15.05.2008

La Ville Grecque de Mytilène (Metelin ou Mitilini)

* La Ville Grecque de Mytilène (Metelin ou Mitilini) * 

    

* Mytilène (Metelin ou Mitilini en pronunciation Grecque) est une ville grecque localisée au niveau de la côte Sud Est de l'île de Lesbos (3ème grande île de la Grèce), elle a été occupée par les Turcs de 1462 à 1912, quand elle a joint le royaume grec.

* Mytilène est la ville originaire des corsaires ottomans, les frères Barberousse : Khayr ed-Dine et Baba Arouj. Elle compte de nos jours 40.000 habitants, elle est  la  capitale de la préfecture de Lesbos.

* Une hypothèse historique très probable dit que METLINE prends son nom du nom de la ville de MYTILÈNE (voir rubrique Metline, une Histoire).

Position géographique de l'île de Lesbos au sein de la Grèce

 Carte montrant les villes de l'île de Lesbos, dont Mytilène (Mitilini ou Metelin)

Metelin au temps des Ottomans

Les Restes de la Mosquée Ottomane Turque de Mytilène (photo prise par mon ami grec Sarandos Stavrinos)

Les Restes du Bain Maure Ottoman Turc de Mytilène (photo prise par mon ami grec Sarandos Stavrinos)

Sigle de la municipalité de Mytilène

 Vue actuelle de la ville de Mytilène

 

Pour plus d'infos, concernant ce sujet allez voir l'excellent site :  

http://groups.msn.com/metline/mhafedhhamza.msnw

 

07.05.2008

Activités maçonniques avec arrière-plan politique – et réciproquement – en Grèce au XIXe s.

Activités maçonniques avec arrière-plan politique – et réciproquement – en Grèce au XIXe s.

Andréas Rizopoulos

Résumé

Après un rapide aperçu de l’activité maçonnique en Grèce continentale et insulaire au XVIIIe siècle, cet article étudie l’histoire maçonnique grecque du XIXe siècle, les iniatives locales, les stratégies des Grandes Loges françaises, italiennes et anglaises, leurs interactions avec les enjeux politiques et diplomatiques, dans une Grèce en lutte pour son indépendance.

Abstract

After a rapid survey of the Masonic activity in continental and insular Greece during the 18th century, this article studies the Greek Masonic history of the 19th century, the iniatives local ones, the strategies of the French, Italian and English Grand Lodges, their interactions with the political and diplomatic stakes, in Greece in fight for its independence.

Index

Plan

Texte intégral

Bien que l’objet de cet article soit le XIXème siècle, il est pourtant nécessaire de revenir à la période allant du milieu du XVIIIème siècle – époque ou nous trouvons les premiers traces réelles de Franc-maçonnerie dans la région – au premier quart du XXème siècle et de s'accorder sur l'utilisation de quelques termes. L'utilisation des termes ‘Grèce’ ou ‘Hellas’ pour la période qui précède le début de XXème siècle, peut être trompeur. Tout d'abord, jusqu'en 1830, la Grèce n’existe pas comme Etat. Les régions qui, maintenant, font partie de ce pays étaient à l'époque sous la domination de souverains différents – les Ottomans principalement (pour presque 400 ans), les Vénitiens et (pour des périodes plus ou moins longues) les Français, les Britanniques, ou les Russes. Géographiquement, la Grèce d'aujourd'hui ne correspond pas à la Grèce d'il y a soixante ans, sans mentionner l'entité nationale du XIXème siècle. Le fait qu’il n' y ait pas d'entité nationale sous le nom Grèce ne signifie pas que les gens habitant les régions, qui aujourd'hui font partie intégrante de la République Hellénique, n'avaient pas une identité et une conscience nationale. Cela sera manifeste lorsque nous évoquerons les îles Ioniennes au début de XIXème siècle.

Notre étude est rendue difficile par le manque de documents et d’éléments matériels. Il faut nous rappeler que la période a été tumultueuse. Pendant cette période plusieurs puissances ont été impliquées, ce qui signifie que les historiens doivent faire des recherches dans différentes archives. L’autre obstacle est présent chaque fois que nous essayons d'étudier des événements qui sont liés, même de loin, avec la Franc-maçonnerie. Beaucoup d'archives ont été détruites soit par des francs-maçons trop zélés qui considéraient que de cette façon ils préservaient les secrets de la Franc-maçonnerie, soit par des opposants à la Franc-maçonnerie qui, soit détruisaient tout ce qui avait un lien avec la Franc-maçonnerie, soit détruisaient délibérément tout article spécifique, empêchant que le crédit en soit donné à la Franc-maçonnerie. En dernier, des guerres locales ou totales, aussi bien que des catastrophes naturelles comme, par exemple les séismes, incendies etc. ont donné le coup final. Les îles Ioniennes, par exemple, ont subi en 1953 un séisme et un incendie détruisant la plupart grande partie de Zante et de ses archives.

Premières traces de la Franc-maçonnerie

Nous trouvons les premières traces de la Franc-maçonnerie en Méditerranée orientale, au milieu de XVIIIème siècle, dans la région constituant aujourd'hui la Grèce et la Turquie. Les informations disponibles surtout secondaires – et d'une certaine façon très obscures – concernent Constantinople (Istanbul), Smyrne (Izmir), Aleppo (Alep) en Asie Mineure et Corfou et Zante (Zakynthos) dans îles Ioniennes.

Selon des rapports/traditions non documentés, la première loge fut établie à Corfou, à l'époque des Vénitiens, vers 1740. Selon la tradition, le Vénérable était le Provedidor del Mar, Gouverneur des Vénitiens.

Pendant la même période, nous trouvons également des traces d'activité maçonnique à Constantinople et Alep. Constantinople était la capitale de l'empire Ottoman et le centre principal de commerce, attirant beaucoup d'Européens, surtout des Anglais, des Français et des Italiens. Elle était, et elle reste encore aujourd'hui, le siège du Patriarcat oeucuménique de l'Église Orthodoxe grecque, qui exerçait de forts pouvoirs religieux et temporels du fait de la tolérance des Ottomans. La plupart des intellectuels de cette période étaient directement, ou indirectement, en lien avec le Patriarcat.

Une personnalité distinguée des Lumières orientales fut l'auteur et moine Kessarios Dapontes1. Un de ses manuscrits, non publiés, sous le titre Livre des Royaumes est conservé sous le codex no. 254 dans la librairie du monastère de Xeropotamos du Mont Athos. Une partie de ce livre est à l’origine de beaucoup de théories sur l'histoire de la Franc-maçonnerie à Constantinople. Le manuscrit est essentiellement l'histoire de l'Empire Byzantin et, à un certain moment Dapontes écrit que les premiers francs-maçons ont fait leur apparition à Constantinople :

Mais puisque nous avons mentionné les dites hérésies, disons de ceci, qui à notre époque tombèrent sur nos terres et, comme ils disent, appartiennent aux européens y compris les rois, les prêtres et autres notables. Les nouveautés de cet Ordre et l'innovation ont été donnés à l’ Église Sainte pendant le Patriarcat de M. Paessios par le Saint de Smyrna [c’est-à-dire l'Evêque] Neofytos quand les maçons partirent de là-bas. Il a donné de nombreux prêches et de sérieuses excommunications contre quiconque les rejoint comme étant adorateur du diable. La même année ils sont venus à Constantinople et à Galata et ont fait quelques maçons mais quand les autorités l’apprirent, elles les ont tout de suite expulsés.

