05.05.2008
LES SERVICES DE SUPPORT ET AUTRES FONCTIONS
LES SERVICES DE SUPPORT ET AUTRES FONCTIONS
![]() | Les services de support les plus importants présents dans l’oçak des janissaires étaient les cebecis ou " armuriers " et les saka ou " distributeurs d’eau ", ces derniers accompagnant les soldats au cœur de la bataille et s’occupant des blessés. Les cebecis fabriquaient, réparaient et distribuaient les armes et ils formaient aussi une unité totalement opérationnelle. En 1574, ils étaient une petite élite de 625 hommes qualifiés rattachés à l’artillerie mais plus tard leurs nombres augmentèrent significativement, à tel point que les grandes garnisons comptaient des cebecis. Le personnel de support non-combattant comptait dans l’oçak 100 yazici ou " scribes ", menés par le yeiçeri kâtibi ou " secrétaire des janissaires " ainsi que l’oda yazici en apparence isolée ou " es scribes des dortoirs " qui, sous l’autorité du bas yazici (" chef des clercs "), s’occupaient de la paperasserie d’une orta. |
| Ensuite il y avait le kârhane, qui correspondait à l’origine à 34 petites compagnies d’artisans habiles placées sous les ordres d’un usta ou " maître ". Le kârhane partait en campagne et jouissait de quelques-unes des prérogatives de l’oçak des janissaires. Cette profession civile ou ces guildes commerçantes augmentèrent rapidement et devinrent connues comme l’ordu esnaf ou ses artisans d’armée. En réalité, une armée ottomane engagée dans une campagne majeure était suivie par des tondeurs pour la laine, des artisans pour fabriquer les épées, confectionner les arcs, des selliers, des marchands de lin, des cordonniers, des barbiers, des maréchaux-ferrants, des fabricants de bougies, des marchands qui vendaient des têtes de mouton cuisinées, des fabricants de talons de chaussures en métal, des pharmaciens, des fabricants de bonnets en peau de chèvre, des fabricants de chaussons, des fabricants de caftans, des marchants de soie, des couturiers pour les pantalons, des bronzeurs, des étameurs et des boulangers, parmi tant d’autres. A la fin du XVIIIè siècle, ils occupaient une place permanente et la plupart se revendiquait janissaires, réclamant une solde complète. |
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| 1- Porteur d'eau de l'orta Sakasi. 2- Cuisinier de l'armée avec la marmite, symbole des "orta" janissaires. 3- Jeune officier d'une orta du corps des Bostanci. |
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| Une autre caractéristique particulière de l’armée ottomane était sa mehterhane ou sa fanfare militaire ; l’Empire ottoman fut le premier en Europe à se doter d’une organisation musicale militaire en permanence. Une mehterhane était constituée d’ensembles, chacun normalement doté d’un tambour, de timbales, d’une clarinette, d’une trompette et de cymbales. La fanfare personnelle du Sultan avait neuf de ses ensembles, celle du yeniçeri agasi sept, et chaque régiment ou garnison en avait une plus petite. Une mehterhane se tenait debout suivant une forme de croissant ; seule celui qui s’occupaient des timbales était assis. On jouait des grands kös ou tambours de guerre sur le dos des chameaux, et une mehterhane pouvait être entièrement montée. Les instruments étaient fabriqués et entretenus par 150à 200 spécialistes, la plupart, des grecs et des arméniens, habitaient près du palais de Topkapi. (Les chanteurs çevgani qui sont toujours une attraction touristique à Istanbul ne furent adjoints à la mehterhane qu’à la fin du XVIIIè siècle.) La mehterhane jouait des " airs d’Afrasiyab ", en d’autres termes de la music militaire perse et d’après le voyageur turc pittoresque Evliya Celebi en 1638 : " …cinq cent trompettistes produisirent un son tel que la planète Venus commença à danser et les cieux réverbéraient… Tous ces joueurs de tambour, de timbales et de cymbales défilaient tous ensemble en tapant sur leurs différentes sortes d’instruments dans une rythmique à l’unisson comme l’armée de Chama-Pur (l’adversaire bien connu d’Alexandre le Grand) le faisait. " |
| 1- Joueur de clarinette, caractéristique d'une méhtèri ottomane. 2- Chef d'une section de tambour montés sur dromadaires. 3- Mehterbashi Aga, chef d'une méhtèri. |
Les forces d’infanterie ottomanes remplissaient d’autres fonctions que le combat. En hiver les janissaires travaillaient sur les chantiers de construction, le rang moyen des amelimanda avait la responsabilité de l’entretien du système vital des aqueducs d’Istanbul. Avec de telles activités les janissaires étaient, et ce n’est pas surprenant, des soldats du génie efficaces en campagne. Dès le début, l’infanterie plaçait des garnisons dans les villes nouvellement conquises ; les Janissaires prenaient habituellement le pouvoir dans les citadelles pendant que les azap occupaient les bas quartiers de la ville ; Les citadelles et les forteresses devaient par la suite être approvisionnées en nourriture et en munitions, et les janissaires occupants ne devaient pas être soumis par la faim. Néanmoins, les Ottomans faisaient peu de cas des fortifications jusqu’à la seconde partie du XVIè siècle, lorsque les frontières commençaient à être stables.
A partir de là, l’oçak des janissaires fut disséminé à travers l’Empire dans les korocu (garnison) ortas qui, normalement faisaient des tournées d’intendance pendant neuf mois avant de rentrer sur la capitale. Mais, alors que le corps des janissaires augmentait en nombre, la majorité de ses ortas s’installèrent dans les provinces de manière définitive, sous le commandement des gouverneurs locaux. Ils développèrent des intérêts et des fidélités sur un plan local, qui géraient même l’administration locale et, à la longue, ils devenaient même une source d’agitation eux-mêmes. Pendant ce temps on laissait aux auxiliaires volontaires yamak d’une valeur militaire douteuse la responsabilité des garnisons vitales du Bosphore au XVIIIè siècle.
| Différentes formes de garnisons provinciales se développèrent au sein de l’Empire. Par exemple les hükûmet sancak ou " provinces héréditaires autonomes " de l’Anatolie orientale étaient gouvernées par des princes de tribu, appuyés par les ortas de janissaires. En Irak et en Syrie les Janissaires devinrent l’élite locale. Les descendants des premières garnisons furent assimilés à la population qui parlait arabe et devinrent les rivaux acharnés des ortas envoyées plus tard pour renforcer le contrôle du gouvernement central. La grande armée ottomane stationnée en Egypte développa de la même manière une forme de patriotisme local mais les ortas égyptiennes restèrent loyales envers l’Empire et menaient des campagnes loin de chez eux, combattant en Italie (1619-1620), au Yémen (1631-1632) et en Arménie (hiver 1616). Même les petits territoires contrôlés par les Ottomans de l’Erythrée, du Yémen et de la côte du golfe persique avaient des petites garnisons, alors que les provinces ottomanes virtuellement indépendantes de l’Afrique du Nord levaient leurs propres oçaks de janissaires. |
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Les fonctions d’ordre public remplies par les Janissaires devinrent en définitive plus importantes que leur rôle militaire. Le yeniçeri agasi était aussi le chef de la police de la capitale ; ses propres janissaires et ceux du cebecibasi et du topçubasi patrouillaient dans Istanbul et Galata, et les bostancis faisaient la police dans les banlieues. Si ces unités partaient en campagne, l’acemi oglan orta ou " bataillons d’entraînement " prenaient la relève du maintien de l’ordre.
