11.05.2008

Les enclaves de la vallée de Ferghana : une bataille de cartes

Les enclaves de la vallée de Ferghana : une bataille de cartes


Par Hélène ROUSSELOT
Le 05/03/2006

Si «le Ferghana est demeuré une région trans-républicaine unie durant la période soviétique, la complexité du tracé des frontières n’étant alors qu’une question secondaire à l’échelle locale»[1], les relations entre les trois républiques concernées n’ont cessé d’être, après la mort de Staline, entachées de problèmes causés par cette complexité. Les litiges toujours en suspens portant sur des enclaves sont l’objet d’enjeux potentiellement très conflictuels, dans ce «véritable laboratoire de maturation des mouvements sociaux»[2]. voir carte



 

 

Parmi les très nombreux litiges frontaliers qui opposent le Kirghizstan à l’Ouzbékistan d’une part, et le Kirghizstan au Tadjikistan d’autre part, certains portent sur des territoires -de superficies variables- situés dans un Etat mais appartenant juridiquement à un Etat voisin. Les plus connus sont Barak (village de 700 personnes, sous administration kirghize en Ouzbékistan), Sokh (325 km carrés) et Chakhimardan (enclaves ouzbèkes au Kirghizstan), Sarvak (enclave tadjike en Ouzbékistan dont la population se dit ouzbèke) et Voroukh (enclave tadjike au Kirghizstan).

Bataille de cartes

La frontière ouzbéko-kirghize est l’une des plus controversées de l’espace post-soviétique : en 2004, l’Ouzbékistan en appelait aux tracés de 1924, alors que le Kirghizstan, lui, se référait à ceux, très différents, de 1954. Les questions soulevées par ces enclaves ne réapparaissent pas à la faveur des indépendances, après un «gel soviétique», puisqu’elles avaient déjà fait l’objet de négociations dans les années cinquante et quatre-vingt. Même si ces frontières, telles que dessinées dans les années vingt, ne l’avaient pas été dans la perspective de leur internationalisation, elles sont en effet depuis longtemps causes d’antagonismes. Et la cartographie joue un rôle important dans ces revendications territoriales, sauf dans le cas de Chakhimardan, très particulier puisque l’attribution de ce territoire à l’Ouzbékistan ne s’inscrirait dans aucun cadre juridique : selon une légende que les médias d’Asie centrale eux-mêmes se plaisent à transmettre, Chakhimardan aurait été jouée aux cartes…

Continuité des revendications territoriales

En 1955, sous l’impulsion des Présidiums des Soviets suprêmes d’Ouzbékistan et du Kirghizstan, la Commission paritaire créée afin d’examiner les points litigieux de leurs frontières communes, établit un protocole selon lequel 70.000 hectares, comprenant Severnyï Sokh et Bourgandinskiï massiv, doivent être cédés à la Kirghizie. Ce protocole ne s’appuie pas sur les tracés de 1924-1925, mais sur la cession de ces terres à pâturage à la république kirghize, en 1937. Le Présidium du Soviet suprême de l’Ouzbékistan n’entérine pas ce protocole qui, du coup, n’acquiert pas force de loi. Malgré cela, la république kirghize négocie avec obstination et parvient à obtenir les 50.000 hectares de Bourgandinskiï massiv, qui seront d’ailleurs irrigués par la rivière Sokh à partir des années soixante-dix.

L’affaire en reste là jusqu’en 1958, date à laquelle le gouvernement kirghize demande au Conseil des ministres de l’Ouzbékistan de lui céder les gisements d’hydrocarbures de Severnyï Sokh, Servernyï Richton, Iarkoutan, Tchaour, Sarykamych et Tchongar. Tachkent refuse évidemment. Le gouvernement kirghize s’adresse alors au Conseil des ministres de l’URSS, qui s’abstient de prendre position et renvoie dos à dos les conseils des ministres des deux républiques.

