02.05.2008
Aristote (v.384-v.322)
1. La vie et l'oeuvre
1.1. La vie
Aristotelês est né vers 384, à Stagire (Stavro) en Macédoine. Il est le fils du médecin du roi Amyntas II, grand-père d'Alexandre le Grand.
En 367 ou 368 Aristote va faire ses études à Athènes et devient, à l'Académie, l'un des disciples les plus brillants de Platon.
A la mort de celui-ci, vers 347, Aristote est le conseiller politique du tyran Hermias d'Atarnée.
En 345-344 Aristote se rend à Mytilène, dans l'île de Lesbos, après l'assassinat d'Hermias.
En 343-342 le roi Philippe de Macédoine, fils d'Amyntas II, lui confie l'éducation de son fils Alexandre.
Lorsque Alexandre monte sur le trône à la mort de son père, en 335-334, Aristote retourne à Athènes où il fonde une école rivale de l'Académie, le Lycée.
Alexandre meurt en 323 et une réaction antimacédonienne se produisant à Athènes Aristote, menacé, doit se réfugier à Chaldis, dans l'île d'Eubée, où il décède vers 322.
1.2. L'oeuvre
Une grande partie de l'oeuvre d'Aristote est aujourd'hui perdue.
Ses ouvrages, qui sont des notes de cours réunies en une vaste encyclopédie, peuvent être classés en 4 catégories :
- 1°. La Logique (Les Analytiques), dont l'influence fut considérable, en particulier chez les Musulmans puis chez les Chrétiens du moyen-âge (Querelles scolastiques).
C'est Aristote qui a posé les définitions de la "déduction" et de l'"induction", qui a dégagé les notions de "concept", de "jugement" et de "raisonnement".
-2°. La Physique, une philosophie vitaliste de la nature, dont Bergson (1859-1941), notamment, s'est inspiré.
-3°. La Métaphysique, qui explique l'origine du mouvement dans le monde en faisant appel à un Dieu-moteur non interventionniste.
-4°. Les "sciences sociales", l'Ethique, la Politique, l'Economique, la Rhétorique, la Poétique.
Une partie des oeuvres d'Aristote a été publiée en français dans la collection Universités de France à partir de 1926 et chez Vrin, Paris, 1933-1962.
2. La "sociologie" du droit d'Aristote
2.1. De l'Univers au Droit
L'Univers est éternel, ainsi que le Premier Moteur Immobile qui est la cause de tous les mouvements et du devenir global de celui-ci.
L'Univers est unité harmonieuse de matière et de forme, de puissance et d'acte, de "ce d'où" naissent les choses et de "ce à quoi" elles tendent, et cette unité harmonieuse s'exprime de façon évidente, notamment dans les organismes biologiques.
La nature toute entière est organisée en quatre niveaux hiérarchisés : le minéral, le végétal, l'animal, l'humain.
C'est en l'Homme que culmine et s'accomplit le devenir naturel mais la perfection de l'Etre s'achève dans la stabilité du Moteur Immobile.
Pour Aristote il n'y a pas eu création de l'Univers à partir de rien (ex nihilo) par un Dieu tout puissant, parfaitement libre et désintéressé, volontaire.
L'Univers existe depuis toujours et existera toujours, nécessairement régi par la Cause Suprême qu'est le Premier Moteur Immobile.
2.2. Le Droit
Le Droit c'est le Juste, mais il procède de l'étude de la Nature.
2.2.1. La Justice
La Justice a pour objet de donner à chacun le sien selon une égalité proportionnelle.
Tout d'abord la justice générale (distributive) permet de donner, ni trop ni trop peu, qualitativement et quantitativement, aux citoyens ce qui leur revient en fonction de leur mérite social.
La justice particulière (commutative) est complémentaire, qui a, notamment, pour objet de corriger les déséquilibres qui apparaissent dans ce qui a été distribué du fait de l'action injuste des personnes.
Aristote distingue l'action injuste qui relève du Droit de celle qui relève de la Morale.
Etre respectueux du Droit c'est, certes, être juste, mais cela ne signifie pas nécessairement que l'on soit, soi-même, un être moral respectueux du Juste.
On peut respecter le Droit par simple peur de la sanction, et sans vouloir agir par Justice.
On peut, tout aussi bien, commettre des actes injustes par simple erreur, ou parce qu'on y est contraint sans vouloir être injuste.
