01.05.2008

Un premier regard sur l'islam bulgare

Un premier regard sur l'islam bulgare
Dossier "Musulmans des Balkans, Musulmans d'Europe"

Par Mona FOSCOLO
Le 01/07/2003

Entretien avec Mihail Gruevhargé de cours à l'Université "Kliment Ohridski" de Sofia, auteur de Entre l'étoile et le croissant de lune. Les Bulgares musulmans et le régime politique (1944-1959), Sofia, Kota, 2003. 262p



 

RSE : Si on commençait par une présentation …

Mihail Gruev : Je travaille depuis six ans à l'université de Sofia, dans la section histoire contemporaine, je m'intéresse aux processus ethniques et démographiques contemporains en Bulgarie et dans les Balkans. Mon doctorat portait sur la politique du Parti communiste bulgare (PCB) envers les Pomaks de 1944 à 1959. Je me suis intéressé à cette question car si le problème concernant les Turcs a été traité de manière très bruyante, la situation des Pomaks est, dans une certaine mesure, restée dans l'ombre. C'est pourtant une question importante pour la Bulgarie puisque depuis l'indépendance en 1878 et plus particulièrement après les Guerres balkaniques de 1912-1913, l'Etat bulgare a tenté, par le libre consentement ou par la force, de les intégrer, sans obtenir de résultats probants. En conséquence, je dirige aujourd'hui un TD intitulé "Les musulmans dans la politique de l'état bulgare, 1878-1989", qui concerne aussi bien les Turcs, les Pomaks, que les Tsiganes musulmans…

Combien de musulmans sont actuellement recensés en Bulgarie?

On dénombre à peu près 900.000 croyants, même plus, mais officiellement en dessous d'un million. Il est très difficile de dire comment ils se répartissent à l'intérieur de ce groupe car, par exemple, une partie significative des Tsiganes musulmans se déclarent Turcs … De plus, selon mon estimation, les Tsiganes aujourd'hui sont, après les Bulgares, le groupe ethnique le plus important, suivi par les Turcs en troisième position seulement. En effet, la population turque, dans son ensemble, décroît considérablement car un grand nombre de jeunes en âge de travailler ont émigré.

Quelles sont les sources d'inspiration de l'islam en Bulgarie ?

A l'origine, les influences ottomanes ont bien évidemment dominé les sources d'inspiration de l'islam bulgare. Aujourd'hui, les musulmans qui souhaitent vivre d'après les canons religieux, les Pomaks notamment, cherchent à nouer des relations avec l'Arabie Saoudite, et s'orientent vers le monde arabe en général. Ainsi, dans les villages des Rhodopes où se construisent actuellement des mosquées, on remarque qu'une partie importante de l'inventaire des tapis, des mosaïques.. .sont des cadeaux qui proviennent de fondations arabes. La pratique du pèlerinage à la Mecque se développe également. Enfin, des jeunes gens sont envoyés en formation dans les pays arabes et musulmans pour devenir imams.

Quelle est la part des chiites en Bulgarie?

En Bulgarie ils sont environ 100.000, ce qui représente 12 à 13 % de l'ensemble des musulmans, on les nomme Kizilbach, ils se concentrent essentiellement dans le Nord-Est du pays, dans la région du Deli Urman. C'est que se trouve le plus grand centre de culte Kizilbach des Balkans : le Demir Baba Tekke. Il existe également des quartiers mixtes chiites/sunnites dans le Sud de la Bulgarie. Un autre centre de culte s'y trouve aussi, l'Osman Baba Tekke. Les chiites n'ont pas de représentation officielle, pas d'administration centralisée comme celle du Mufti par exemple. Ils ont en revanche des cheikhs locaux à qui ils s'adressent. Par ailleurs, on observe actuellement un autre phénomène intéressant: les Tsiganes - musulmans et orthodoxes- se convertissent au protestantisme.

Pour les musulmans de Bulgarie, quelles sont les principales différences dans la pratique de leur religion et dans leur vie quotidienne par rapport à la période qui précède 1989?

En raison du caractère répressif du régime communiste et de son aspiration à dépouiller la population de tous signes extérieurs d'appartenance religieuse, les autorités se sont opposées à l'observance du calendrier des fêtes musulmanes. Le processus a débuté dans les années 50 et s'est déroulé parallèlement aux campagnes menées à l'encontre de la religion chrétienne. Il est admis que, pendant la période stalinienne, les répressions les plus fortes et les plus brutales ont eu lieu, cependant, en ce qui concerne la population musulmane, cette vague a commencé en fait un peu plus tard, lors de la deuxième moitié des années 50. C'est alors qu'est lancée une campagne de modification de l'habillement, féminin notamment, c'est-à-dire l'élimination du salvari (pantalon bouffant à la mode turque), des châles, puis, pour les hommes, l'interdiction du port du fez et du turban. Cette campagne s'est prolongée pendant les années 60 lorsque la circoncision est devenue passible de condamnation. De nouvelles mesures ont ensuite concerné la modification des noms des Pomaks, puis des Tsiganes musulmans. Enfin, ce sont les patronymes des Turcs qui ont fait l'objet d'une réforme. Le plus fort de la campagne a débuté en 1984-1985 et s'est accompagné de l'effacement de tous les signes identitaires, à un tel point qu'on en est arrivé à la modification de noms de personnes décédées …

Dans quel état se trouvent aujourd'hui les mosquées?