Les sovkhozes et kolkhozes établis à proximité de ces frontières n’ont de cesse, depuis des années, de se disputer des parcelles de terre. C’est ainsi qu’en 2002, des responsables du sovkhoze kirghize «Bourgandi» ont manifesté leur droit à disposer de terrains situés en Ouzbékistan et mis en culture dans les années 1980 par un habitant de Tchongar, en accord avec les autorités ouzbèkes.

Depuis le début des années 1980, des incidents se produisent régulièrement entre Tadjikistanais et Kirghizstanais pour le contrôle de la terre et de l’eau, dans la région de Batken, située au Kirghizstan entre les enclaves de Voroukh et de Sokh. En 2001, l’approvisionnement en gaz ouzbek destiné au Kirghizstan a ainsi été stoppé, incident aussitôt interprété par les responsables kirghizes qui y ont vu une pression de l’Ouzbékistan censée les faire plier dans l’affaire de l’enclave de Sokh.

Regain de tensions à la fin des années 1990 à Sokh et Chakhimardan

1999 est une date clé pour l’Ouzbékistan, et pour les enclaves Sokh et Chakhimardan en particulier, suspectées par Tachkent de sympathies pour le Mouvement Islamique d’Ouzbékistan. En réponse aux menaces qu’il présenterait, Tachkent décide, unilatéralement, de miner des portions de ses frontières avec le Tadjikistan et le Kirghizstan, notamment celles qui délimitent ces deux enclaves. En août 2004, l’Ouzbékistan déclare vouloir les déminer. Si les tronçons proches de l’enclave de Chakhimardan l’avaient bien été en novembre 2005, les frontières de l’enclave de Sokh ne l’étaient, elles, qu’à 70%. Ces mines ont tué 13 personnes en deux ans. En empêchant les agriculteurs de travailler la terre, elles ont aussi entraîné une détérioration du niveau de vie des habitants, contraints au départ. L’enclavement de ces territoires se trouve encore aggravé par les pots de vin extorqués par les douaniers et gardes-frontières tant kirghizstanais qu’ouzbékistanais.

À la fin de l’été 2004, les députés kirghizes demandent au gouvernement d’exiger le retour de l’enclave de Chakhimardan et le Premier ministre, N. Tanaev, les soutient en déclarant que l’enclave est kirghize. Située à 55 km de la ville de Ferghana et à 1.500 mètres d’altitude, Chakhimardan abrite la tombe du poète Khamza Khakimzade Niazi (1889-1929), considéré comme le premier poète prolétarien en langue ouzbèke, ainsi qu’un monument dédié au quatrième calife Ali ibn Abi Tâlib (600-661). Lieu de villégiature estivale pour les habitants de la région de Ferghana et les hauts dignitaires ouzbeks, elle a longtemps accueilli plus d’un million de touristes par an, dans les 82 maisons de vacances et 12 camps de pionniers. Les inondations de 1998 ont causé la mort de centaines de personnes et marqué la fin de cette période de prospérité. Les événements de Batken[3], en août 1999, et l’instauration d’un régime de visas entre l’Ouzbékistan et le Kirghizstan n’ont fait que diminuer davantage la fréquentation touristique. Ce qui a engendré une hausse du chômage dramatique puisqu’il aurait atteint 80% en 2004. Les habitants de Chakhimardan, au fait du niveau de vie supérieur de leurs voisins kirghizes, ont pleinement conscience qu’il va de leur intérêt que l’enclave passe sous administration kirghize : Bichkek limite beaucoup moins la liberté d’entreprendre…

Les enjeux de l’enclave de Severnyï Sokh sont, eux, d’ordre géostratégique puisqu’elle renferme des gisements d’hydrocarbures et permet un contrôle des transports vers la partie la plus occidentale du Kirghizstan. Au printemps 2005, peu de temps avant les événements d’Andijan, la Commission intergouvernementale pour la délimitation de la frontière ouzbéko-kirghize étudiait la possibilité d’ouvrir une voie de communication menant à Sokh[4] et un consulat ouzbek à Och (Kirghizstan).