L'intention relève de la Morale alors que l'acte relève du Droit.
Il faut donc distinguer les lois "juridiques" des lois "morales".
2.2.2. Le Droit naturel
Selon Aristote le Droit procède de la nature.
L'être humain vit dans un monde extérieur qui est ordonné et formé en fonction d'une finalité.
Au sein de ce monde ordonné chaque être a une nature qui lui est propre et qui doit le conduire à son parfait développement - qui sera son bonheur.
L'observation des faits doit amener à connaître la nature de l'être humain, afin de protéger celui-ci des déviations qui nuiraient à son parfait développement et donc à son bonheur.
L'ensemble des règles qui ont pour objet de permettre le parfait développement de la personne humaine constitue le Droit naturel.
(Aristote, qui étudie la Société de son temps, considère que l'esclavage dans cette Société relève du Droit naturel. En effet, pour que le groupe familial des hommes libres puisse se développer intellectuellement dans la société économique de l'Antiquité la production nécessaire à la subsistance de ce groupe ne doit pas entraver ce développement. Il apparaît donc qu'à l'expérience une division du travail est nécessaire entre maîtres et esclaves (Politique, I, 4, 3).
Aristote, toujours en partant de l'observation des faits dans le monde qui est le sien, affirme encore que la Nature a fait des races inégales, de telle sorte que certaines semblent destinées à fournir des esclaves (Politique, VII, 6, 1).)
Le Droit naturel d'Aristote résulte donc de l'expérience, de l'application de la méthode déductive, "expérimentale", et non des principes posés a priori par l'auteur lui-même, de postulats.
Cependant, le Droit naturel ainsi déduit de l'observation des faits ne saurait permettre à lui seul de gouverner l'Homme, qui est, dit Aristote, un "animal politique", "civique", qui vit en société dans des Cités (polis).
2.3. Le droit positif
L'être humain, animal politique, a besoin pour être gouverné de lois positives, d'un droit positif qui résultera de la volonté d'un législateur, variable selon la nature de la Cité.
Il est en effet plus facile de trouver dans une Cité un législateur juste, qui puisse fixer les règles écrites à appliquer par les juges, qu'une multitude de juges qui prononceraient de justes sentences inspirées par les règles non écrites du Droit naturel (Politique, III, 11).
Il est des Cités qui ont besoin d'être gouvernées par un seul homme (monarchie pouvant se transformer en tyrannie), d'autres par plusieurs (aristocratie pouvant se transformer en oligarchie), d'autres encore par le peuple des citoyens (république pouvant se transformer en démocratie). Si le meilleur régime politique, selon Aristote, est un régime mixte, cela ne signifie pas que le régime mixte puisse être parfaitement applicable à toutes les Cités. La monarchie se transforme en tyrannie, l'aristocratie en oligarchie, la république en démocratie lorsque l'intérêt personnel l'emporte sur l'intérêt général.
Le droit positif résulte donc de la volonté du législateur, dont la principale vertu doit être la prudence, mais cette volonté n'est pas arbitraire.
Le législateur compétent, le mieux à même d'assurer l'heureux développement de la Cité, doit fixer le droit positif par référence au Droit naturel, qui par définition est juste.
Quant aux gouvernés, ils se doivent de respecter le droit positif qui résulte du Droit naturel pour la raison que le Droit naturel est bon pour eux puisqu'il permet leur parfait développement et les conduit au bonheur.
Il résulte de ce raisonnement que l'obéissance n'est pas due lorsque le législateur n'est pas respectueux du Droit naturel (illégitimité) ou n'est pas compétent pour être législateur (illégalité).
Il faut d'ailleurs noter que la règle de droit positif n'a pas autorité absolue pour le juge, qui est autorisé à se prononcer en équité.
http://www.denistouret.fr/ideologues/Aristote.html
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Platon (428-348)
PLATON (428-348)
1. La vie et l'oeuvre
Aristoclês, dit Platôn (les larges épaules), est né vers 428 avant Jésus-Christ, à Athènes, dans une famille de l'aristocratie, politiquement influente dans l'opposition à la démocratie.
A 20 ans Platon devient le disciple de Socrate (v.470-399) et le demeure jusqu'à la mort, héroïque et symbolique, de celui-ci.
Puis il est le disciple d'Euclide de Mégare et réside quelque temps auprès du tyran et mathématicien Archytas de Tarente.
