14.05.2008
Metline visages suite
* Quelques Visages de METLINE Présentant des Morphologies Prouvant les Origines Ottomanes et Andalouses des Metlinois (2) *




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Metline en Tunisie, ville peuplée de descendants ottomans et andalous
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Metline l'ottomane histoire
... Déjà, histoire, géographie et même théologie la passionnaient. Elle posait des questions sur tout, considérant que son père et son frère, selon elle, puits de science, devaient y répondre... Et c'était toujours elle qui, par une entente tacite de toute la famille, donnait le signal de ces longues discussions:
- Papa raconte moi. Pourquoi as-tu les yeux bleus? Tu as l'air d'un Roumi. Et ta mère, c'est vrai qu'elle était turque? Quand êtes-vous venus à METLINE?
Sur METLINE, Si Abdelkrim était intarissable. Intarissable, mais prudent. "Je ne suis, annonçait-il, quand ses enfants le pressaient de questions, ni un historien, ni un ethnologue. J'ai glané quelques vérités, quelques confidences, quelques légendes durant ma vie. Je vous les transmet mais rien ne vous empêche de combler plus tard ces lacunes. Le sujet vous concerne directement."...
METLINE se serait appelée Beneventum au temps des Romains. Jeunes latinistes sans peur mais non sans reproches, les enfants décidèrent une certaine année que c'est une déformation de bonum ventum, bon vent, parce qu'à METLINE, il fait bon l'été! Puis, tout de même, pris de scurpules, ils décrètèrent l'année suivante que c'était bien Beneventum, bienvenue, mais qu'on l'avait appelé ainsi parce que l'étranger y était bien acceuilli! Pure imagination, cela deva sans dire, puisque'aucune certitude n'existe là-dessus.
Ils en venaient ensuite au nom actuel, METLINE, probablement turc. Il est vrai que METLINE fut habitée par les Turcs. Leurs descendants circulent et prospèrent dans le village... Mais qu'est-ce qui les a amenés à METLINE? Un vieux monsieur racontait bien q'un sien aieul était venu en Tunisie avec l'armée de Sinan Pacha en 1574. Il s'agirait donc de soldats Turcs? C'est possible. Dans ce cas, étaient-ce les vétérans à qui l'on aurait donné des parcelles de terre à cultiver pour le reste de leur jours, après dix ans de services dans l'armée? Cette hypothèse, que Sofia entendit soutenir par des esprits peu enclins à la frivolité, lui parut intéressante, mais elle reste une hypothèse.
D'autre part, on serait tenté de penser que ces soldats Turcs étaient d'origine Grecque ce qui n'aurait rien d'étonnant. En effet, non seulement l'armée Turque était, comme chacun sait, formée pour sa majorité, à cette époque, de soldats d'origine étrangère (ils étaient des Roumains, Serbes, Bulgares et surtout des Grecs, précisément) mais encore, la ville de Mytilène, dans l'île de Lesbos appelée également l'île de Mytilène, existe en Grèce. Deux faits encore: Les grecs prononcent "METLINE", et c'est la ville natale des frères Barberousse qui laissèrent des traces en Tunisie (Khayr ed-Dine Barberousse s'est emparé de Tunis et de Bizerte en 1534).
Mais comment être sûr de celà quand par ailleurs, METLINE fut habité, à une date ultérieure (après 1618) par des Andalous et qu'il existe en Espagne plusieurs villes dont, tantôt l'orthographe tantôt la prononciation, pourraient être à l'origine de ce nom METLINE: Medelin, Macline...
Sur l'origine andalouse, par contre, ces jeunes avaient quelques certitudes... Ils savaient que leur aieux avaient été chassés -on y avait pas mis ou pas la forme- mais enfin, ils avaient été bel est bien expulsés d'Espagne, eux et des miliers d'autres. Cet exode de leurs ancêtres, bannis par leur foi, émouvaient les enfants au-delà de toute expression. L'Islam, qui était leur religion d'origine avait été rechoisi par eux à cette occasion. Cela donnait à leur foi une dimension nouvelle et les impressionnait fort. Ils se sentaient investis d'une sorte de mission, non à l'égard des autres, bien entendu, mais d'eux mêmes. Ils ne pouvaient se permettre d'avoir une foi simplette et se dire par exemple: "Mon père était musulman, don je suis musulman". Il se devaient être vigilants car la voie choisie par leurs ancêtres leur avaient coûté parfois jusqu'à la vie. Ainsi en fut-il, par exemple, au temps d'une Isabelle de Castille et d'un Philippe d'Aragon, catholiques un peu trop zélés...
Adolescente exaltée, sofia avait souvent imaginé ces pauvres (pourquoi "pauvres" au fait?) Andalous, montant de la côte vers METLINE encore inconnue où ils devaient s'installer pour toujours. Que pensaient-ils, qu'espèraient-ils, pour eux et pour leurs descendants? le bonheur, certainement, comme tous les hommes mais sûrement pas le bonheur au détriment de cette foi qui leur avait coûté si cher. 'est pour cela, qu'adulte, Sofia les a rechoisi: pour leur exigence, pour leur fièreté, pour leur solitude.
