04.05.2008
Petites Précisions
Toutes les fiches que je viens de mettre en ligne (de philosophe, juriste, Théologien..etc) sont tirés d'un site et d'un livre d'introduction à la philosophie et à la sociologie du droit de Denis TOURET http://www.denistouret.net/index.html, qui fut maître de conférence à la faculté de droit Paris XII, quand j'étais étudiant. C'était un professeur très original mais d'une érudition impressionnante. C'est dans ses cours où j'ai entendu la première fois les noms de : Guénon, Evola, Schimtt, Pareto, Proudhon, Lorenz, et caetera... Pour ceux qui sont interessés par une lecture plus approfondie, je recommande vivement ses livres ou son site internet.
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03.05.2008
Max Weber (1864-1920)
Max Weber (1864-1920) Un observateur Max Weber est aujourd'hui considéré comme étant le premier des sociologues du XXème siècle, dont la vie et l'oeuvre (§ 1) furent consacrées à l'enseignement et à la recherche, et dont la sociologie dite compréhensive éclaire sa sociologie du droit et sa sociologie politique (§ 2).
§1. La vie et l'oeuvre
La vie de Max Weber est celle d'un enseignant-chercheur.
Karl Emil Maximilian Weber est né le 21 avril 1864 à Erfurt. Son père qui est magistrat, est issu d'une famille protestante d'industriels et de négociants en textiles de Westphalie, et il est député libéral de droite (libéral national) à Berlin.
En 1882 Max Weber commence ses études supérieures à l'Université de Heidelberg, où il est inscrit à la Faculté de Droit mais il étudie également l'histoire, l'économie, la philosophie et la théologie.
En 1883 il fait son service militaire à Strasbourg, comme simple soldat puis comme officier.
En 1884 il reprend ses études aux Universités de Berlin puis de Göttingen.
En 1889 il soutient sa thèse de doctorat en droit à Berlin et s'inscrit au Barreau de la ville.
En 1892 il est nommé professeur de droit romain et de droit commercial à l'Université de Berlin, puis en 1893 professeur d'économie politique à Freiburg im Breisgau, puis en 1896 professeur d'économie politique et de science financière à Heidelberg.
En 1897 une grave maladie psychique l'oblige à suspendre la majeure partie de ses cours et en 1899 il obtient un congé qui cessera en 1902.
En 1907 un héritage lui permet de cesser son enseignement et de se consacrer entièrement à ses recherches.
Cependant en 1919 il accepte de créer une chaire de sociologie à l'Université de Munich et il participe à la rédaction de la Constitution de Weimar.
Le 14 juin 1920 il décède subitement d'une pneumonie.
Son oeuvre est principalement composée des ouvrages suivants :
- Gesammelte Aufsätze zur Religionssoziologie, 3 t., Mohr, Tübingen, 1920, 1921 ; Tome 1 : L'Ethique protestante et l'esprit du capitalisme (1904-1905), Plon, Paris, 1964, : Les sectes protestantes et l'esprit du capitalisme, Presses-Pocket, Agora n°6, Paris, 1985 ; Tome 2 : The religion of India : the sociology of hinduism and bouddhism, Free Press, Glencoe, 1958 ; Tome 3 : Le Judaïsme antique, Plon, Paris, 1971 ; Die_ Wirtschaftsethik der Weltreligionen : Konfuzianismus und Taoismus ; Schriften 1915 - 1920, The religion of China : confucianism and taoism, New York : The Free press ; London : Collier-Macmillan, 1968 ; Confucianisme et Taoïsme, Gallimard, Paris 2000 ;
- Wirtschaft und Gesellschaft, Mohr, Tübingen, 1922, 1925, 1947, 1956 ; Trad. partielle : Economie et Société, Plon, Paris, 1971, Sociologie du droit, PUF, Paris, 1986 ;
- Gesammelte Aufsätze zur Wissenschaftslehre, Mohr, Tübingen, 1922, 1951 ; Essais sur la théorie de la science, Plon, Paris, 1965, Le Savant et le politique, Plon, Paris, 1958, UGE, 10/18 n°134, Paris, 1979 (qui comprend "Wissenschaft als Beruf", 1919, essai figurant dans les Gesammelte politische Schriften, Drei Masken Verlag, München, 1921).
§2. Les sociologies de Max Weber : De la sociologie compréhensive à la sociologie du droit et à la sociologie politique
Weber a fondé un type de sociologie, la sociologie compréhensive (A), ce qui lui permet de découvrir ce qu'il pense être l'essence du juridique dans sa sociologie du droit (B), partie intégrante d'une sociologie politique (C).
A/ La sociologie compréhensive de Max Weber
Max Weber définit la sociologie comme étant la science qui veut comprendre en la précisant la conduite des acteurs sociaux, c'est une sociologie compréhensive.
Pour le droit, la sociologie compréhensive veut savoir comment une norme est comprise par les sujets de droit et les effets qu'elle a sur leurs conduites sociales. Mais le sociologue du droit veut également savoir comment les acteurs professionnels du droit (juges, avocats, notaires) interprétent la norme et quel sens ils donnent au droit.
Donc la sociologie weberienne veut "expliquer causalement". C'est la raison pour laquelle Weber s'est forgé un instrument de recherche, l'instrument des types idéaux, les idéaltypes.
L'idéaltype de Max Weber est construit pour l'étude sociologique, il n'existe pas réellement, c'est un modèle.
L'idéaltype sert à distinguer chaque phénomène social afin de mieux comprendre les relations qui existent entre les phénomènes sociaux, c'est à dire la conduite sociale.
Selon Weber, la conduite sociale peut être déterminée, idéalement, de quatre manières, comme étant :
1- soit irrationnelle parce qu'habituelle, (je le fais parce que cela se fait),
2- soit irrationnelle parce qu'affective, (je le fais parce que j'aime ça)
3- soit rationnelle quant au but, par l'attente utilitaire du comportement des autres, (je le fais parce que les autres vont me récompenser de le faire),
4- soit rationnelle quant à la valeur, par la conscience que l'on a de la valeur d'un certain comportement (je le fais parce que c'est bien de le faire).
Dans la réalité, nous dit Weber, l'activité sociale se rapproche plus ou moins de ces types idéaux qu'elle combine généralement, la vie sociale étant faite d'oppositions, de conflits et de compromis.
Et Max Weber constate que, dans la société, les hommes en relation les uns avec les autres réagissent le plus souvent sous l'effet d'une contrainte plus ou moins consciente et perceptible.
Et il constate, d'autre part, que la conduite sociale rationnelle quant à la valeur est orientée par l'idée qu'il existe un ordre social légitime parce que valable, un ordre légitime valide, ce qui nous amène à sa sociologie du droit.
B/ La sociologie du droit de Max Weber
Max Weber nous dit que les acteurs sociaux peuvent accorder à un ordre social une validité légitime, le transformant en ordre légitime, pour quatre raisons :
1- soit à cause de la tradition, parce qu'il en a toujours été ainsi,
2- soit à cause d'une croyance affective, émotionnelle, parce que je crois que c'est vrai, que c'est ce qu'il faut faire,
3- soit à cause d'une croyance rationnelle en valeur, parce que pour moi est légitime ce que je juge comme étant absolument valable, parce que c'est Juste pour moi,
4- soit à cause d'une règle positive, à la légalité de laquelle je crois, parce que c'est légal.
Selon Weber l'ordre légitime a deux idéaltypes formels qui sont la Convention et le Droit.
Pour Weber les conduites sociales qui relèvent de simples usages ou habitudes, de coutumes volontairement acceptées, ne constituent pas un ordre légitime. Sont seuls légitimes les ordres qui prennent la forme de la Convention et la forme du Droit.
Il y a Convention (Konvention) lorsque la violation des règles de conduite rencontre une désapprobation (Missbilligung) efficace sans intervention de personnes sanctionnantes.
Il y a Droit lorsque l'ordre légitime est garanti par l'existence d'une contrainte physique ou psychique exercée par des personnes spécialisées chargées de cette tâche, que cette contrainte soit étatique au sens moderne du terme ou non.
Tous les agents spécialisés mis en place par la société afin d'assurer l'observance et la sanction des normes sociales juridiques constituent le personnel du Droit.
Le personnel du Droit a, au cours des âges, revêtu des types différents. Sauf exceptions l'évolution s'est faite du type irrationnel des sociétés primitives au type rationnel des sociétés modernes.
Pour Weber l'histoire occidentale du droit est donc l'histoire de sa rationalisation progressive.
Selon Weber la rationalisation historique du droit serait passée par quatre phases successives :
Première phase : La révélation charismatique du droit par des prophètes juridiques
Max Weber nomme charisme la qualité exorbitante, extraordinaire, d'une personne qui, à cause de vertus qualifiées de divines, surnaturelles ou surhumaines selon le système idéologique considéré, s'impose comme Chef. Un chef qui tient son pouvoir de domination de sa force de conviction, de sa capacité à manipuler les foules par son discours.