Une unité de 300 hommes était employée pour protéger une flotte de 80 à 100 bateaux de transport sur les rivières de Morava et de Nisava, basée à Nis. Des janissaires avaient toujours servi sur les bateaux de guerre ottomans, et au début du XVIIè siècle la plupart des galères ottomanes semblaient transporter huit janissaires et six autres soldats, recrutés majoritairement dans les îles égéennes et armés de fusils à mèches, d’arcs et d’un canon léger. Les janissaires qui s’occupaient de la marine étaient triés parmi le rang des " pensionnés " ou otturak plus âgés, plus expérimentés mais moins alertes, tandis que les autres soldats de la marine comportaient des sipahis (prétendument de la " cavalerie féodale "), des kur’aci ou " conscrits " et des ulûfeci ou soldats " salariés ". Loin à l’Ouest, à Alger, l’oçak janissaire virtuellement indépendant fournissait la base politique de corsaires célèbres comme Hayruddin Barbarossa. Ils étaient initialement levés pour participer aux affaires lucratives de la guerre marine ou à la piraterie, comme l’appelaient leurs adversaires européens.
http://theilsb.club.fr/VAEVICTIS/HISTOIRE/OTTOMANS/HISTOIRE-OTTOMANS-services.htm
01:04 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : janissaire, ottomans, devchirme, islam, chrétiens, balkans, albanais
LES AUTRES FORCES D’INFANTERIE
LES AUTRES FORCES D’INFANTERIE
Les premières formations d’infanterie ottomane mais aussi celles parmi celles qui eurent une brève existence étaient les yaya et les piyade du début du XIVè siècle. Les premiers étaient des Turcs à qui l’on donnait des terres à leur retour du service militaire ou après avoir servi dans les fonctions de défense locales en Roumélie (dans les Balkans), les seconds étaient comparables à des clérouques (soldats fermiers) en Anatolie, même s’il y avait parmi eux des nomades. Les yaya étaient commandés par les ceribasi ou " meneurs de soldats " , sous l’autorité des gouverneurs provinciaux ou yürük begs. Ils étaient organisés en unités oçaks rudimentaires de 30 hommes chacune, cinq d’entre eux faisaient leur service en rotation tandis que les autres les aidaient financièrement. L’idée que ces yaya étaient groupés en unités de dix est vraisemblablement un mythe.
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| Les azaps ou " licenciés " étaient une formation qui eut plus de succès et devint un concurrent acharné de l’élite de l’oçak janissaire. Un Azap était un volontaire, recruté à l’origine parmi les Turcs anatoliens, qui ne recevait une solde que pendant la campagne et qui pouvait partir quel que soit le moment désiré. Un grand nombre d’azaps servaient dans la marine dans les différents beyliks turcs au XIVè siècle. Ils étaient armés de masses, d’arcs (tirant souvent des fléchettes courtes zemberek à l’aide de guide-flèches) et plus occasionnellement d’arbalètes çagra ; et ils adoptèrent rapidement des fusils tüfek. Selon le chroniqueur byzantin Dukas, la première garnison de Gallipoli en 1421-1422 consistait en " gasmouli légèrement armés ", ce qui indiquaient que les soldats étaient d’origine métisse de Grèce et d’Europe occidentale. Les rapports ottomans se référaient toujours à deux unités de musulmans parlant grec sur Gallipoli en 1474, probablement des azaps plutôt que des janissaires. L’une était composée de rameurs, l’autre d’archers zenberekciyan qui défendaient le château. Les quatre autres unités, vraisemblablement turques, de Gallipoli comportaient une unité d’azaps navals. Sur terre, les azaps se battaient comme archers mais ils étaient essentiellement employés comme gardes ou factionnaires. Au XVIè siècle ils déclinèrent et furent de simples porteurs de munitions, des pionniers et des sapeurs et furent absorbés par les cebeci janissaires comme porteurs. Cependant, les azaps se plurent ensuite dans leur nouvelle vie. A partir de la fin du XVIè siècle, tous les hommes musulmans des régions frontalières étaient susceptibles de se faire engagés comme azaps, armés de fusils à mèches et de sabres, un homme sur 20 ou 30 foyers étant pris en charge financièrement par les autres. Ils étaient ensuite répartis sur des kale azapi (" forteresse d’azaps ") ou deniz azapi (" des azaps navals ") suivant le lieu où ils habitaient. Sur terre, les azaps se battaient comme archers mais ils étaient essentiellement employés comme gardes ou factionnaires. Au XVIè siècle ils déclinèrent et furent de simples porteurs de munitions, des pionniers et des sapeurs et furent absorbés par les cebeci janissaires comme porteurs. Cependant, les azaps se plurent ensuite dans leur nouvelle vie. A partir de la fin du XVIè siècle, tous les hommes musulmans des régions frontalières étaient susceptibles de se faire engagés comme azaps, armés de fusils à mèches et de sabres, un homme sur 20 ou 30 foyers étant pris en charge financièrement par les autres. Ils étaient ensuite répartis sur des kale azapi (" forteresse d’azaps ") ou deniz azapi (" des azaps navals ") suivant le lieu où ils habitaient. |
| 1- Tirailleurs bosniaque. Les frontières européenne de l'Empire Ottoman étaient en permanance gardées par les villageois musulmans des balkans armée de longue arme à feu. 2- Sipahi mamelouk d'Egypte. 3- Dervish bektashi. Ces religieux galvanisés les troupes ottomanes et plus particulièrement les janissaires auxquels ils étaient très atachés. |
| L’histoire des voynuqs est encore plus variée. Ils étaient essentiellement recrutés chez les vassaux chrétiens des Balkans de l’Empire ottoman, suivant un système datant d’avant l’invasion turque, même s’il semble concerner les musulmans de la première heure. La plupart d’entre eux était de la cavalerie lourde, mais il y avait aussi des fantassins. Leurs rangs étaient composés largement de serbes et de bulgares slaves, ainsi que d’hommes parlant valach ou roumain. Comme de nombreux auxiliaires ottomans, un voynuq était soutenu par d’autres foyers connus comme gönder, un terme dérivant probablement du mot grec kontarion qui veut dire lance. Les voynuqs avaient leurs propres officiers çeribasi placés sous le commandement général du voynuq beyi, et ils étaient accompagnés des servants yamaks ou des subordonnés. Même si les voynuks n’avaient pas d’oçak ni de structure de corps, ils disposaient d’une réserve d’inscrits qui complétait leur effectif. Au XVè siècle des voynuqs remplissaient des tâches supplémentaires comme s’occuper des troupeaux de chevaux de cavalerie en Bulgarie. Les dogancis (" fauconniers ") étaient semblables à ces voynuqs et élevaient des faucons pour la cour impériale. Dans un autre lieu, les nomades chrétiens valachs jouissaient de privilèges spéciaux pour avoir servi l’Empire ottoman comme voynuqs de frontière, guides, garde ou pour avoir mené des raids. La principauté autonome roumaine de Moldavie approvisionnait aussi les voynuks durant le XVIè siècle. Le rôle de l’infanterie des principautés roumaines éclaire de manière intéressante un aspect peu connu de l’organisation militaire ottomane. Parce que la Moldavie, la Valachie et la Transylvanie préservaient leur autonomie depuis bien longtemps, leur héritage militaire d’avant l’invasion ottomane continua de se développer. Dans ces trois parties qui forment maintenant la Roumanie, des gouverneurs locaux levèrent, entraînèrent et équipèrent une infanterie compétente alors qu’une déferlante ottomane se préparait. Cette infanterie comptait dans ses rangs des mercenaires italiens professionnels afin de donner de la vitalité aux milices urbaines assoupies par les garnisons royales. |
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| 1- Lévantin.Fin XVI ème siècle. 2- Sekbanbashi, officier du corps des Sekban. 3- Azap, XVI et XVII ème siècle. Certains manuscrits suggèrent des caftans verts, mais il est fortement probable qu'il y ait eu de nombreuses variations de couleurs. |
Ils utilisaient les dernières armes de l’infanterie médiévale, parmi lesquelles il y avait un ensemble d’objets crochus employé contre la cavalerie, un moyen rapidement adopté par les janissaires. Dans le même temps, les archers armés d’arcs composites de style asiatique sont remplacés progressivement par des mousquetaires habiles dans tout ce qui est guérilla. En fait la Valachie et la Moldavie continuèrent de recruter une infanterie professionnelle armée d’arquebuses parmi les Bulgares chrétiens au sud, parmi les Serbes à l’ouest, parmi les Polonais et les Cosaques au nord. L’influence militaire des Ottomans se ressentait aussi dans les milices d’infanterie dorubanti qui s’appuyait sur les derbentçi turcs ou " gardes de frontière ".