Ce sont essentiellement les minarets qui ont été détruits, la plupart des mosquées étant conservées. C'est tout au long de la période communiste que les minarets ont été endommagés, mais de manière plus active dans les villages, lors de la campagne de bulgarisation des patronymes. Il est intéressant de noter qu'après 1989 dans les villages où des minarets -et parfois des mosquées- avaient été détruits, ont été reconstruites des mosquées imposantes, avec deux minarets, certaines même avec deux balcons pour l'appel à la prière. Il s'agit d'un signe de reconnaissance, un élément architectural qui marque l'identité musulmane du village et qui se voit de loin, pour que tout le monde le sache.

L'entrée de la Bulgarie dans l'Union européenne peut-elle avoir des retombées sur les institutions musulmanes en Bulgarie?

Il y a deux ans la Bulgarie a signé la Convention pour la défense et la protection des droits des minorités, ce qui implique qu'elle s'engage à se rapprocher des standards européens, notamment en matière d'enseignement de la langue maternelle dans les écoles, ou bien dans le domaine de la communication audiovisuelle. Actuellement des voix se prononcent pour la réforme de la Constitution. Il s'agit en fait d'une pression de l'Union européenne qui souhaite que soit admise l'existence d'un parti à base ethnique, ce qui, même si c'est interdit, est de facto le cas du MDL, le Mouvement des droits et des libertés, qui défend les droits des Turcs et des autres musulmans de Bulgarie.

La minorité turque de thrace occidentale (Grèce)

La minorité "turque" de Thrace occidentale
Dossier "Musulmans des Balkans, Musulmans d'Europe"

Par Jeanne HERSANT(*)
Le 01/07/2003

Les "Turcs" de Thrace occidentale constituent la seule minorité musulmane balkanique de citoyenneté européenne. Elle regroupe les musulmans restés dans cette région de Grèce après l'effondrement de l'Empire ottoman. Ceux-ci se sont paradoxalement "turquisés" au sein d'un Etat grec qui les a longtemps tenus à l'écart et qui refuse toujours de reconnaître l'identité turque que revendique pourtant par la majorité d'entre eux.



 

La Thrace occidentale, qui se situe entre Europe et Asie, est devenue en 1981 la région la plus orientale et la plus périphérique de l'Union européenne. Elle constitue la seule frontière terrestre de la Grèce avec la Turquie; elle est également frontalière avec la Bulgarie et faisait partie, comme toute la Grèce du Nord, du "rideau de fer des Balkans" pendant la Guerre froide. La minorité de Thrace occidentale est la seule population musulmane des Balkans de citoyenneté européenne, et inversement la seule population musulmane, au sein de l'Union européenne, à ne pas être issue de l'immigration. Son statut est défini par un protocole additionnel au traité de Lausanne de 1923, signé par la Grèce, la Turquie et les Alliés pour définir les modalités de l'échange de population entre la Grèce et la Turquie, et le statut des populations non échangées, à savoir les Grecs d'Istanbul (ainsi que ceux des îles Imbros et Ténédos) et les musulmans de Thrace occidentale. Dans ce texte, alors qu'il est fait mention de "Grecs orthodoxes", c'est seulement le critère religieux qui définit la population non échangée de Thrace occidentale.

En effet, il n'existait pas encore de nationalité turque puisque la République de Turquie ne fut proclamée que quelques mois plus tard. Le traité énonce pour ces deux minorités des droits négatifs (c'est-à-dire les mêmes que ceux des citoyens des Etats auxquels elles sont rattachées) ainsi que des droits positifs. En ce qui concerne les musulmans, le traité prévoit notamment aux muftis des prérogatives en matière de juridiction civile (mariage, divorce, héritage)(1), ainsi qu'un système d'enseignement géré par la minorité, permettant ainsi la pérennisation de l'organisation sociale et religieuse de cette population. En outre, depuis 1923, deux députés musulmans représentent la minorité au Parlement grec.

La minorité est composée de trois groupes: Turcs, Pomaques et Tsiganes. Les Pomaques ont été islamisés entre le XVIe et le XVIIIe siècle, sous l'Empire ottoman; ils parlent un dialecte proche du bulgare, sans écriture. Dans les faits l'ensemble de ces groupes parle le turc, qui est devenu la langue vernaculaire notamment pour les Pomaques(2). Néanmoins les Tsiganes constituent une population à part, à la fois en marge de la société grecque et de la minorité. Leur nombre est estimé à 140.000 en Grèce et à 17.000 en Thrace, soit 15 % de la population musulmane. Ils sont l'objet d'ostracisme au sein même de la minorité et ne participent pas, sauf à titre individuel, à la mobilisation des autres groupes qui revendiquent le droit d'être reconnus comme turcs.