Donc dans la première phase de son développement le droit se confond avec les rites religieux et sa formulation par les prophètes, les prêtres, est présentée comme le résultat d'une inspiration divine. L'exemple typique, selon Weber, est celui du Décalogue biblique "révélé" par Dieu à Moïse, mais on peut trouver beaucoup d'autres exemples (oracles babyloniens, hélléniques, druides gaulois, prêtres fétichistes africains...).
Ce droit charismatique et primitif est un droit formaliste - la formule a un caractère sacrée et est donc intangible. Il s'agit donc d'une rationnalisation formelle.
Deuxième phase : La création et l'application du droit par des notabilités judiciaires
L'apparition d'une économie de marché a amené le développement des contrats et l'apparition de conseillers juridiques, ainsi les jurisconsultes à Rome ou les juges anglo-saxons.
Les jurisconsultes romains dominent la vie judiciaire sous l'Empire et, à partir du cas, ils aboutissent à des concepts juridiques abstraits. Ils élaborent les principes généraux du droit qui permettent l'interprétation des textes.
Le processus est le même pour les juges anglo-saxons.
Troisième phase : L'octroi du droit par des pouvoirs théocratiques ou des pouvoirs profanes
Les pouvoirs théocratiques ou profanes, religieux ou civils, veulent intervenir dans la procédure judiciaire pour faire échec aux décisions qui mettent en cause leur volonté et pour imposer un certain ordre éthique, ordre économique, ordre social.
La législation des pouvoirs théocratiques ou profanes entend donc imposer une rationnalisation matérielle du droit dont l'application est confiée à des fonctionnaires spécialisés.
C'est en Occident une évolution du droit après la chute de l'Empire romain jusqu'au XVIIIème siècle, le droit anglo-saxon restant contrôlé par les notabilités judiciaires.
Quatrième phase : L'élaboration systématique du droit par les juristes professionnels
Cette quatrième phase débute au XVIIIème siècle avec les travaux des juristes professionnels qui entendent concilier la logique juridique avec l'existence d'un droit naturel libéral.
Le Code civil français de 1804 est la forme la plus achevée de cette nouvelle rationalisation formelle du droit.
Puis la décadence de la théorie du droit naturel libéral au XIXème siècle a entraîné la naissance du positivisme moniste, les juristes se rangeant aux côtés du pouvoir politique et se faisant les serviteurs de l'Etat plutôt que des forces sociales.
C'est en réaction contre ce comportement que, selon Weber, l'on constate au début du XXème siècle une renaissance de la doctrine du droit naturel allant dans le sens du pluralisme juridique.
En définitive, si pour Weber la notion de droit reste ambigue, et n'est pas exempte de contradictions, c'est à la sociologie compréhensive de mesurer l'écart qui peut exister entre l'aspect formel et l'aspect matériel du phénomène juridique.
La sociologie du droit doit pour ce faire s'intégrer dans une sociologie politique, la sociologie de l'Etat, ce qui nous amène au politique.
C/ La sociologie politique de Max Weber
La sociologie politique de Max Weber se fonde sur la distinction qu'il faut faire entre l'essence du Politique et l'essence de l'Economique.
L'Economique a pour but la satisfaction des besoins humains, alors que le Politique se caractérise par la domination exercée par un ou quelques hommes sur d'autres hommes.Mais concrétement, nous dit Weber, il est impossible de séparer l'agir économique et l'agir politique, car l'agir économique peut comporter une dimension politique et l'agir politique exige un agir économique.
Le Politique est donc l'ensemble des conduites humaines qui comportent domination de l'homme par l'homme.
Les types de domination sont au nombre de trois : la domination charismatique, la domination traditionnelle, la domination rationnelle.
La domination est charismatique lorsque, fondée sur le caractère exceptionnel d'un homme, elle suscite le dévouement absolu des dominés. Populaire ce type de domination est dit populiste dans une démocratie moderne lorsqu'il est le fait d'un démagogue.
La domination est traditionnelle lorsqu'elle est fondée sur le caractère sacré des traditions, qui légitime l'action de ceux qui dominent sur leurs parents, leurs fidèles, leurs clients, leurs favoris, leurs vassaux, leurs sujets... C'est, par exemple, le pouvoir patriarcal et le pouvoir féodal.
La domination est rationnelle lorsqu'elle est fondée sur la croyance en la Légalité des actes des dominants, dominants qui sont eux-mêmes, théoriquement, soumis au droit. La domination est alors liée à la fonction et non pas à la personne qui exerce la fonction.
La domination, quelle que soit son type, s'exerce sur un territoire au sein d'une unité sociale qui devient alors politique. L'unité politique, en s'institutionnalisant, prend une certaine forme juridique, qui aujourd'hui est toujours celle de l'Etat.
Pour Weber l'Etat se définit par sa spécificité, et par des caractères seconds.
Spécifiquement, l'Etat, selon Weber, est "le groupement politique qui revendique avec succès le monopole de la contrainte physique légitime".
Les caractères seconds sont : - la rationalisation du droit ; - le développement de la police ; - la rationalisation de l'administration.
Le monopole de la contrainte est accepté par les dominés parce qu'il s'impose à eux, psychiquement et physiquement.
Et l'autorité des dominants est renforcée par l'existence d'un esprit national.
Selon Weber la Nation doit être définie comme étant l'expression de la puissance politique renforcée par la dramatisation du prestige. C'est pourquoi le nationalisme, nous dit-il, est un phénomène qui n'est pas prêt de disparaître.
C'est le nationalisme qui permet la sublimation la plus haute des passions politiques, qui sont aussi des passions partisanes.
Si, nous dit Weber, la puissance est l'élément fondamental de l'Etat, elle est aussi à la base des partis politiques qui luttent pour prendre et conserver le Pouvoir.
Max Weber définit les partis politiques comme étant "des groupements libres d'individus ayant pour objet de procurer la puissance politique à leurs dirigeants et aux militants des avantages matériels, en même temps que la réalisation de leurs objectifs politiques et idéaux".
L'Etat est donc le système social qui revendique avec succès le monopole de la contrainte, encore faut-il que celle-ci soit considérée comme étant légitime, et si sa légitimité est celle du droit nous sommes alors en présence d'un Etat de droit.
Nous sommes dans un Etat de droit lorsque le monopole de la contrainte est accepté comme étant légitime parce que légal. Le Pouvoir est alors considéré comme appartenant à la Loi, expression de la Souveraineté du Peuple, des citoyens. Le Pouvoir est exercé par les représentants du Peuple souverain dans des limites qui sont fixées par une Constitution.
L'Etat de droit suppose le développement d'un pouvoir spécialisé, celui des juristes d'Etat qui mettent en oeuvre le formalisme légal, surveillent son application, sanctionnent son non-respect, et plus globalement suppose le développement de l'administration : donc le développement du pouvoir bureaucratique, pouvoir bureaucratique qui n'est pas incompatible avec l'Etat capitaliste.
------- La naissance du capitalisme
La partie de l'oeuvre de Max Weber la plus connue est celle qui concerne son explication de la naissance en Occident du capitalisme. Selon lui, le rôle fondamental, en l'espèce, a été joué par la religion réformée (le protestantisme).
Dans son très célèbre ouvrage "L'Ethique protestante et l'esprit du capitalisme" Max Weber entend démontrer qu'une certaine interprétation du protestantisme (calvinisme, piétisme, méthodisme, baptisme ...) a créé certaines des motivations qui ont favorisé la formation du régime capitaliste. Max Weber s'attache essentiellement à la conception calviniste :
Pour le calvinisme le monde a été créé pour la Gloire de Dieu, et chaque homme, qu'il soit prédestiné à être sauvé ou à être damné pour l'éternité, a le devoir de créer le Royaume de Dieu sur terre et de travailler à la Gloire de Celui-ci.
Or comment travailler pour la Gloire de Dieu ? Et, surtout, comment trouver en ce monde les signes qui permettent de penser que l'on sera sauvé ? La réponse est qu'il faut se considérer, avec confiance, comme un futur élu. Et pour arriver à cette confiance en soi le travail acharné est le moyen le meilleur.
Mais, par ailleurs, l'éthique puritaine enjoint au croyant de se méfier totalement des biens de ce monde. Résultats : travailler avec acharnement, et rationnellement, permet de faire des profits. Si l'on interdit de consommer les profits ils ne peuvent qu'être épargnés et/ou réinvestis. Réinvestir ses profits c'est travailler encore davantage à la Gloire de Dieu et renforcer la confiance que l'on a de soi-même en faisant encore plus de profits....
Selon Weber il n'y a pas d'exemples dans les sociétés extra-occidentales de comportements, apparemment aussi peu naturels, qui aboutissent à ce que l'on jouisse de la satisfaction de produire toujours et toujours davantage, pour une consommation réduite.
Or, nous dit-il, le capitalisme ne peut naître et se développer sans organisation rationnelle du travail, sans profit maximum et sans investissement maximum. Une fois le régime capitaliste constitué c'est alors le milieu qui détermine les conduites sociales et juridiques, quelles que soient les motivations. C'est pourquoi l'entreprise capitaliste a pu se répandre, ensuite, partout dans le monde, à travers toutes les civilisations.