Les enclaves de Chakhimardan, Voroukh et Sokh ont pour point commun d’être bordées de rivières, ce qui, dans ce «château d’eau» qu’est l’Asie centrale, constitue atout hautement stratégique. Le contrôle de l’eau apparaît donc, sous cet angle, comme un enjeu majeur lié aux enclaves. Et les tensions persistent en la matière:on rapporte par exemple que, en mai 2005, des habitants de Sokh auraient commis des déprédations sur une conduite d’eau alimentant deux villages kirghizes.

Vers une domination régionale de l’Ouzbékistan ?

D’après le directeur du Centre de recherches en sociologie de l’Académie des sciences du Kirghizstan, Nourbek Omouraliev, l’Ouzbékistan contrôlerait ses frontières avec le Kirghizstan dans le but d’empêcher le développement économique de la vallée de Ferghana et l’un des objectifs de Tachkent serait d’assurer une domination du sud de l’Asie centrale ex-soviétique.

Plusieurs intellectuels, responsables de partis et journalistes ouzbeks estiment que la révision de ces frontières est inutile, voire impossible. Ils en appellent au principe d’intangibilité des frontières, qui figure dans la déclaration d’Alma-Ata du 21 décembre 1991, et jugent les réformes économiques bien plus nécessaires. Les revendications territoriales ne seraient que manipulations politiciennes, en décalage complet avec la réalité quotidienne de ces populations qui ont toujours cohabité. Certains, comme Nigora Khidoiatova (parti Paysans libres) ou Atanazar Arifov (parti Erk), vont jusqu’à prôner l’abolition des frontières en Asie centrale, la première se prend à rêver d’un Turkestan uni, quand le second fustige les Etats actuels pour leur manque d’ambition en matière de politique étrangère.


*Source photo : Novye Izvestia
[1] J. Thorez, «Enclaves et enclavement dans le Ferghana post-soviétique», CEMOTI, n° 35, 2003, pp. 29-39.
[2]C. Poujol, Ouzbékistan, la croisée des chemins, Ed. Belin, 2005, 190 p.
[3] les événements de Batken commencent début août 1999 par l’enlèvement de militaires et de civils kirghizes par des bandes armées qui demandent à passer en Ouzbékistan. La mauvaise gestion de la crise par le ministère kirghize de la Défense aboutit à la prise d’otages de quatre Japonais, à des opérations militaires conjointes ouzbèkes, tadjikes et kirghizes ayant entraîné l’évacuation de milliers d’habitants et finalement à la destitution du ministre de la Défense.
[4] La question des transports entre les enclaves est traitée par J. Thorez «Enclaves et enclavement dans le Ferghana post-soviétique», CEMOTI, n° 35, 2003, pp. 29-39 et par G. Raballand, «L’Asie centrale ou la fatalité de l’enclavement ?», IFEAC – L’Harmattan, 2005.

 

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Les Allemands du Kazakhstan: retour dans la Urheimat ou "Patrie historique"

Les Allemands du Kazakhstan: retour dans la Urheimat ou "Patrie historique"


Par Bakyt ALICHEVA-HIMY
Le 01/04/2008

Répondant à l’invitation de Catherine II à venir s’installer sur les rives de la Volga, quelques dizaines de milliers d’Allemands, devenus plus de deux millions un siècle plus tard, pénétrèrent en Asie centrale, sur le territoire de l’actuel Kazakhstan principalement. Aujourd’hui leurs descendants russifiés font la route en sens inverse, vers ce qu’ils appellent leur «patrie historique». Ces Allemands, qui ont conservé tant bien que mal certains aspects de germanité se sentent d’autant plus «allemands» que cette nationalité était mentionnée sur leur passeport soviétique. Aujourd’hui elle leur permet d’émigrer vers l’«eldorado» européen. Mais ces Allemands y sont en réalité surtout perçus comme des Russes d’origine allemande. Alors, vrais «Allemands» de retour ou seulement Russes d’origine allemande?