La création d'une "minorité nationale turque"

Dans le cadre des relations gréco-turques, mais aussi tout au long du processus de construction nationale grec, la question de cette minorité a toujours été traitée par l'Etat grec sur le mode de l'extériorité. La minorité est d'ailleurs placée sous la tutelle du ministère des Affaires étrangères. On peut dire que cette population a été "modelée" pour devenir une minorité nationale turque, jusqu'aux années 1960; puis c'est en tant que telle qu'elle est devenue l'incarnation de "l'ennemi de l'intérieur", au fur et à mesure de l'enlisement du conflit chypriote. C'est seulement ces dernières années que les rapports entre la minorité et la société environnante se sont pacifiés, même si la Grèce refuse de reconnaître l'existence de "Turcs" en Thrace occidentale, et continue d'interdire systématiquement les associations dites "turques" de la minorité.

Ainsi le système scolaire de la minorité, dont les bases ont été posées par le traitée de Lausanne, a été élaboré en concertation avec la Turquie dans les années 1950, en pleine Guerre froide; il ne comporte que deux langues d'enseignement, le grec et le turc. La peur de la Bulgarie - qui avait envahi la Thrace occidentale pendant la Seconde Guerre mondiale- inspirait en effet de la méfiance vis-à-vis des Pomaques. C'est seulement en 1950 que le grec a été introduit comme langue d'enseignement dans les écoles, et qu'à l'enseignement religieux se sont ajoutées des matières telles que l'histoire ou les mathématiques. Puis dans le cadre de l'accord culturel de 1955 entre la Grèce et la Turquie, il a été décidé de remplacer l'alphabet arabe par l'alphabet latin, comme en Turquie.

A partir des années 1960, enfin, la Turquie a commencé à envoyer en Grèce des instituteurs plus qualifiés, ce qui lui permettait de remplacer l'ancienne garde conservatrice et hostile à la jeune République de Turquie. Les muftis élus (voir intertitre rouge), les journaux publiés en turc, certains responsables d'associations sont ainsi rémunérés ou financés par l'Etat turc. Quoi qu'étant un Etat laïque, la Turquie considère le traité de Lausanne et ses dispositions, y compris celles concernant les muftis, comme une sorte de loi fondamentale qui garantit la pérennité de la présence turque en Thrace occidentale.

L'Etat grec quant à lui n'a pas été étranger à ce processus: la minorité a été pendant des décennies tenue à l'écart, géographiquement et économiquement, du reste du pays. L'élément le plus marquant de cette politique est l'établissement d'une zone militaire en 1936 par Metaxas, pour "protéger" la Grèce de toute tentative d'invasion bulgare. Cette "zone interdite" couvrait à l'époque 40 % de la surface de la région, et n'a été supprimée qu'en 1996. Une permission de sortie était nécessaire pour chaque personne se déplaçant de son village vers la ville la plus proche, même pour des questions de médicales ou administratives. Et même pour les résidents, l'accès à la zone était interdit de minuit à cinq heures.

Entre Turquie et Union européenne

Peu à peu s'est imposée l'idée au sein de la minorité que le fait d'être turc est inné, et que l'islam n'en est que le corollaire. Ainsi s'exprime la propriétaire et rédactrice en chef du journal Gündem de Komotini (Gümülcine): "Je peux ne pas être musulmane, la religion est une affaire privée. Mais je suis née turque, je ne l'ai pas choisi, c'est mon identité ethnique". Un avocat, ancien président de l'Association des diplômés d'université (qui rassemble les personnes ayant des titres universitaires, tous obtenus en Turquie), a le même raisonnement : "Je ne suis pas musulman mais je veux pouvoir élire le mufti car c'est un personnage politique qui me représente en tant que Turc".

Mais pour les jeunes rencontrés à Xanthi et Komotini, l'identité turque se désolidarise la plupart du temps d'une quelconque allégeance à la Turquie. Ils se disent turcs car le turc est leur langue maternelle, et certains d'entre eux font leurs études en Turquie où le système scolaire et universitaire leur est plus facilement accessible(3). Pour autant, ils sont plusieurs à préciser que ce pays ne leur plaît pas, qu'ils ne souhaitent pas y vivre. D'ailleurs, nombre de mes interlocuteurs qui vivent entre la Grèce et la Turquie ne souhaitent pas voir la Turquie entrer dans l'Union européenne. L'argument récurrent est que la Turquie n'est pas prête, d'un point de vue économique, à intégrer l'espace européen.

Mais certains interlocuteurs évoquent le déséquilibre qui serait ainsi introduit au sein du Parlement européen, ou tout simplement la peur de "l'invasion" de milliers de Turcs anatoliens: "Au maximum 20 % de la population turque correspond aux standards européens en termes de niveau de vie et d'instruction. La Thrace occidentale deviendrait le point de passage vers l'Europe, je ne veux pas que Xanthi soit envahie par ces gens". Il y a bien sûr des personnes qui espèrent l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne, d'autres qui estiment que la Turquie n'en a pas besoin; cette diversité des opinions renvoie à l'hétérogénéité de la minorité, trop souvent occultée.

Une société hétérogène

Il est utile de rappeler que la minorité "turque" est avant tout une société sujette à différents clivages, plus complexes et subtils que ceux d'ordre "ethnique" qui lui sont généralement accolés. Ces clivages recoupent des trajectoires individuelles, des réseaux sociaux et politiques, des appartenances religieuses ou non, des luttes de pouvoir, des classes sociales, une dichotomie ruraux/citadins (notamment en termes d'accès à la langue grecque). Il faut notamment s'intéresser à l'histoire politique et sociale de la région: ainsi, au moment de la formation de la Turquie moderne, une opposition très forte est apparue entre partisans des réformes kémalistes et conservateurs, cette opposition recoupant celle existant entre une bourgeoisie citadine laïque et des zones rurales empreintes d'une forte religiosité.

