l'Homme.
2.- Le Droit naturel, voulu par Dieu et appréhendé par la raison humaine.
3.- Le Droit positif divin, inscrit dans la Bible.
4.- Le Droit positif humain, légal parce qu'accepté par tous et légitime parce qu'ayant pour but la réalisation du "Bien Commun" tel qu'il est défini par l'Eglise chrétienne.
Les trois catégories connaissables sont donc les catégories 2, 3 et 4, le droit naturel étant supérieur.
2.3. Le Droit naturel
L'Homme est libre d'agir.
Pour THOMAS d'AQUIN Dieu est, évidemment, la cause de tout. Mais Dieu ne saurait agir en toutes choses par sa Providence.
Dieu a, en effet, donné à chaque chose des lois pour la régir - il a créé un ordre naturel.
Cependant, si les animaux suivent les lois de leur nature par instinct, et si l'Homme participe du genre animal, l'Homme peut, par son "libre arbitre", s'écarter de l'ordre naturel voulu par Dieu.
Le Bien est de respecter l'ordre naturel voulu par Dieu.
Le Bien pour l'Homme est de suivre sa nature, telle qu'elle a été fixée par Dieu. Il faut donc connaître cette nature.
Cette connaissance de la nature de l'Homme ne peut être qu'une connaissance expérimentale, une connaissance qui résulte de l'observation des faits par l'intermédiaire des sens et de la Raison :
- les sens ne nous font connaître que le particulier, ce que THOMAS d'AQUIN appelle les "substances premières",
- c'est la Raison, par l'abstraction, qui nous fait percevoir le général, les "substances secondes", qui nous amène à comprendre l'ordre statique et l'ordre dynamique du Monde.
C'est en fonction de la connaissance de l'ordre naturel du Monde que l'Homme est amené à la connaissance du Droit naturel. Pour AQUIN le droit naturel est muable (note 8), variable, parce que la nature de l'Homme est muable (Somme Théo. Ia IIae, Qu.94, art. 2, 4 et 5)(note 9) : ainsi l'Homme du XIIIème siècle, en connaissant sa propre nature, est amené à constater que le Droit naturel est pour la monogamie dans le mariage, contre le divorce, l'inceste, les fiançailles avant l'âge de raison...
Le droit naturel est une fraction du droit divin.
Le droit naturel ainsi appréhendé par la raison humaine ne saurait être, toutefois, qu'une partie du droit divin - qui ne peut être appréhendé que par Dieu lui-même mais qui, par ailleurs, a été partiellement révélé dans la Bible.
C'est à partir des principes du droit divin, tels qu'ils sont découverts par la raison humaine, que se constitue le droit positif humain.
2.4. Le droit positif humain, le jus positivum, la lex humana
a/ Le droit positif humain est une nécessité.
Le Droit positif humain est une nécessité (note 10) de par la nature même de l'Homme.
L'Homme est un être politique, un être qui vit en société et qui donc a besoin d'un ordre social, d'un ordre politique.
b/ Le droit positif humain est valable s'il est accepté par tous.
Le Droit positif humain a pour auteur, selon le régime politique existant, soit un monarque, soit une aristocratie, soit le peuple lui-même (république).
Il tire sa force légale du fait même qu'il est accepté par tous (consensus).
c/ Le doit positif humain est juste s'il a en vue le "Bien Commun".
Pour AQUIN l'Etat est une institution naturelle qui assure la sécurité de la vie sociale, mais qui, également est un Bien lorsqu'il sert l'intérêt général.
En conséquence le Droit positif humain est juste, légitime, lorsqu'il a en vue le "Bien Commun", c'est à dire lorsque le Droit positif est conforme au Droit naturel qui est une fraction du Droit divin.
d/ Le droit positif humain doit être obéi s'il est juste.
Cela signifie que la désobéissance au Droit positif est possible lorsque celui-ci est contraire au "Bien Commun", donc lorsqu'il est "injuste" (Somme Théologique, Ia IIae, qu. 96, art. 4 et 6).