Le point de vue de Max Weber sur la naissance du capitalisme est évidemment contesté. C'est notamment le cas de Jacques Attali.
Selon Jacques Attali, ancien conseiller spécial du président François Mitterrand, ancien président de la Berd (Banque européenne de reconstruction et de développement), homme d'affaires et essayiste prolixe, lui-même juif sépharade, la thèse de Max Weber doit être contestée absolument.
Selon Jacques Attali c'est le peuple juif qui a inventé le capitalisme :"L'inventeur du monothéisme s'est trouvé en situation de fonder l'éthique du capitalisme".
Jacques Attali, Les Juifs, le monde et l'argent, Fayard, Paris 2002.
http://www.denistouret.fr/ideologues/Weber.html
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Vilfredo Pareto (1848-1923)
Vilfredo (de) Pareto (1848-1923) Pour le sociologue italien Vilfredo Pareto l'histoire nous apprend :
- que dans la vie sociale le sentiment l'emporte sur la raison,
- et que l'élite dirigeante est mortelle, qui règne par la force et la ruse tout en se renouvelant pour subsister.
C'est ce que l'on va voir en traitant de la sociologie de Pareto dans le § 2, après avoir donné quelques informations sur sa vie et son oeuvre dans le §1.
§ 1. La vie et l'oeuvre
Vilfredo Frederico Samaso marquis de Pareto est né le 15 juillet 1848 à Paris où son père, le marquis Raffaele Pareto, est exilé pour avoir participé à un complot républicain à Gênes.
Il fait ses études primaires à Paris, et son père ayant été politiquement réhabilité en 1858 ses études secondaires à Gênes et supérieures de sciences mathématiques et physiques à Turin.
En 1870 il soutient une thèse de physique et obtient un diplôme d'ingénieur. Il entre à la société des chemins de fer romains et cinq ans plus tard il est le directeur technique de la Ferriere Italiana puis d'une importante société métallurgique.
Pareto s'engage alors dans la vie politique italienne.
Libéral et pacifiste, membre fondateur de la Société Adam Smith (1723-1790), il milite activement contre la politique économique protectionniste du gouvernement italien et sa politique militariste.
Il se présente en 1880 et 1882 aux élections législatives, sans succés. Déçu par la politique politicienne il renonce en 1888 à son poste de directeur technique pour devenir consultant, ce qui lui permet de consacrer davantage de temps à l'étude de la théorie économique (théorie pure).
Il redécouvre les travaux de l'économiste Léon Walras (1834-1910) avec lequel il se lie en 1891, et qui lui propose de le remplacer à la chaire d'économie politique de l'Université de Lausanne, ce qui est fait en 1893.
Il publie son premier ouvrage en 1896 et 1897, son Cours d'économie politique.
Dès cette époque il se passionne pour les sciences sociales et enseigne la sociologie à l'Université. En 1900, après avoir hérité de son oncle une importance fortune il s'installe dans le canton de Genève, où il consacre l'essentiel de son temps à la recherche.
En 1902 et 1903 il publie Les Systèmes socialistes, ouvrage dans lequel il étudie les faiblesses du libéralisme et la force de persuasion des idées socialistes, logiquement inconsistantes, selon lui, mais passionnément convaincantes.
Son ouvrage sociologique fondamental est le monumental, 1818 pages, et indigeste, Traité de sociologie générale, publié en italien en 1916 et en français en 1917.
Pareto est profondément déprimé par la guerre civile européenne de 1914-1918 et par le comportement des démocraties, notamment en Italie où la situation après la guerre est désastreuse. C’est pourquoi il décide de soutenir le socialiste national Benitto Mussolini, et le 23 mars 1923, en récompense, il est nommé sénateur du royaume d'Italie, mais il ne peut accepter cette nomination car il a renoncé, entre temps, à la nationalité italienne pour devenir citoyen du micro-Etat libre de Fiume (actuellement Rijeka en Croatie).
§ 2. La sociologie de Pareto : l'universel et tragique éphémère de l'élite
Selon Pareto la sociologie n'a pas pour objet de donner des leçons de morale, mais de constater ce qui est : à savoir que les humains se disputent les avantages de l'existence en essayant de légitimer leur soif pour affaiblir les rivaux.
La sociologie est selon lui la science logico-expérimentale qui constate que les actions humaines ne sont pas que logiques (A), dans des sociétés hiérarchisées qui sont mortelles (B).
A/ Les actions humaines ne sont pas que logiques
C'est la sociologie, une science logico-expérimentale (I), qui, nous dit Pareto, permet de distinguer le logique du non logique (II), non logique qui est constituée par ce qu'il appelle les dérivations des résidus (III).
I. La sociologie est une science logico-expérimentale
La science logico-expérimentale, selon Pareto, a pour but de connaître la vérité et non pas d'être utile à la société, ou à telle ou telle composante de la société.
En conséquence la sociologie logico-expérimentale a pour devoir d'écarter toutes notions extra ou meta-empiriques, se situant à l'extérieur ou au-dessus de ce qui est observable empiriquement, et ne peut pas, elle-même, donner naissance à une nouvelle morale.
II. Du logique et du non-logique
Selon Pareto les actions humaines sont soit des actions logiques soit des actions non-logiques.
Il y aurait selon lui quatre genres d'actions non-logiques, les plus importantes étant les actions qui concernent la plupart des conduites rituelles ou symboliques, les actions de type religieux de nature sacrée, et les actions qui concernent les erreurs des scientifiques, les illusions des intellectuels et des politiques.
Le non logique est constitué, selon lui, par ce qu'il appelle les dérivations des résidus.
III. Les dérivations des résidus
Pour Pareto si les actions logiques sont motivées par le raisonnement, les actions non-logiques sont motivées par le sentiment.
Selon Pareto la plupart des actions humaines de nature sociale sont motivées par le sentiment, ont des motivations non-rationnelles.
La cause principale en serait la puissance des idéologies et des croyances sociales, notamment pendant l'enfance.
Ces actes non-logiques seraient donc motivés davantage par la passion que par la raison.
Ces actes seraient très fréquents en politique, avec les conséquences, notamment juridiques, qui peuvent en découler.
S'il en est ainsi c'est à cause de l'existence de ce que Pareto appelle les dérivations.
Les dérivations, répertoriées en quatre classes, sont les divers moyens verbaux, les discours, utilisés par les individus et les groupes pour justifier leurs actions en leur donnant une logique, logique qu'elles n'ont pas nécessairement, ou logique qui est différente. C'est du camouflage psychologique.
Selon Pareto c'est l'exemple classique des révolutionnaires qui luttent pour renverser un système social qu'ils déclarent oppressif, dans le but d'instaurer un nouveau système social qui, selon eux, sera un système de liberté.
Ces révolutionnaires, ayant pris le pouvoir, peuvent être entraînés par la logique des faits à instaurer un système social réellement oppressif. Ils se justifient alors de diverses manières, toutes présentées comme étant parfaitement logiques : c'est la faute des ennemis politiques, des étrangers, des minorités, de circonstances totalement imprévisibles ...
Les résidus c'est ce qui reste lorsque l'on écarte le camouflage psychologique, qui est la rationalisation du non-logique.
Les résidus sont les facteurs stables du comportement. Pareto les répertorie en six classes, mais l'on peut dire, très schématiquement, qu'ils correspondent à deux comportements sociaux fondamentaux : le comportement de conservation, l'esprit d'ordre et de stabilité, la conformité, d'une part ; et le comportement d'innovation, l'esprit de création, de dévelopement ou de renouvellement, d'autre part.
Le jeu social des résidus et des dérivations forme les élites, dont on constate partout l'existence. Des élites qui connaissent la mobilité, et qui disparaissent, dans des sociétés hiérarchisées qui sont mortelles.
B/ Dans des sociétés hiérarchisées qui sont mortelles
Toute société est hiérarchisée, y compris démocratique, avec des dominants et des dominés.
Les dominants comprennent les élites (I) qui sont en constante mobilité, en circulation (II) montante et descendante, circulation descendante qui se termine au cimetière des aristocraties (III).
I. Les élites
Pareto nous dit qu'avec les dérivations et les résidus, les intérêts et la circulation des élites sont les facteurs qui font que la forme générale de toute société se caractérise par une mutuelle dépendance des éléments qui la composent, éléments qui sont situés dans un environnement variable, écologique, international et historique.
Tous ses facteurs font que chaque société est différente, et composée d'éléments différents ayant des intérêts différents.
Les intérêts sont l'ensemble des tendances, instinctives et rationnelles, qui poussent "les individus et les collectivités ... à s'approprier les biens matériels utiles, ou seulement agréables à la vie, ainsi qu'à rechercher de la considération et des honneurs"(Traité § 2009).
Or toute population sociale est composée de deux couches, une couche inférieure qui comprend tous ceux qui ne réussissent que médiocrement dans la vie et une couche supérieure, l'élite, qui comprend tous ceux qui réussissent, dans quelque domaine que ce soit, et qui se divise en deux : l'élite non-gouvernementale et l'élite gouvernementale.