 

 

En 1762-63, les célèbres édits de Catherine II encouragèrent les étrangers à venir peupler les rives de la moyenne Volga, restées vierges depuis leur arrachement aux Tatars au XVIe siècle. Cette politique aboutit à créer deux types de peuplement dotés d’une forte identité germanique: une zone de peuplement dense, étendu et homogène, sur la Volga, dans la région de Saratov (les Allemands de la Volga – die Wolga-Deutschen), et une série de colonies isolées en Ukraine, en Volhynie, en Bessarabie, en Transcaucasie et aux environs de Saint-Pétersbourg.

L’expansion germanique au-delà de l’Oural débuta ensuite au XIXe siècle, et s’effectua en plusieurs vagues jusqu’en 1917. La première date des années 1860, lorsque les Allemands de Russie prirent, en quête de terre, le chemin de l’Asie centrale avec les serfs russes affranchis. Cette migration revêtit un caractère massif au cours des années 1870 suite aux réformes d’Alexandre II, destinées à harmoniser les statuts juridiques des populations de Russie. Elles visaient à faire de ces colons étrangers des citoyens russes à part entière, notamment en les astreignant aux lois sur la conscription de 1874. Dispensés jusqu’ici de l’obligation militaire d’après les termes mêmes du manifeste de Catherine II, la majorité des Allemands se soumit docilement aux réformes du tsar. Mais certains d’entre eux, les Mennonites[1] en particulier, décidèrent de chercher une «terre promise» ailleurs, les uns outre-océan, les autres en Asie centrale, où le service militaire contraire à leurs convictions religieuses n’était pas encore introduit. Au début du XXe siècle, ils étaient près de 100.000 dans la contrée sibérienne et le territoire des steppes.

L’implantation de colons venant des régions occidentales de l’Empire russe n’explique pas à elle seule le «feu d’artifice ethnique» du Kazakhstan. Les déportations massives de populations pendant la Seconde Guerre mondiale sont également à l’origine de la diversité démographique et culturelle de cet espace qui compte plus de cent vingt nationalités. De 1936 à 1945, des peuples entiers de l’Union soviétique, furent déportés de leurs républiques. Au Kazakhstan, une personne sur cinq était spetsposelenets (colon spécial). Parmi les peuples déportés et installés à demeure dans des «zones de peuplement spécial», principalement au Kazakhstan, les Allemands constituaient 40% du nombre total des déportés. Mobilisés dans ce qui fut appelé «l’armée du travail» – euphémisme stalinien qui ne désigne rien moins que le trop sinistre goulag, ils y fournirent ainsi une main-d’œuvre gratuite jusqu’au milieu des années 1950[2]. Dans les années 1980 la minorité germanique du Kazakhstan constituait le troisième groupe ethnique (976.000 personnes) après les Russes et les Kazakhs.

Envergure et contexte du départ vers l’Allemagne

Les flux migratoires, qui, pendant longtemps, ont alimenté le Kazakhstan, se sont inversés depuis les années 1980. Au cours de la décennie 1989-1999 la population non-titulaire du Kazakhstan s’est réduite d’environ 1,5 million de personnes sur une population totale de 15 millions d’habitants. La conjoncture politique était particulièrement favorable au départ massif des Allemands. Bonn, qui avait, durant les longues années de la guerre froide, invité Moscou, Varsovie et Bucarest à «rendre la liberté» à ses «parents de l’Est par le sang», atteignit son objectif avec le dégel du bloc communiste. Les départs des Allemands de l’URSS prirent une grande ampleur à compter de 1986 grâce à la nouvelle loi sur l’entrée et la sortie du pays, adoptée par M.Gorbatchev le 28 août 1986 et facilitant la réunification des familles. Puis, en accord avec la loi fédérale de révision des réglementations concernant les conséquences de la Seconde Guerre mondiale, entrée en vigueur le 1er janvier 1993, l’Allemagne s’engagea à accueillir chaque année 225.000 immigrants d’Europe de l’Est, dont la majorité absolue est constituée d’Allemands de l’ex-URSS. Conformément à cette loi, ils peuvent revenir dans le pays de leurs ancêtres librement et sans obstacles jusqu’en 2011.