![]() | L’Empire ottoman hérita d’autres formations militaires intéressantes du sud des Balkans ; par exemple les mercenaires catalans ex-byzantins ou leurs descendants ont été enregistrés dans l’activité militaire ottomane dans les années 1380. Des arbalétriers européens, mercenaires ou des vassaux, et l’infanterie génoise armée de haches issue de divers avant-postes coloniaux faisaient partie de ceux qui furent impliqués dans la guerre civile ottomane de 1421-1422. Des juifs et des musulmans se joignirent à l’Empire et firent échouer une attaque italienne menée sur l’île de Chios en 1599, et à partir de là, eux et seulement eux au contraire des chrétiens grecs locaux furent admis dans la citadelle de l’île. Plus loin au nord, de nombreux " hérétiques " bogomiles de Bosnie aidèrent les ottomans dans les invasions menées contre leurs oppresseurs chrétiens. Dans d’autres lieux, les Ottomans employaient les forces locales déjà existantes comme troupes de garnison, évitant ainsi d’engager leurs propres soldats. Par exemple les Martolos grecs étaient à l’origine des irréguliers byzantins. Au début du XVè siècle les Ottomans les reconnurent comme nizam ou " vrais soldats " et les payaient pour surveiller les bandits de la montagne grecque Klepht. Pendant le XVIè siècle les Martolos formaient une partie significative des garnisons de Serbie, de Bosnie, d’Herzégovine et même de Hongrie. Au XVIIIè siècle ils avaient des mousquets, des pistolets, des épées et des dagues et étaient dirigés par les kapitanos héréditaires. On accorda aux personnalités religieuses grecques d’un certain âge le droit d’avoir leurs propres kapoi ou serviteurs armés. Les müsellems étaient initialement une cavalerie féodale et même s’il furent rétrogradés en milices d’infanterie inefficaces, ils conservèrent une structure de corps du type oçak. Les gönüllüyan étaient une milice de volontaire plus tardive composée de cavaliers et de fantassins levés à la fois parmi les musulmans et les chrétiens, payés avec les taxes locales et employés pour mettre en garnisons les châteaux du coin.
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| 1- Voynuk, auxiliaire valaque, vers 1500. 2- Archer janissaire de la garde du sultan (chausures jaunes), XV ème siècle. 3- Marin magrebin du début du XVI ème siècle, équipé de l'arbalète caractéristiques de la marine maure. |
Pendant des années le gouvernement ottoman tenta d’empêcher la raya, un groupe non militaire de la population, d’acquérir des armes à feu. Même les auxiliaires derbentçi reconnus (officiellement) n’avaient pas l’autorisation d’avoir des fusils, jusqu’à ce qu’une terreur grandissante inspirée par les bandits armés rende ceci indispensable. Les derbentçi ottomans organisés firent vraiment leur apparition au milieu du XVè siècle et comportaient initialement aussi bien des chrétiens martolos que des nomades turcs yörük, des hommes des tribus turcomanes d’Anatolie et des chrétiens voynuqs des Balkans. Ils s’organisaient en unités de 25 à 30 hommes locaux qui mettaient en place des garnisons sur des forts tout petits dans les endroits stratégiques ou vulnérables, et ce système dut certainement se répandre largement jusqu’à ce que l’autorité du gouvernement centrale fut sur le déclin. On trouvait même des derbentçi dans le Khanate tartare autonome de la Crimée, au nord de la Mer Noire. Les Tartares de Crimée présentaient aussi une petite force d’infanterie armée de mousquets. Certains étaient des hommes de tribu trop pauvres pour posséder un cheval ; d’autres formaient une élite de 20 compagnies de cavalerie montée ou sebkans, recrutées parmi les villageois de la péninsule criméenne.
| Le conservatisme grandissant de la pensée militaire ottomane garantissait le fait que, lorsqu’une nouvelle force d’infanterie était levée, on lui donnât un nom traditionnel. Comme conséquence, l’infanterie sekban de la fin du XVIè siècle jusqu’au XVIIIè siècle n’avait pas de connexion réelle avec l’ancienne division sekban de l’oçak janissaire. Les nouveaux sekbans étaient une réponse à l’insuffisance aiguë de l’armée ottomane de troupes de mousquetaires face à leurs ennemies toujours plus forts. Les populations raya musulmanes et supposées non militaires de Dalmatie, d’Albanie, de Bosnie et d’Anatolie étaient alors recrutées en nombre croissant, nombre d’entre elles était de l’infanterie montée. Au début du XVIIè siècle, les nouveaux sekbans s’organisaient, sur une base régulière, en unités bölüks de 50 à 100 hommes, payées pour la plupart comme armées privées par les gouverneurs des provinces. Chaque unité avait à sa tête un bölük basi, placé sous le commandement général d’un bas bölük basi, de tels officiers étaient choisis au début parmi l’oçak des janissaires. Théoriquement ils pouvaient être débandés quand leur bölüm ou commission retraitait, mais en réalité ils étaient rarement placés sous le contrôle du gouvernement central. Par la suite, ils devinrent l’infanterie la plus efficace dans l’Empire, surpassant les Janissaires décadents. D’autres unités semblables étaient connues comme sarica ou " guêpes ", et tous étaient susceptibles d’être d’excellents tireurs d’élite, peut-être parce qu’ils étaient des chasseurs ou des bandits avant de devenir des soldats. Comme les sekbans et les sarica, les forces levent ressuscitées de la fin du XVIè siècle étaient des musulmans armés avec des mousquets, des épées et plus tard de pistolets. Ils étaient soi-disant recrutés parmi les bandits en Anatolie semblent n’avoir aucun lien avec les premières forces levent de la marine du XIVè siècle. Il y avait une autre force nouvelle d’infanterie montée, les tüfekçis, qui apparurent au XVIè siècle et qui comptèrent parmi les troupes les plus efficaces de l’armée ottomane aux XVIIè et XVIIIè siècles. Néanmoins, c’était un corps régulier, avec comme uniformes des manteaux courts rouges et des grands chapeaux rouges. |
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| 1- Tüfektchi, milieu XVII ème siècle. Tirailleurs ottoman. 2- Peyk, fin XVII ème siècle. "Estafette" ou courrier du sultan, chargé de porter les ordre à ses subalternes. 3- Kapukulu, début XVII ème siècle. Cavalier d'élite de la garde ottomane. |
Des incursions brutales menées par les armées autrichiennes catholiques montraient que, dans bien des endroits des Balkans, les chrétiens orthodoxes apportaient encore une aide militaire aux Ottomans assiégés. Une résistance véhémente était même créditée aux musulmans parlant le slave, de Bosnie, où différentes sortes d’infanterie locale comme le panduk ou " tireurs d’élite ", et l’eflak ou " mousquetaires " firent leur apparition. En Syrie et en Irak un appareil extraordinaire de formations irrégulières et de mercenaires apparut aux XVIIè et XVIIIè siècles. A Damas, elles comportaient les levent, une infanterie montée qui était des turcs au début mais qui devint par la suite des kurdes, des sekbans - des Turcs de l’Anatolie orientale, Maghâriba -, des arabes algériens qui étaient généralement employés pour défendre les caravanes de pèlerins se dirigeant vers la Mecque, et des tüfekçi - des kurdes qui formait une petite élite de bons tireurs. Chacune d’entre elles avait une organisation, une fidélité au corps, un commandement, des casernes qui lui étaient propre et des habits caractéristiques. En plus de quoi, il y avait les ashir - des auxiliaires syriens commandés par des chefs locaux ou de tribu, qui incluaient des milices urbaines issues de tous les groupes religieux. Toutefois le terme arab n’était utilisé que pour les auxiliaires bédouins qui jouaient un rôle militaire important à l’est du Jourdain, de l’Oronte et du Litani.
La situation en Egypte était généralement plus calme, même si la rivalité entre différentes unités dégnérait souvent en émeutes. Il y avait sept corps dans la garnison du Caire, à laquelle il faut ajouter des formations irrégulières variées qui, d’après les écrits arabes, étaient connues comme : les Janissaires, les azaps, le sarrâj (sarica), le yuldâsh (issu des yoldas ou soldats janissaires), les irréguliers maghribi, le jamâkiya (du yamak, de servants de janissaires), le tufenkiya, le jarâkisa (issu du yürük, des hommes des tribus turques), le shâwûshiya (issu du cavus, des sergents janissaires), le mutafarriqa (issu du müteferrika, les gardes du palais ottoman), le gönüllü ou des " volontaires " qui étaient encore assimilables à des turcs. En période de tension, les unités plus petites s’alliaient de préférence avec les azaps contre les janissaires dominateurs. En Afrique du Nord les Janissaires, bien qu’ils formassent un corps oçak séparé, préservaient leur identité turque pendant plusieurs siècles. Leurs grands rivaux étaient les tâ’ifat al ru’sâ ou " des milices de capitaines corsaires " qui étaient à la base des troupes de marine. Ces tâ’ifat al ru’sâ étaient composés de turcs mais la majorité était des arabes et des berbères, des indigènes de l’Afrique du Nord.