Platon aurait souhaité jouer un rôle politique à Athènes, mais les démocrates, alors au pouvoir, ne lui permettant pas, Platon essaye d'intervenir à Syracuse pour faire triompher son "gouvernement des magistrats-philosophes", auprès du tyran Denys l'Ancien chez lequel il se rend en 389.
Mais Denys l'Ancien suspecte Platon de vouloir le faire renverser au profit de son beau-frère, Dion, disciple du philosophe.
Platon est embarqué de force sur un navire spartiate et vendu en esclavage par le capitaine, puis libéré.
Le philosophe fonde alors, à Athènes, en 387, son école, l'Académie, qui subsistera jusqu'en 529 après Jésus-Christ.
Pendant 20 ans Platon se consacre à l'enseignement et à l'écriture.
En 367 il se rend de nouveau en Sicile, appelé par Dion, auprès de Denys le Jeune qui a succédé à son père. Mais Denys le Jeune exile Dion et Platon doit regagner la Grèce.
En 361 une nouvelle tentative auprès de Denys le Jeune se solde encore par un échec.
Cependant, en 357, Dion réussit à renverser Denys le Jeune et à instaurer à Syracuse une dictature platonicienne - mais il est assassiné en 354.
Platon décède en 348 avant J. C.
L'oeuvre de Platon se compose de 28 Dialogues (dont deux véritables traités, La République et Les Lois) et de lettres.
L'oeuvre peut être divisée en trois parties :
-1°: Les dialogues de jeunesse (Apologie de Socrate, Criton, Gorgias) qui correspondent à la période socratique de Platon ;
-2°: Les dialogues de maturité (Phédon, Le Banquet, La République) qui correspondent à la période de l'idéalisme objectif pendant laquelle Platon s'interroge sur le fondement de la connaissance, sur le Juste ;
-3°: Les derniers dialogues (Le Sophiste, Parménide, Le Politique, Philèbe, Timée, Les Lois) dans lesquels Platon, désabusé donc plus réaliste, essaie de remédier aux insuffisances de sa doctrine.
Pour le juridique les trois principaux ouvrages sont : La République, Le Politique, Les Lois.
Les oeuvres complètes de Platon ont été publiées en français par l'Association Guillaume Budé (Paris 1920-1964), les Editions Garnier et la Bibliothèque de la Pléiade (Paris 1940-1942).
2. La philosophie du droit de Platon : le règne du Juste par le gouvernement des magistrats-philosophes.
2.1. Situation.
La philosophie de Platon se situe dans la Tradition indo-européenne, idéologie commune aux peuples issus d'Europe centrale et de Russie du Sud qui, à partir de 2000 environ avant J-C, s'installent sur les territoires actuels de l'Iran puis de l'Inde du Nord-Ouest (les Aryas), de la Turquie (les Hittites), de la Grèce (les Hellènes), de l'Italie (les Italiques qui deviendront, notamment, les Romains), de l'Allemagne du Sud, de la France, de la Grande-Bretagne, de l'Espagne et du Portugal (les Celtes qui seront ensuite repoussés par les Germains du IVème au VIIème siècle après J-C). Les Slaves sont également des indo-européens, dont la migration vers le Sud et l'Est de l'Europe commence au VIème siècle de notre ère.
C'est le français Georges Dumézil (1898-1986) qui a mis en évidence le trait commun de tous ses peuples dans le domaine politique, à savoir la répartition de la Société en trois classes fondamentales hiérarchisées : celle des prêtres-souverains, celle des guerriers, celle des producteurs; ces trois classes correspondants aux trois fonctions de la Souveraineté (idéologique et politique), de la Sécurité et de la Fécondité.
La philosophie de Platon a influencé tout le monde méditerranéen puis l'Occident tout entier par Augustin puis la Renaissance.
(Les premiers disciples de Platon étaient tellement émerveillés par la philosophie de leur maître que sa vie devint légendaire : par exemple l'on affirma que sa mère l'avait conçu avec le dieu Apollon tout en demeurant vierge...)
2.2. De l'Univers au Droit.
L'Univers est l'oeuvre d'une Intelligence Souveraine, absolue, idéale et éternelle.
L'Univers est l'oeuvre d'un Démiurge - c'est à dire d'un architecte qui, à partir d'un modèle théorique qui est éternel et parfait, idéal et absolu, a construit matériellement le monde tel qu'il est, a créé le Monde.