L'élite au sens large est définie par Pareto, en dehors de toute considération morale, en attribuant aux membres de l'élite de très bonnes notes, sur dix, de la manière suivante, par exemple : "A l'habile escroc qui trompe les gens et sait échapper aux peines du code pénal, nous attribuerons 8, 9 ou 10, suivant le nombre de dupes qu'il aura su prendre dans ses filets, et l'argent qu'il aura su leur soutirer. Au petit escroc qui dérobe un service de table à son traiteur et se fait prendre par les gendarmes, nous donnerons 1" ; ou encore " A la femme politique, ..., qui a su capter les bonnes gràces d'un homme puissant, et qui joue un rôle dans le gouvernement qu'il exerce de la chose publique, nous donnerons une note telle que 8 ou 9. A la gourgandine qui ne fait que satisfaire les sens de ces hommes, et n'a aucune action sur la chose publique, nous donnerons 0."
La circulation des élites est la mobilité sociale qui affecte dans toute société les membres du groupe social dirigeant.
Toute société est caractérisée par la nature de son élite gouvernementale, qui s'impose comme dirigeante à la couche inférieure, soit par la force soit par la ruse, car toute élite politique est soit lionne soit renarde, et lutte pour sa vie (1°), la révolution Juste étant une illusion (2°).
1° La lutte pour la vie
Pour Pareto, qui n'est pas marxiste, la lutte des classes est bien une donnée fondamentale de l'histoire, mais ce n'est qu'une forme de la lutte pour la vie, de même que le conflit entre le travail et le capital n'est qu'une forme de la lutte des classes.
Supposons, dit Pareto, que le capitalisme soit remplacé par le collectivisme, le capital ne peut plus être en conflit avec le travail, donc une forme de la lutte des classes disparaît, mais d'autres formes apparaissent alors : des conflits surgissent entre les diverses catégories de travailleurs de l'Etat socialiste, entre intellectuels et non-intellectuels, entre citadins et paysans, au sein de l'élite gouvernementale entre les innovateurs et les conservateurs, entre les membres de l'élite gouvernementale et les membres de la couche inférieure, etc ...
2° L'illusion révolutionnaire
Depuis toujours, nous dit Pareto, les révolutionnaires affirment que leur révolution sera différente des autres - celles du passé qui n'ont abouti qu'à duper le peuple.
Leur révolution sera, elle, enfin, la vraie révolution, celle qui, définitivement, apportera la Justice, et le peuple peut y croire.
Malheureusement, nous dit-il, cette "vraie" révolution, qui doit apporter aux hommes un bonheur sans mélange, n'est qu'un décevant mirage, qui jamais ne devient réalité, et les révolutions conduisent, elles-aussi, leurs aristocraties au cimetière.
III. Le cimetière des aristocraties
Selon Pareto l'histoire est fondamentalement l'histoire de la vie et de la mort des élites gouvernementales, les aristocraties, pour lui :"L'histoire est un cimetière d'aristocraties"(Traité § 2053).
L'histoire des sociétés, nous dit-il, est celle de la succession de minorités privilégiées qui se forment, qui luttent, qui arrivent au pouvoir, en profitent, et tombent en décadence, pour être remplacées par d'autres minorités.
S'il en est ainsi, nous dit-il, c'est que les élites se détruisent elles-mêmes par la guerre, ou s'amollissent dans la paix, les renards, les rusés, succèdent alors aux lions, les forts, puis finissent par succomber eux-mêmes à l'assaut des lions ennemis.
Pareto est convaincu que la décadence menace toute société qui ne pratique pas la mobilité sociale, la circulation des élites.
Selon Pareto dans toute société l'élite comprend des individus qui ne méritent pas d'en faire partie. Et la couche inférieure comprend des individus qui mériteraient de faire partie de l'élite.
Donc nous dit-il, si l'élite gouvernementale est, déjà, contrôlée par les vieux renards, ceux-ci, par crainte des jeunes lions de la couche inférieure, feront tout pour les éliminer, jusqu'au moment où, ne pouvant plus résister à la pression, c'est eux qui seront alors éliminés.
Donc nous dit-il, si l'élite gouvernementale est encore assez forte, son intérêt sera d'intégrer, par la mobilité sociale, les lions de la couche inférieure : c'est, selon Pareto, ce que fait intelligemment, depuis des siécles, l'Establishment britannique...
http://www.denistouret.fr/ideologues/Pareto.html
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Auguste Comte (1798-1857)
Auguste Comte (1798-1857)
Le fondateur de la sociologie philosophique positive
"L'Amour pour principe, l'Ordre pour base, et le Progrès pour but"
Auguste Comte (1798-1857) est un auteur aujourd'hui méconnu.
Mais sa vie et son oeuvre (§ 1) ainsi que sa sociologie positiviste (§ 2) sont pleines d'intérêts.
§1. La vie et l'oeuvre d'Auguste Comte
Isidore Auguste Marie François Xavier Comte est né à Montpellier le 19 janvier 1798. Son père est un catholique traditionnel, un monarchiste.
Entré en 1806 comme interne au Lycée de Montpellier Auguste Comte découvre la philosophie des Lumières, perd la foi catholique, conteste l'autorité, manifeste contre la politique napoléonienne, et obtient le premier prix d'éloquence en classe de rhétorique tout en étant particulièrement brillant en mathématiques.
En 1814, à l'âge de 16 ans, il est reçu premier pour le midi, et quatrième pour la France entière, au concours d'entrée à Polytechnique. Comte se distingue notamment par ses aptitudes pédagogiques (déjà révélées au Lycée), son indiscipline et sa contestation politique républicaine ; mais en avril 1816 Polytechnique est fermée pour jacobinisme et pour vivre Comte doit donner des leçons de mathématiques.
En août 1817 Comte devient le "secrétaire" du comte de Saint-Simon (1760-1825) et tout en s'initiant aux problèmes économiques et sociaux de son temps lui écrit quelques ouvrages. Leur collaboration cesse en 1824 à propos de la publication du premier ouvrage important de Comte, Système de politique positive que Saint-Simon signe également sous le titre Le Catéchisme des industriels.
En 1818 il a une liaison avec une femme mariée qui lui donne une fille. Il fréquente les professionnelles du Palais Royal et commet l'erreur de se mettre en ménage avec l'une d'elle en 1823 puis de l'épouser civilement en 1825. Après une cohabitation désastreuse la séparation définitive sera consommée en 1842.
Le 2 avril 1826 Comte ouvre à son domicile, devant quelques amis et scientifiques de qualité, son cours de philosophie positive, qui doit en 72 leçons présenter l'ensemble des sciences saisies dans l'unité de leur principe positif. Mais le 18 avril il doit être soigné pour dépression. Sa mère en profite pour le faire marier religieusement le jour de sa sortie de clinique, le 2 décembre. Son cours reprend le 4 janvier 1829, en présence notamment du mathématicien Joseph Fourier (1768-1830).
En 1832 il obtient un poste de répétiteur à l'Ecole Polytechnique, qui lui sera retirée en 1851, et d'examinateur d'admission en 1837, qui lui sera retiré en 1844.
Du 16 mai 1845 au 5 avril 1846 (date de son décès) Comte a une liaison amoureuse non consommée avec la tuberculeuse Clotilde de Vaux (rencontrée pour la première fois en octobre 1844). Cette découverte de l'amour non physique va donner au positivisme de Comte une orientation subjectiviste qui sera contestée par certains de ses disciples (en France Emile Littré en 1852, John Stuart Mill en Angleterre).
La révolution républicaine de 1848 semble pour Auguste Comte l'occasion rêvée de faire connaître le positivisme au peuple. Il fonde la Société positiviste, qui a pour devise Ordre et Progrès. Puis Auguste Comte organise la religion positiviste, la religion de l'humanité, une sociocratie dogmatique qui dégénère en sociolâtrie, dont l'objectif est la régénération de la société "par l'institution d'un sacerdoce nouveau, par la réglementation des mariages, par un culte, un dogme et un régime nouveaux, calqués sur la pratique catholique au point qu'il préconisait une rénovation du culte de la Vierge ou une structuration du clergé positiviste sur le modèle des jésuites".
Auguste Comte décède, d'un cancer selon son disciple indépendant Emile Littré (1801-1881), le 5 septembre 1857.
Les principaux ouvrages d'Auguste Comte sont : Cours de philosophie positive, 1826-1842 ; Discours sur l'esprit positif, 1844 ; Système de politique positive, 1851-1854 ; Catéchisme positiviste ou Sommaire exposition de la religion universelle, 1852 ; Appel aux conservateurs, 1855 ; Synthèse subjective ou Système universel des conceptions propres à l'état normal de l'humanité, 1856.
§2 La sociologie positiviste d'Auguste Comte
Réformateur scientifique Auguste Comte entend concilier les anciens et les modernes dans la construction d'un monde pacifié, un monde organique réellement rationnel fondé sur le nouvel ordre social de la sociologie positive, c'est-à-dire de la sociocratie, dont la formule est :"Savoir pour prévoir et prévoir pour pouvoir".
L'organisation positive de l'Humanité est la troisième étape de l'évolution historique, d'une dynamique sociale (I) conditionnée par une statique sociale (II) dans laquelle les mentalités jouent le premier rôle.