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LES AUTRES FORCES D’INFANTERIE
LES AUTRES FORCES D’INFANTERIE
Les premières formations d’infanterie ottomane mais aussi celles parmi celles qui eurent une brève existence étaient les yaya et les piyade du début du XIVè siècle. Les premiers étaient des Turcs à qui l’on donnait des terres à leur retour du service militaire ou après avoir servi dans les fonctions de défense locales en Roumélie (dans les Balkans), les seconds étaient comparables à des clérouques (soldats fermiers) en Anatolie, même s’il y avait parmi eux des nomades. Les yaya étaient commandés par les ceribasi ou " meneurs de soldats " , sous l’autorité des gouverneurs provinciaux ou yürük begs. Ils étaient organisés en unités oçaks rudimentaires de 30 hommes chacune, cinq d’entre eux faisaient leur service en rotation tandis que les autres les aidaient financièrement. L’idée que ces yaya étaient groupés en unités de dix est vraisemblablement un mythe.
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| Les azaps ou " licenciés " étaient une formation qui eut plus de succès et devint un concurrent acharné de l’élite de l’oçak janissaire. Un Azap était un volontaire, recruté à l’origine parmi les Turcs anatoliens, qui ne recevait une solde que pendant la campagne et qui pouvait partir quel que soit le moment désiré. Un grand nombre d’azaps servaient dans la marine dans les différents beyliks turcs au XIVè siècle. Ils étaient armés de masses, d’arcs (tirant souvent des fléchettes courtes zemberek à l’aide de guide-flèches) et plus occasionnellement d’arbalètes çagra ; et ils adoptèrent rapidement des fusils tüfek. Selon le chroniqueur byzantin Dukas, la première garnison de Gallipoli en 1421-1422 consistait en " gasmouli légèrement armés ", ce qui indiquaient que les soldats étaient d’origine métisse de Grèce et d’Europe occidentale. Les rapports ottomans se référaient toujours à deux unités de musulmans parlant grec sur Gallipoli en 1474, probablement des azaps plutôt que des janissaires. L’une était composée de rameurs, l’autre d’archers zenberekciyan qui défendaient le château. Les quatre autres unités, vraisemblablement turques, de Gallipoli comportaient une unité d’azaps navals. Sur terre, les azaps se battaient comme archers mais ils étaient essentiellement employés comme gardes ou factionnaires. Au XVIè siècle ils déclinèrent et furent de simples porteurs de munitions, des pionniers et des sapeurs et furent absorbés par les cebeci janissaires comme porteurs. Cependant, les azaps se plurent ensuite dans leur nouvelle vie. A partir de la fin du XVIè siècle, tous les hommes musulmans des régions frontalières étaient susceptibles de se faire engagés comme azaps, armés de fusils à mèches et de sabres, un homme sur 20 ou 30 foyers étant pris en charge financièrement par les autres. Ils étaient ensuite répartis sur des kale azapi (" forteresse d’azaps ") ou deniz azapi (" des azaps navals ") suivant le lieu où ils habitaient. Sur terre, les azaps se battaient comme archers mais ils étaient essentiellement employés comme gardes ou factionnaires. Au XVIè siècle ils déclinèrent et furent de simples porteurs de munitions, des pionniers et des sapeurs et furent absorbés par les cebeci janissaires comme porteurs. Cependant, les azaps se plurent ensuite dans leur nouvelle vie. A partir de la fin du XVIè siècle, tous les hommes musulmans des régions frontalières étaient susceptibles de se faire engagés comme azaps, armés de fusils à mèches et de sabres, un homme sur 20 ou 30 foyers étant pris en charge financièrement par les autres. Ils étaient ensuite répartis sur des kale azapi (" forteresse d’azaps ") ou deniz azapi (" des azaps navals ") suivant le lieu où ils habitaient. |
| 1- Tirailleurs bosniaque. Les frontières européenne de l'Empire Ottoman étaient en permanance gardées par les villageois musulmans des balkans armée de longue arme à feu. 2- Sipahi mamelouk d'Egypte. 3- Dervish bektashi. Ces religieux galvanisés les troupes ottomanes et plus particulièrement les janissaires auxquels ils étaient très atachés. |
| L’histoire des voynuqs est encore plus variée. Ils étaient essentiellement recrutés chez les vassaux chrétiens des Balkans de l’Empire ottoman, suivant un système datant d’avant l’invasion turque, même s’il semble concerner les musulmans de la première heure. La plupart d’entre eux était de la cavalerie lourde, mais il y avait aussi des fantassins. Leurs rangs étaient composés largement de serbes et de bulgares slaves, ainsi que d’hommes parlant valach ou roumain. Comme de nombreux auxiliaires ottomans, un voynuq était soutenu par d’autres foyers connus comme gönder, un terme dérivant probablement du mot grec kontarion qui veut dire lance. Les voynuqs avaient leurs propres officiers çeribasi placés sous le commandement général du voynuq beyi, et ils étaient accompagnés des servants yamaks ou des subordonnés. Même si les voynuks n’avaient pas d’oçak ni de structure de corps, ils disposaient d’une réserve d’inscrits qui complétait leur effectif. Au XVè siècle des voynuqs remplissaient des tâches supplémentaires comme s’occuper des troupeaux de chevaux de cavalerie en Bulgarie. Les dogancis (" fauconniers ") étaient semblables à ces voynuqs et élevaient des faucons pour la cour impériale. Dans un autre lieu, les nomades chrétiens valachs jouissaient de privilèges spéciaux pour avoir servi l’Empire ottoman comme voynuqs de frontière, guides, garde ou pour avoir mené des raids. La principauté autonome roumaine de Moldavie approvisionnait aussi les voynuks durant le XVIè siècle. Le rôle de l’infanterie des principautés roumaines éclaire de manière intéressante un aspect peu connu de l’organisation militaire ottomane. Parce que la Moldavie, la Valachie et la Transylvanie préservaient leur autonomie depuis bien longtemps, leur héritage militaire d’avant l’invasion ottomane continua de se développer. Dans ces trois parties qui forment maintenant la Roumanie, des gouverneurs locaux levèrent, entraînèrent et équipèrent une infanterie compétente alors qu’une déferlante ottomane se préparait. Cette infanterie comptait dans ses rangs des mercenaires italiens professionnels afin de donner de la vitalité aux milices urbaines assoupies par les garnisons royales. |
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| 1- Lévantin.Fin XVI ème siècle. 2- Sekbanbashi, officier du corps des Sekban. 3- Azap, XVI et XVII ème siècle. Certains manuscrits suggèrent des caftans verts, mais il est fortement probable qu'il y ait eu de nombreuses variations de couleurs. |
Ils utilisaient les dernières armes de l’infanterie médiévale, parmi lesquelles il y avait un ensemble d’objets crochus employé contre la cavalerie, un moyen rapidement adopté par les janissaires. Dans le même temps, les archers armés d’arcs composites de style asiatique sont remplacés progressivement par des mousquetaires habiles dans tout ce qui est guérilla. En fait la Valachie et la Moldavie continuèrent de recruter une infanterie professionnelle armée d’arquebuses parmi les Bulgares chrétiens au sud, parmi les Serbes à l’ouest, parmi les Polonais et les Cosaques au nord. L’influence militaire des Ottomans se ressentait aussi dans les milices d’infanterie dorubanti qui s’appuyait sur les derbentçi turcs ou " gardes de frontière ".
![]() | L’Empire ottoman hérita d’autres formations militaires intéressantes du sud des Balkans ; par exemple les mercenaires catalans ex-byzantins ou leurs descendants ont été enregistrés dans l’activité militaire ottomane dans les années 1380. Des arbalétriers européens, mercenaires ou des vassaux, et l’infanterie génoise armée de haches issue de divers avant-postes coloniaux faisaient partie de ceux qui furent impliqués dans la guerre civile ottomane de 1421-1422. Des juifs et des musulmans se joignirent à l’Empire et firent échouer une attaque italienne menée sur l’île de Chios en 1599, et à partir de là, eux et seulement eux au contraire des chrétiens grecs locaux furent admis dans la citadelle de l’île. Plus loin au nord, de nombreux " hérétiques " bogomiles de Bosnie aidèrent les ottomans dans les invasions menées contre leurs oppresseurs chrétiens. Dans d’autres lieux, les Ottomans employaient les forces locales déjà existantes comme troupes de garnison, évitant ainsi d’engager leurs propres soldats. Par exemple les Martolos grecs étaient à l’origine des irréguliers byzantins. Au début du XVè siècle les Ottomans les reconnurent comme nizam ou " vrais soldats " et les payaient pour surveiller les bandits de la montagne grecque Klepht. Pendant le XVIè siècle les Martolos formaient une partie significative des garnisons de Serbie, de Bosnie, d’Herzégovine et même de Hongrie. Au XVIIIè siècle ils avaient des mousquets, des pistolets, des épées et des dagues et étaient dirigés par les kapitanos héréditaires. On accorda aux personnalités religieuses grecques d’un certain âge le droit d’avoir leurs propres kapoi ou serviteurs armés. Les müsellems étaient initialement une cavalerie féodale et même s’il furent rétrogradés en milices d’infanterie inefficaces, ils conservèrent une structure de corps du type oçak. Les gönüllüyan étaient une milice de volontaire plus tardive composée de cavaliers et de fantassins levés à la fois parmi les musulmans et les chrétiens, payés avec les taxes locales et employés pour mettre en garnisons les châteaux du coin.