Cet Univers ordonné et vivant est habité par les modèles éternels que sont les Idées : seules les Idées sont réelles et absolues - telles l'Idée du Beau, l'Idée du Bien, l'Idée du Juste.
Dans le domaine de l'Art l'Idéal à atteindre est le Beau.
En Morale l'Idéal à atteindre est le Bien.
La Politique c'est la Morale de l'Etat, c'est le gouvernement de l'Etat par la Justice. Dans l'Etat le Bien c'est le Juste.
Si, de fait, à son époque, la Justice ne règne pas dans l'Etat, c'est l'Idéal à atteindre au moyen du "gouvernement des magistrats-philosophes" - gouvernement idéal qu'il propose dans La République.
2.3. Le Droit.
2.3.1. Le Droit c'est le Juste.
La mission de l'homme politique est la découverte du Droit, c'est à dire du Juste, et les lois ne peuvent être que justes :
"Une loi injuste, une loi mauvaise, n'est pas une loi, n'est pas du droit (Les Lois, IV,715b)".
Pour Platon le Droit ne peut être l'ensemble des règles positives émanant de l'Etat.
Le Droit c'est le Juste, mais qu'est-ce que le Juste ?
Selon Platon, dans La République, la Justice est la vertu qui attribue à chacun sa part. Mais comment savoir quelle est la part de chacun ?
Ce sont les gouvernants qui le savent, lorsqu'ils sont sages, qu'ils raisonnent justement, qu'ils ont une sorte d'inspiration de ce qui est juste parce qu'ils sont philosophes.
De même que ces sages se soumettent à la Justice pour ce qui est de leur vie intérieure - ce qui signifie qu'ils soumettent leurs instincts à leurs sentiments et leurs sentiments à la raison - de même, dans la Cité, ils sauront faire des lois justes, ils sauront dire le Droit.
Cela consistera à faire en sorte que l'homme accomplisse sa tâche dans la condition où l'appellent ses capacités.
2.3.2. Les trois classes.
Les capacités variables des hommes les conduisent à appartenir à trois classes sociales subordonnées les unes aux autres :
- la classe des magistrats-philosophes qui gouverne,
- la classe des guerriers-gardiens qui maintient ce qui est,
- la classe des producteurs, agriculteurs et artisans, qui produit.
La Justice dans la Cité est la subordination hiérarchique des classes : la sensualité, le "matérialisme vulgaire", des producteurs est subordonnée au .i.courage; des guerriers, qui est lui-même subordonné à la sagesse des magistrats-philosophes.
Cette juste hiérarchie n'est pas totalement bloquée : une mobilité sociale existe, qui résulte de l'éducation.
2.3.3. La sélection par l'éducation.
Les âmes des êtres humains ne sont pas toutes de même valeur, de même qualité : les unes sont d'or, d'autres sont d'argent, d'autres encore de fer.
Le Juste sera de permettre à ceux qui ont des âmes d'or de devenir magistrats, à ceux qui ont des âmes d'argent d'être gardiens, et à ceux qui onr des âmes de fer d'être producteurs.
Les magistrats sont tenus de faire respecter la hiérarchie au moyen de la sélection par l'éducation.
L'éducation est un monopole de l'Etat, qui ne concerne par principe que les enfants, fils et filles, des gardiens. Ce n'est qu'exceptionnellement que les enfants de la classe inférieure pourront devenir gardiens, par le libre choix des magistrats.
Tout d'abord, les gardiens ne vivent pas en famille mais en communauté.
Il y a "communauté des femmes" et "communauté des biens", ainsi les enfants ne connaîtront pas leurs pères et ceux-ci pourront se consacrer entièrement au service de la Cité.
Mais les femmes sont les égales des hommes, et peuvent donc être, elles-aussi, des gardiennes.
Ensuite leurs enfants sont élevés en commun par l'Etat, qui les sélectionne pour faire descendre dans la hiérarchie ceux qui ont une âme de fer et pour enseigner aux autres, jusqu'à l'âge de 30 ans, le courage, la gymnastique, l'art militaire, l'arithmétique et la géométrie ainsi que la musique. Les meilleurs apprennent encore la physique et l'astronomie.