I. La dynamique sociale
Auguste Comte qui utilise pour la première fois en 1839 le mot "sociologie" dans le sens de physique sociale, "découvre" en 1822 ce que l'on a appelé "La loi des trois états et des trois étapes" ; la Loi des trois états (A) qui expliquerait le développement de l'Histoire en trois périodes (B).
A/ La loi des trois états
Les états sont les états mentaux de la personne humaine dont l'évolution devrait être logique.
1° Les trois états mentaux
Chacun des trois états est défini par référence à un mode de pensée :
- Le premier état mental est l'état théologique, un état mental dominé par la référence au surnaturel.
-Le deuxième état mental est l'état métaphysique, philosophique, qui laïcise le premier en substituant la Raison à Dieu, le naturel rationnalisé au surnaturel.
- Le troisième état mental est l'état scientifique ou positif, sociologique, celui qui élimine les préjugés et les tabous et connaît la méthode scientifique, expérimentale et déductive.
A un moment donné du développement de toute personne, nous dit Auguste Comte, l'un de ces trois états mentaux est dominant chez elle.
2° L'état dominant
Les trois états de l'intelligence, du mental, peuvent coexister en même temps dans la même personne mais, nécessairement à un moment déterminé, l'un des trois états mentaux domine les deux autres. L'état dominant donnant sa connotation à l'ensemble.
Cet ensemble évolue, ou du moins peut évoluer. Selon Auguste Comte l'évolution logique du mental conduit à la méthode scientifique.
3° L'évolution logique
Normalement les trois états mentaux se succèdent dans la personne :
- L'état théologique est l'état mental de l'enfance, dominé par l'imagination.
- L'état philosophique est l'état mental de la jeunesse, dominé par la rationnalisation abstraite.
- L'état scientifique est l'état mental de la maturité, celui de l'expérience.
Mais, de fait, l'évolution logique n'est pas certaine.
4° L'évolution de fait
De fait, par incapacité ou par défaut de formation, l'état mental de l'adulte peut rester au niveau de l'enfance ou à celui de la jeunesse, de telle sorte que son comportement dans la société restera dominé par le premier ou le deuxième niveau, ce qui, bien entendu, influe sur la constitution de sa personnalité et donc sur son comportement.
B/ Les trois périodes du développement historique
Selon Auguste Comte ce qui est vrai pour les personnes est vrai pour les sociétés, les groupes sociaux, qui sont composés de personnes.
Les sociétés connaissent trois grandes périodes, étapes de développement, qui correspondent à leur enfance, à leur jeunesse et à leur maturité.
Auguste Comte qualifie ces périodes de : "théologique et militaire" pour la première, "métaphysique et légiste" pour la deuxième, "scientifique et industrielle" pour la troisième.
A chacune de ces périodes c'est une logique particulière qui est dominante.
A chacune des périodes du développement historique c'est soit la logique première ou primaire, soit la logique deuxième, seconde ou secondaire, soit la logique troisième ou supérieure qui domine.
La logique première est celle de l'imagination. La logique primaire est la logique imaginative, qui fait appel à la magie des images et à la répétition des rites. C'est une logique de la conservation et de la reproduction de ce qui est perçu comme étant satisfaisant parce que voulu et protégé par une puissance tutélaire, un Grand Tuteur, Dieu.
La logique deuxième est la logique de l'abstraction rationnalisante. La logique secondaire est une logique qui se veut rationnelle, c'est à dire dégagée de la protection du Grand Tuteur. Mais en réalité elle se place sous la protection d'un substitut. Par besoin fonctionnel d'être encore guidé vers l'indépendance de la maturité, la logique secondaire substitue à Dieu une Idée : la Liberté, l'Egalité, la Justice, l'Amour, et/ou la Nature, qu'elle envisage à son image, c'est à dire une Nature à transformer. Derrière l'Idée la logique deuxième accroche son énergie, sa soif de parvenir, c'est à dire sa soif d'indépendance réelle, la recherche de sa maturité.
Selon Auguste Comte la logique supérieure est la seule à être véritablement rationnelle. Elle est rationnelle, réellement, parce qu'elle est dégagée des images de l'enfance et des illusions idéales de la jeunesse. Elle entend voir les choses telles qu'elles sont et non pas telles qu'on peut les imaginer et/ou telles qu'elles devraient être.
Volontiers critique dans son premier développement, celui qui succède au dernier développement de la logique secondaire, la logique supérieure devient sereine, avant de sombrer, peu à peu ou brutalement, dans l'imagination sénile du "retour à l'enfance".
II. La statique sociale
A/ Famille, propriété-travail social, patrie, religion
Pour Auguste Comte la société est nécessairement première, composée de familles, qui l'emporte sur l'individu en tant que celui-ci n'est que la partie du tout qu'est la famille. La vérité de la société n'est donc pas à chercher dans l'individu mais la vérité de l'individu est à chercher dans la société.
C'est la sociologie, en tant que science humaine, donc naturelle, qui nous dit ce qu'est l'ordre social d'un lieu déterminé à un moment déterminé, car "tout est relatif : voilà le seul principe absolu". Or la sociologie nous apprend qu'un ordre social ne peut exister et subsister sans consensus. Le premier consensus concerne la famille, le second la propriété et donc le travail, le troisième la patrie.
C'est sur la famille monogamique, qui unit non pas deux individus abstraits mais deux personnes, un homme et une femme, avec leurs qualités propres, que repose tout l'édifice social.
La propriété, en tant qu'accumulation de biens nécessaires à la satisfaction des besoins humains, est le fondement matériel indispensable au développement de l'action de l'homme sur la nature. C'est la propriété qui permet le travail, un travail qui ne peut être que social, orienté vers la solidarité de tous par le gouvernement, un travail qui civilise l'homme.
La patrie ce sont les racines, c'est le sol et la mémoire qui permettent une forme supérieure de cohésion sociale, le consensus indispensable.
Mais c'est la religion, le pouvoir spirituel, qui parachève la cohésion sociale par le consensus moral qui est indispensable à la civilisation. Dans la société industrielle cette religion est la religion de l'Humanité.
B/ La société industrielle et la religion de l'Humanité
1° La justice sociale de la société industrielle
Auguste Comte pense que la société industrielle est l'aboutissement du progrès de l'Humanité. C'est la société industrielle qui permettra de donner à chacun une place proportionnée à ses capacités et ainsi sera réaliser la justice sociale.
Dans cette société le pouvoir temporel est exercé par les banquiers et les entrepreneurs, dans le cadre d'un système hiérarchisé qui permet aux plus riches et aux plus forts d'exercer une souveraineté qui est fondé sur la puissance, car dans toute société c'est une élite qui détient le pouvoir.
Mais ce pouvoir temporel est subordonné au pouvoir spirituel qui a pour fonction de relier les parties du tout, une religion du troisième type, une religion qui remplace les religions de l'état théologique et les philosophies de l'état métaphysique, la religion de l'Humanité, une religion qui impose sa morale sociale.
2° La religion de l'Humanité des sociologues et des savants
Si le pouvoir temporel est fondé sur la puissance que permet la fortune et la force, le pouvoir spirituel est fondé sur le mérite moral.
Le but de chacun ne doit pas être d'obtenir la première place dans l'ordre temporel mais d'obtenir la première place dans l'ordre spirituel. Ainsi l'ouvrier qui est le dernier dans la hiérarchie temporelle peut être le premier dans la hiérarchie spirituelle.
Le mérite moral consiste à faire prévaloir l'intérêt social, l'intérêt public, sur l'intérêt individuel, l'intérêt privé. Le mérite moral doit faire prévaloir la "socialité sur la personnalité", le dévouement social sur l'égoïsme individuel.
Le pouvoir spirituel, qui est détenu par les sociologues et les savants, doit réguler les passions humaines, unir les hommes dans le travail et pour le travail, consacrer les droits des gouvernants mais également modérer leur arbitraire et leur égoïsme, car les humains sont fondamentalement égoïstes.
Les hommes se comportent en fonction de leurs sentiments et non de leur raison.
Toutefois l'être humain a des tendances altruistes et il convient de développer par la religion ces tendances, ce qui devrait permettre de réaliser la formule sacrée du positivisme :"L'Amour pour principe, l'Ordre pour base, et le Progrès pour but".
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Emile Durkheim (1858-1917)
Emile Durkheim (1858-1917) Une sociologie éducative
La vie et l'oeuvre de Durkheim (1.) sont celle d'un enseignant-chercheur et sa sociologie juridique est celle de "la loi évolutive des sociétés" qui nous conduit au "socialisme" par l'éducation (2.).
1. La vie et l'oeuvre
Emile Durkheim est né le 15 avril 1858 à Epinal d'une famille de rabbins.
Il entre en 1879 à l'Ecole Normale Supérieure. Il lit Auguste Comte (1798-1857) et fait sienne la préoccupation de ce dernier de constituer la sociologie en science auutonome, mais découvre également Herbert Spencer (1820-1903) et Charles Renouvier (1815-1903) dont il adopte l'idée de faire de la morale une science positive.