En ce temps-là, à Constantinople, beaucoup de diplomates et de commerçants vivaient dans leurs communautés et enclaves. Selon la correspondance diplomatique de l' Ambassadeur Britannique, [Sir] James Porter, qui est présenté ci-dessous2, il y avait au moins une loge clandestine qui fonctionnait à Constantinople en 1748. En outre, selon le témoignage de Alexandre Drummond et les dossiers de la Grande Loge d'Écosse, il y avait au moins une loge régulière établie à Alep en 1748. Il apparaît que ces deux loges – à Constantinople et Alep – étaient composées seulement de diplomates et de marchands anglais et français. Il n'y pas de preuve de l'appartenance d'autres membres, soit grecs soit turcs. Le 5 novembre 1748 Porter a envoyé une lettre au Grand Vizir (écrite en français), niant que la Grande-Bretagne se trouvait derrière l'établissement d'une loge maçonnique à Constantinople3. Le 26 novembre 1748, il a expédié un rapport au Duc de Bedford, en y attachant la copie de sa précédente lettre. Les paragraphes importants suivant, viennent du rapport au Duc :

Comme conclusion de la paix, une loge de maçons libres a été érigée comprenant environ dix personnes d’originaire française et deux de la nation anglaise. Ils ont pris une maison dans ce but. Elle remplit les têtes des chrétiens illétrés et superstitieux avec une multitude d'idées chimériques. Ces idées ont bientôt été propagées parmi les Turcs. Un Français arrivé de Venise, sans argent, qui venait de la confrérie, avait ses logements assignés dans cette maison. Le clergé latin, la lie d'ignorance, le marécage éternel et la malice, ont d’abord semblé vraiment offenser d’un si grand mépris la Bulle du pape Clément XII. Ils, et leurs émissaires parmi les stupides pauvres arméniens, ont insinué aux Turcs que ces maçons étaient des magiciens et des sorciers et qu'ils pourraient faire s’élever même le Diable. Ces insinuations ont pris sérieusement racine dans le Sérail et ce fut comme s’ils firent se dresser le diable , que St Ignatius lui-même n'aurait pas pu terrasser. Mais comme la maison a appartenu à un de mes hallucinés et je suppose qu'ils osèrent pas s’attaquer à leur protecteur religieux. l'Ambassadeur français directement, lui-même maçon,pour pallier leur insinuation, lança que si un sorcier anglais arrivait ici, il serait banni d'Angleterre pour sorcellerie. Les ordres ont été envoyés du Sérail au Porte pour souhaiter de tous les ministres étrangers, que si une telle personne fut ici, dès qu’ils en seraient informés, de directement l’expédier au loin. Ils ont commencé avec un message très poli à mon intention. Je l'ai traité comme un histoire futile et leurs dit que nous ne savions rien de ce qu’ils voulaient dire par “Wisards” et “Witikes” en Angleterre, et que je ne pouvais pas leur donner une réponse à de tels messages. Mais cependant, s'ils pouvaient me dire qui étaient les informateurs ou avait l'insolence de nommer un anglais, alors je pourrais peut-être leurs expliquer mes sentiments.

Ainsi, Porter confirme l'existence d'activité maçonnique mais blâme l'Ambassadeur de France. Pratiquement au même moment, l'Ambassadeur français envoyait son propre rapport en France soulignant que les Anglais se trouvaient derrière cette activité maçonnique. Voilà quelques faits marquants4 :

Je dois vous rendre compte d’une chose assez particulière qui s’est passée icy au sujet des francs-maçons. Plusieurs negociants anglois de cette ordre avoient taché d’engager d’autres negociants françois à prendre party dans cette confrairie, et je crois qu’ils y etoient parvenus. L’assemblée generale se tenoit à Péra dans la maison d’un Dragman d’Angleterre. Mr l’archevesque de Carthage et l’abbé Barustrethy Vicaire de Smirne sont venûs me prier d’arrester le cours de ces assemblées defendues par une bule du Pape qui excommunie les francs maçons. Il me demanda mon sentiment sur ce qu’il devoit faire en conséquence des ordres rigoureux qu’il avoit de la Cour de Rome à son égard  ; Je luy dis que je parleroit au Deputé de la Nation francoise, auquel j’ordonneroit d’interdire toute assemblée de cette espece ; Qu’au surplus je ne liuy conseillois pas de faire un si grand eclat à cause des Anglois et des Hollandois qui seroient peu intimidés par la Boulle et qui s’acharneroient au contraire à chercher des Proselites ; (...)
Le Reis Effendy me fit dire il y a quelques jours qu’il etoit surpris de cette innovation, que nos capitulations très bien observées autorisoient assez d’eglises dans les états du Grand Seigneur, pour ne devoir par chercher à les multiplier, qu’il y avoit icy une assemblée des Francs Maçons qui tendoient à ce but, et qui sous pretexte de faire des Francs Maçons, donnoient trente ecus à ceux qui vouloient se faire recevoir, e les engagoient ensuite à se faire Chretiens. (...)
P.S. J’ay écrit Ay Sr Peyssonnel consul à Smyrne ayant appris qu’il y avoit une loge des Francs Maçons dans cette echelle d’empecher que les negociants francois s’il y en a qui soient de cet ordre n’assistent aux assemblées.

Quelques années plus tôt, Alexandre Drummond a fondé une loge à Alep sous le nom : Union Lodge from Drummond Kilwinning from Greenock5. Selon les documents officiels de la Grande Loge d'Écosse, elle a été enregistrée le 3 février 1748 comme première loge étrangère inscrite dans la liste des loges de la Grande Loge d’Écosse. Il est possible qu'il y ait eu une autre Loge écossaise à Alep à la même période, selon le compte-rendu de la loge Canongate Kilwinning no.2, daté du 8 avril 1752 :

The Lodge being mett according to adjournment & at the same time a charter for constituting a Lodge at Aleppo was signed by the Most Worshipful [Grand] Master and the other proper office-bearers of the Grand Lodge, and also by the office-bearers of this Lodge.

10 En tout cas, la Drummond Lodge fut supprimée du registre en 1754. Dans le récit de ses voyages, sous forme de lettres adressées à son frère aîné en Écosse, qui furent publiées à Londres, à son retour en Grande-Bretagne cette année-là6, Drummond parle d'une seule Loge et déclare :

As I have mentioned the lodge of free masons I cannot help congratulating myself upon the opportunity I had of making so many worthy brethren in this place and forming the only lodge that is in the Levant. But my joy is still the greater, when I reflect that all the members are gentlemen of amiable character and must reciprocally reflect and receive honour in their association with the society of free and accepted masons. The lodge of Drummond Kilwinning from Greenock has reason to be proud of this her first daughter and I assure you I am not a little vain of being the father of such a flock.7

11 Toujours au milieu du XVIIIème siècle nous trouvons diverses traces d’activités maçonniques dans la région. Si la tradition dit vrai, dans les îles Ioniennes la première loge a été établie en 1740 avec le Provedidor del Mar comme Vénérable, malgré la récente Bulle papale de 1738 et malgré l’attitude négative de la République de Venise.

12 Au même moment des Anglais, Français et un Ecossais sontimpliqués dans l'établissement de loges dans les trois centres commerciaux principaux de l'Empire Ottoman, Constantinople, Smyrne et Alep. Il est clair que ‘l'esprit apostolique’ ne figure pas parmi les principes maçonniques. Donc ce n'est pas au niveau des Grandes Loges d'Angleterre, d’Écosse ou de de France, que la question de la motivation pour l'expansion dans la région doit être recherchée, mais au niveau des individus. Il est particulièrement intéressant de noter que l'Ambassadeur britannique adressait un blâme à son homologue français et réciproquement. Or le lecteur des dits textes comprend entre les lignes que tous deux ont été impliqués d'une manière ou d'une autre dans ces affaires.

13 Il est également intéressant d’essayer d’expliquer l'attitude du Patriarcat. Le Pape fumina la Bulle In Eminenti dans 1738 pour des raisons qui débordent le propos de cet article. Mais il convient d’observer que les seules informations disponibles pour le Patriarche orthodoxe était le texte de la Bulle et une attitude globale négative de l'Église catholique romaine envers les Lumières.