Mais il y avait également ce physique différent, il faut bien accepter l'évidence, du reste de la population Tunisienne. Les enfants de la famille de Si Abdelkrim n'avaient pas été sans constater, eux qui savaient que l'Arabe typique était brun aux larges yeux noirs et au nez aquilin, que certaines familles de METLINE semblaient débarquées droit du Norvège. "ça disait leur père, c'est encore probablement l'origine Andalouse. Les Andalous étaient des citoyens Espagnols mais rarement de souche Espagnole. Ils étaient souvent d'origine Arabe et parfois d'origine Nordique, Vandale plus exactement. D'ailleurs l'Andalousie s'appelait autrefois la Vandalousie. Peut-être tenons-nous d'eux ce teint, ces cheveux et ces yeux clairs."
- Mais, c'est peut-être aussi les Berbères, intervenait Fatma, toujours prête à réclamer la part des oubliés. le maître a dit qu'ils avaient les yeux bleus...
- Pourquoi pas? répondait le père. Nous avons là-haut, des grottes, les douèms, habitations fréquentes des Berbères mais vous voyez bien la part infine qu'elles tiennent dans le village. Non. METLINE est surtout Turc et Andalous.
Si Abdelkrim ne pouvait, à cette occasion, manquer d'ouvrir une parenthèse pour signaler l'apport ethnique Turc, cher à son coeur à cause de sa mère et, de fait, assez important à METLINE.
Mêlés depuis peu seulement aux familles Andalouses, envers lesquelles ils manifestèrent toujours une certaine morgue, les descendants de l'armée turque -véritable mosaique humaine- laissèrent eux aussi des hommes et des femmes blonds aux yeux bleus mais parfois à la pure beauté hellène: nez droit, sourcils droits comme chez certains oncles de Sofia et, parfois encore, au type Asiatique prononcé: pommettes saillantes, yeux bridés, chevelure noire et lisse comme chez les deux épouses Turques d'el Haj Salah.
Si Abdelkrim, quant à lui, avait toujours été fier de ses origines, de toutes ses origines. Et le fait est que cet ensemble avait aboutit, en sa personne, à un chef-d'oeuvre de la nature. Il y avait, chez lui, une harmonie entre le corps et le visage, les gestes et la voix, une rigueur dans les traits, une lumière dans le regard, un sourire, une allure à couper littéralement le souffle. Longtemps, il garda ce port royal et cette finesse du visage qui faisaient rêver jusqu'aux amies de ses filles. Il les garda jusqu'à la mort de son fils Mostary à vingt-cinq ans. Dans les quinze jours qui suivirent -comme cela fit mal à Sofia de le constater- Si Abdelkrim était devenu un vieil homme.
Cependant l'héritage le plus palpable, le plus agréablement quotidien laissé par les Andalous était l'héritage culinaire. Ainsi, à l'Aid-el-Kébir, leurs mères leur confectionnnaient des Banadhej... On farcissait la pâte avec de la viande hachée, on y moulait des oeufs. Ces pâtes avaients la forme de corbeilles ou de croissants, réminiscences sans doute d'une Espagne musulmane. Il y avait aussi ces fameuses H'lèlim -il en a déjà été en question- ces pâtes fines et courtes dont ils se régalaient au Ramadhan lorsqu'on les servait salées pour la rupture des raisins secs, pour le "s'hour". Et les Nwasser, carrés de pâtes que l'on préparait à la vapeur mais enduits d'huile au lieu d'être aspergés d'eau comme le couscous...

Pièce de monnaie Ottomane trouvée à METLINE datant de 974 Hijri (1566), règne du Sultan Ottoman "Selim II" (1566-1574), fils du Sultan "Soliman le Magnifique" (Soulaymen Al Kanouni).
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Metline l'ottomane en Tunisie
* Metline, une Histoire *
Cette rubrique a été préparée par moi même, Hafedh HAMZA, en collaboration avec notre cher ami Prof. Ezz ed-Dine GUELLOUZ.
Prof. Ezz ed-Dine GUELLOUZ est originaire de METLINE, il est agrégé de lettres, Docteur d'État en histoire moderne. Il a dirigé la Bibliothèque nationale de Tunis. Spécialiste des "Lumières", il a enseigné l'histoire à l'université de Paris I (Sorbonne). Prof. Ezz ed-Din Guellouz a été membre du CORIF, Conseil de Réflexion sur l'Islam de France (1990-1993). Il est membre du Haut Conseil de la Francophonie et est l'auteur de nombreuses publications : Il est l'auteur de l'ouvrage "Le Coran" (Flammarion, 1996) qui a été traduit en plusieurs langues dont le grec et l'italien. Il a participé à l'ouvrage "Le Fait Religieux", dirigé par Jean Delumeau (Fayard, 1993), ainsi qu'à l'ouvrage collectif, "Les Arabes, l'Islam et l'Europe" avec André Miquel et Dominique Chevallier (Flammarion, 1991).