En 1882 il est nommé professeur de philosophie à Sens. En 1885-1886 il prend un an de congé pour étudier les sciences sociales à Paris et en Allemagne.
En 1887, après la publication de trois articles, il est nommé professeur de pédagogie et de science sociale à la Faculté des Lettres de Bordeaux, où il a pour "étudiant" le grand juriste bordelais Léon Duguit (1859-1928).
En 1893 il soutient sa thèse de doctorat :- De la division du travail social, PUF, 11ème éd., Quadrige 84, Paris 1986. En 1895 il publie :
- Les Règles de la méthode sociologique, PUF, Quadrige 2, Nouv. éd., Paris 1987, Flammarion, Champs, Paris 1988. En 1896 il fonde la revue "L'année sociologique". En 1897 il publie :
- Le Suicide. Etude de sociologie, PUF, 10ème éd., Paris 1986.
En 1902 Emile Durkheim est nommé professeur à la Sorbonne.
En 1912 il publie :- Les Formes élémentaires de la vie religieuse : le système totémique en Australie, PUF, Quadrige 77, Paris 1985. Il décède à Paris en 1917.
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Après sa mort sont, notamment, publiés les ouvrages suivants :
- Education et sociologie, 1922, PUF, Paris 2000.
- Sociologie et philosophie, 1924, PUF, 4ème éd., Paris 1974.
- L'Education morale, 1925, PUF, 2ème éd., Paris 1974.
- Le Socialisme : sa définition, ses débuts, la doctrine saint-simonienne, 1928, PUF, Paris 1992.
- L'Evolution pédagogique en France, 1938, PUF, Quadrige 109, Paris 1989.
- Leçons de sociologie. Physique des moeurs et du droit, 1950, PUF, Paris 2000.
- Pragmatisme et sociologie, PUF, Paris 1955.
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2. Loi évolutive des sociétés et "socialisme"
Dans sa thèse de doctorat, "De la Division du travail social", Durkheim expose qu'elle est, selon lui, la loi évolutive des sociétés.
Cette loi est celle du passage d'un consensus, "la solidarité par similitude", une solidarité mécanique, à un autre consensus, "la solidarité par différenciation et complémentarité", une solidarité organique qui permet la complémentarité.
2.1. La solidarité par similitude (une solidarité mécanique)
Les sociétés "primitives", archaïques, sont caractérisées par "la solidarité par similitude". Dans ces sociétés les individus sont indifférenciés, ils sont semblables les uns aux autres, ils partagent les mêmes sentiments, ils obéissent aux mêmes valeurs, aux mêmes croyances. C'est cette similitude qui crée la solidarité sociale entre les individus, qui s'exprime globalement par l'existence d'une "conscience collective" particulièrement forte.
Dans les sociétés "primitives" l'individu est très étroitement lié à la collectivité, il n'a pas conscience de son individualité, il n'y a pas de libertés individuelles et tout manquement aux règles collectives est sévèrement réprimé comme étant une atteinte au groupe, à la conscience collective du groupe.
2.2. La solidarité par différenciation et complémentarité (une solidarité organique)
Nos sociétés sont, elles, caractérisées par "la solidarité par différenciation". Dans nos sociétés les individus sont différents les uns des autres et exercent des fonctions différentes mais ces fonctions sont complémentaires. C'est cette complémentarité qui crée la solidarité sociale entre les individus.
Le passage de "la solidarité par similitude" à "la solidarité par différenciation" ne s'est pas fait, comme le pensent les économistes, pour la raison que les individus auraient trouvé avantage à se répartir les tâches pour produire plus ou mieux, mais fondamentalement à cause de la densification démographique.
2.3. La densification démographique
Le passage s'est fait à cause de la densification des populations des sociétés, à cause de la concentration physique des individus sur un territoire déterminé et limité, et à cause de l'accroissement des communications et des échanges entre les individus des sociétés considérées.
Pour Durkheim la division du travail est donc un phénomène dérivé et superficiel. Ce qui est essentiel c'est le phénomène de la différenciation sociale qui fragilise la société et donc le problème qui est posé c'est celui de la cohésion sociale.
2.4. Le problème de la cohésion sociale
La densification a eu pour effet d'affaiblir la conscience collective et donc de permettre le développement de la conscience individuelle, de la liberté individuelle, de permettre donc une différenciation qui est la cause de la répartition des tâches de la division du travail.
Cependant, l'affaiblissement, à cause de la différenciation, de la conscience collective de nos sociétés menace la cohésion sociale.
C'est cette préoccupation, comment assurer la cohésion des sociétés à conscience collective affaiblie, qui amène Durkheim à formuler sa théorie sur le "socialisme", la nécessaire socialisation des individus.
(Durkheim définit la conscience collective comme étant :"l'ensemble des croyances et des sentiments communs à la moyenne des membres d'une société", cet ensemble ayant ses propres lois évolutives et n'étant pas seulement l'expression ou l'effet des consciences individuelles.)
2.5. La nécessaire socialisation des individus
Emile Durkheim, comme Thomas Hobbes (1588-1679), pense que l'être humain est fondamentalement égoïste et animé de désirs infinis. Le problème fondamental de la vie sociale n'est donc pas un problème économique mais un problème de consensus, c'est le problème de la socialisation des individus.
Il faut faire en sorte que les conflits individuels, inévitables, causés par l'égoïsme, soit atténués de telle sorte que l'ordre social puisse être maintenu.
Il faut donc faire de l'individu un membre de la collectivité, il faut lui inculquer le respect des impératifs sociaux, des interdits, des obligations sociales, sans lesquels la vie collective, la vie sociale, serait impossible.
C'est pourquoi le manquement aux règles sociales doit être sanctionné par le droit, qui a pour but d'organiser la vie commune d'individus différenciés par des normes différenciées sanctionnées différemment. Le droit doit être défini comme étant "l'impératif social" qui fixe à l'individu des bornes à ses désirs.
2.6. Le droit comme "impératif social"
C'est le "socialisme" qui permettra de faire comprendre à l'individu où est son devoir, afin qu'une vie sociale cohérente soit possible :"Ce qu'il faut pour que l'ordre social règne, c'est que la généralité des hommes se contentent de leur sort. Mais ce qu'il faut pour qu'ils s'en contentent, ce n'est pas qu'ils aient plus ou moins, c'est qu'ils soient convaincus qu'ils n'ont pas le droit d'avoir plus. Et pour cela, il faut de toute nécessité qu'il y ait une autorité dont ils connaissent la supériorité, et qui dise le droit. Car jamais l'individu abandonné à la seule pression de ses besoins n'admettra qu'il est arrivé à la limite extrême de ses droits".
Le "socialisme" d'Emile Durkheim n'est pas le socialisme de Marx, c'est le "socialisme" d'Auguste Comte et des saint-simoniens, caractérisé par l'organisation et la moralisation. Le "socialisme" de Durkheim c'est la réorganisation consciente de l'économie, mais, si celle-ci est nécessaire, ce qui est fondamental c'est l'organisation morale de la Société par la sociologie.
2.7.La fondamentale organisation morale de la Société par la sociologie
C'est l'organisation morale de la Société qui permettra de contenir l'insatiable appétit des hommes, car les hommes sont perpétuellement insatisfaits et voudront toujours obtenir davantage.
La solution du problème de l'insatisfaction permanente des hommes ne peut être trouvée que dans la science car aucune doctrine morale ou religieuse ne peut être admise si elle ne résiste pas à la critique de la science.
C'est la sociologie, en tant que science, qui seule peut apporter une solution rationnelle, parce que scientifique, au problème de la cohésion sociale de nos sociétés.
Selon Durkheim les fonctions économiques doivent être soumises à un pouvoir politique et moral, mais ce pouvoir politique et moral ne sera pas celui de l'Etat mais celui des "corporations".
2.8. Le pouvoir politique et moral des "corporations"
Le pouvoir politique et moral sera celui des groupes professionnels, des anciennes corporations, qui seront reconstituées pour exercer leur autorité sur les individus.
La réforme des institutions politiques elles-mêmes n'est donc pas l'essentiel. Toutefois l'anarchie parlementaire étant nuisible à la société une réforme de la Démocratie parlementaire s'impose.
2.9.La Démocratie parlementaire réformée
Le suffrage universel doit être à deux degrés, ce qui permettrait de constituer des corps intermédiaires, des corps politiques plus aptes à déterminer les nécessités sociales que les parlementaires élus directement et qui sont soumis aux pressions passionnelles et aveugles des gouvernés.
Au demeurant s'il doit y avoir une Démocratie, celle-ci n'est pas caractérisée par l'existence du suffrage universel, du gouvernement représentatif et du pluralisme des partis.
Selon Durkheim la Démocratie c'est "... l'extension plus grande de la conscience gouvernementale, et des communications plus étroites entre cette conscience et la masse des consciences individuelles".
La Démocratie c'est avant tout une communication entre gouvernants et gouvernés, c'est pourquoi l'éducation doit jouer un rôle très important dans le "socialisme", celui d'une discipline socialisante.