Quarante années plus tard

14 Il n’existe pas d’archives pour les quarante années suivants et nous trouvons la Loggia Beneficenza établie à Corfou en 1781 par patente de la Grande Loge Mère de Verona séante à Padoue. La demande de Beneficenza est datée 30 août 1781 et l'approbation est datée 13 juin 1782.8 Quelques auteurs ont affirmé que c'était la même loge mentionnée dans les années 1740 mais sans en apporter la preuve. De toute manière, la loge semble avoir travaillé un moment, jusqu'à ce que la République de Venise ait considéré comme suspectes ces “sociétés secrètes”  ; la loge dut alors fermer. Pendant la même période il y avait une autre loge à Zante selon une déclaration faite par De Roma lors de la consécration de Fenice Risorta en 1815.9

15 Conformément au traité de Campo Formio de 17 octobre 1787, les Français ont occupé les îles Ioniennes, et Beneficenzaa été rallumée. L’autorité française fut de courte durée, puis les îles furent sous l’autorité des Russes ce qui amena une nouvelle suspension de la loge. Puis, pendant les années napoléoniennes, suivant le Traité de Tilsit du 7 juillet 1807, les Français sont revenus aux affaires, et une nouvelle renaissance de la Franc-maçonnerie a eu lieu sous la direction d'une personnalité très importante dans la politique et la Franc-maçonnerie dans les cinquantes années qui suivent. Le Comte Denis De Roma a décidé de ranimer la vieille loge Beneficenza en l'unissant avec une autre loge dormante nommée Philogénie.

16 De Roma, pendant une visite à Paris en novembre 1811, a écrit au Grand Orient de France pour demander une patente pour une loge nommée Bienfaisance et Philogénie Réunies. Cette loge, selon la demande, était une renaissance de Beneficenza avec l'addition du mot ‘Philogénie’ (littéralement l'ami du ‘genus’ ou la nation). Le Grand Orient de France a consenti à la demande et a fourni une patente rétroactive datée de novembre 1810.10 De Roma a alors transfromé cette loge premièrement en Mère Loge Départementale puis en Mère Loge Provinciale. Comme Mère Loge, Bienfaisance et Philogéniea établi des loges à Zante, Lefkas (Santa Maura), Cephalonie, Patras et Épire, les dernières deux régions étant sous la tutelle ottomane. Il est clair que De Roma a contacté le Grand Orient de France malgré le fait que Beneficenzasoit d'origine italienne (pour être plus précis : si elle toujours été en relation avec Marseille, c’était par l’intermédiaire de Padoue) prenant en compte la situation politique.

17 En 1809, pendant l'occupation des îles par les Français, une loge française Saint Napoléon était fondée à Corfou avec des constitutions du Grand Orient de France. Cette loge fut constituée principalement de nationaux Français, surtout des militaires, stationnés à Corfou. Cependant, parmi les signataires de la demande de patente nous trouvons De Roma comme Orateur et plus tard nous trouvons plusieurs Grecs en place.11

18 Les Français quittèrent les îles de nouveau le 24 juin 1814 après un blocus de quatre années par les Britanniques qui ont occupé les îles Ioniennes deux jours plus tard. Le protectorat britannique a été formellement établi le 6 novembre 1815 et De Roma et les frères Ioniens importants ont décidé au début de l'année 1816 d’élever Bienfaisance et Philogénie au rang de Grand Orient12 en lui donnant le titre de Sérénissime Grand Orient de Grèce. Dans une de ses initiatives politiques, Roma a offert au Duc de Sussex, Grand Maître de la Grande Loge Unie d'Angleterre, la fonction de Grand Maître de la nouvelle Grande Loge.13 Le Duc a accepté sous la condition que les loges britanniques pour l'armée, ou composées de nationaux britanniques, pourraient être établies dans les îles sous l’obédience de la Grande Loge Unie d'Angleterre. Ceci a été confirmé dans un concordat signé le 9 décembre 1823.

19 Il est intéressant de noter qu’en 1816, cinq années avant la Guerre grecque d'Indépendance et au moment où Metternich déclarait qu'il n'avait pas connu de pays nommé Grèce, puisqu’il ne pouvait pas le trouver sur la carte (!), la Grande Loge Unie d'Angleterre reconnaissait en fait le Grand Orient de Grèce, la Grande Loge d'un pays ‘inconnu’.

20 Je n’ai pas le sentiment qu’il soit nécessaire de trop souligner les motivations politiques de ces initiatives dans les îles dans la période 1781-1814. Les loges s’ouvraient et se fermaient selon le pouvoir politique dans la région. Et si la signification politique pouvait être sous-estimée dans le cas de l'occupation russe quand il y eut une attitude négative envers la Franc-maçonnerie, il n’a pas pu être surestimé dans la période du protectorat britannique. Les francs-maçons dans les îles prenaient clairement parti pour les politiques. Au début, De Roma approche le Grand Orient de France, malgré la connexion avec l’Italie, afin d'être, si je peux me permettre l'expression, ‘du côté des anges’.Puis les Français quittèrent les îles, et il devenait temps de s’intéresser de plus près aux Britanniques. L’accent doit être mis sur le fait que selon toutes les indications et informations disponibles, la décision provint des frères Ioniens, il n'y eut pas de pression de la part des Britanniques.

Un engagement plus fort

21 Nous sommes maintenant en 1816 dans les îles Ioniennes. Pendant les deux années précédentes, la Franc-maçonnerie s’était trouvée mêlée aux événements politiques de la région de façon indirecte. Un marchand grec nommé Emmanuel Xanthos, au début de l'année 1813, avait été initié par une loge francaise l'Union de l’Orient situé à Santa Maura (Lefkas). L'initiation avait dû faire grande impression sur Xanthos, si bien que l'année suivante il envisagea avec deux autres marchands de créer une société révolutionnaire secrète pour agir en faveur de la libération de la Grèce occupée. Xanthos a révélé aux autres son initiation et a suggéré d’utiliser certaines des procédures de la Franc-maçonnerie afin d’obtenir une institution secrète et ainsi de travailler plus efficacement pour la cause. En septembre 1814, Xanthos, Skoufas, et Tsakalof ont établi la Philiki Hetairia (la Société Amicale) à Odessa. Les serments, les degrés et les procédures de Hetairia renvoient clairement aux procédures caractéristiques de la Franc-maçonnerie et particulièrement au rite français en sept degrés.

22 L'engagement de Xanthos avec la Franc-maçonnerie ne s’est pas arrêté avec son initiation. Pendant de nombreuses années les adversaires de la Franc-maçonnerie ont soutenu que Xanthos n'aurait pas pu apprendre beaucoup à son initiation et qu'il n'avait pas de contact plus étroit avec la Franc-maçonnerie.

23 Les ennemis ne devraient pas être entièrement blâmés puisque dans un sens ils réagissaient face aux francs-maçons excessifs qui ont affirmé que Philiki Hetairia était une organisation para-maçonnique. Récemment j'ai eu la joie de localiser un document très important dans les archives de Xanthos achetés par la Société Historique Nationale de Grèce. C'est un Diplôme délivré le 28 mai 1820 par la loge Les Amis Réunis sous l’obédience de la Grande Loge Astrée de Saint-Pétersbourg à Xanthos confirmant qu'il a été accepté comme Maître Maçon affilié par la loge.

24 En ce temps là, il est sûr que Xanthos était à Saint-Pétersbourg essayant de trouver une personnalité importante pour la nommer comme dirigeant de Philiki Hetairia. Au début, Xanthos a essayé d'enrôler Ioannis Capodistrias, qui était le Ministre des Affaires Étrangères du Tsar, mais celui-ci a refusé. Alors Xanthos a approché Alexandre Ypsilantis, un franc-maçon, qui a accepté. La suite fait partie de l'histoire de la Révolution grecque.

25 Le cas de Philiki Hetairia est un cas où la Franc-maçonnerie n'est pas directement impliquée mais où beaucoup de francs-maçons sont inspirés par ses idéaux et son organisation, pour une cause nationale, et non politique. La question non résolue est de savoir si la Franc-maçonnerie doit être créditée ou blâmée pour de telles actions. Pour Xanthos, la situation était très claire : la Franc-maçonnerie lui a donné au début le plan pour élaborer la structure d’une société révolutionnaire et à une étape ultérieure lui a donné les moyens pour approcher des personnalités importantes afin de les enrôler pour la cause nationale, en utilisant la Franc-maçonnerie comme point d’entrée.