* La Tunisie était peuplée depuis la préhistoire. Ses premiers habitants connus sont les Berbères, issus de la migration des populations libyques venues du Sud. Leur venue est attestée au moins 4000 ans avant J C. La richesse de notre pays découle du fait qu'il s'agit d'un carrefour d'une multitude de civilisations : Berbère, Phénicienne, Romaine, Vandale, Byzantine, Arabe, Andalouse et Ottomane.
* La ville actuelle de METLINE, cette petite ville côtière du gouvernorat de Bizerte (Nord Est de la Tunisie), fût fondée vers la deuxième moitié du 16ème siècle par des soldats Ottomans (Turcs). Ses habitants sont en partie d'origine Ottomane, l'autre partie étant d'origine Andalouse, mais ceci n'empêche qu'il y a une minorité d'origine Arabe ou peut-être Berbère. Il faut noter également qu'au niveau des zones côtières de METLINE à Ras Zebib, à Es-Safia et à Es-Souissiya, apparaîssent les restes de la ville Romaine de "Bénéventum", et qu'au niveau de la zone côtière de Ain El Marsa, nous notons l'existence de la ville Punique de "Thynissa". Les princes Aghlabides, qui ont gouverné la Tunisie de 800 à 909, ont édifié à METLINE trois places fortes maritimes : Ksar Terchett Daoued, Ksar Beni Wakkas et Ksar Marsa El Oued.
* En ce qui concerne les Ottomans de METLINE (Sunnites Hanafites) il existe deux hypothèses :- Une première hypothèse dit qu'ils sont les descendants de soldats Ottomans Musulmans, commandés par les frères Barberousse : Khayr ed-Dine & Baba Arouj. Ces soldats sont d'origine Grecque, et sont originaires de la ville de Mytilène (tout comme les frères Barberousse). Ces soldats ont participé avec les autres forces Ottomanes dans la guerre contre les forces navales Espagnoles ayant occupé plusieurs villes côtières Tunisiennes au 16 ème siècle (Tunis, Bizerte, Jerba...). Ces soldats Ottomans se sont installés à l'emplacement actuel de METLINE après la fin de la guerre, et la défaite des Espagnols (1574), et ont donné à cette localité le nom de leur ville d'origine : Mytilène (Mitilini ou Metelin en prononciation Grecque). Mytilène est une ville Grecque localisée au niveau de la côte Sud Est de l'île de Mytilène, elle a été occupée par les Turcs de 1462 à 1912, quand elle a joint le royaume Grec. Mytilène compte de nos jours 50.000 habitants.
- Une deuxième hypothèse dit que ce sont les soldats de Sinan Pacha (chef de l'armée Ottomane en Tunisie, et qui est d'origine Albanaise), et qui étaient la cible de la révolte des Deys (1596) et ont été mis par conséquent à la retraite, et se sont installés à METLINE. Parmi ces soldats, certains sont originaires de Mytilène, et ont par conséquent donné le nom de leur ville d'origine au territoire où ils se sont installés.
Les descendants de l'armée Ottomane -véritable mosaique humaine- laissèrent des hommes et des femmes blonds aux yeux bleus, mais parfois à la pure beauté hellène : nez droit, sourcils droits (Souad Guellouz, "Les jardins du nord").
Parmi les familles Ottomanes de METLINE on peut citer les familles : Hamza, Ben El Agha, Hajji, Himmet, Jaâfar, Ismail, Noômène, M'rad, Chaâbène, Demni, Ben Ahmed, Zaghbib, Loudhaieff, Aouina, Romdhane...
* Les Andalous (Sunnites Malékites) arrivent à METLINE entre 1610 et 1618 après à leur expulsion d'Espagne suite aux évènements dramatiques connus sous le nom des évènements des tribunaux d'inquisition. En effet, le Roi Espagnol Philippe III a expulsé au début du 17 ème siècle, après de longues années de torture, tous les Musulmans et les Juifs qui n’ont pas accepté de se convertir au Christianisme, et qui ont resté en Andalousie après la chute de la dernière ville Musulmane d'Espagne, Grenade (Gharnata) en 1492. Plus de 250 milles ont été pourchassés de l’Espagne dans cette courte période, dont la plus grande partie, soit plus de 60 %, s’est installé en Tunisie, et ce dans 28 villages Tunisiens. Cette installation a été encouragée par les autorités Turques (La Tunisie est devenue une préfecture Turque depuis 1574), à travers d’attractives concessions de terres et de dons, outre les exonérations fiscales. Il est à noter que les Morisques Andalous étaient des citoyens Espagnols mais rarement de souche Latine. Ils étaient soit d'origine Nordique (Scandinave), Vandale plus exactement, soit d'origine Arabe. Quant aux Andalous de METLINE, ils sont à majorité d'origine Vandale et c'est pourquoi, par leur morphologie (des blonds aux yeux bleus), certaines familles Andalouses de METLINE "semblaient débarquer droit du Norvège", comme l'évoque Souad Guellouz dans son roman "Les jardins du nord".