Cet antagonisme, hérité en grande partie de la géographie humaine de la région à l'époque ottomane, a fortement marqué le paysage politique et social de la Thrace occidentale. Il faut ajouter à cela l'extrême fermeture jusqu'à récemment des villages situés en zone montagneuse (notamment pomaques). Par ailleurs le discours de contestation minoritaire focalisé sur l'identité peut devenir l'alibi et l'arrière-plan de rivalités de pouvoir, de stratégies d'ascension sociale ou tout simplement d'accès à une position de prestige.



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La question des muftis et la médiation européenne

L'élection des muftis prévue par le traité (mais jamais mise en oeuvre en tant que telle par les autorités grecques) est incompatible avec les normes de l'Union européenne qui interdisent que les compétences d'un juge émanent d'un mandat électif. Or, depuis décembre 1990, deux muftis élus, donc illégaux, cohabitent en Thrace avec ceux nommés par l'Etat grec. Les deux députés de la minorité (qui avaient été élus sans être affiliés à un parti politique grec) ont adressé une requête à l'Etat lui demandant d'organiser des élections pour pourvoir les deux postes de mufti dans les départements de Rhodopi et Xanthi. N'ayant pas reçu de réponse, ils ont organisé eux-mêmes des élections à main levée sur le parvis des mosquées de Komotini et Xanthi, en signe de protestation. Depuis lors un statu-quo perdure, les muftis élus et nommés s'étant en quelque sorte répartis les compétences liées à leurs fonction: seuls les muftis "officiels" exercent le rôle de juge. Maintes fois traînés en justice pour avoir "usurpé leur fonction", les deux muftis élus ont finalement obtenu gain de cause devant la Cour Européenne des Droits de l'Homme, qui a accusé les autorités grecques d'avoir bridé leur liberté d'expression, de conscience et de religion. La Cour a également reconnu à la minorité le droit de se dire turque(4).

Si la médiation européenne a permis de faire pression sur la Grèce dans le sens d'une amélioration des conditions des Turcs de Thrace occidentale(5), on touche néanmoins aux limites du règlement exclusivement juridique de questions qui relèvent de la négociation politique, ainsi qu'aux limites du traité de Lausanne, vieux de 80 ans et malgré tout érigé base incontournable de toute négociation par les représentants de la minorité, mais aussi par la Turquie laïque.


(*) doctorante à l'Institut français d'études anatoliennes (IFEA)

1. Le mufti est à la fois chef spirituel et administrateur: c'est lui qui nomme les imam et muezzin notamment. En revanche cette compétence de juge n'existe nulle part ailleurs, en Turquie ou dans les Balkans.
2. En plus du grec, même s'il est vrai qu'il existe encore au sein de la minorité des personnes qui ne maîtrisent pas la langue nationale. Le pomaque est extrêmement déprécié et relégué à la sphère familiale, particulièrement pour les femmes, très peu scolarisées, du moins dans les villages de l'ex-zone interdite (voir infra).
3. Il existe depuis 1995 un quota de 0,5 % pour les musulmans de Thrace occidentale dans les universités grecques; les candidats sont dispensés du très difficile concours d'entrée dans la limite de ce quota. Néanmoins outre le niveau de grec souvent insuffisant pour suivre les cours à l'université, de nombreuses personnes préfèrent étudier en Turquie, d'autant qu'étant données les déficiences du système scolaire en Thrace occidentale, il est fréquent que les enfants soient scolarisés en Turquie dès la fin de l'école primaire. Quoi qu'il en soit on observe depuis 1999 une diminution des visas pour études accordés par le consulat turc de Komotini (tous niveaux d'études confondus).
4. Les arrêts rendus par la CEDH sont les suivants: Affaire Sadik Ahmet c. Grèce, 25.10.1996; Affaire Serif c. Grèce, 14.12.1999; Affaire Aga c. Grèce, 25.01.2000; Affaire Aga c. Grèce, 17.01.2002.
En ce qui concerne le premier de ces arrêts, la Commission a conclu à l'unanimité qu'il y avait eu violation de l'article 10 de la Convention Européenne des Droits de l'Homme (relatif à la liberté d'expression) mais la Cour ne s'est pas prononcée sur le fond, en raison d'un défaut de procédure (non épuisement des voies de recours internes). Cet arrêt est néanmoins d'une grande portée politique car la Cour a reconnu l'intérêt général de la requête de Sadik Ahmet car "elle toucherait au nom et à l'identité culturelle d'une minorité entière".
5. Documents de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe: " Proposition de résolution relative à la situation de la minorité turco-musulmane en Thrace occidentale ", doc. 5225, 10 mai 1984; " Déclaration écrite n° 215 sur la situation de la minorité musulmane turque en Thrace occidentale ", doc.6516, 24 septembre 1991; "Proposition de directive sur l'état des droits de l'homme en Grèce, et plus particulièrement en Thrace", doc.7759, 12 février 1997. Pour plus de détails sur ces procédures et leurs implications, lire Jeanne Hersant "L'évolution de la question de la minorité musulmane de Thrace occidentale dans le cadre de l'intégration européenne de la Grèce", mémoire de fin d'études sous la direction de Gilles Dorronsoro, IEP de Rennes, juin 2000.