Les activités pendant la Guerre

26 De retour aux îles Ioniennes, des loges sont établies à Corfou, Zante, Cephalonie et même sur le continent dans les régions contrôlées par Ali Pacha. Lorsque nous approchons de 1821 il semble que l’essentiel de l'activité maçonnique consiste en l’augmention des adhérents de Philiki Hetairia. Partout les activités maçonniques alors régulières s’arrêtent à la suite du début de la Guerre Révolutionnaire d’Alexandre Ypsilantis en février 1821. Pendant la période 1821 à 1828 les francs-maçons grecs dans les îles Ioniennes coordonnent le soutien aux forces en lutte, organisent des communications entre les forces et l’Europe et même organisent un réseau d'espionnage. En même temps, sur le continent et particulièrement à Nauplie, ou Napoli di Romania comme on l’appelait alors, les loges ont été établies par des étrangers philhellènes qui sont venus en Grèce combattre pour l'indépendance. Il doit être noté qu'à Nauplie il y avait aussi un Vendita des Carbonari. Je considère, cependant, que la partie jouée par les francs-maçons européens qui sont venus combattre en Grèce ou ont soutenu la cause grecque, comme les philhellènes sort du cadre de cet article. Des éléments sur ces événements sont donnés dans un autre article, à paraître dans le prochain volume de Heredom.14

27 Pendant que l'engagement dans la guerre des francs-maçons grecs et étrangers augmentait, les dirigeants politiques de la Révolution ont été profondément inquiétés parce que la révolution a été dénoncée comme ‘cosmopolite’ qui était un mot très connoté en ce temps parce qu'il contenait la Franc-maçonnerie, le carbonarisme, l'athéisme, le républicanisme et tout autre espèce de références négatives.

28 Les représentants du nouveau Gouvernement du pays qui commençait à s’appeler Grèce se donnèrent beaucoup de mal pour désavouer toute association avec ses références négatives. Et il semble que l'effort pour essayer d’écarter le nouveau pays de ces associations a continué même après la reconnaissance officielle du pays par la communauté internationale et le rendez-vous avec le premier Gouverneur, Ioannis Capodistrias que nous avons évoqué il y a quelque temps à Saint-Pétersbourg. Capodistrias dans un de ses premiers décrets a proscrit toute société secrète, y compris la Franc-maçonnerie, qu'il a appelé ‘la vieille société fraternelle’.

29 Alors que l'interdiction était efficace en Grèce continentale, les îles Ioniennes étaient protégées par le Protectorat britannique et les loges ont repris leurs activités à la fin de la Guerre. Au cours des années 1840-1860, nous trouvons deux événements intéressants et opposés.

Les Français reviennent en Ionnie

30 Comme mentionné, De Roma avait offert le titre honorifique de Grand Maître du Sérénissime Grand Orient de Grèce au Duc de Sussex en 1816. Entre 1816 et 1843 le Duc est resté Grand Maître et du côté grec le plus haut officier était le Député Grand Maître. Puis en 1843 le Duc est mort. Alors, dès le service funèbre en l’honneur du Duc organisé par les maçons de Corfou, la Franc-maçonnerie française revient dans le jeu.

31 Antoine Dandolo, membre du Grand Orient, 33e dans le Rite Ecossais Ancien et Accepté, de la loge française Les Trinosophes, bien qu’hostile à la présence britannique dans les îles Ioniennes, s’est senti offensé de n’avoir ni été invité ni prévu pour une place d'honneur au service funèbre en l’honneur du Duc.15 A la suite de cette ‘rebuffabe’, il s'est adressé au Grand Orient de France pour obtenir une patente pour sa loge clandestine Phoenix. Le patente lui a été accordée et pendant presque un an il y eut un effort du Sérénissime et de la loge anglaise Pythagoras, qui travaillait à Corfou, pour bloquer l'entrée du Français dans une région ‘occupée’.

32 De longues protestations ont été envoyées à Paris et à Londres sans résultat. Il semble que les Français ont voulu fortifier leur position dans la région et les Britanniques n'ont probablement pas souhaité s’en mêler. N'oublions pas que dans les échanges, il y a eu plusieurs arguments politiques, or l'attitude de la Grande Loge Unie d'Angleterre a été d'éviter tout amalgame avec ce qui ressemblerait à de l'engagement politique. Par conséquent, et étant donné les sentiments anti-britanniques à Corfou, Phoenix a prospéré et finalement le Sérénissime et Pythagoras se sont mis en sommeil.

33 Ai-je besoin de trop souligner que les deux camps avaient des motifs politiques ? Dandolo a trouvé la bonne occasion d'apparaître comme combattant les francs-maçons qui étaient ‘subordonnés’ aux Britanniques. Les autres francs-maçons Ioniens et britanniques ont souhaité apparaître loyaux au Protectorat britannique.

34 Presque deux décennies plus tard, cependant, il y eut un nouveau tournant. A Zante, il y avait une loge de l’obédience du Grand Orient de France nommée L’Étoile. L'Étoile prenait la suite de Fenice Risorta et de Philanthropia, qui travaillaient à Zante, comme nous l’avons vu, depuis 1780. Dans un mouvement inverse à celui mentionné à Corfou, la loge a décidé de quitter l’orbite française et de rejoindre la Grande Loge Unie d'Angleterre en 1862, la loge devenant Star of the East. Il doit être noté que nous sommes alors seulement deux années avant la fin du Protectorat britannique  ; le sentiment anti-britannique était très fort. Les francs-maçons de Zante décident de quitter le ‘politiquement correct’ français pour le giron britannique. Bien sûr des indications montrent qu’il y avait une motivation politique contre les Français, pas pour leurs actions dans les îles ioniennes, mais pour les actions entreprises contre le Grand Orient par Napoléon III. Il est interessant de noter que Phoenix est restée dans l’obédience du Grand Orient de France jusqu'en 1931 et a alors rejoint la Grande Loge de Grèce pendant que Star of the East est restée dans l’obédience de la Grande Loge Unie d'Angleterre même dans les périodes où il y avait des sentiments anti-britanniques forts en Grèce pendant les différentes crises de Chypre.

La Grèce contemporaine

35 Nous sommes maintenant en 1867 et la Franc-maçonnerie prend racine lentement en Grèce continentale en plus des trois loges dans les Ioniennes.16 Au début les premières loges sont organisées sous l’égide des Italiens. Il y avait sept loges qui bientôt ont été rejointes par les membres venus de Corfou et par là même en relation avec la France. Bientôt les nouveaux membres ont obtenu des positions dominantes (nous parlons de quelques dizaines de maçons de toute manière) et ils ont décidé d'obtenir l'indépendance de la Franc-maçonnerie grecque, en établissant une Grande Loge nationale, se rapprochant en même temps de la France avec qui ils se sentaient des affinités du fait de la présence de Phoenix à Corfou.

36 En 1868, les Loges grecques ont obtenu leur indépendance et ont essayé d'organiser le premier Grand Orient National indépendant du pays. Le premier qui pourrait porter le nom ‘de Grèce’ sans soulever de contestation. Ils ont esquissé une Constitution et un règlement mais ils ne pouvaient pas s’accorder sur la désignation du premier Grand Maître, donc ils ont nommé un Député Grand Maître jusqu'à ce qu'une personnalité admise par tous puisse être trouvée. Pour abréger l’histoire, quatre années plus tard en 1872, le soi-disant ‘Prince’ Rhodokanakis17 a été élu Grand Maître avec la bénédiction de l’Angleterre et de l’Écosse.

37 Mais déjà une autre crise se préparait. C'était la période pendant laquelle le Grand Orient de France s’interrogeait sur la présence de la Bible dans les loges et quelques éléments du Rite Écossais ont voulu substituer au GADL’U le ‘Principe Créateur’. Rhodokanakis prit parti pour l’Angleterre et l’Écosse, pendant que les membres de la Grande Loge de Grèce, d'origine française, penchaient en faveur du ‘Principe’. Ceci a mené à la création d'un autre Conseil Suprême du Grand Orient et un schisme, qui a duré presque vingt ans. Pendant qu’à Athènes ils débattaient de la théologie de la Maçonnerie, à Corfou les Italiens essayaient d'établir encore deux loges, Corcyra et Progresso. Cet effort fut infructueux.