Il faut rappeler que les Vandales occupèrent l'Espagne en 409. En 533, l'empereur Byzantin Justinien 1er envoya le général Bélisaire reconquérir l'Occident; il précipita donc la chute du royaume Vandale en 534. Une grande partie de ces Vandales est restée en Espagne à côté des Latins, les habitants originaires de l'Espagne. En 711, les armées Musulmanes commandées par Tarek Ibn Ziyed, traversent le détroit de Gibraltar (Jabel Tarek) et débarquent dans la péninsule Ibérique. Elles parviennent à l'occuper en l'espace de quelques années, et la majeure partie des Vandales Espagnols se convertit à l'Islam.
Parmi les familles Andalouses de METLINE on peut citer les familles : Guellouz, Ben Ech Chikh, Added, Zaddem, Lahmar, Mahfoudh, Banasser, B'rahem, Boularès, Zaouga,Tounsi, Essouri, Maâoui, El Bahri...
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Metline en Tunisie, ville peuplée de descendants ottomans et andalous
Site étonnant que j'ai dévouvert il y a quelques temps déjà, sur la commune de Metline au Nord de la Tunisie, près de Bizerte. Cette ville a la particularité d'être peuplé de descendants de populations andalouses ayant été chassées d'Espagne ainsi que de descendants d'ottomans, probablement d'origine balkanique.
METLINE, ma bien-aimée...

" De petits enfants blonds aux yeux bleus, dans un village où la plupart des gens ont les yeux bleus, avec la mer pour renvoyer leur regard..."
Mme Souad GUELLOUZ (Roman "Les jardins du nord", 1982)
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Site Personnel dédié à la Ville de METLINE avec ses différents quartiers et ses différentes régions :
El Bledd, Ed-Douèmess, El Aouina, Sidi Bouchoucha, Cap Zebib...
(Côte Nord Est de la Tunisie, Gouvernorat de Bizerte)
Créé, Financé et Actualisé depuis le 04 Avril 2001 par :
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Hafedh HAMZA
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NB : Toute Reproduction est Interdite !!
Copyright © 2001-2008 Hafedh HAMZA
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"METLINE, une Histoire" par Prof. Ezz ed-Dine GUELLOUZ
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METLINE et ses Racines Ottomanes une 3ème Fois dans la Presse Grecque : Article Rédigé par Mr Sarandos STAVRINOS, Publié en Mai 2004 dans la Revue de la Compagnie Grecque de Navigation NEL LINES
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La Mendole "Ech-Chawri", un Poisson Saisonnier Caractéristique de METLINE (Début Mai à Fin Juin)
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METLINE : le Site, l'Eau et la Verdure...
(Rédigé par mon Cher Père Mohamed El Mokhtar HAMZA)
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Les Janissaires (1979) de Vincent Mansour Monteil
*Les Janissaires (1979)
Pendant près de cinq siècles (1326-1826), les janissaires, composés d'abord d'enfants chrétiens ramassés par les Turcs en pays conquis, islamisés et initiés à l'ordre religieux des Bektashi, ont été les prétoriens des sultans ottomans et l'armée de métier des Turcs. Leur corps militaire était un « foyer » dont les soldats se révoltaient en renversant leurs marmites. Ces prétoriens-marmitons étaient aussi des prétorien-derviches (1). Pendant trois siècles, en Algérie, ils devinrent des corsaires. Leur indiscipline croissante conduisit à leur écrasement par le sultan Mahmut II, en 1826, et à la dissolution de l'ordre Bektashi, qui se maintint en Albanie jusqu'en 1967 (l’ordre Bektashi a pu renaître à partir de 1990, suite à l’autorisation de pouvoir de nouveau pratiquer le culte, en Albanie).
La marmite de bronze
Les janissaires (du turc Yeni çeri (2) : "jeune troupe") n'étaient qu'une partie (de 12 000 hommes au XVème siècle à 140 000 en 1826) de l'armée ottomane, qui aurait compté 400 000 soldats en 1796 et dont seule la moitié était disponible. En 1655, Jean Thèvenot, qui séjourna un an à Istanbul, écrit que « le Grand Seigneur peut mettre sur pied en peu de jours une armée de deux ou trois cent mille hommes ». Ces chiffres sont excessifs. Les Turcs, d'origine asiatique et nomade étaient de bons cavaliers mais de médiocres fantassins. A leurs « batteurs d’estrade » à cheval, il leur fallut donc ajouter des troupes régulières à solde trimestrielle (payée en « aspres » ou pièces d’argent), dont les principales étaient les janissaires. Comme, jusqu’en 1582, ceux-ci étaient soit des prisonniers de guerre, soit des enfants chrétiens ramassés en pays conquis, on les appelait – quoique convertis à l’Islam - des « esclaves de la porte » (gouvernement turc). Quant aux fameux janissaires d’Alger, c’étaient surtout des Turcs, que l’on traitait pourtant aussi d’esclaves. Bien armés de mousquets, les janissaires étaient le fer de lance de l’armée : nul ne les égalait pour monter à l’assaut des citadelles. « Assurément, les janissaires étaient le corps le plus efficace et le plus redoutable qu’il ait été donné au monde de connaître », affirmait l’historien anglais Monroe, en 1908. D’ailleurs, selon Thévenot, « il semble qu’ils soient sacrés, et assurément je ne sais aucun ordre de milice dans le monde qui soit autant respecté, car il n’y a pas de richesses qui puissent sauver la vie à un homme qui a battu un janissaire ».