Bibliographie

-Akgönül S., Une communauté, deux Etats: la minorité turco-musulmane de Thrace occidentale, Istanbul, Isis, 1999.
-Anagnostou D., " Breaking the Cycle of Nationalism: the EU, Regional Policy and the Minority of Western Thrace, Greece", South European Society & Politics, vol.16, n°1, summer 2001.
-Arvaritou E., Turcs et Pomaques en Grèce du Nord: une minorité religieuse ou deux minorité nationales?, Thèse de sociologie sous la direction de P. Fougeyrollas, Université Paris VII, sans date (début des années 1980).
-Clayer N. & Bougarel X. (dir.), Le nouvel islam balkanique. Les musulmans acteurs du post-communisme (1990-2000), Paris, Maisonneuve & Larose, 2001.
-Dalègre J., La Thrace grecque, population et territoires, Paris, L'Harmattan, 1997.
-Kaimaki V., "Occasion perdue pour la laïcité en Grèce", Le Monde Diplomatique, décembre 2002.
-Popovic A., L'islam balkanique: les musulmans du sud-est européen dans la période post-ottomane, Berlin-Wiesbaden, Otto-Harrassowitz, 1986.
-Roy O., "Naissance d'un islam européen", Esprit, janvier 1998.
-Tsitselikis K. & Mavrommatis G., The Turkish Language in Education in Greece, www.mercator-education.org, 2002.

Quel islam en Bulgarie post-communiste ?

Quel islam en Bulgarie post-communiste ?


lundi 25 août 2003

La presse occidentale n'en finit plus, depuis quelques années, de dénoncer la montée de menaces fondamentalistes. Le spectre d'une "transversale verte" est brandi, qui unirait l'ensemble des courants radicaux de la Turquie à l'Albanie, en passant par la Grèce, la Bulgarie et la Bosnie. Pourtant que sait-on exactement des évolutions de l'islam dans les Balkans et singulièrement en Bulgarie ? Y observe-t-on un renouveau religieux et, si c'est le cas, quelles formes prend-il ?

 

De fait, malgré l'ouverture de la région aux recherches empiriques après 1989, nos connaissances sur l'islam bulgare demeurent assez limitées. On est mieux informé sur la stratification ethnoculturelle des communautés musulmanes de Bulgarie [1] . Les attitudes des Bulgares chrétiens envers les populations de confession islamique ont également fait l'objet de précieuses investigations [2] . Mais les dynamiques d'évolution de la sphère religieuse restent , elles, insuffisamment analysées. L'intérêt pour la diversité ethnique des communautés musulmanes semble avoir détourné l'attention des phénomènes proprement religieux [3] .

L'exploration des évolutions de l'islam en Bulgarie apparaît d'autant plus urgente que la guerre d'ex-Yougoslavie et la recherche de nouvelles grilles d'analyse des conflits par les stratèges occidentaux ont encouragé des lectures hâtives des mutations du monde musulman. Si, depuis le début de la décennie, on observe effectivement des recompositions identitaires à fondement religieux, celles-ci ne sont toutefois ni uniformes, ni systématiquement radicales. Pour en retracer les origines, il faut remonter au milieu des années 1980, à l'époque où le régime de Todor Jivkov avait entrepris l'assimilation violente des Turcs bulgares (environ 9% de la population). La revalorisation des marqueurs d'appartenance et la redécouverte de racines culturelles et religieuses spécifiques étaient alors apparues comme autant de stratégies de survie. L'ouverture de la Bulgarie après 1989 à des islams non-balkaniques semble avoir aiguisé les interrogations sur la foi. Elle ne les a pas suscitées.

Nous nous proposons ici de retracer le contexte dans lequel s'insèrent les transformations présentes et de suggérer quelques paramètres explicatifs de processus en cours. À cette fin, nous commencerons par brosser un rapide tableau des principales populations de confession musulmane en Bulgarie pour revenir ensuite sur les effets de la politique communiste, du point de vue de

Les musulmans de Bulgarie : une communauté complexe pour un "islam européen"

Le recensement de décembre 1992 évalue à 13,1% la part de la population musulmane en Bulgarie. Celle-ci se caractérise par une grande hétérogénéité religieuse, ethnique et linguistique. Si les musulmans de Bulgarie sont dans leur très large majorité sunnites de rite hanéfite, le pays compte aussi plus de 84000 Alévis [4] . Autrement connus sous le nom d'Aliani ou de Kizilbach-i (littéralement "têtes rouges", par référence à leur couvre-chef traditionnel), les Alévis se rencontrent dans la Dobroudja et le Deliorman (autour de Silistra, Razgrad, Dobriã et Varna), à l'est des Rhodopes (région de Haskovo et KardÏali), ainsi qu'au nord du mont StranÏa (dans la région de Sevliev et de Kazanlak) [5] . Ils vivent en communauté fermée, comme le veut une foi prônant le " secret ", et professent un islam hétérodoxe partagé en deux branches, les Bektachi (fidèles à Hadji Bektach Veli, fondateur, au XIIIe siècle, de l'ordre du même nom) et les Baba'i (par référence à Baba Ilias (Ilyâs) Horasani) [6] . Depuis l'Indépendance de la Bulgarie (1878), les rivalités religieuses et les stéréotypes négatifs mutuels ont durablement obéré les relations entre sunnites et Kizilbach-i [7] . Il suffit pour s'en convaincre de considérer la façon dont certains Aliani, notamment à l'est des Rhodopes, répondent aux questions concernant leur nationalité : en déclarant " je ne suis pas sunnite ", ils ne révèlent pas seulement le poids du facteur religieux dans leur système d'appartenance ; ils marquent également leur désir de se distinguer du groupe dominant (turc sunnite) [8] .