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| 1- Voynuk, auxiliaire valaque, vers 1500. 2- Archer janissaire de la garde du sultan (chausures jaunes), XV ème siècle. 3- Marin magrebin du début du XVI ème siècle, équipé de l'arbalète caractéristiques de la marine maure. |
Pendant des années le gouvernement ottoman tenta d’empêcher la raya, un groupe non militaire de la population, d’acquérir des armes à feu. Même les auxiliaires derbentçi reconnus (officiellement) n’avaient pas l’autorisation d’avoir des fusils, jusqu’à ce qu’une terreur grandissante inspirée par les bandits armés rende ceci indispensable. Les derbentçi ottomans organisés firent vraiment leur apparition au milieu du XVè siècle et comportaient initialement aussi bien des chrétiens martolos que des nomades turcs yörük, des hommes des tribus turcomanes d’Anatolie et des chrétiens voynuqs des Balkans. Ils s’organisaient en unités de 25 à 30 hommes locaux qui mettaient en place des garnisons sur des forts tout petits dans les endroits stratégiques ou vulnérables, et ce système dut certainement se répandre largement jusqu’à ce que l’autorité du gouvernement centrale fut sur le déclin. On trouvait même des derbentçi dans le Khanate tartare autonome de la Crimée, au nord de la Mer Noire. Les Tartares de Crimée présentaient aussi une petite force d’infanterie armée de mousquets. Certains étaient des hommes de tribu trop pauvres pour posséder un cheval ; d’autres formaient une élite de 20 compagnies de cavalerie montée ou sebkans, recrutées parmi les villageois de la péninsule criméenne.
| Le conservatisme grandissant de la pensée militaire ottomane garantissait le fait que, lorsqu’une nouvelle force d’infanterie était levée, on lui donnât un nom traditionnel. Comme conséquence, l’infanterie sekban de la fin du XVIè siècle jusqu’au XVIIIè siècle n’avait pas de connexion réelle avec l’ancienne division sekban de l’oçak janissaire. Les nouveaux sekbans étaient une réponse à l’insuffisance aiguë de l’armée ottomane de troupes de mousquetaires face à leurs ennemies toujours plus forts. Les populations raya musulmanes et supposées non militaires de Dalmatie, d’Albanie, de Bosnie et d’Anatolie étaient alors recrutées en nombre croissant, nombre d’entre elles était de l’infanterie montée. Au début du XVIIè siècle, les nouveaux sekbans s’organisaient, sur une base régulière, en unités bölüks de 50 à 100 hommes, payées pour la plupart comme armées privées par les gouverneurs des provinces. Chaque unité avait à sa tête un bölük basi, placé sous le commandement général d’un bas bölük basi, de tels officiers étaient choisis au début parmi l’oçak des janissaires. Théoriquement ils pouvaient être débandés quand leur bölüm ou commission retraitait, mais en réalité ils étaient rarement placés sous le contrôle du gouvernement central. Par la suite, ils devinrent l’infanterie la plus efficace dans l’Empire, surpassant les Janissaires décadents. D’autres unités semblables étaient connues comme sarica ou " guêpes ", et tous étaient susceptibles d’être d’excellents tireurs d’élite, peut-être parce qu’ils étaient des chasseurs ou des bandits avant de devenir des soldats. Comme les sekbans et les sarica, les forces levent ressuscitées de la fin du XVIè siècle étaient des musulmans armés avec des mousquets, des épées et plus tard de pistolets. Ils étaient soi-disant recrutés parmi les bandits en Anatolie semblent n’avoir aucun lien avec les premières forces levent de la marine du XIVè siècle. Il y avait une autre force nouvelle d’infanterie montée, les tüfekçis, qui apparurent au XVIè siècle et qui comptèrent parmi les troupes les plus efficaces de l’armée ottomane aux XVIIè et XVIIIè siècles. Néanmoins, c’était un corps régulier, avec comme uniformes des manteaux courts rouges et des grands chapeaux rouges. |
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| 1- Tüfektchi, milieu XVII ème siècle. Tirailleurs ottoman. 2- Peyk, fin XVII ème siècle. "Estafette" ou courrier du sultan, chargé de porter les ordre à ses subalternes. 3- Kapukulu, début XVII ème siècle. Cavalier d'élite de la garde ottomane. |
Des incursions brutales menées par les armées autrichiennes catholiques montraient que, dans bien des endroits des Balkans, les chrétiens orthodoxes apportaient encore une aide militaire aux Ottomans assiégés. Une résistance véhémente était même créditée aux musulmans parlant le slave, de Bosnie, où différentes sortes d’infanterie locale comme le panduk ou " tireurs d’élite ", et l’eflak ou " mousquetaires " firent leur apparition. En Syrie et en Irak un appareil extraordinaire de formations irrégulières et de mercenaires apparut aux XVIIè et XVIIIè siècles. A Damas, elles comportaient les levent, une infanterie montée qui était des turcs au début mais qui devint par la suite des kurdes, des sekbans - des Turcs de l’Anatolie orientale, Maghâriba -, des arabes algériens qui étaient généralement employés pour défendre les caravanes de pèlerins se dirigeant vers la Mecque, et des tüfekçi - des kurdes qui formait une petite élite de bons tireurs. Chacune d’entre elles avait une organisation, une fidélité au corps, un commandement, des casernes qui lui étaient propre et des habits caractéristiques. En plus de quoi, il y avait les ashir - des auxiliaires syriens commandés par des chefs locaux ou de tribu, qui incluaient des milices urbaines issues de tous les groupes religieux. Toutefois le terme arab n’était utilisé que pour les auxiliaires bédouins qui jouaient un rôle militaire important à l’est du Jourdain, de l’Oronte et du Litani.
La situation en Egypte était généralement plus calme, même si la rivalité entre différentes unités dégnérait souvent en émeutes. Il y avait sept corps dans la garnison du Caire, à laquelle il faut ajouter des formations irrégulières variées qui, d’après les écrits arabes, étaient connues comme : les Janissaires, les azaps, le sarrâj (sarica), le yuldâsh (issu des yoldas ou soldats janissaires), les irréguliers maghribi, le jamâkiya (du yamak, de servants de janissaires), le tufenkiya, le jarâkisa (issu du yürük, des hommes des tribus turques), le shâwûshiya (issu du cavus, des sergents janissaires), le mutafarriqa (issu du müteferrika, les gardes du palais ottoman), le gönüllü ou des " volontaires " qui étaient encore assimilables à des turcs. En période de tension, les unités plus petites s’alliaient de préférence avec les azaps contre les janissaires dominateurs. En Afrique du Nord les Janissaires, bien qu’ils formassent un corps oçak séparé, préservaient leur identité turque pendant plusieurs siècles. Leurs grands rivaux étaient les tâ’ifat al ru’sâ ou " des milices de capitaines corsaires " qui étaient à la base des troupes de marine. Ces tâ’ifat al ru’sâ étaient composés de turcs mais la majorité était des arabes et des berbères, des indigènes de l’Afrique du Nord.