Les janissaires sont en fait des prétoriens-marmitons. Mais pourquoi les janissaires, qui sont – du moins au début – des chrétiens « reniés », ont-ils le culte de la marmite (kazan), au point d’en avoir une en bronze comme emblème de chaque unité ? Pour l’historien allemand Schlözer, c’est à cause de la vénération que portaient à la « noble marmite » les nomades turcs d’Asie centrale. Le repas principal, pris en commun, est celui du soir, à la chaleur de la marmite. Du coup, les janissaires appellent leur corps un « foyer » (ocak) : ils passent une cuillère de bois à travers leur bonnet de feutre et les grades militaires portent des noms tirés de la cuisine : « cuisinier en chef » ou « grand distributeur de la soupe », le sultan lui-même est le « père nourricier », la marmite sacrée donne le droit d’asile et « renverser la marmite » est le signal de révolte des janissaires.
Antoine Galland, le premier traducteur des Mille et Une Nuits, parle, le 28 mai 1672, dans son journal de Constantinople, d’un officier français prisonnier qu’on « avait premièrement fait marmiton du pacha ». Le même jour, il signale un garçon de Pontoise, « élevé dans l’étude, tenu de fort court à cause de sa beauté, jusque-là même qu’il lui était défendu de parler aux autres Français. On le persécutait fort de se faire turc. On lui faisait même déjà porter le turban, et on lui apprenait à lire en turc. Enfin, c’était un véritable ichoglan du pacha ». Les içoglan étaient des pages. Ils étaient, on le voit, recherchés pour leur beauté physique car, remarque Thévenot, si les Turcs sont « fort jaloux de leurs femmes, souvent ils donnent leur amour à leur sexe (…) car ils sont grands sodomites ». Est-ce là raison de l’interdiction faite aux janissaires de porter la barbe, « en témoignage de leur servitude » ? Ou peut-être pour que le page imberbe garde, plus tard, le menton glabre ? Le grand turcologue J.Deny a publié, en 1925, des Chansons des Janissaires turcs d’Alger (fin du XVIIIème siècle), dont l’une blâme un mignon d’avoir laissé pousser sa barbe. De même, l’Albanie, qui a fourni aux Ottomans tant de janissaires, a connu des quatrains érotiques qu’Auguste Dozon, l’auteur du Manuel de la langue chkipe (shqip c'est-à-dire albanais) en 1879, qualifie de « pédérastique » - et qui le sont en effet.
Le corps des janissaires était donc une communauté exclusivement virile et l’obligation de célibat ne pouvait qu’encourager des tendances homosexuelles. Cette règle disparut cependant à partir de la fin du XVIème siècle en Turquie et, en Algérie, les janissaires turcs se marièrent dans le pays, donnant naissance à ces couloughlis ou kouloughlis c'est-à-dire « fils d’esclave » dont la descendance existe toujours.
Drogues légales
En principe, un janissaire ne doit pas boire de vin, toute boisson fermentée étant interdite aux musulmans. Ceux-ci « ne sont pas comme les chrétiens qui sont perdus dès que le vin ne les suit plus ». Thévenot, qui fait cette remarque, ajoute cependant qu’à la veille d’embarquer à Constantinople sur des bateaux de guerre, « tous les cabarets sont fermés par ordre du vizir, qui les fait même sceller, de crainte que le vin n’augmentât l’insolence » des janissaires. Quant à la régence d’Alger, on sait le développement qu’y avait pris la vie de taverne. Le cabaret a sa place dans les chansons des janissaires. Mais il y a des compensations. A propos des janissaires en campagne, Jean Thévenot – toujours lui – constate qu’ils « vivent de fort peu de chose ; pourvu qu’ils aient du riz, un peu de pain, de l’eau, du cahvé (café) et du tabac ». En 1655, le café était encore inconnu en France. Originaire d’Ethiopie, introduit au Yémen au XVème siècle par les mystiques musulmans qui prolongeaient, grâce à lui, leurs veillées de prières, il atteignit Le Caire au début du XVIème siècle et, vers 1544, Constantinople, où il fut parfois interdit. Il est à noter que la torréfaction des grains de café était un privilège des janissaires. Du côté d’Alger, enfin, une chanson turque du XVIIIème siècle fait dire à un cafetier qu’il passe, chez lui « mille janissaires par jour ». Enfin, en 1853, Théophile Gautier mentionne la « blague à tabac » dans la ceinture du janissaire.