Si l'on adopte un critère "ethnique", les musulmans de Bulgarie se répartissent entre 75,3% de Turcs, 13,5% de Bulgares musulmans (autrement connus sous le nom de Pomaks) et 10,5% de Tsiganes, auxquels viennent s'ajouter quelques Tatars et Tcherkesses [9] . Entre eux, les différences linguistiques sont sensibles : déclarant le turc pour langue maternelle et l'islam pour religion à 98% (les Gagaouzes chrétiens font exception), la communauté turque est sans doute celle qui présente la plus grande homogénéité. Les groupes pomaks et tsiganes sont, en revanche, très hétéroclites.

Soumis depuis plusieurs siècles à un ostracisme systématique, les Tsiganes ont cherché à fuir les discriminations en adoptant des stratégies de dissimulation ou de syncrétisme identitaire. Leur autodétermination est donc amenée à varier en fonction des périodes, des sous-groupes et des interlocuteurs considérés. Le nombre même des Tsiganes vivant aujourd'hui en Bulgarie demeure difficile à évaluer : selon des estimations officieuses, il avoisinerait les 500-700 000, soit un chiffre nettement supérieur aux 313 396 enregistrés lors du dernier recensement [10] . Dans de telles conditions, déterminer les allégeances religieuses des Tsiganes bulgares relève de la gageure. À en croire les résultats du recensement de 1992, 59,7% de ceux ayant déclaré le " romani " pour langue maternelle seraient chrétiens (souvent orthodoxes, parfois protestants) et 39,7% musulmans. Ces statistiques sont toutefois biaisées par le fait que tous les Gitans ne parlent pas romani (certains sont de langue roumaine, d'autres turque, d'autres encore bilingues) et qu'une partie des Tsiganes musulmans s'identifie comme turque [11] . Par ailleurs, se déclarer " musulman " ne signifie pas nécessairement que l'islam soit la foi présentement professée. Quoique de confession chrétienne, certains Tsiganes continuent à se définir par référence au passé musulman de leurs ancêtres [12] . Enfin, la fréquence des cas de syncrétisme religieux rend la frontière entre islam et chrétienté difficile à tracer.

Une même fluidité identitaire s'observe chez les Pomaks, ces populations converties à l'islam pendant la période ottomane et qui parlent un dialecte bulgare vieilli. Minorité religieuse dans un État-Nation en devenir, les Pomaks ont tout au long de ce siècle fait l'objet d'assignations extérieures concurrentes, les nationalistes bulgares prenant argument de leur langue ainsi que de certains aspects de leur système coutumier pour les revendiquer comme Bulgares " ethniques ", les nationalistes turcs les ramenant dans leur giron au nom d'une foi commune. Il en est résulté chez ces musulmans bulgarophones une pluralisation des autodéterminations, bien reflétée par le recensement de 1992. A cette occasion, seuls 70 251 musulmans ont répondu "bulgare" à la question concernant leur nationalité ; 65 546 ont préféré s'inscrire comme "Bulgares musulmans", "Pomaks" ou "musulmans", mettant ainsi en évidence l'importance accordée à la foi dans leur système d'identification. Enfin, ils seraient près de 60 000 à s'être enregistrés comme Turcs et 35 000 à avoir donné le turc pour langue maternelle (en dépit du fait qu'ils ne le maîtrisent qu'imparfaitement) [13] . Là encore, les statistiques démographiques posent problème : d'une source à l'autre, le nombre de Pomaks, qui habitent pour l'essentiel dans les Rhodopes de l'ouest, varie entre 150 et 250 000 [14] .

En termes de distribution géographique, les musulmans de Bulgarie se polarisent autour de deux pôles, les Rhodopes (au sud du pays) et le quadrilatère Ruse-Silistra-Varna-Soumen (au nord-est). Les profils géographiques contrastés de ces deux régions (montagneuse pour la première, de plaine pour la seconde) ne sont pas sans incidence sur leur niveau de développement, inférieur dans les Rhodopes. Dans les écrits consacrés aux Turcs de Bulgarie, ces différences régionales sont rarement mentionnées. Elles mériteraient pourtant d'être étudiées plus avant. On peut, en première approche, en relever la trace au niveau des représentations sociales : les Turcs du nord-est sont enclins à porter un regard condescendant sur leurs frères des Rhodopes, stigmatisés pour leur manque d'éducation et le caractère profondément conservateur de leurs modes de vie. Réciproquement, les habitants des montagnes du sud reprochent à leurs congénères trop policés de ne pas être de "vrais" Turcs.