38 De nouveau nous sommes sur un champ de bataille idéologique, cette fois religieuse, alors que dans le passé il était politique, entre français et britanniques.

Les autres causes, la même région

39 Au début du XXème siècle, un lieu intéressant pour les échanges maçonniques et politiques est Thessaloniki, ou Salonique. Il doit être noté que Thessaloniki, jusqu'en 1913 était calme sous l'Empire ottoman. Au début du XXème siècle il y avait une vague d'activité maçonnique dans la ville. Pendant la première décennie du siècle il y avait dix loges établies sous pas moins de sept Grands Orients. Cette activité est due à des facteurs différents. Le plus important était que la ville et le secteur entier de Macédoine devenaient plus important commercialement et politiquement pour l’Europe. Le second est pertinent seulement pour la Grèce. Malgré le fait que les frontières de la Grèce avaient été établies à la fin de la Guerre d'Indépendance, les Grecs essayaient d'élargir leurs frontières pour couvrir toutes les zones qui ont été considérés comme étant ‘Grecques’.

40 La Grèce a soutenu deux révolutions en Crète et a lancé une campagne désastreuse en Thessalie connue comme la guerre catastrophique de 1897. Le désastre de 1897 n'a pas diminué l'insurrection en Macédoine, qui a été entièrement soutenue par toutes les composantes de la société grecque y compris la Franc-maçonnerie. Au début du XXème siècle il y avait plusieurs loges établies en Épire et en Macédoine par le Grand Orient de Grèce  ; leur but premier était un soutien à l'identité nationale des Grecs habitant dans ces secteurs et en second la couverture de centres d'insurrection secrets. Le dernier facteur avait aussi des connotations politiques. Il est attesté qu'au moins deux des loges de Thessaloniki couvraient les activités des Jeunes Turcs qui étaient les instruments déterminants dans la révolte de 1908, qui a mené finalement à l'abolition du Sultanat en Turquie.18

41 Les dirigeants des Jeunes Turcs initiaient sélectivement des dirigeants militaires afin d'être capables d'organiser des réunions sous le manteau du secret maçonnique évitant les soupçons du Porte. La loge la plus importante de la période était Macedonia Risorta. Etablie en 1901 sous le Grand Orient de France, elle est devenue le centre principal des Jeunes Turcs et avait à peu près 125 membres.19

42 Trois années plus tard une autre loge a été établie dans l’obédience du Grand Orient de France : Veritas. La demande a été approuvée le 20 juin 1904 et elle a été consacrée le 17 septembre 1904. On ne sait pas clairement combien de temps elle resta active. L'historien français Jean Bossu a mentionné 1920, dans une lettre privée, pendant que d'autres sources déclarent qu'elle a fonctionné jusqu' à 1933. La loge avait à peu près 100 membres en 1912.20 Plusieurs Jeunes Turcs ont également appartenu à cette loge.

43 En 1906, trois loges encore ont été établies. Labor et Lux a été établie sous le Grand Orient d'Italie et en 1912 avait à peu près 50 membres.21 Les deux autres étaient sous le Grand Orient d'Espagne. La première fut appelée Perseverencia et avait à peu près 149 membres en 1912. Comme affirmé plus haut, à Thessaloniki a habité une très grande et forte communauté de Sephardim juifs et ainsi il semble raisonnable que cette loge tirait une partie importantante de ses membres de leurs rangs. La deuxième loge, de la Grande Loge d'Espagne, a été appelée Fazilet (la Vertu) et de son nom en turc, on déduit évidemment que les membres potentiels étaient d'origine turque. Fazilet avait à peu près 50 membres.22

44 L'année suivante, en 1907, nous trouvons la première loge grecque et une loge du Grand Orient de Roumanie. Philippos, la loge grecque, avait sept membres fondateurs. Trois provenant de Macedonia Risorta, trois du Labor et Lux et l'un d'une loge d'Athènes. Philippos est aujourd'hui toujours active dans l’obédience de la Grande Loge de Grèce avec le numéro 38. Comme indiqué, le Grand Orient de Grèce d'alors a établi plusieurs loges dans les régions qui étaient calmes sous l'Empire ottoman. Il y avait au moins sept loges grecques établies dans le territoire ottoman pendant la première décennie du XXème siècle. Le ‘au moins’ accentue le fait que plusieures loges ont été clandestinement établies en même temps et il n’existe pas d'information documentée sur elles à part quelques mentions indirectes. La loge, sous le Grand Orient de Roumanie, a été établie dans 1907 et a été appelée Steaua Saloniculi (l'Etoile de Salonika) et avait à peu près 115 membres en 1912.23

45 Un nouveau pouvoir maçonnique apparaît l'année suivante, en 1908. La Grande Loge de France a établi Avenir de l’Orient. La loge avait à peu près 65 membres en 191224, et selon Bossu fut active jusqu'en 1934. Mais selon d’autres sources elle fut active jusqu'en 1939. Une autre loge italienne a été établie en 1909 appelée Terra e Sole. Elle avait à peu près 30 membres25 et semble avoir été sans lendemain.

46 Un autre pouvoir vient dans le sujet en 1911. Le Grand Orient du Portugal a établi Dr. Sebastiâo de Maglhaes Lima 341 qui attira quelques 50 membres dans sa première année de fonctionnement. Encore ce fut probablement sans lendemain puisque aucun renseignement n’est disponible après 1912.26 Comme dans le cas de Perseverencia, il est evident que le motif de son établissement doit avoir été le grand nombre de Sephardim juifs.

47 Pendant les Guerres Balkaniques, Thessaloniki a été libérée par la Grèce et est devenue une partie du Royaume de Grèce en octobre 1913. Pour de nombreuses années des loges internationales différentes ont fonctionné à Thessaloniki avec la seule loge grecque Philippos. Ce ne fut pas avant 1920 qu'une deuxième loge grecque a été érigée. C'était Tsimiskis No 56. Alors que Thessaloniki fait partie de la Grèce, le Grand Orient de Roumanie a établi en 1916 une autre loge appelé Constantin Moroin. Malheureusement nous n’avons pas d’autres renseignements disponibles sur cette loge.

48 Réexaminant le premier quart du XXème siècle nous trouvons une douzaine de loges dans une seule ville relevant de six pays différents et de sept obédiences maçonniques différentes. Deux de ces loges, lors de leur établissement, étaient des instruments indirects d'actions politiques et trois essayaient de forger les identités nationales de leurs membres.

49 Dans le cas des loges grecques il ne fait aucun doute que l'intention originale était de fournir un noyau d'activité révolutionnaire protégé par la discrétion de la Franc-maçonnerie.