Carte de l'Empire ottoman en 1683
Il semble bien que l’usage du tabac à priser ait été introduit dans l’Empire ottoman (Algérie comprise) comme un palliatif de la défense de fumer faite en 1642. Cependant, Thévenot, s’il assure que le sultan « fit décapiter dans les rues de Constantinople en un jour deux hommes, parce qu’ils fumaient du tabac », explique que « les Turcs s’endorment facilement en fumant » et que « les incendies viennent le plus souvent… du feu tombant de leur pipe ». Sans doute faut-il compléter ce tableau des drogues, légales ou non, par l’usage de l’opium, employé par les janissaires comme excitant au combat : « La plus grande part d’entre eux prennent de l’opium », affirme un manuscrit de 1612, et « leur bravoure vient encore de certaines boissons, mêlées d’opium /…/, par le moyen desquelles ils se mettent dans une espèce de fureur », prétend Montecuculi en 1735. Mais, selon Thévenot, « ce qui les rend principalement si courageux, c’est la grande foi qu’ils ont au destin /…/ et le zèle pour leur religion ».
L’empire ottoman au XVIème siècle dans sa plus grande extension, s’étendit en Europe jusqu’aux frontières austro-hongroises, au Proche-Orient, et au nord de l’Afrique (sauf au Maroc).
La levée d’enfants chrétiens (devshirme)
Pendant plus de trois siècles (du XIVème ou du XVème siècle jusqu’au début du XVIIIème), les Turcs prélevaient, en pays conquis, des enfants chrétiens, généralement de dix à quinze ans, imberbes et célibataires, dans la proportion d’un sur cinq. Ce « ramassage » avait lieu tous les cinq ans, puis tous les trois et deux ans, et même tous les ans. Cette levée avait lieu en Turquie d’Europe ou Roumélie (turc Rum El-i : « pays des Roum ou Byzantins ») aux dépens des Grecs, Albanais, Macédoniens, Serbes, Bulgares ou Arméniens. Chaque « levée » représentait (selon les sources) de 2000 à 12 000 enfants. Ceux-ci, arrivés dans la capitale ottomane (Istanbul, après 1453), faisaient leur « noviciat » comme « jeunes étrangers » parmi lesquels on sélectionnait les « pages » ou « garçons d’intérieur » réservés au service des jardins et du palais du « Grand Turc » ou « Grand Seigneur ». Bien entendu, on en faisait des Turcs, tant par la langue que par la religion musulmane. Ils devenaient donc ce que les anciens voyageurs appelaient des « reniés » (renégats). Mais, étant donné leur jeune âge, et souvent aussi une foi chrétienne peu enracinée, la transition se faisait sans grand mal, et non sans avantage. En effet, comme le remarque, en 1655, le curieux et naïf Jean Thévenot : « Un chrétien peut racheter sa vie en se faisant turc, quelque crime qu’il ait commis, mais les Turcs n’ont point de remède pour sauver la leur ».
On a parlé de « rapt d’enfants », d’un « impôt de sang » et de « crime atroce ». Ce n’est pas si simple ! Ces « novices » devenaient janissaires, c'est-à-dire des privilégiés redoutés de tous. Favoris du sultan, les plus chanceux pouvaient accéder, par la suite, aux plus hautes charges de l’Etat : c’est ainsi que, sur 49 grands vizirs qui se succédèrent entre 1453 et 1623, tous (sauf cinq Turcs) étaient d’anciens « pages », élevés naguère à la dure et étroitement surveillés par des eunuques éthiopiens « rasés à fleur de ventre » qui, d’après Thévenot, « se promènent par la chambre [des pages], de crainte qu’ils ne passent d’un lit à l’autre, car les itchoglans ne sont point châtrés ». De toute façon, dès 1582, une « grande fournée de janissaires » introduisit toute sorte de gens dans ce corps (dont des Turcs), et la « levée » d’enfants chrétiens avait disparu en 1703.
L’ordre Bektashi
Tous les témoignages sur ce point se recoupent : « tout janissaire, généralement (au moins au début) jeune chrétien « ramassé » en pays conquis – donc Grec, Albanais ou autre -, était initié à un ordre religieux d’apparence musulmane, celui des Bektashi. Les musulmans turcs sunnites, c'est-à-dire « orthodoxes », avaient horreur de ce qu’ils tenaient pour une abominable hérésie. Thévenot ne pense pas autrement, lorsqu’il écrit : « Tous les derviches et santons généralement sont de grands hypocrites, car ils se font passer pour des gens adonnés entièrement à la contemplation de Dieu, et cependant ils sont accomplis en tous vices sans exception ». Bien entendu, ce n’est pas aussi simple. Il reste à voir la place singulière occupée par la confrérie dans le corps des janissaires.