Dans quelle mesure cette communauté musulmane hétérogène se distingue-t-elle de la majorité chrétienne ? D'abord, les musulmans de Bulgarie se différencient des orthodoxes par un habitat et un emploi prioritairement ruraux. La part des citadins est inférieure au tiers chez les Turcs (31,64%) alors qu'elle représente 71,64% des Bulgares orthodoxes [15] . Cette configuration est imputable au fait que les minorités islamiques n'ont pas participé à l'exode rural des années 1950/1960 au même titre que les chrétiens, happés vers les villes par la puissante industrialisation " soviétique ". À cet égard, le cas des Tsiganes est un peu marginal, puisqu'en 1992, ils étaient en majorité citadins (52,30% contre 20,51% en 1900) [16] . Nombre d'entre eux vivent dans des quartiers-ghettos à la marge des grandes agglomérations, singulièrement Sofia et Plovdiv. À une présence en ville parfois ancienne (à Sliven, notamment) viennent s'ajouter, pour expliquer ce phénomène, les effets de la crise économique. Après 1989 les Tsiganes ruraux, très présents dans l'agriculture coopérative à la fin de la période communiste, se sont retrouvés parmi les premiers au chômage. Certains ont alors cherché refuge dans les grands centres urbains, en premier lieu dans la capitale, où ils sont venus grossir la population de mahalle tsiganes souvent insalubres.

Il est fréquemment souligné que les populations de confession islamique présentent une religiosité plus marquée que leurs compatriotes chrétiens. En la matière, les principales informations quantitatives dont nous disposons proviennent d'une série d'enquêtes réalisées en 1992, 1994 et 1997 sous l'égide de l'International Center for Minority Studies and Intercultural Relations (ICMSIR, Sofia). La première avait établi que 73% des Turcs croyaient en Dieu, contre 66% des Pomaks, 59% des Tsiganes et seulement 39% des Bulgares orthodoxes [17] . Y était par ailleurs souligné le rôle du profil socioprofessionnel, du niveau d'éducation et de l'âge dans la détermination de la religiosité des musulmans de Bulgarie : les ruraux se révélaient plus croyants que les citadins (23,8% fréquentent régulièrement les lieux de culte contre seulement 10,6% dans les villes) et les personnes âgées davantage que les jeunes (42% des plus de soixante ans déclarent aller "fréquemment" à la mosquée pour seulement 1,9% des jeunes). Ces quelques données peuvent être utilement complétées par les résultats d'une recherche sur la religiosité des Bulgares conduite par l'Institut national statistique bulgare à la même époque : 30,5% des musulmans s'y étaient déclarés "profondément croyants". La célébration des fêtes religieuses apparaissait comme extrêmement répandue (84,4% des personnes interrogées affirmant les suivre " régulièrement "), le respect du jeûne relativement développé (45,1%), de même que la pratique de la prière (41,7% des enquêtés déclarant prier " régulièrement "). En revanche, la fréquentation de la mosquée ne constituait pas une démarche systématique (seulement 20,0%), pas plus que la lecture de textes religieux (17,2%) [18] .