La propriété privée n'est pas injuste.
e/ La propriété privée est juste.
Contrairement au point de vue théorique d'AUGUSTIN la propriété privée ne saurait être injuste pour les raisons suivantes :
- "D'abord, parce que tout homme apporte plus de soin à obtenir ce qui est pour lui seul que ce qui est commun à un grand nombre ou à tous ...
- Deuxièmement, parce que les affaires humaines sont menées avec plus d'ordre si chacun est chargé d'une tâche particulière...
- Troisièmement, parce qu'un état de la plus grande paix est assuré à l'homme si chacun est content de son lot...(Somme Théo. 2. Q.66)".
f/ Quel est le rôle de l'Eglise catholique ?
C'est là qu'intervient le Droit positif divin.
2.5. Le Droit positif divin
Le Droit positif divin est inscrit dans la Bible, dans l'Ancien et dans le Nouveau Testament (Somme Théologique, Ia IIae, qu. 98 et s.).
L'Eglise catholique, par la voix du Pape, est la seule interprète autorisée de ce Droit.
C'est pourquoi le droit canonique, droit canon, fondé sur l'Evangile, est le droit positif de l'Eglise catholique romaine alors que l'Ancien Testament reste, lui, valable pour les Juifs. Mais les principes fondamentaux, tels que ceux du Décalogue ("Tu ne tueras pas, tu ne voleras"...), font évidemment exception, qui sont applicables à tous.
C'est donc l'Eglise catholique romaine seule, c'est à dire le pape, qui peut censurer le droit positif humain qui serait contraire à la Raison divine, et donc injuste, et non valable puisque non accepté par tous.
2.6. Observations
Le système normatif de THOMAS d'AQUIN est plus complexe que celui d'AUGUSTIN, plus opérationnel dans un monde en expansion qui est diversifié. Cependant ce système connaît avec celui d'AUGUSTIN de nombreux points communs.
Par exemple le point de vue du théologien à l'égard des hérétiques ne change pas.
Si pour AQUIN la Loi est affaire de raison, la raison ne saurait permettre de traiter les hérétiques avec tolérance. Certes l'Eglise doit faire preuve de miséricorde en vue de la conversion de l'hérétique "c'est pourquoi elle ne le condamne pas tout de suite, mais après un premier et un second avertissement"..."s'il se trouve que l'hérétique s'obstine encore"..."l'Eglise ...pourvoit au salut des autres en le séparant d'elle par une sentence d'excommunication, et ultérieurement elle l'abandonne au jugement séculier pour qu'il soit retranché du monde par la mort" (Somme Théo. 2a 2ae, Q.11, art.3)(note 12).
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Notes
1. Thomas d'Aquin, Questions disputées sur la vérité, Vrin, Paris, 1983 ; L'Etre et l'esprit, PUF, Paris, 1971 ; L'Etre et l'essence, Vrin, Paris, 1979 ; Somme contre les Gentils, Le Cerf, Paris, 1993 ; Somme Théologique, 4 vol., Le Cerf, Paris, 1984-1986 ; Opuscules théologiques, Vrin, Paris, 1984 ; Opera omnia, Vrin, Paris ; Contre Averroès, Flammarion, GF 713, Paris, 1994.
2. Avicenne, Livre des directives et Remarques, Vrin, Paris, 1951 ; La Métaphysique du Shifâ, 2 vol., Vrin, Paris, 1978-1985 ; Le Livre de science, Belles lettres, Paris, 1985. Avicenne, né d'une mère juive et d'un père shi'ite, médecin, mathématicien, philosophe, conseiller politique, eut une vie intellectuelle et sociale particulièrement riche : Gilbert Sinoué, Avicenne ou la Route d'Ispahan, Denoël, Paris, 1989, également Marie-Thérèse d’Alverny, Avicenne en Occident, Vrin, Paris, 1993.
3. Al-Gazâlî, Le Livre du licite et de l'illicite (Kitâb al-Halâl wa-l-harâm), trad. et Introd. Régis Morelon, Vrin, Paris, 1981.