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PROMOTION, SOLDE ET MORAL
PROMOTION, SOLDE ET MORAL
Les promotions et les transferts se faisaient tous les deux à huit ans ou au moment de l’avènement d’un nouveau dirigeant. A l’intérieur du corps des Janissaires, les promotions étaient accordées suivant le bénéfice de l’âge en théorie ; les jeunes officiers étaient vraisemblablement choisis parmi les sous-officiers çavus et karakullukçu. La discipline était très stricte et on disait que " quarante hommes étaient menés par une seule tête ". Murad I avait posé 16 lois pour le corps des Janissaires : obéissance totale envers les officiers ; unité dans la volonté ; comportement militaire sévère ; pas d’extrêmes dans le luxe ou abstinence ; une piété stricte du code bektasi ; acceptation des meilleures recrues seulement ; peine capitale pour quelque chose de distinctif ; punition infligée seulement par ses propres officiers ; promotion suivant l’âge ; prendre soin de ses propres personnes à charge ; pas de barbe pour les simples soldats ; pas de mariage avant la retraite ; vivre seulement dans les casernes ; pas d’autre commerce ; entraînement militaire à plein temps ; pas d’alcool ni jeux d’argent. Les punitions allaient de l’emprisonnement dans les cuisines (peut-être la corvée de patates) à l’incarcération dans les forteresses des Dardanelles. La punition la plus courante était d’avoir la plante des pieds frappée par un falaka ou un bâton. Après chaque punition, celui qui avait offensé devait embrasser la main de son officier et marquait ainsi son retour à la discipline. Les punitions des officiers allaient de la rétrogradation jusqu’au bannissement du corps des Janissaires ou jusqu’à l’exécution. Le discipline pendant la marche était même plus sévère, avec une punition pour tout dégât causé sur le bien d’autrui, et une compensation payée aux victimes. Une désertion en temps de guerre avait comme conséquence une exécution par strangulation ; le sac était placé dans un sac lesté et était balancé dans la mer ou un lac la nuit pour éviter une honte publique.
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| Les janissaires recevaient leur ulûfe ou solde trois ou quatre fois dans l’année, les jours de paye coïncidaient souvent avec la venue de dignitaires étrangers, qui permettait aussi un relâchement de la discipline janissaire. Des bonus étaient attribués pour un service remarquable, comme quand les survivants de unités de serdengeçti (" tête brûlée ") et de dal kiliç (" épée nue ") avaient de l’argent supplémentaire ainsi que des médailles. Au milieu du XVè siècle, les simples janissaires recevait une quantité d’argent relativement petite mais on leur donnait aussi du tissu bleu en quantité suffisante pour une paire de culottes, une quantité de lin plus grande, un nouveau manteau de laine, une nouvelle chemise et assez d’argent pour acheter des arcs, des flèches et des cols propres. Néanmoins on accordait à l’oçak janissaire dix pour cent des dépenses militaires totales qui atteignaient quinze pour cent du revenu global de l’Empire sous le règne de Mehmet le Conquérant. D’une certaine manière, les janissaires étaient préservés du monde extérieur. Les casernes consistaient en des pièces ou oda pour chaque unité orta, celles d’élites étaient situées à l’intérieur même du palais Topkapi. Les casernes les plus ordinaires étaient de grandes habitations qui comptaient des cuisines, un arsenal et des dortoirs ; les portes étaient décorées de l’emblème de l’orta. Les deux casernes principales d’Istanbul, l’Eski Oda (l’ancienne) et le Yeni Oda (la nouvelle), étaient construites en pierre dans les années 1460-1470 - des habitations imposantes décorées avec des dalles colorées, des barreaux aux fenêtres en marbre des portes dorées et des fontaines dans les cours. Chacune d’entre elles possédait un groupe de boutiques civiles tout autour. Dans ces lieux, un janissaire pouvait mener une vie quasiment monacale, puisqu’on ne lui permettait de se marier qu’une fois qu’il avait atteint le rang de pensionné ou otturak - en fin de compte jusqu’à ce que les lois furent assouplies à la fin du XVIè siècle. |
| 1- Bayraktar subayi, porteur d'étandard de la 39 ème orta, XVI ème siècle. 2- Beshinci Karakullukutchu, sous officier, XVIII ème siècle. A cette époque la plupart des janissaires avaient abandonné leur couvre chef caractéristique. 3- Aga Serdengecti, commandant une unité d'assaut, XVIII ème siècle. |
D’une manière générale, les simples soldats ottomans étaient plus résistants que leurs adversaires occidentaux, un fait relevé par Bertrandon de la Broquière. Comme il disait : " Ils étaient assidus et se levaient tôt le matin. Ils étaient frugaux lorsqu’ils étaient sur la route et vivaient avec seulement de la petite nourriture, un petit pain mal cuit et de la viande crue, séchée un peu au soleil, du lait caillé ou préparé autrement, du fromage ou du miel ou du raisins ou des fruits ou de l’herbe, ou une poignée de farine à partir de laquelle il préparaient du porridge pour six ou huit hommes par jour ".
L’armée ottomane insistait aussi beaucoup sur le courage personnel, et il y avait une forte compétition pour avoir des " badges de valeur " comme des crêtes çelenk et des plumes de duvet. ; le çelenk était particulièrement difficile à gagner étant donné qu’il ne récompensait qu’une bravoure extrême vis à vis d’un ennemi supérieur. Un soldat mort sur le champ de bataille était un sahid ou " martyre ". Les personnes à sa charge, comme ceux d’un vétéran, étaient connus sous de le nom de fodlaharan ou " mangeurs de pain " et étaient entretenus par un département spécial du gouvernement via l’homme de l’orta, à qui on donnait une ration hebdomadaire, par le travail pour les fils, par les maris pour les filles. Les vétérans invalides avaient des sinécures et restaient des membres honorables de leur orta.
A travers leur histoire, l’oçak janissaire était populaire auprès de couches les plus pauvres de la société, peut-être à cause de leurs attitudes socialistes pour la plupart, qui était le résultat, en fait, d’une profonde influence de la secte derviche bektasi. La religion tenait une place centrale dans la motivation et le moral janissaires, la raison toute entière de l’existence de l’oçak résidait dans l’expansion de la puissance islamique. Mais les Janissaires étaient des musulmans très orthodoxes, et pour avoir une meilleure idée de leurs croyances, il est nécessaire de comprendre le mouvement bektasi.
Les doctrines bektasi comportent des aspects de l’ancien paganisme turc, du bouddhisme, un élément fort de l’Islam chi’ite - comprenant une dévotion pour le premier calife Ali, tout comme le kurde Yasidi (appelé par erreur " l’adorateur du diable ") et des influences chrétiennes. La plus récente inclut une " trinité " de Dieu, du prophète Mahomet et du calife Ali, une croyance dans la confession et absolutions des péchés, et une cérémonie d’initiation qui entraînait la distribution du pain, du vin et du fromage comme pour certains chrétiens de l’Est. Dans de nombreux bektasi tekkes ou couvents, les femmes participaient aux cérémonies sans porter le voile. Même si le mouvement bektasi se proclamait comme faisant partie de l’Islam sunnite, il n’était certainement pas accepté comme tel auprès de certains milieux dirigeants ottomans. La principale différence entre les bektasis et les musulmans sunnites orthodoxes était une croyance bektasi qui, dans une analyse finale, déclarait toutes les religions valables. Des prêcheurs derviches soutenaient que les chrétiens et les juifs n’étaient pas vraiment " infidèles " alors qu’une minorité d’entre eux avaient même des fidèles chrétiens.