Selon la tradition plus ou moins légendaire, un certain Hadji Bektash arrive du Khorasan (à l’est de l’Iran, en Afghanistan et Transoxiane) en Anatolie au XIIIème siècle. Il se fixe au village qui porte encore son nom et enseigne un rituel initiatique mêlant à des croyances turques plus anciennes. Bektash fonde (ce n’est pas lui directement mais des disciples à lui, notamment Balim Sultan au XVème siècle, qui réorganisa la confrérie bektashi, voir L’ouvrage collectif « Les voies d’Allah », A. Popovic, G. Veinstein, chez Fayard, 1996) alors un « ordre » religieux, et on le tient pour le plus grand « saint » de son temps. Or, on constate que sept points rattachent étroitement le « corps » militaire des janissaires à la « confrérie » des Bektashi :
1. Le rituel bektashi d’initiation chevaleresque, autour du « gibet » (dâr) de Mansour Hallaj (martyr mystique de l’Islam, mis à mort à Bagdad en 922), est d’origine artisanale, sans doute kurde, et issu du milieu militaire des archers de Bagdad (3) ; or, les janissaires, tous bektashi, ont commencé par être arbalétriers ;
2. Le jour de son enrôlement, chaque janissaire faisait vœu d’obéissance à l’ordre bektashi (et l’on appelait les janissaires tantôt « fils », tantôt « garçons » de Hadji Bektash) ;
3. Les brevets des janissaires faisaient explicitement référence au patronage de Hadji Bektash et leur foi fondamentale leur prescrivait de suivre sa Voie ;
4. Le bonnet blanc des janissaires, avec son large morceau de feutre retombant par derrière, rappelait, dit-on, la manche de la soutane du saint Hadji Bektash, lorsque celui-ci donna sa bénédiction aux premiers novices ;
5. Les « pères » (baba) bektashi faisaient fonction d’aumôniers des janissaires ; ils suivaient les troupes en campagne ; un représentant officiel de Hadji Bektash vivait dans la caserne du 94ème régiment de janissaires ;
6. Le commandant en chef (agha) des janissaires – lui-même initié au bektashisme – « couronnait » chaque supérieur de l’ordre, appelé « grand-père » (dede), qui se rendait, à cette occasion, à Istanbul ; au Grand conseil (divan) l’agha se levait chaque fois que le nom de Hadji Bektash était prononcé ; à la parade, devant le cheval de l’agha marchaient huit bektashi, vêtus de vert, les poings sur la poitrine ;
7. En juin 1826, après l’écrasement du corps révolté des janissaires, l’ordre bektashi fut dissous et interdit, ses chefs exilés ou exécutés et ses couvents (tekke, teqe, tekija) détruits et rasés (ou donnés à d’autres confréries dans lesquelles de nombreux bektashi se dissimulèrent).
Loi fondamentale des Janissaires au XIVème siècle
Selon ce texte, attribué au sultan Mourad (Murat) II (1359-1389) :
1. Les janissaires sont recrutés parmi les enfants chrétiens du « ramassage » - ou parmi des prisonniers. Les recrues font un stage de « novices » (turc : acemi oglan, litt. « garçons persans ou étrangers »).
2. Ils doivent obéissance absolue à leurs chefs et aux représentants du pouvoir.
3. Ils forment un seul « corps » et leurs casernes sont groupées ensemble.
4. Ni luxe ni faste : simplicité.
5. Promotions à l’ancienneté. Retraite pour les invalides.
6. Seuls leurs officiers peuvent punir les janissaires.
7. Peine de mort particulière (en fait, par strangulation).
8. Les janissaires ne peuvent ni porter la barbe, ni se marier.
9. Ils ne doivent ni s’éloigner de leurs casernes, ni exercer un métier, mais passer leur temps à s’exercer à l’art de la guerre.
10. Ils doivent accomplir tous les devoirs pieux de l’Islam et ne jamais s’écarter des prescriptions du saint Hadji Bektash en ce qui concerne le culte et la dévotion. (4)
Le lièvre de la Mort
Il est incontestable que l’initiation obligatoire des janissaires au bektashisme contribua fortement à donner au « foyer », du moins dans les débuts, ce caractère monacal qui frappa tous les voyageurs. D’autre part, il est vraisemblable que les « novices » recrutés en territoire chrétien adoptaient d’autant plus facilement l’initiation au rituel bektashi qu’ils y retrouvaient des emprunts au christianisme ancien (notamment nestorien) : baptême, communion, une sorte de confirmation, existence de « pères » célibataires analogues aux moines, mariage religieux, pénitence et excommunication.