Depuis lors le torrent de l’émigration ne tarit pas. Fuyant l’instabilité économique et politico-sociale qui a saisi l’ensemble du territoire soviétique, mais fuyant également leur passé douloureux – les souvenirs de leur mémoire blessée n’ont jamais cessé d’être lancinants –, des milliers de familles souvent riches en enfants abandonnent ainsi chaque année leurs biens et leurs terres. C’est le formidable exode de l’après-guerre froide, le grand retour des déracinés. En effet, ces êtres «hybrides», «bicéphales» qui se nomment les Russlanddeutsche, avec leurs «tournures de phrase démodées», leurs «dents en or» et leur «flopée d’enfants» ont de la peine à s’intégrer et ne sont guère ressentis comme Allemands en Allemagne. Malvenus, oubliés, étrangers…

Inversion du courant

Dans le courant des années 1989-1995, on aurait pu croire que c’en était fini de l’histoire des Allemands au Kazakhstan (près de 700.000 départs). Aujourd’hui cependant ce mouvement de fuite éperdue se ralentit. La raison en est que, vu le nombre croissant de candidats au départ, et après avoir estimé les «lourdes charges» qu’ils représenteraient, le gouvernement fédéral fait tout pour les dissuader de venir en Allemagne.

Sa mesure la plus sévère fut prise en 1996, quand il décida d’instituer des tests linguistiques, épreuve que plus de 40% des candidats au grand retour ne parviennent pas à surmonter[3]. En insistant ainsi sur un point très sensible – la langue, l'Allemagne semble aujourd’hui avoir atteint son but. L’afflux a culminé en 1995 avec 217.898 arrivées, et quelque 103.000 immigrants allemands ont quitté l’ancien espace soviétique en 1998[4]. Selon les prévisions faites en 2003 par Andreas Rudiger Körting, ambassadeur d’Allemagne au Kazakhstan de l’époque, cinq ou six ans encore seront nécessaires pour que le processus d’immigration se tarisse de lui-même, d’une manière naturelle[5].

Il reste actuellement au Kazakhstan près de 200.000 Allemands qui préparent leurs bagages, mais ces derniers temps avec plus d’hésitations. Auparavant certains villages allemands du Kazakhstan étaient de véritables musées vivants de la langue et des coutumes, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. Au recensement de 1979, près de deux millions de citoyens soviétiques se déclarèrent de nationalité allemande, près de 70% d’entre eux reconnaissant l’allemand comme leur langue maternelle. La dispersion, ajoutée à leur long passé dans un monde linguistique différent, a favorisé l’acculturation vers le russe, si bien qu’en 1989, parmi deux millions d’Allemands, 48.7% seulement se déclaraient germanophones. La langue que les jeunes générations apprennent actuellement n’est pas un dialecte transmis par leurs parents mais le Hochdeutsch dispensé grâce à 9.000 cours à travers tout le Kazakhstan avec l’aide de la RFA[6] et avec la perspective d’un départ en Allemagne. Quant aux dialectes, ils sont en déclin à l’heure actuelle et ont atteint un point de non-retour. Ce déclin de l’une des diversités linguistiques du Kazakhstan multiculturel paraît inéluctable. Reste un triste constat: avec sa disparition, c’est tout un pan de la culture et de l’identité d’une population qui s’éteint.