Notes

1 - Il a été baptisé “Constantinos” sur l'île de Skopelos dans la Mer Egée. Son père était enseignant et consul britannique. Dapontes s’est établi à Bucarest en 1730 et a écrit le sien premièrement là-bas en 1736. Etabli à Constantinople en 1743, il est resté là-bas deux ans. Il revient en 1747 mais a été arrêté et a été emprisonné pour vingt mois. Il s’est marié en 1749 mais sa femme et la fille sont mortes en 1753. Il est devenu moine changeant son nom à Kessarios. Pendant les trente années suivantes, il a vécu en monastère, écrivant des livres en vers, et il a voyagé. Il a passé les six derniers mois de sa vie dans le Monastère de Xeropotamos sur Mont Athos. Au cours de sa vie il a écrit 26 livres dont 18 ont été publiés.
2 - James Porter (1710-1786) a été nommé Ambassadeur près la Porte le 22 septembre 1746 (London Gazette, 1746, no 8573). Arrivé à Constantinople le 11 février 1747, il y est resté jusqu'à ce qu'à son rappel à Londres le 1er mai 1761 à sa propre demande.
3 - Lettre de James Porter au Grande Vizir datée du 5 novembre 1748. Public Record Office (S.P. 97.33 Letters of the ambassadors at Constantinople).
Je suis obligé de vous avouer, que le message que mon Droggoman ma porté de la part de V.A. estoit si extremement nouveau et extraordinaire, que je n'ai sçeû que repondre.
Il ma dit que V.A. l'avoit ordonné de me faire part comme si elle avoit apris, qu'un Anglois sorcier chassé de l'Angleterre pour des sorceleries, estoit arrivée ici et que elle me prioit de l'embarquerou de le renvoier.
Il ni a aucun Anglois arrivée ici, depuis que je suis dans ce pais.
On ne reconnoit aucuns ides de sorceleries en Angleterre.
Les Anglois sont remarquable dans tous les gouvernemens qu'ils habitent, d'estre raisonnable, tranquil et inoffensive. C'est insinuation donc, levees contre la nation dont jai l'Honneur destre lerepresentant du Roy, ne peut estre qu'avec des desseins sinistres, ou pour les mettre mal dans l'esprit de V.A. ou une calomnie calculé avec d'autres vues.
V.A. avec ses Hautes lumieres jugera bien a quoi donc un Ambassadeur publique est exposé, si des autheurs de telles calomnies ne sont recherchés. L'honneur et la reputation d'un nation peut estreatteint, et ce qui est pire V.A. et les autres ministres de la sublimeporte, tellement prevenûe contre eux que de les rendre l'objet de leurs indifference.
Je dois donc recourir a la justice et l'Equité tant reconnue de V.A., afin que des recherches efficaces soit fait, des delateurs d'un rapport si attrocement faux, fait à tres mauvais dessein ey d'ont on ne peut reconnoitre l'ombre de verité.
Avec les mêmes mauvaises intentions, ils ont a ce que jai apris en m'informant au fond de l'affaire, faites des pareilles insinuations, dangerouses, toychant quelques Messiuers de differens nations, gens autant que j'en sçai de probitt et d'honneur, qui de tems en tems,s'assemblèrent pour passer quelques heures innocemment ensemble, et dont les intentions sur les perquisitions les plus justes que jai sçeüe faire, ne tendent qu'au bien. Il y a des gens du plus grand merite qui sont de tels assemblées dans les differentes parties de la Chretienneté. Je ni suis pas interessée, mais depuis plusieurs moi a ce qu'on ma assuré on ne s'est pas assemblée, et si je prend la liberté d'en dire un mât à V.A. ce n'est que pour le désabuser de telsfaussetes. Les delateurs de l'un et de l'autre ne sont pas difficile a tracer, se seroit trop 1ongue de l'eclaircir par escrit, mais en justice a moi même je souhaiterai avoir une explication ulterieure par le moyen du Draggoman de la porte, ou avec tel autre que V.A. jugera a propos, afin que V.A. soit pleinement informé de l'innocence des moeurs de la nation Angloise et leur devouement a tout ce qui regarde le bien estre de ce grand et illustre gouvernement.
Je suis...
4 - Voici l’intégralité du rapport du Comte Desalleurs au Ministre de Puyzieuls. Correspondance diplomatique, Turquie T. 1XX f. 33. Publié par Père Antoine Rabbath, de la Compagnie de Jésus, Documents inédits pour servir à l’histoire du Christianisme en Orient, Paris 1905 pp. 134-136.
A Constantinople le 24 9bre 1748
M. le Comte Desalleurs
Monsieur
Je dois vous rendre compte d'une chose assez particulière quis'est passée icy au sujet des francs maçons. Plusieurs negociants anglois de cette ordre avoient taché d'engager d'autres negociants françois à prendre party dans cette confrairie, et

03.05.2008

Saint-Augustin (354-430)

SAINT-AUGUSTIN (354-430)

1.La vie et l'oeuvre

Aurelius Augustinus est né, en 354, à Thagaste (aujourd'hui Souk-Ahras en Algérie), son père est un berbère relativement aisé ayant la citoyenneté romaine. Augustin fait ses études supérieures à Carthage.
Il s'intéresse à la philosophie et au droit (Cicéron). Mais trouve la Bible barbare et refuse d'écouter sa mère, Monique, qui est chrétienne alors que son père est païen, mère qui voudrait qu'il se convertisse au christianisme.
Il est alors séduit par la doctrine manichéenne. Le "babylonien" MANI (216-277) prophétise le salut prédestiné des "élus" qui pratiquent, dans un monde où le "matériel" est le Mal et le "spirituel" le Bien, une morale particulièrement austère.
Bientôt déçu par le manichéisme et par l'enseignement de rhétorique (art oratoire) qu'il donne à des élèves indisciplinés il part pour l'Italie en 383, à Rome puis à Milan où on lui confit un poste officiel de Rhéteur.
Il fréquente l'Evêque de la ville (Saint) AMBROISE et découvre les néo-platoniciens, dont le maître spirituel est PLOTIN (v.205-270).
En 387, cédant aux prières de sa mère (Sainte) MONIQUE, il est baptisé, à l'âge de 33 ans.

Rentré en Afrique il mène tout d'abord une vie monastique puis est élu, en 396, Evêque d'Hippone (aujourd'hui Annaba (Bône) en Algérie, près de la frontière tunisienne), par la toute petite communauté catholique, et le restera jusqu'à sa mort en 430 - qui survient alors que la ville est assiégée par les Vandales, qui la prendront et la pilleront tout en respectant son tombeau ... et sa bibliothèque.

AUGUSTIN a défendu le catholicisme (christianisme universel) contre, notamment, le manichéisme et le donatisme, schisme chrétien fondé par le berbère DONATIUS (?-355) qui est majoritaire à Hippone.

Il a écrit 232 ouvrages, dont le principal La Cité de Dieu a été écrit après la prise de Rome par ALARIC 1er, Roi des Wisigoths, en 410.

2. La philosophie du Droit de SAINT-AUGUSTIN.

La philosophie du Droit de SAINT-AUGUSTIN est fondée sur le dogme chrétien : le Droit c'est le juste divin de la Bible.
Le juste divin est connu par les trois Lois (théorie des trois Lois, Contra Faustum, livre XIX): la Loi naturelle, la Loi biblique, la Loi humaine ou profane.

2.1. Le Juste divin

Selon le dogme, un héritage du judaïsme, Dieu est la cause de tout, il mène l'Histoire, il mène le Monde par sa providence, c'est lui qui donne un sens à l'Histoire.

Or Dieu c'est la Justice et la Justice c'est le Droit.
C'est pourquoi il faut croire, mais aussi comprendre ce que l'on croit, car Dieu a voulu que l'Homme soit un être de raison (Foi et raison).

2.2. La Loi naturelle

Dieu a créé l'ordre naturel :
- Dieu entend que toute chose soit ordonnée.
- Dieu impose son ordre sur la nature.

Donc la Justice c'est le respect de l'ordre naturel :
- C'est l'obéissance à l'ordre voulu par Dieu.

Les païens (non-juifs et non-chrétiens) sont soumis à la Justice :
- C'est la Loi naturelle qui s'impose à eux et qui les guide.

2.3. La Loi biblique

Elle s'impose aux juifs et aux chrétiens.

Les juifs doivent respecter l'Ancien Testament :
- Dieu ayant pris pitié des Hommes, qui vivent dans le péché, a donné au peuple juif, le peuple élu, une loi supérieure à la loi naturelle, la Loi biblique qui est contenu dans l'Ancien Testament (le Pentateuque, la Torah) et qu'ils doivent respecter.

Les chrétiens doivent respecter le Nouveau Testament :
- La Loi biblique de l'Ancien Testament est maintenant dépassée par l'enseignement du Christ, le Nouveau Testament.
- C'est la nouvelle Loi biblique qui s'impose aux chrétiens, c'est leur Droit.

Le Droit des chrétiens :
- Le Droit des chrétiens c'est, tout d'abord, "aimer Dieu", c'est ce qui fait que l'Homme est juste.
- C'est aussi, et en même temps, "aimer son prochain", sans discrimination. C'est pratiquer la charité, le pardon des offenses, c'est ne pas faire à autrui ce que l'on ne veut pas qu'autrui vous fasse.
- Pour Saint-Augustin le Droit des chrétiens c'est encore la renonciation totale aux biens terrestres, renonciation qui est nécessaire pour pouvoir aimer Dieu, c'est la vie en communauté, le communisme monastique car l'appropriation privée des biens n'est pas d'essence divine (l'appropriation privée des biens pervertit les possesseurs qui, en fait, ne possèdent pas les biens mais sont possédés par eux, ce qui les éloigne de Dieu).