A 30 ans une nouvelle sélection s'opère parmi les meilleurs qui deviennent des apprentis magistrats auxquels on enseigne la philosophie, et particulièrement la dialectique - c'est à dire l'art du dialogue logique.
Ces jeunes philosophes ne deviennent pas des contemplatifs. Ce sont toujours des gardiens (ou gardiennes), classés hiérarchiquement en différents grades, des hommes (ou des femmes) d'action.
C'est seulement à 50 ans que les meilleurs des gardiens-philosophes sont cooptés par les magistrats pour devenir magistrats eux-mêmes.
2.4. La source du Droit.
Seuls les magistrats sont compétents pour dire le Droit, donc pour dire ce qui est Juste, donc pour gouverner.
Selon l'"allégorie de la caverne" (La République, Livre VII) les hommes sans éducation sont prisonniers des apparences et ne peuvent voir que les ombres des choses.
Les hommes sans éducation sont comme des prisonniers enchaînés depuis toujours dans une caverne, de telle sorte qu'ils ne puissent voir que le fond de celle-ci.
Un feu, allumé sur une colline derrière eux, projette sur le fond de la caverne les ombres de ceux qui passent devant elle et des objets qu'ils portent, et un écho leur envoit le son déformé des voix.
Les prisonniers croient sincèrement que ces sons et ces ombres sont réels.
Si on détachait un prisonnier, et si on l'obligeait à regarder les passants et leurs objets, ii n'en croirait pas ses yeux. La lumière l'éblouirait et encore bien davantage la vision du soleil lui-même.
Il faudrait que le prisonnier s'habitue progressivement à regarder les passants et leurs objets, puis la lune et les astres, et enfin le soleil lui-même.
Mais si le prisonnier était, après cette expérience, réenchaîné dans la caverne, celà serait pour lui insupportable - d'autant que les autres prisonniers ne voudraient pas le croire quant à la réalité du monde extérieur.
Seuls les magistrats-philosophes, au terme d'une longue éducation sélective, peuvent s'évader de la caverne, du monde des apparences, pour s'élever à la connaissance des Idées et découvrir ce qui est Juste, donc le Droit.
Mais, si les magistrats-philosophes peuvent connaître le Juste et dire le Droit, ils ne peuvent communiquer cette connaissance aux hommes sans éducation, qui ne peuvent comprendre.
C'est pourquoi les magistrats-philosophes qui gouvernent sont obligés de tromper le peuple ignorant, dans son propre intérêt, et notamment en lui faisant accroire que tous les citoyens sont frères.
Et c'est pourquoi le Pouvoir politique, exercé par les magistrats-philosophes, ne peut être qu'absolu.
Cependant, de fait, la Cité idéale est difficile à mettre en oeuvre, et Platon en fait l'amère expérience à Syracuse.
C'est pourquoi, à la fin de sa vie, il écrit Les Lois.
2.5. Les Lois.
Dans la Cité idéale, La République, le gouvernement est parfait, et, en conséquence, des lois ( du droit positif écrit, au sens moderne du terme, général et impersonnel) s'imposant à tous ne peuvent exister car, la situation de chacun étant particulière, il ne serait pas Juste que l'on applique à chacun des lois qui ne peuvent être que générales.
Le gouvernement des magistrats-philosophes est Juste parce qu'il impose à chacun ce qui est bon pour lui. Ses décisions ne peuvent donc qu'être individualisées.
Mais, par contre, dans une Cité qui ne connaît pas le gouvernement des magistrats-philosophes il serait Injuste de laisser des ignorants régenter la vie sociale.
C'est pourquoi Platon donne, dans Les Lois, aux grecs de son époque, les conseils nécessaires pour que la vie de la Cité soit la meilleure possible.
Pour ce faire les lois devront réglementer, jusque dans le détail, la vie de tous et dans tous les domaines :
- toute la vie politique et administrative,
- toute l'activité économique, par la composition de la population productive, la répartition des terres, la distribution des richesses, le contrôle des changes ...
- toute la vie privée, par le contrôle des mariages et des naissances, de l'éducation qui demeure le premier souci de l'Etat, des moeurs et des croyances.
Le contrôle de l'Etat est total. Cependant, chez Platon, l'Idéal théorique à atteindre n'est pas la puissance de l'Etat, de la Cité, mais le triomphe du Juste - par l'harmonie sociale obtenue gràce à un système qui permettra la perfection morale du citoyen.
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