2.10.La discipline socialisante par l'éducation
L'éducation c'est ce qui permet de discipliner les individus pour les "socialiser", pour les préparer à être membre du groupe social, à s'intégrer dans le groupe afin d'oeuvrer à sa cohésion.
Cette indispensable discipline ne peut être qu'imposée mais elle doit, également, être voulue et aimée. Il faut que les individus prennent conscience de la valeur immanente mais aussi transcendante des groupes sociaux auxquels ils appartiennent ou appartiendront.
L'éducation a un autre but qui est de permettre à l'individu d'accomplir et de développer sa personnalité, car la société a besoin d'individualités conscientes.
2.11. Le développement individuel dans l'ordre du socialisme
En définitive le "socialisme", par l'organisation décentralisée des corps intermédiaires au sein d'un Etat qui n'est pas tout puissant, et par l'éducation morale du peuple, doit permettre de créer et de conserver un ordre social dans lequel les individus pourront se développer, mais de telle sorte que les intérêts collectifs de la société ne soient pas menacés par les insatiables désirs des hommes.
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Pierre Bourdieu (1930-2002)
Pierre Bourdieu (1930-2002) Pierre Bourdieu est issu de "la France d'en Bas". Pierre Bourdieu est un pur produit de la méritocratie républicaine. Fils d'un petit fonctionnaire de l'Etat français il termine son ascension sociale au Collège de France et comme phare de la sociologie française engagée politiquement contre le capitalisme anglo-saxon.
Une vie et une oeuvre exemplaires (I.) au service d'une sociologie réaliste et contestataire (II.).
I. La vie et l'oeuvre
I.1. La vie
Pierre Bourdieu est né en 1930 à Denguin, dans les Pyrénées-Atlantiques, où son père est agent public aux PTT (La Poste).
1941-1951. Il fait ses études secondaires au Lycée de Pau (1941-1947), puis prépare Normale Sup à Paris, au Lycée Louis Le Grand (1948-1951).
1951-1954. Elève de l'Ecole normale supérieure et étudiant à la Faculté des lettres de Paris il se nourrit notamment de Jean-Paul Sartre et de Karl Marx. Agrégé de philosophie il est professeur de philosophie au Lycée de Moulins (1954-1955).
1956-1960. Il effectue son service militaire en Algérie puis est assistant à la Faculté des Lettres d'Alger (1958-1960), ce qui lui permet de faire des études anthropologiques et sociologiques (Sociologie de l'Algérie, PUF, "Que sais-je", Paris 1958; La crise de l'agriculture traditionnelle en Algérie (Editions de Minuit, Paris, 1964).
1960-1964. Assistant à la Faculté des Lettres de Paris (1960-1961), maître de conférences à la Faculté des Lettres de Lille (1961-1964).
1964-1981. Directeur d'études à l'Ecole pratique des hautes études (Ecole des hautes études en sciences sociales) de 1964 à 1981.
1982-2001. Professeur de sociologie au Collège de France en 1982 et jusqu'en 2001.
En 1996 il fonde une association politique d'ultra-gauche "Liber/Raisons d'agir", avec laquelle il s'implique fermement et publiquement contre la mondialisation libérale.
Il décède en 2002.
I.2. L'oeuvre
Pierre Bourdieu est l'auteur d'un nombre considérable d'ouvrages, notamment de :
Les héritiers, (avec Jean-Claude Passeron), Editions de Minuit, Paris 1964,
L'amour de l'art, Editions de Minuit, Paris 1966,
La reproduction, (avec Jean-Claude Passeron), Editions de Minuit, Paris 1970,
La distinction, Editions de Minuit, Paris 1979,
Ce que parler veut dire, Fayard, Paris 1982,
Homo academicus, Editions de Minuit, Paris 1984,
Noblesse d'Etat, Grandes écoles et esprit de corps, Editions de Minuit, Paris 1989,
La misère du monde, Le Seuil, Paris 1993,
Sur la télévision/L'emprise du journalisme, Liber-Raisons d'agir, Paris 1996,
La domination masculine, Le Seuil-Liber, Paris 1998,
Les structures sociales de l'économie, Le Seuil-Liber, Paris 2000.
II. Une sociologie réaliste et contestataire
Sur la base d'une méthode sociologique (Le métier de sociologue, avec Jean-Claude Chamboredon et Jean-Claude Passeron, Mouton-Bordas, Paris 1968) qui entend rompre "avec le sens commun" et construire "le fait social" Pierre Bourdieu fait une analyse réaliste des rapports politiques entre groupes sociaux mais orientée dans un sens certain de contestation des structures libérales.
II.1. Une sociologie réaliste
Dans plusieurs de ses ouvrages (notamment Les héritiers et La reproduction) Bourdieu analyse d'une façon réaliste les relations sociales entre les groupes sociaux dominants et domninés.
Bourdieu nous dit que l'école est l'instrument camouflée de domination du groupe social dirigeant, en France la bourgeoisie, sur les groupes sociaux dominés, la petite bourgeoise, le prolétariat (classes populaires).
L'école reproduit la culture de la classe dominante par la sélection des disciplines enseignées, leur programme, les épreuves écrites et orales de sélection.
Tout est fait pour permettre la reproduction de la dominance, pour permettre aux enfants des dominants de retrouver, par l'école, la dominance de leurs parents, tout en laissant croire aux dominés que s'ils ne sont pas sélectionnés pour monter dans la hiérarchie sociale c'est qu'ils ne méritent pas de le faire.
Selon Bourdieu le camouflage de la réalité est réalisé par "l'idéologie du don", c'est à dire l'affirmation selon laquelle seuls les enfants doués des classes dominées peuvent mériter de réussir une ascension sociale, ce qui ne peut être qu'exceptionnel (et qui est son cas personnel).
Bourdieu pense donc, comme Gramsci, que c'est par la culture que les hiérarchies se transmettent et perdurent. C'est par la culture que ce fait La distinction (1979).
Dans la société globale comme dans ses différents champs (champ économique, champ culturel, champ religieux, champ bureaucratique, etc ...) l'objectif des dominants est de légitimer leur pratiques culturelles (vêtements, nourritures, loisirs, etc...), d'imposer leurs choix comme étant les meilleurs, comme étant à imiter, ce qui permet de reconnaître ceux qui peuvent les pratiquer et les adoptent, et d'exclure les autres (identification, exclusion).
Les stratégies de conservation des dominants sont en mouvement perpétuel (mode, tendance, préférence) de telle sorte que les dominés sont obligés pour les suivre, s'ils le veulent, de s'affaiblir par un investissement précaire toujours à renouveler, ou obligés de s'exclure volontairement en pratiquant autrement, en créant leur propre champ dans lequel ils pourront être dominants, peut-être ...
En France le groupe social dominant se reproduit par l'Ecole, plus précisément par les Grandes Ecoles qui permettent d'appartenir à La noblesse d'Etat (1989), et qui se définissent par opposition à l'Université qui à en charge les masses, conséquence de la démocratisation théorique de l'enseignement.
La démocratisation est théorique car l'entrée des masses populaires dans l'enseignement n'a pas modifié fondamentalement la structure du groupe social dominant, la bourgeoisie. Mais elle a eu pour effets de déculturer, partiellement ou totalement, les enfants des classes populaires soumis à la violation de leur habitus, et au traumatisme de leur élimination au nom du grand principe de la méritocratie républicaine.
II.2. Une sociologie contestataire
Tout d'abord Bourdieu ne pense pas que le sociologue ou le philosophe, tel Karl Marx ou Jean-Paul Sartre, doive se comporter comme un "prophète". Par principe le sociologue ne doit pas être dépendant des conflits idéologiques et politiques de son temps.
Mais le sociologue ne peut se désintéresser de la res publica. Son travail doit permettre, pense-t-il, de dévoiler les stratégies de domination. Son travail est scientifique et en même temps politique, car, toujours selon Bourdieu, son rôle fondamental est de dire la dominance afin de permettre aux acteurs sociaux de lutter contre.
Concrétement Pierre Bourdieu s'est engagé fermement lui-même dans la contestation politique et la déconstruction des valeurs bourgeoises.
Mais c'est après l'effondrement de la Russie soviétique (1989-1991) que Pierre Bourdieu se montre le plus actif contre le libéralisme (La misère du monde, 1993) et les institutions françaises. En 1995, contre le gouvernement Juppé (RPR, chiraquien), il s'engage publiquement pour soutenir des grèves de nature quasi-insurrectionnelle. En 1996 il appelle à la désobéissance publique pour soutenir les associations qui soutiennent les immigrés illégaux. Et en 1999, contre le gouvernement Jospin (socialiste) il appelle à soutenir la gauche de la gauche, c'est à dire la gauche trotskiste.
C'est pour mobiliser ceux qui le soutiennent idéologiquement qu'il crée une maison d'édition Liber avec sa collection Raisons d'agir afin de diffuser des essais critiques révolutionnaires, notamment Contre-feux : pour servir à la résistance contre l'invasion néo-libérale (1998).
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Un champ est un système de positions individuelles (habitus identique) qui se définissent par la structure et le volume du capital détenu.