La sanction du Droit des chrétiens :
- Les chrétiens qui ne respectent pas la Loi biblique ne sont pas sanctionnés sur cette terre.
- La sanction est transcendante, elle ne peut être applicable qu'aux âmes et pour l'éternité.

Les chrétiens sont également soumis à la Loi humaine, ou profane.

2.4. La Loi humaine ou profane

La Loi humaine est injuste. Il faut cependant lui obéir mais lutter pour le triomphe de la Loi juste qu'est la Loi biblique.

La Loi humaine est injuste :
- Les Hommes ont créés des lois pour régir leurs relations sociales.
- Ces lois humaines ne sont pas justes en soi.
- La Loi humaine n'est pas juste en soi, car l'Etat poursuit des fins qui sont trompeuses en essayant, par le droit profane, de rendre à chacun ce qui lui est dû.
- La Loi humaine ne peut être juste que si elle rend à Dieu ce qui lui est dû, en s'inspirant étroitement de la Loi biblique.

Le chrétien doit obéir à la Loi humaine :
- Le chrétien doit obéir, même aux lois humaines injustes.
- Tout d'abord parce que les lois humaines fondent un certain ordre social, qui permet une certaine paix, une certaine sécurité, dont profite le peuple.
- Mais surtout parce que les lois humaines sont voulu par Dieu, par la providence divine.
- Obéir aux lois humaines, même injustes, c'est obéir à Dieu.

Le chrétien doit lutter, pour le triomphe de la Loi biblique :
- La Loi biblique ne peut triompher que si la Loi humaine s'en inspire étroitement.
- Il faut donc que les chrétiens luttent pour l'expansion de l'Eglise catholique qui est au service de Dieu et de sa Loi.
- Cette expansion de l'Eglise catholique pourra se faire en faisant appel au Pouvoir civil contre le schisme (séparation) et l'hérésie (erreur dogmatique), en utilisant si nécessaire la violence et la guerre sainte, car si la foi est un acte essentiellement libre il convient de convaincre par la force les irréductibles, afin d'assurer leur salut éternel (Lettre 93 à Vincentius).

02.05.2008

Aristote (v.384-v.322)

ARISTOTE (v.384-v.322)

 

1. La vie et l'oeuvre

1.1. La vie

Aristotelês est né vers 384, à Stagire (Stavro) en Macédoine. Il est le fils du médecin du roi Amyntas II, grand-père d'Alexandre le Grand.
En 367 ou 368 Aristote va faire ses études à Athènes et devient, à l'Académie, l'un des disciples les plus brillants de Platon.
A la mort de celui-ci, vers 347, Aristote est le conseiller politique du tyran Hermias d'Atarnée.
En 345-344 Aristote se rend à Mytilène, dans l'île de Lesbos, après l'assassinat d'Hermias.
En 343-342 le roi Philippe de Macédoine, fils d'Amyntas II, lui confie l'éducation de son fils Alexandre.
Lorsque Alexandre monte sur le trône à la mort de son père, en 335-334, Aristote retourne à Athènes où il fonde une école rivale de l'Académie, le Lycée.
Alexandre meurt en 323 et une réaction antimacédonienne se produisant à Athènes Aristote, menacé, doit se réfugier à Chaldis, dans l'île d'Eubée, où il décède vers 322.

1.2. L'oeuvre

Une grande partie de l'oeuvre d'Aristote est aujourd'hui perdue.
Ses ouvrages, qui sont des notes de cours réunies en une vaste encyclopédie, peuvent être classés en 4 catégories :
- 1°. La Logique (Les Analytiques), dont l'influence fut considérable, en particulier chez les Musulmans puis chez les Chrétiens du moyen-âge (Querelles scolastiques).
C'est Aristote qui a posé les définitions de la "déduction" et de l'"induction", qui a dégagé les notions de "concept", de "jugement" et de "raisonnement".
-2°. La Physique, une philosophie vitaliste de la nature, dont Bergson (1859-1941), notamment, s'est inspiré.
-3°. La Métaphysique, qui explique l'origine du mouvement dans le monde en faisant appel à un Dieu-moteur non interventionniste.
-4°. Les "sciences sociales", l'Ethique, la Politique, l'Economique, la Rhétorique, la Poétique.

Une partie des oeuvres d'Aristote a été publiée en français dans la collection Universités de France à partir de 1926 et chez Vrin, Paris, 1933-1962.

2. La "sociologie" du droit d'Aristote

2.1. De l'Univers au Droit

L'Univers est éternel, ainsi que le Premier Moteur Immobile qui est la cause de tous les mouvements et du devenir global de celui-ci.
L'Univers est unité harmonieuse de matière et de forme, de puissance et d'acte, de "ce d'où" naissent les choses et de "ce à quoi" elles tendent, et cette unité harmonieuse s'exprime de façon évidente, notamment dans les organismes biologiques.
La nature toute entière est organisée en quatre niveaux hiérarchisés : le minéral, le végétal, l'animal, l'humain.
C'est en l'Homme que culmine et s'accomplit le devenir naturel mais la perfection de l'Etre s'achève dans la stabilité du Moteur Immobile.

Pour Aristote il n'y a pas eu création de l'Univers à partir de rien (ex nihilo) par un Dieu tout puissant, parfaitement libre et désintéressé, volontaire.
L'Univers existe depuis toujours et existera toujours, nécessairement régi par la Cause Suprême qu'est le Premier Moteur Immobile.

2.2. Le Droit

Le Droit c'est le Juste, mais il procède de l'étude de la Nature.

2.2.1. La Justice

La Justice a pour objet de donner à chacun le sien selon une égalité proportionnelle.
Tout d'abord la justice générale (distributive) permet de donner, ni trop ni trop peu, qualitativement et quantitativement, aux citoyens ce qui leur revient en fonction de leur mérite social.
La justice particulière (commutative) est complémentaire, qui a, notamment, pour objet de corriger les déséquilibres qui apparaissent dans ce qui a été distribué du fait de l'action injuste des personnes.

Aristote distingue l'action injuste qui relève du Droit de celle qui relève de la Morale.
Etre respectueux du Droit c'est, certes, être juste, mais cela ne signifie pas nécessairement que l'on soit, soi-même, un être moral respectueux du Juste.
On peut respecter le Droit par simple peur de la sanction, et sans vouloir agir par Justice.
On peut, tout aussi bien, commettre des actes injustes par simple erreur, ou parce qu'on y est contraint sans vouloir être injuste.
L'intention relève de la Morale alors que l'acte relève du Droit.
Il faut donc distinguer les lois "juridiques" des lois "morales".

2.2.2. Le Droit naturel

Selon Aristote le Droit procède de la nature.
L'être humain vit dans un monde extérieur qui est ordonné et formé en fonction d'une finalité.
Au sein de ce monde ordonné chaque être a une nature qui lui est propre et qui doit le conduire à son parfait développement - qui sera son bonheur.
L'observation des faits doit amener à connaître la nature de l'être humain, afin de protéger celui-ci des déviations qui nuiraient à son parfait développement et donc à son bonheur.
L'ensemble des règles qui ont pour objet de permettre le parfait développement de la personne humaine constitue le Droit naturel.

(Aristote, qui étudie la Société de son temps, considère que l'esclavage dans cette Société relève du Droit naturel. En effet, pour que le groupe familial des hommes libres puisse se développer intellectuellement dans la société économique de l'Antiquité la production nécessaire à la subsistance de ce groupe ne doit pas entraver ce développement. Il apparaît donc qu'à l'expérience une division du travail est nécessaire entre maîtres et esclaves (Politique, I, 4, 3).
Aristote, toujours en partant de l'observation des faits dans le monde qui est le sien, affirme encore que la Nature a fait des races inégales, de telle sorte que certaines semblent destinées à fournir des esclaves (Politique, VII, 6, 1).)