De telles opinions attiraient les recrues janissaires, pour lesquels la conversion à l’Islam était le fruit, si ce n’est de la force, d’une pression morale pour le moins, et qui, portaient encore et quelquefois des extraits grecs et arabes du chant chrétien comme des charmes heureux. Cela rendait aussi les bektasis populaires auprès des chrétiens des Balkans, qui fournissaient principalement les rangs de l’infanterie auxiliaire de l’Empire ottoman. (Leurs tekkes ou couvents étaient particulièrement nombreux dans certains lieux comme en Albanie et en Croatie, où la conversion à l’Islam était très répandue et qui devaient fournir la meilleure infanterie non-janissaire de l’Empire aux XVIIè et XVIIIè siècles.) Les bektasis se battaient aux côtés des janissaires en tant que volontaires. Leur position vis à vis de la guerre était résumé en un verset inscrit sur la lame d’une hache de la fin du XVè siècle appartenant à un certain Sayyid Ali de Jérusalem : ainsi huit bektasis vivaient dans les principales casernes des janissaires. Ils priaient pour la victoire et marchaient devant le yeniçeri agasi pour la parade, leur chef psalmodiant " Kerim Allah " (Dieu est généreux) à quiconque les autres répondaient " Hu " (Il existe). Un chef ou dede de la secte bektasi nouvellement choisi était couronné avec un chapeau particulier par le yeniçeri agasi et le yeniçeri agasi, à son tour, se levait à chaque fois que le nom de Hacci Bektas, le père spirituel de la secte, était mentionné. L’importance du code bektasi se reflétait, par exemple, dans l’acte de décharge de Hüseyin, un " usta " ou spécialiste du 45ème bölük de la 38ème oda de la 12ème orta, datant de 1822 : " Nous sommes les croyants de l’ancien. Nous avons confessé l’Unité de la Réalité. Nous avons un prophète, Ahmeti Muhtar Cenap. Depuis le temps des Héros, nous sommes ceux qui sont enivrés. Nous sommes les papillons de nuit de la Flamme Divine. Nous sommes une compagnie de derviches errant de par le monde. On ne peut nous compter sur les doigts, la défaite ne peut pas nous détruire… "
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UNIFORMES ET ARMEMENT
UNIFORMES ET ARMEMENT
![]() | Le costume ottoman s’appuyait plus sur la tradition perse qu’arabe et resta remarquablement immuable du XVè siècle jusqu’au début du XIXè siècle. Caque classe sociale et chaque groupe ethnique, religieux, civil ou militaire avait une manière de s’habiller distinctive. Le couvre-chef était particulièrement important pour indiquer le rang. Un voyageur occidental du début du XVè siècle particulièrement attentif, l’écuyer bourguignon Bertrandon de la Broquière, décrivait les premiers costumes ottomans de cette manière : " … deux ou trois robes fines de coton descendant jusqu’à la cheville l’une sur l’autre. Pour manteau, ils portaient une robe de feutre appelée capinat (kapaniçe en turc). Elle était légère et très imperméable…Ils portaient des bottes qui montaient jusqu’aux genoux et des guêtres amples… dans lesquelles ils fourraient toutes leurs robes de telle manière qu’elles ne les gênent pas quand ils combattaient, voyageaient ou étaient à leurs occupations ". Les uniformes des soldats janissaires étaient, pour une grande part, en laine, l’habit étant fourni par les tisserands juifs de Salonique. Les chapeaux börk et üsküf, étaient les marques les plus distinctives et ceci malgré l’influence derviche sur les origines du corps. Une simple cuillère de bois était attachée sur la devant de cette toque comme un badge, voilà qui illustre par un autre exemple le symbolisme culinaire employé par l’oçak des Janissaires. Les vestes des officiers vétérans étaient bordées de fourrure ; le renard, l’écureuil, l’hermine, la zibeline, le lynx et la martre étaient favorisées. Les bottes des janissaires étaient en cuir rouge, sauf celles des officiers vétérans ou des unités privilégiées qui étaient jaunes. Les ceinturons et les écharpes indiquaient aussi le statut : ceux des rangs des neufs bostanci étaient en drap grossier pour les moins gradés (le 1er était bleu, le 2ème blanc, le 3ème jaune, le 4ème bleu et blanc à la fois), en drap fin blanc pour le 5ème, en soie blanche pour le 6ème, en drap fin noir pour le 7ème et en noir pour les 8ème et 9ème. |
| 1- Officier de la garde du sultan en habit de parade; deuxième moitié du XVI ème siècle. 2- Oglan Acemi, fin XVI ème siècle. Janissaire stagiaire avec son couvre chef caractéristique. 3- Janissaire de la marine en habit de parade; fin XVI ème siècle. Lors des parades, les janissaires portaient leur symboles sur leur couvre chef. |
Nous ne disposons pas d'informations certaines sur la couleur des caftans des janissaires, il est fortement probable que ce caftan fut bleu, mais de nombreuses miniatures montrent des caftans rouges pour les janissaires. Il est également difficile de savoir si une seule couleur s'appliquée pour une même unité. Vraisemblablement, plusieurs couleurs pouvaient cohabiter dans une même unité de janissaires, sauf en se qui concerne les gardes janissaires du sultan qui portaient tous un habit jaune comme leurs chaussures. Quoi qu'il en soit la couleur des cafetans ne semblait pas être aussi caractéristique que celle des chaussures ou des ceintures. En revanche, ces hypothèses s'appliquent aux couleurs des pantalons des janissaires.
| Les troupes ottomanes réutilisaient les armes prises à l’ennemi et l’Empire importait aussi de grandes quantités d’équipements de l’Europe. Les efforts du Saint Père pour faire cesser ce commerce échouèrent, même lorsque l’Italie catholique était concernée, bien que les principaux fournisseurs en équipements militaires de l’Empire Ottoman du XVIè et XVIIè siècles étaient les protestants Anglais et les Hollandais. (Un navire anglais saisi par les Vénitiens en 1605 ne contenait pas moins de 700 barils de poudre à canon, 1000 canons d’arquebuses, 500 arquebuses complètes et 2000 lames d’épées et d’autres matériels de guerre pour l’armée ottomane.) Les ventes en sens inverse se faisaient dans une moindre mesure mais il y avait en Europe une demande pour les tubes de canon turcs qui étaient de haute qualité. La fabrication d’armes était exécutée par des guildes différentes qui fabriquaient des épées, des lances, des poignards, des mousquets, des pistolets et des boucliers tandis que les armes plus lourdes étaient confectionnées dans les arsenaux d’état. La forte influence européenne était, en effet, criante à la fois dans le nom et la forme des armes à feu ottomanes du XVIIIè siècle ; par exemple le müskat tüfenkleri ou mousquet à silex, la karabina ou " carabine ", le tabanca ou " pistolet ", et le çift tabancali tüfenk ou " pistolet à double canon ". |
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| 1- Casque turc d'Anatolie, début XIV ème siècle. 2- Casque de cavalier ottoman début XVI ème siècle. 3 - XV et XVI ème siècle. 4- CAsque de parade des peyk de la garde. 5- Casque d'officier milieu XVI ème siècle. 6- Casque "turban" XV ème siècle. |

| Des janissaires portaient une armure complète dans les premiers jours et les pelotons utilisés pour l’assaut des sièges continuaient de faire de même pendant des siècles. Mais au XVè siècle, les protections de la cavalerie ottomane étaient quelque peu différentes de celles de l’infanterie ; la plupart des armures désignées populairement " janissaires " étaient en réalité des armures de cavalerie ou de sipahi. On ne fournissait pas d’armes lourdes aux Janissaires en temps de paix. Au lieu de ça, les armes étaient stockées dans les cebehane ou arsenaux ; les hommes choisissaient leurs armes favorites au début d’une campagne. Au début, seule une minorité de l’infanterie ottomane disposait d’épées, la plupart avait des arcs et des lances courtes. La plupart des épées et des dagues faisaient partie des traditions islamiques ancrées depuis bien longtemps, bien que les sources picturales et les armes qui ont survécu suggèrent une influence des Balkans sur celles-ci. Par exemple, la forme rare d’une épée large et non taillée en pointe avec des petites plumes et un pommeau en forme de champignon a été identifié comme étant byzantine. | ![]() |
| A & B- Devant et arrière d'une armure de cavalier ottoman du XVI ème siècle. |
![]() | Le sabre ottoman le plus commun était le kiliç - large, non effilé et moins incurvé que l’acemi kiliç ou sabre perse plus mince. Le gaddara était un " couteau bowie "large, droit ou légèrement incurvé, et d’origine perse alors que les origines du fameux yatagan turc incurvé dans deux sens contraires et de son associé la pala droite avec un seul tranchant font toujours l’objet d’un débat. Le meç était une fine épée dynamique ou rapière d’inspiration occidentale, utilisée seulement par des troupes navales et celles stationnées en Hongrie. Des masses variées comme le gürz, le sesper et la koçbasi ou " tête de bélier "tout comme l’axe teber étaient aussi populaires. De plus, l’infanterie ottomane utilisait des armes d’hast variées (un fait rarement noté par les historiens). Elles incluaient la harba ou guisarme, le tirpan ou glaive avec une longue lame courbe, le zipkin apparemment crochu, et le balta ou hallebarde. Quelques-unes d’entre elles trahissent l’influence italienne, vraisemblablement des colonies vénitienne et génoise envahies par les Ottomans, mais les armes d’hast ottomanes qui subsistent ont une forte similitude avec les armes russes, et le bardiche, avec sa grande lame fixée au manche en deux points et la pointe sur l’arrière, est semblable aux armes chinoises et d’Asie centrale et ceci de façon remarquable. Les premières ortas janissaires étaient constituées d’archers et bien que la plupart des janissaires étaient armés bientôt d’armes à feu, l’arc restait une arme de cérémonie prestigieuse dans toute l’histoire de l’oçak. (L’emploi d’arbalètes par les Ottomans était moins connu, même si les forces byzantines en faisaient un usage considérable. En fait, le mot turc en médiéval tardif pour désigner l’arbalète, çanra venait vraisemblablement des tzaggra byzantines - à moins que les deux ne dérivent du mot " perso-arabe " jarkh de l’arbalète. Malgré tout, c’est l’utilisation d’armes à feu par les Janissaires qui captait l’attention de leurs ennemis. Premièrement les soldats, fiers de leur apparence soignée, détestaient les armes sales mais, après avoir vu leur puissance en Hongrie, les Janissaires adoptèrent progressivement les arquebuses à mèches. |
| Pendant les premières années, les armes à feu étaient des tüfenk, tüfek ou zabtanah, chacune d’elles venait de mots perses médiévaux désignant la sarbacane. Les armes à mèches caractéristiques ottomanes étaient plus longues et avaient un calibre plus gros que celui des armes employées en Occident. Les plus grandes, d’Alger, pouvaient tirer une balle pleine de 80 g et les plus légères, de Grèce, une balle de 22 g. Le système de mise à feu à l’aide d’un silex fut probablement inventé en Allemagne au début du XVIè siècle, mais il n’était pas fiable dans les conditions poussiéreuses propres aux Proche et Moyen-Orient. En conséquence, l’infanterie ottomane s’accrochait à leurs armes à mèches robustes et plus longues que celles utilisées dans le reste de l’Europe. Puis, au cours du XVIIè siècle, un système de mise à feu par silex simple et facile à nettoyer comme le miquelet en provenance d’Italie et d’Espagne fut introduit par l’Afrique du Nord. |
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Ce ne fut qu’après la conquête difficile de la Crète vénitienne de 1645 à 1669, que les Janissaires firent définitivement un grand usage des pistolets. En 1770, on pria le Baron de Tott, un français d’origine hongroise, de moderniser l’armée ottomane, et il tenta de convaincre les Turcs d’employer des baïonnettes. Mais, tout comme les piques auparavant, cette arme était un anathème pour les yoldas individualistes, qui réalisèrent qu’elle ne serait efficace que maniée par des hommes agissant à l’unisson - ou, comme les Janissaires le voyaient, " en combattant comme des robots plutôt que comme des guerriers ".