Notes

-  [1] À ce sujet, on pourra se reporter à Anna Kristeva, Obtnosti i identicnosti v Balgarija, Sofia, Petekston, 1998, ainsi qu'à Nadège Ragaru, « Recompositions identitaires chez les musulmans de Bulgarie : entre marqueurs ethniques et religieux », Balkanologie, 3(1), septembre 1999.
-  [2] Plusieurs enquêtes sur les stéréotypes nationaux ont été conduites, respectivement en 1992, 1994 et 1997. Les résultats de la première sont notamment analysés dans Zivkov Georgiev et al., « Quelques résultats de l'étude sur la situation ethnoculturelle en Bulgarie », Sociologiãeski pregled, 3, 1993 (en bulgare). Pour la seconde, se reporter à Relations of Compatibility and Incompatibility Between Christians and Muslims in Bulgaria, Sofia, ICMSIR (International Centre for Minority Studies and Intercultural Relations), 1995. Enfin, Krassimir Kanev propose un bilan comparatif des trois recherches dans Krassimir Kanev, « Changing Attitudes towards Ethnicity in Bulgaria and the Balkans, 1992-1997 », Sofia, 1998, manuscrit, 18 p.
-  [3] La plupart des travaux bulgares sur les musulmans traitent de manière thématique et classificatoire les divers groupes ethniques de confession islamique. Une exception notable à cette règle peut être trouvée dans la série consacrée par l'ICMSIR aux communautés musulmanes des Balkans sous le titre Sadbata na mjusjulmanskite obtnosti na Balkanite i v Balgarija. En France, on consultera également Yordan Peev, « Courants islamiques en Bulgarie », Les Annales de l'Autre islam, 4, 1997, pp. 183-197.
-  [4] Chiffres cités dans Rezultati ot prebrojavaneti na naselenieto,tome 1, Demografski harakteristiki, Sofia, Nacionalen Statistiski Institut, 1994, p. 194. On remarquera à ce propos que les statuts adoptés en octobre 1997 par l'Office du grand mufti (Glavnoto mjuftijstvo) ne font nulle mention de la présence d'Alévis en Bulgarie.
-  [5] Irène Mélikoff propose des observations très stimulantes sur les Kizilbach-i du nord-est de la Bulgarie dans Irène MÉlikoff, « La communauté kizilbash du Deli Orman, en Bulgarie », Revue des études islamiques, LX, 1992, pp. 393-401. Voir également Thierry Zarcone, « Nouvelles perspectives dans les recherches sur les kizilbach-Alévis et les bektachis de la Dobroudja, du Deliorman et de la Thrace orientale », Anatolia Moderna, 4, 1992, pp. 1-11.
-  [6] Pour de plus amples détails sur ces subdivisions, voir Claude Cahen, Encyclopédie de l'islam, s.v. « Baba i », tome 1, 1954, pp. 866-867 ainsi que Claude Cahen, « Baba Ishaq, Baba Ilyas, Hadjdji Bektash et quelques autres », Turcica, 1, 1969, pp. 53-64. Un bilan des dernières recherches est proposé dans Alexandre Popovic et Gilles Veinstein, Les voies d'Allah, les ordres mystiques dans le monde musulman des origines à aujourd'hui, Paris, Fayard, 1996, pp. 325, 331, 332. Pour une présentation autochtone des références symboliques utilisées par la communauté Alévie de Bulgarie, voir Nevena Gramatikova, « Alevii (Aliani, kazalbaoi) », in Patovoditel za duhovnite obotnosti v Balgarija, Sofia, Litavra, 1998, p. 5.
-  [7] Il semblerait que l'assimilation forcée de la minorité turque dans les années 1980 ait atténué les antagonismes entre deux obédiences religieuses pareillement confrontées à la nécessité de préserver leur identité ethnoculturelle distinctive. Voir Antonina Jeliazkova, "Turci", in Anna Kristeva, Obtnosti i identicnosti v Balgarija, p. 382.
-  [8] Interview de l'enquêteur spécialiste des questions ethniques, Ilia Atanassov, Sofia, 15 novembre 1997.
-  [9] Sur la question des Tatares, voir Stojan Antonov et Ivan Miglev, « Tatari », in Anna Kristeva, op.cit., p. 356-371.
-  [10] Ilona Tomova cite des données officieuses fournies par les autorités locales et le ministère de l'Intérieur selon lesquelles il y aurait eu en 1989 577.000 Tsiganes vivant en Bulgarie, soit 6,45% de la population. En 1996, Jean-Pierre Liégeois propose une estimation haute - entre 700 et 800.000 Tsiganes. Voir Ilona Tomova, « Romi », Anna Kristeva, op.cit., p. 335 ; Jean-Pierre LIÉgeois, Romi, Cigani, ãergari, Sofia, Centre d'information du Conseil de l'Europe, 1996.
-  [11] Réciproquement un faible pourcentage des chrétiens se déclare Bulgare "ethnique".
-  [12] Entretien avec Vesselin Popov et Elena Maruiakova, Sofia, 22 février 1999.
-  [13] Voir Mihaïl Ivanov et Ilona Tomova, « Ethnic groups and interethnic relations in Bulgaria », contribution au séminaire bulgaro-allemand sur "Le journalisme professionnel en Europe : les expériences bulgare et allemande", Bankia, 26-30 août 1993, pp. 5-6 (manuscrit).
-  [14] Avant les guerres balkaniques (1912-1913), de larges communautés pomaques vivaient dans la Stara planina, qui ont par la suite émigré vers le sud de la Bulgarie ou la Turquie. Aujourd'hui, seuls demeurent quelques groupements pomaks dans des villages entre Lovetch et Teteven. Pour de plus amples détails sur ces mouvements migratoires, consulter Stoïan Raïtchevski, Balgarite Mohamedani, Sofia, Universitetsko izdatelstvo, 1998 et particulièrement pp. 95-188. L'ouvrage de l'actuel président de la Commission pour la culture au Parlement défend la thèse (controversée) selon laquelle tous les Pomaks seraient et se définiraient comme Bulgares "ethniques".
-  [15] Chiffres cités dans Ilona Tomova, The Gypsies in the Transition Period, Sofia, International Center for Minority Studies and Intercultural Relations, 1995, p. 28.
-  [16] Là encore, les données statistiques doivent être maniées avec prudence, dans la mesure où elles reposent sur une estimation basse du nombre de Tsiganes en Bulgarie. La comparaison entre taux d'urbanisation chez les Turcs et les Tsiganes vaut surtout par sa portée diachronique. Voir Ilona Tomova, op. cit., p. 28.
-  [17] Voir " Quelques résultats de l'enquête ' La situation ethnoculturelle en Bulgarie, 1992' ", Sociologiãeski pregled, 3, 1993, p. 58 (en bulgare).
-  [18] Institut statistique national, Religijata i palnoletnoto naselenie, Sociologiãesko izsledvane, Sofia, 1993, pp. 57-113, cité in Ali Eminov, Turkish and Other Muslim Minorities, Londres, Hurst & Co., 1997, p. 66

Nadège Ragaru, chercheur à l'IRIS, rédacteur en chef de la revue internationale et stratégique

Extrait des Archives de Sciences Sociales des Religions n°115, pp. 125-160, juillet-septembre 2001