Le Droit naturel d'Aristote résulte donc de l'expérience, de l'application de la méthode déductive, "expérimentale", et non des principes posés a priori par l'auteur lui-même, de postulats.

Cependant, le Droit naturel ainsi déduit de l'observation des faits ne saurait permettre à lui seul de gouverner l'Homme, qui est, dit Aristote, un "animal politique", "civique", qui vit en société dans des Cités (polis).

2.3. Le droit positif

L'être humain, animal politique, a besoin pour être gouverné de lois positives, d'un droit positif qui résultera de la volonté d'un législateur, variable selon la nature de la Cité.

Il est en effet plus facile de trouver dans une Cité un législateur juste, qui puisse fixer les règles écrites à appliquer par les juges, qu'une multitude de juges qui prononceraient de justes sentences inspirées par les règles non écrites du Droit naturel (Politique, III, 11).

Il est des Cités qui ont besoin d'être gouvernées par un seul homme (monarchie pouvant se transformer en tyrannie), d'autres par plusieurs (aristocratie pouvant se transformer en oligarchie), d'autres encore par le peuple des citoyens (république pouvant se transformer en démocratie). Si le meilleur régime politique, selon Aristote, est un régime mixte, cela ne signifie pas que le régime mixte puisse être parfaitement applicable à toutes les Cités. La monarchie se transforme en tyrannie, l'aristocratie en oligarchie, la république en démocratie lorsque l'intérêt personnel l'emporte sur l'intérêt général.

Le droit positif résulte donc de la volonté du législateur, dont la principale vertu doit être la prudence, mais cette volonté n'est pas arbitraire.
Le législateur compétent, le mieux à même d'assurer l'heureux développement de la Cité, doit fixer le droit positif par référence au Droit naturel, qui par définition est juste.
Quant aux gouvernés, ils se doivent de respecter le droit positif qui résulte du Droit naturel pour la raison que le Droit naturel est bon pour eux puisqu'il permet leur parfait développement et les conduit au bonheur.
Il résulte de ce raisonnement que l'obéissance n'est pas due lorsque le législateur n'est pas respectueux du Droit naturel (illégitimité) ou n'est pas compétent pour être législateur (illégalité).
Il faut d'ailleurs noter que la règle de droit positif n'a pas autorité absolue pour le juge, qui est autorisé à se prononcer en équité.

 

http://www.denistouret.fr/ideologues/Aristote.html

 

Platon (428-348)

 

PLATON (428-348)

1. La vie et l'oeuvre

Aristoclês, dit Platôn (les larges épaules), est né vers 428 avant Jésus-Christ, à Athènes, dans une famille de l'aristocratie, politiquement influente dans l'opposition à la démocratie.
A 20 ans Platon devient le disciple de Socrate (v.470-399) et le demeure jusqu'à la mort, héroïque et symbolique, de celui-ci.
Puis il est le disciple d'Euclide de Mégare et réside quelque temps auprès du tyran et mathématicien Archytas de Tarente.

Platon aurait souhaité jouer un rôle politique à Athènes, mais les démocrates, alors au pouvoir, ne lui permettant pas, Platon essaye d'intervenir à Syracuse pour faire triompher son "gouvernement des magistrats-philosophes", auprès du tyran Denys l'Ancien chez lequel il se rend en 389.
Mais Denys l'Ancien suspecte Platon de vouloir le faire renverser au profit de son beau-frère, Dion, disciple du philosophe.
Platon est embarqué de force sur un navire spartiate et vendu en esclavage par le capitaine, puis libéré.

Le philosophe fonde alors, à Athènes, en 387, son école, l'Académie, qui subsistera jusqu'en 529 après Jésus-Christ.

Pendant 20 ans Platon se consacre à l'enseignement et à l'écriture.

En 367 il se rend de nouveau en Sicile, appelé par Dion, auprès de Denys le Jeune qui a succédé à son père. Mais Denys le Jeune exile Dion et Platon doit regagner la Grèce.
En 361 une nouvelle tentative auprès de Denys le Jeune se solde encore par un échec.
Cependant, en 357, Dion réussit à renverser Denys le Jeune et à instaurer à Syracuse une dictature platonicienne - mais il est assassiné en 354.
Platon décède en 348 avant J. C.

L'oeuvre de Platon se compose de 28 Dialogues (dont deux véritables traités, La République et Les Lois) et de lettres.

L'oeuvre peut être divisée en trois parties :
-1°: Les dialogues de jeunesse (Apologie de Socrate, Criton, Gorgias) qui correspondent à la période socratique de Platon ;
-2°: Les dialogues de maturité (Phédon, Le Banquet, La République) qui correspondent à la période de l'idéalisme objectif pendant laquelle Platon s'interroge sur le fondement de la connaissance, sur le Juste ;
-3°: Les derniers dialogues (Le Sophiste, Parménide, Le Politique, Philèbe, Timée, Les Lois) dans lesquels Platon, désabusé donc plus réaliste, essaie de remédier aux insuffisances de sa doctrine.

Pour le juridique les trois principaux ouvrages sont : La République, Le Politique, Les Lois.

Les oeuvres complètes de Platon ont été publiées en français par l'Association Guillaume Budé (Paris 1920-1964), les Editions Garnier et la Bibliothèque de la Pléiade (Paris 1940-1942).

2. La philosophie du droit de Platon : le règne du Juste par le gouvernement des magistrats-philosophes.

2.1. Situation.

La philosophie de Platon se situe dans la Tradition indo-européenne, idéologie commune aux peuples issus d'Europe centrale et de Russie du Sud qui, à partir de 2000 environ avant J-C, s'installent sur les territoires actuels de l'Iran puis de l'Inde du Nord-Ouest (les Aryas), de la Turquie (les Hittites), de la Grèce (les Hellènes), de l'Italie (les Italiques qui deviendront, notamment, les Romains), de l'Allemagne du Sud, de la France, de la Grande-Bretagne, de l'Espagne et du Portugal (les Celtes qui seront ensuite repoussés par les Germains du IVème au VIIème siècle après J-C). Les Slaves sont également des indo-européens, dont la migration vers le Sud et l'Est de l'Europe commence au VIème siècle de notre ère.

C'est le français Georges Dumézil (1898-1986) qui a mis en évidence le trait commun de tous ses peuples dans le domaine politique, à savoir la répartition de la Société en trois classes fondamentales hiérarchisées : celle des prêtres-souverains, celle des guerriers, celle des producteurs; ces trois classes correspondants aux trois fonctions de la Souveraineté (idéologique et politique), de la Sécurité et de la Fécondité.

La philosophie de Platon a influencé tout le monde méditerranéen puis l'Occident tout entier par Augustin puis la Renaissance.

(Les premiers disciples de Platon étaient tellement émerveillés par la philosophie de leur maître que sa vie devint légendaire : par exemple l'on affirma que sa mère l'avait conçu avec le dieu Apollon tout en demeurant vierge...)

2.2. De l'Univers au Droit.

L'Univers est l'oeuvre d'une Intelligence Souveraine, absolue, idéale et éternelle.
L'Univers est l'oeuvre d'un Démiurge - c'est à dire d'un architecte qui, à partir d'un modèle théorique qui est éternel et parfait, idéal et absolu, a construit matériellement le monde tel qu'il est, a créé le Monde.
Cet Univers ordonné et vivant est habité par les modèles éternels que sont les Idées : seules les Idées sont réelles et absolues - telles l'Idée du Beau, l'Idée du Bien, l'Idée du Juste.
Dans le domaine de l'Art l'Idéal à atteindre est le Beau.
En Morale l'Idéal à atteindre est le Bien.
La Politique c'est la Morale de l'Etat, c'est le gouvernement de l'Etat par la Justice. Dans l'Etat le Bien c'est le Juste.

Si, de fait, à son époque, la Justice ne règne pas dans l'Etat, c'est l'Idéal à atteindre au moyen du "gouvernement des magistrats-philosophes" - gouvernement idéal qu'il propose dans La République.

2.3. Le Droit.

2.3.1. Le Droit c'est le Juste.

La mission de l'homme politique est la découverte d