4. Arthur John Arberry, Le Soufisme : la mystique de l'Islam, Le Mail, Aix-en-Provence, 1988. Eva de Vitray-Meyerovitch, Anthologie du Soufisme, Sindbad, Paris, 1986.
5. Aristote, Politique, Gallimard, Paris, 1993 ; Constitution d'Athènes, Belles Lettres, Paris, 1962.
6. Henri Corbin, Histoire de la philosophie islamique, Gallimard, Paris, 1964, pp.334-342, Folio essais n°39,1986.
A. Martin, Averroës : Grand Commentaire de la Métaphysique d'Aristote, Les Belles Lettres, Paris, 1984. Ibn Rochd (Averroès), Traité décisif (Façl el-maquâl), trad. et Introduction de Léon Gauthier, 3ème éd., Vrin, Paris, 1983. Maurice-Ruben Hayoun et Alain de Libera, Averoès et l’averroïsme, PUF, QSJ 2631, Paris, 1991.
Averroès était tenu en grande estime par le mystique soufiste Ibn Arabi (1165-1240) : Claude Addas, Ibn Arabi ou la quête du soufre rouge, Gallimard, Paris, 1989.
7. Romuald Szramkiewicz, Histoire du droit des affaires, Montchrestien, Paris, 1989.
8. La démarche de Thomas d'Aquin pour le christianisme peut être comparée à celle de Moïse Maïmonide pour le judaïsme.
Moïse ben Maïmoun (Moshé ben Maimon), dit Rambam, dit Maïmonide (1135/38-1204), philosophe juif de très grande renommée, médecin, s'inspire d'Aristote et des auteurs musulmans pour "rationaliser" et codifier le credo juif. Moïse Maïmonide, Le Livre de la connaissance (Sefer ha-madda'), PUF, Paris, 1985 ; Le Guide des égarés (Guide for the perplexed, Moreh Nehbukhim, Moré Néboukhim), 3 vol., Maisonneuve et Larose, Paris, 1970 ; Le Livre des commandements : Séfèr Hamitsvoth, Age d'homme, Lausanne, 1987 ; Terminologie logique : Une introduction juive à la logique médiévale (Millot ha-higgayon, 1151), Vrin, Paris, 1983 ; Epîtres, Verdier, Paris, 1984 ; Mishné Tora, El-ha-Meqorot, Jérusalem, 1954. Léo Strauss, Maïmonide, PUF, Paris, 1988. Maurice-Ruben Hayoun, Maïmonide, PUF, QSJ n°2378, Paris.
9. Michel Villey, La Formation de la pensée juridique moderne, Ed. Montchrestien, Paris, 1968, pp.129-130.
10. La thèse actuelle du Vatican est que le droit naturel est immuable et universel, thèse qui s'appuie sur Somme Théo. idem mais art.3.
11. Somme théo., IIa IIae, qu. 57, art.2 ; Ia IIae, qu. 94 à 97.
12. L'hérésie vaudoise (refus de la hiérarchie, condamnation de la richesse) fut condamnée en 1184. En 1209 une croisade fut lancée contre les vaudois, 80 furent brûlés à Strasbourg en 1211. Les vaudois ont adhérés à la Réforme en 1532. Ils subsistent en Italie, aux USA et en Amérique Latine.
L'hérésie albigeoise, cathare, (René Nelli, Les Cathares, Marabout Université n°326, B-4800 Verviers,1981 ; Jean Duvernoy, Cathares, vaudois et béguins : dissidents du pays d'Oc, Privat, Toulouse, 1994), fut condamnée en 1148. La croisade, dirigée par Simon de Montfort de 1208 à 1218, se termina par la prise de Montségur, en 1244, et le supplice du bûcher pour les plus de 200 survivants.
Le réformateur tchèque Jan Hus fut brûlé à Constance en 1415.
Jeanne d'Arc fut brûlée à Rouen en 1431.
http://www.denistouret.fr/ideologues/Aquin.html
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