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STRUCTURE DU CORPS DES JANISSAIRES
STRUCTURE DU CORPS DES JANISSAIRES
Pendant les XVè, XVIè et XVIIè siècles, la seyifin ou structure totalement militaire de l’Empire ottoman est composée d’une marine, de forces provinciales ou eyâlet askerleri et de l’armée du Sultan ou kapu killari askerleri. La marine comptait parmi ses rangs des spécialistes de l’art de la guerre navale et les levents ou infanterie de marine, tandis l’ eyâlet askerleri et la kapu killari askerleri avaient, chacune, des divisons de cavalerie et d’infanterie. L’infanterie provinciale de l’eyâlet askerleri était connue sous le nom de yerlikulu piyâdesi ou infanterie locale. Elle consistait en des troupes de müsellem ou "reconnues " qui, même s’ils étaient cavaliers à l’origine, furent rétrogradés au niveau de ce qui serait un peu plus que des milices d’infanterie. Puis il y avait des "mercenaires " ou icâleri, les azaps et les levents qui n’appartenaient pas à la marine. Les sekbans provinciaux refont leur apparition comme infanterie de province dans la dernière période mais on ne doit pas les confondre avec les premières élites sekbans de l’oçak des Janissaires. Les lagimici ("sapeurs et pionniers ") faisaient aussi partie de l’infanterie provinciale.
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| L’infanterie de la kapu killari askerleri ou armée du Sultan incluait la totalité du corps ou oçak des Janissaires. A laquelle il fallait ajouter les acemi oglans ou unités d’entraînement, les cebeci ou corps d’armuriers, les saka ou porteurs d’eau ; les topçu ou artilleurs, les toparabaci ou corps du train d’artillerie et les humbaraci ou grenadiers, ces trois derniers étant considérés comme faisant partie de l’artillerie. Les 34 unités d’entraînement acemi oglans étaient les ortas les plus anciennes et, séparées du reste de l’oçak janissaire, étaient réparties sur deux camps d’entraînement ou meydans. L’oçak en service actif était formé de trois sections : la plus grande appelée cemaat ou assemblée ; le bölük ou division ; et les segmen ou dresseurs de chiens. Au sein du cemaat, les solak ortas formaient une garde d’élite (que l’on mentionne en 1402 pour la première fois). Ils occupèrent des postes d'archers pendant plusieurs siècles et constituaient, comme d’autres unités de garde, de petites formations. Les mütefferikas, des fils de hauts dignitaires et de vassaux, comptaient semble-t-il parmi les rangs de solaks. Les segmen étaient des unités de garde moins personnelles, armées de fusils à mèches et d’épées courtes. Ces unités semblaient être plutôt petites et comptaient entre 40 et 70 hommes. |
| Une même unité de janissaire était vraisemblablement composée de soldat armés différemment les uns des autres. 1- Janissaire en armure; XVI ème siècle, faisant vraisemblablement parti des troupes d'assaut d'une unité d'élite. 2- Janissaire mousquetaire, début XVI ème siècle, avec un canon de tranché, tant redouté par leurs adversaires. 3- Janissaire archer, début du XVI ème siècle. |
Le corps bostanci des "jardiniers " était avant tout séparé des simples janissaires, il avait pour tâches essentielles la maintenance, le respect de l’ordre et la défense de quelques 70 propriétés ainsi que de la côte aux alentours d’Istanbul. La garde haseki qui lui était associée avait en charge tous les canons situés sur les terres du Palais.
| Toutes les divisions de l’oçak des Janissaires tiraient leurs recrues des ortas d’entraînement des acemi oglans et chaque orta avait une même structure interne fondamentale. Cela reflétait le fait que les ortas étaient au début très petites - à peu près 50 hommes au milieu du XVè siècle et jusqu’à 100 hommes au XVIè - et la structure de commandement de l’orta avait pour nécessité première de nourrir les esclaves qui dépendaient du Sultan. Elle était constituée, à la base, l’officier commandant l’orta, appelé çorbasi ou "homme de la soupe " qui était aidé de six officiers et d’un grand nombre de sous-officiers, d’un employé de l’administration et d’un imam ou aumônier. Parmi tous ces hommes, seul le çorbasi était nommé par une entité extérieure à l’unité. Les ortas d’élèves acemi oglans étaient elles-aussi commandées par les corbasis tandis que les ortas solaks étaient menées par les solakbasis de plus haut rang, assistés de deus autres officiers. Le Sultan choisissait l’agha yaniçeri ou commandant du corps des Janissaires ; ce dernier était généralement issu du corps et avait reçu son instruction, plus tôt, dans l’une des écoles du palais. L’agha yaniçeri était une figure très puissante, même s’il ne pouvait recevoir des ordres directement du Vizir : toutes les instructions devaient être émises par le Sultan. D’un autre côté, l’agha yaniçeri devait consulter le divan ou Conseil du corps des Janissaires pour traiter avec l’oçak. Ce Conseil était formé de l’agha yaniçer lui-même, du kul kâyasi et du sekbansi, commandant respectivement les unités de bostanci et de sekban, et les officiers des trois ortas de "chasse " d’élite (les zagarcibasi, les samsuncuibasi et les turnacibasi). Le prévôt basçavus de l’oçak des Janissaires semblait être nommé par le Conseil. |
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| 1- Officier de troisième rang, XVI au XVIII ème siècle. Cet officier de plus haut rang porte l'habit de parade. 2- Officier (Bey) Kethüda, habilité à porter des chaussures jaune du fait de son haut rang. 3- Officier Usta, XVII et XVIII ème siècle. |
La structure finale de l’oçak des Janissaires se composait de 194 bataillons orta : 101 de cemaat, 61 (ou 62) de bölük, 34 (ou 33) de sebkans. De nombreuses ortas janissaires se distinguaient aussi par leur origine (inhabituelle), des noms spéciaux, des services particuliers ou des officiers commandants, qui avaient d’autres fonctions. Parmi les ortas les plus significatives :
dans la division cemaat,
La 1ère orta était commandée par le kul kâhyasi qui commandait aussi les unités (le Sultan était répertorié comme soldat de la 1ère orta) ; elle était appelée unité de deveci ou "chameliers " parce qu’elle escortait, à l’origine, le train.
La 2ème, la 3ème et la 4ème étant des deveci.
La 14ème connue comme étant des hasekis ou "gardes ", peut-être parce que les unit


