Doit-on, dès lors, affirmer que les Bektashi furent, à l’origine, des chrétiens superficiellement convertis à l’Islam ? Certains l’on cru. Aujourd’hui, on voit plutôt, dans le bektashisme, un de ces syncrétismes dont l’Orient n’est pas avare. Il s’agit, en premier lieu, d’une forme extrémiste (ghulat) du shî’isme « duodécimain » (ce dernier est la religion d’Etat en Iran et repose sur la croyance en douze Imams (psl), descendants de Ali (as), cousin et gendre du Prophète Muhammad (as) et quatrième calife orthodoxe). C’est Ali (as) qui est le centre du culte chez les Bektashi qui l’unissent à Dieu (Allah) et à Muhammad (as) dans une sainte trinité à leur manière (un peu comme chez les Alaouites ou Nosayries de Syrie). Ils jeunent pendant les dix jours de deuil du mois de muharram, en récollection du martyre de Ali et de son fils Hussain (ici, l’auteur fait référence à la tragédie de Kerbela (plaine de l’Irak) où le fils de l’Imam Ali et petit-fils du Prophète Muhammad (as) fut assassiné lui et tous ses compagnons, ainsi qu’un bébé Ali asghar, c'est-à-dire le petit). Les prières musulmanes semblent être négligées. Ils croient en la transmigration des âmes, métempsychose. Le partage du vin, du pain (et du fromage), pour la réception d’un postulant, rappelle la Cènechrétienne. Les Bektashi boivent du vin et de l’alcool (raki), ils mangent du porc : toutes choses prohibées par le Coran. En revanche, ils ont pour le lièvre une horreur dont on ignore la vraie cause. La Bible condamne par deux fois le lièvre comme impur, car « il rumine, mais n’a pas la corne divisée » (Lévitique XI, 6 et Deutéronome XIV, 7) et le pape Zacharie, en 745, dans une lettre à saint Boniface, archevêque de Mayence, exhortait les fidèles à s’abstenir de la chair du lièvre. Aux yeux de la tradition islamique, le lièvre (dont le Coran ne dit mot) serait condamné comme « gibier à canines » parce qu’il se nourrit d’ordures, de détritus et de charognes. C’est cette dernière raison qui en interdit la chair en Iran, en Somalie, en Ethiopie. Les Shî’ites libano-syriens ne mangent pas de lièvres, parce qu’ils le considèrent comme la réincarnation de l’âme de la chatte (en arabe, le nom du lièvre, arnab est féminin) de l’Imam Ali (as). En Afrique noire occidentale, les musulmans voient en lui la métamorphose d’une femme de mauvaise vie. Autant, on le voit, d’influences possibles du christianisme ou de l’Islam.
Les interdits alimentaires ne suffisent évidement pas à définir une religion. Mais ils permettent d’en deviner les adeptes. Ce qui frappe le plus, chez les Bektashi, c’est leur rituel d’initiation, leur pensée ésotérique, leur vie dans des couvents ou « loges », la participation des femmes dévoilées, la place des célibataires (reconnaissables à leurs boucles d’oreilles), mais aussi l’organisation hiérarchique des derviches, la hache à double tranchant et la coiffure blanche à quatre ou douze (Douze Imams) plis symboliques. Les couvents (tekke) étaient toujours situés sur une hauteur, avec une vue très dégagée, souvent dans un verger d’abricotiers. Les poètes ambulants, tantôt mystiques tantôt lyriques, florissaient. Le plus célèbre est Yunus Emre, qui vécut en Anatolie au XIIIème siècle et mourut vers 1320.
En Turquie, l’ordre bektashi, étroitement associé aux janissaires, fut dissous et détruit avec eux en 1826. Il avait, cependant, repris vigueur lorsqu’en 1925 Atatürk mit fin à tous les ordres de derviches. En 1952, il aurait encore existé 30 000 bektashi en Turquie (n’oublions pas, que cet article date de 1979). Il faut relever que le bektashisme turc avait, par son esprit démocratique, ouvert la voie au réformes de la République turque. Les jugements portés sur lui n’ont pas toujours été équitables. Outre les accusations habituelles d’homosexualité et même d’inceste, d’ivrognerie, de vie facile, qui sont le lot de toutes les sectes excentriques de la part des communautés majoritaires (à cet égard, les Bektashi étaient des marginaux), ces derviches sont rejetés par les musulmans sunnites (« orthodoxes ») qui les tiennent pour hérétiques, sinon pour athées purs et simples. Mais d’aucuns ont reconnu, avec Osman Bey (les Imams et les Derviches, Paris, 1881), « leur désintéressement et leur abandon des choses de ce monde », comme « le courage et la fermeté qu’ils ont toujours montrés pour la défense des principes de leur ordre et celle de la liberté individuelle […] Ces martyrs affrontèrent toujours la mort avec un calme et une résignation héroïques ». On a sans doute un peu trop voulu voir, dans les janissaires un simple « mal qui répand la terreur ». Il paraît cependant difficile de nier que le bektashisme n’ait eu sur eux aucune bonne influence. Le cas de l’Albanie prouve le contraire.
Modèle d’un brevet de Janissaire (5)
« Nous sommes des croyants. Nous donnons notre tête pour cette croyance. Notre prophète est Mahomet. De toute éternité nous en sommes enivrés. Nous sommes des papillons dans la lumière divine. Nous sommes dans ce monde une légion toujours en extase devant la grandeur de Dieu. Nous sommes tellement nombreux qu’on ne peut pas nous compter du doigt. Notre source est intarissable. Les profanes ne peuvent jamais connaître notre état. Notre patron est le saint Hadji Bektash. En 1234 [de l’Hégire, ère musulmane = 1820, ère chrétienne], sur la permission du Tchorbadji Agha (6) du 19ème bölûk (7), et par l’entremise […] de tous les anciens, d’après la bonne loi du Ghazi