Photo : Berthold Kemptner - Voir son site

[1] Les «assemblées» mennonites tiennent leur nom de Menno Simons (1496-1561), prêtre frison qui adhéra en 1526 à l’anabaptisme pacifique et qui devint l’un des chefs et le réformateur de ce courant religieux qui interdisait à ses fidèles le moindre service militaire, en Hollande et jusqu’en Allemagne. Au XVIIIe et principalement au XIXe siècle on observe une importante émigration mennonite vers la Russie et l’Amérique du Nord.
[2] Pour plus de détails sur la communauté germanique du Kazakhstan voir Bakyt Alicheva-Himy, Les Allemands des steppes. Histoire d’une minorité de l’Empire russe à la CEI, Berlin, Bruxelles, Bern: Peter Lang, 2005, 352 p.
[3] Wilfried Stölting: Staatliche Sprachenpolitik und politische Gegenwehr – der Fall des Sprachtests für Spätaussiedler, in: Migration und sprachliche Bildung, (hrsg. von Ingrid Gogolin, Ursula Neumann), Münster, Waxmann Verlag, 2005, S. 263-273.
[4] Demographie aktuell. Deutsche Minderheiten in Ostmittel- und Osteuropa, Aussiedler in Deutschland, n° 9, Berlin: Humboldt Universität, 1997, S. 10.
[5] Interview à la revue Kontinent, Obchtchestvenno-polititcheski ïjournal iz Kazakhstana, avril 2003.
[6] Wielfried Stölting:Selektion und Rücksprachung: die Deutschtests für Spätaussiedler, in: Sprachliche Integration von Aussiedlern im internationalen Vergleich, (hrsg. von Ulrich Reitemeier), n° 2/03, Juli 2003, p. 137-159.

 

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07.05.2008

Les Moloques (ou molokans) de Turquie Dissident orthodoxe d'origine Russe

Les Moloques
(ou Molokans)


Assemblée de Moloques

Qui connaît les Moloques ou Molokans de Turquie en 2003 en Europe ? Eh bien à part quelques érudits, la réponse est simple : personne.
Cette toute petite communauté installée principalement dans les campagnes de l’Est de la Turquie, mais aussi en Géorgie, Arménie et Azerbaïdjan, est d’origine russe et chrétienne. On en retrouve évidemment dans les centres urbains de Turquie : Istamboul, Kars, Erzurum, Ankara, etc.
Ce sont les descendants d'une secte chrétienne orthodoxe qui fut persécutée sous Catherine II. Ils furent déportés en Transcaucasie, où ils vivent depuis, notamment en Turquie.
A l’époque, les sectes orthodoxes n’étaient pas tolérées en Russie et celle-ci prétendait réformer les préceptes chrétiens et revenir à des valeurs bibliques plus fondamentales. Ils s'abstenaient ainsi de respecter les jours de jeûne suivis par les fidèles de l'
Eglise orthodoxe. De cette pratique ils doivent leur nom : Molokans . Moloko signifie boire en russe, et les Molokans, majoritairement des paysans, buvaient du lait les jours de jeûne.
Par ailleurs, leur foi interdit la représentation de Dieu, images, statues et croix sont bannies de leurs maisons et villages. Les Moloques pensent que c'est la réunion des fidèles - et non le lieu - qui est sacrée, ainsi ils n’ont pas d’église ou de temple. De même, au dessus des tombes dans les cimetières n’apparaissent pas de croix, mais des petites boîtes métalliques, avec une phrase en russe, rappelant les dates de la personne qui repose là.
Les Moloques vivent de manière quasiment autarcique et parlent peu le turc. Ils sont pacifistes et très religieux, ainsi, les hommes portent une longue barbe signe de leur foi, et les femmes un foulard sur les cheveux.
On les désigne parfois sous le nom de "protestants orthodoxes"

Carte d’identité
Nom : Moloques ou Molokans - Molok en turc
Ethnie : Russe
Langue(s) : russe
Alphabet : cyrillique
Religion(s) : secte orthodoxe russe
Région / pays d’origine : Russie
Région où ils vivent : Caucase turc
Nombre en Turquie : quelques milliers
Autres pays où ils vivent : Azerbaïdjan, Géorgie, Arménie
Diaspora : Etats-Unis
Nombre total dans le monde : entre 20 et 30 000