Le capital ainsi détenu est un capital économique (actions, terres, travail, revenu, patrimoine), un capital culturel (connaissances, qualifications, acquises dans la famille et à l'école), un capital social (amis, relations, réseaux), un capital symbolique (réputation, considération, notabilité, actes de reconnaissance plus ou moins ritualisés comme les décorations).
L'inégalité des positions individuelles quant au capital détenu détermine la struture du champ, la répartition entre dominants et dominés. La lutte pour la dominance génère des stratégies de conservation pour ceux qui dominent et des stratégies de contestation, subversion, et de déconstruction pour ceux qui entendent prendre le pouvoir.
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Un habitus est un système de dispositions durables (habitudes de penser, de faire, postures corporelles, manières d'être, de penser, de dire et de faire) que les individus ont intériorisées et qui les déterminent inconsciemment.
L'habitus est le produit d'une appartenance sociale. L'habitus primaire est construit dans l'enfance au sein de la famille, qui est située socialement et hiérarchiquement. Sur cet habitus fondamental se greffent des habitus secondaires, l'habitus scolaire, l'habitus professionnel, l'habitus social du groupe d'appartenance (le même que le familial, celui résultant de la mobilité social de la personne) ...
En France selon Bourdieu il serait possible de distinguer trois styles de vie selon les classes sociales. Les membres de la classe dominante bourgeoise ont un habitus fondé sur la distinction. Les membres de la petite bourgeoisie ont un habitus structuré par leur volonté de parvenir. Les membres des classes populaires ont un habitus marqué par la nécessité de survivre et la valorisation du corps.
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L'atteinte faite à Pierre Bourdieu Sur France Culture, en janvier, le linguiste Jean-Claude Milner l'a qualifié d'écrivain antisémite. Par Eric AESCHIMANN, Libération, QUOTIDIEN : jeudi 8 février 2007
Fallait-il réagir, ou choisir le silence ?
Le 13 janvier, sur France Culture, le linguiste et essayiste Jean-Claude Milner a eu des mots qui ont fait sursauter plus d'un auditeur. Evoquant de façon tout à fait incidente le sociologue Pierre Bourdieu et son ouvrage les Héritiers, paru en 1963, il déclare : «J'ai ma thèse sur ce que veut dire "les héritiers" chez Bourdieu : "les héritiers", c'est les Juifs.»
Puis : «Je crois que c'est un livre antisémite.»
Un propos tenu en direct, dans le cadre de l'émission Répliques, animée par Alain Finkielkraut. Lequel, en entendant la «thèse» de son invité, ne masque pas sa surprise mais reste dans une prudente expectative : «Ah bon ! Oh là, là ! Ecoutez, comme vous le dites très brutalement, peut-être faudra-t-il consacrer une autre émission à cette question.»
Jean Claude Milner conclut sa digression : «Je laisse de côté ce point.» Alain Finkielkraut opine : «Laissez-le de côté.»
Pétition.
Devant l'énormité de la déclaration, les proches de Pierre Bourdieu ont hésité.
Finalement, ils ont décidé de rendre publique une pétition de protestation (1). «Ces propos ne mériteraient pas qu'on les relève tant ils sont absurdes et ridicules, peut-on y lire. Mais, à force de manier l'injure n'importe comment, ce sont les actes et les paroles réellement antisémites ou racistes que l'on banalise.»
Simultanément, la veuve et les trois enfants du sociologue ont demandé un droit de réponse à France Culture pour marquer leur «profonde indignation» et dénoncé l'attitude d'Alain Finkielkraut, coupable à leurs yeux de ne pas avoir critiqué le fond du propos de Jean-Claude Milner qui, dès lors, en «assume la pleine et entière responsabilité», écrivent-ils.
Interrogé par Libération, Jean-Claude Milner se justifie en critiquant l'analyse bourdieusienne de l'école et des concours comme mécanisme de reproduction des élites. « Les Héritiers m'ont toujours fait penser à une anecdote que Sartre rapporte dans la Question juive. Un jeune Français "de souche" qui vient de rater l'agrégation s'étonne qu'un dénommé Bloch soit, lui, arrivé premier. Je pense que tout le fil de la pensée de Bourdieu sur l'école et le collège vise à ce que plus jamais un Bloch ne puisse arriver premier à l'agrégation. En dévaluant les concours méritocratiques, il signifie à tous les enfants d'origine étrangère les Juifs, les Italiens et les Espagnols hier, les Maghrébins aujourd'hui que l'école n'est pas la voie d'accès à la communauté française. On en a la preuve par les effets des réformes de l'école inspirées de sa pensée et dont on voit les résultats aujourd'hui pour les jeunes maghrébins.»
«Effets xénophobes».
«Ceux que Bourdieu appelait les héritiers sont précisément ceux qui n'ont aucun héritage et pour qui l'école était la seule voie d'accès possible à l'intégration. Je ne prête à Bourdieu aucune intention xénophobe, mais je pense que les positions qu'il a défendues ont des effets xénophobes», poursuit Milner.
Mais alors pourquoi avoir parlé d'antisémitisme ?
«Comme d'autres, Bourdieu a entretenu l'illusion d'un rapport particulier des Juifs avec le savoir élitiste. Mais ce qui est antisémite, c'est sa critique de ce savoir comme une voie d'accès dans la société française. Je ne crois pas qu'il ait de très bonnes intentions à l'égard des Juifs», répond-il, sans donner d'exemple à l'appui de cet énoncé. Avant d'ajouter : «Et puis, peut-être qu'il est bon de sortir les gens de leur sommeil dogmatique.» Une provocation, en somme.
(1) Lire en page 33 le texte complet et la liste des premiers signataires.
Libération, 8 février 2007, p. 30
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Sur les dérapages de Jean-Claude Milner. Après Bourdieu, à qui le tour?
Le 13 janvier 2007, dans l'émission de France Culture animée par Alain Finkielkraut, Jean-Claude Milner déclarait: «J'ai ma thèse sur ce que veut dire "les héritiers" chez Bourdieu: "les héritiers": c'est les Juifs [...]. Je crois que c'est un livre antisémite.»
Ces propos ne mériteraient pas qu'on les relève tant ils sont absurdes et ridicules. Reste qu'il faut quand même prendre le temps d'y répondre. Tout d'abord parce qu'il en va de la mémoire d'un homme. Ensuite parce qu'il en va du sort des sciences sociales en France, et plus généralement de celui du débat intellectuel.
Ce n'est pas un hasard si ces propos visent un sociologue, et, qui plus est, un sociologue critique. Il serait piquant -si le sujet prêtait à rire - de rappeler que la sociologie dès ses origines, parce que son père fondateur, Durkheim, était fils de rabbin, fut traitée de «science juive». Sociologue antisémite, science juive, ces anathèmes ne révèlent qu'une chose: les sciences sociales, dès lors qu'elles dévoilent la réalité des mécanismes sociaux, sont dérangeantes.
Au-delà, l'usage de cette injure qui atteint également la personne de Jean-Claude Passeron, coauteur des Héritiers, est le symptôme de la vacuité du débat intellectuel et politique.
Faute d'arguments, on injurie. Mais, à force de manier l'injure n'importe comment, ce sont les actes et les paroles réellement antisémites ou racistes que l'on banalise.
Premiers signataires: Jacques Bouveresse (Collège de France), Jean-Pierre Changeux (Collège de France), Christophe Charle (Paris-I, IUF), Roger Chartier (Collège de France, EHESS), Gérard Fussman (Collège de France), Jacques Glowinski (Collège de France), François Héritier (Collège de France), Jacques Lagroye (Paris-I, Danièle Lochak (Paris-X), Daniel Roche (Collège de France), Fanette Roche-Pézard (Paris-I)...
Libération, 8 février 2007, Rebonds, p. 33
http://www.denistouret.fr/ideologues/Bourdieu.html
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Nicolas Machiavel (1469-1527)

Nicolas Machiavel
(1469-1527)
L'un des précurseurs, avec notamment Ibn Khaldun, de la sociologie moderne. Violemment attaqué par les biens pensants, sincères et faux-culs, il n'a jamais été "machiavélique", mais a décrit d'une manière parfaitement réaliste le comportement de ses contemporains, comportement qui n'avait rien à envié au comportement des faux-culs d'aujourd'hui, et a souhaité ardemment la constitution de la nation italienne.
Sa vie et son oeuvre (§ 1) ont des points communs avec celle de Khaldun et sa sociologie politique relève du réalisme étatique (§ 2).
§ 1 - La vie et l'oeuvre
Niccolo Machiavelli est né à Firenze (Florence) le 3 mai 1469.
Issu d'une vieille famille, ayant des revenus assurés mais peu importants, il devient en 1498 Secrétaire de la Seconde Chancellerie de la République de Florence, alors dirigée par le démocrate modéré Piero Soderini qui sera "Gonfalonier" à vie de 1502 à 1512.
Lorsqu'en novembre 1512 les Médicis se rétablissent par la force à Florence, Machiavel est arrêté, maltraité et asssigné à résidence dans sa propriété.
C'est en vain qu'il essaiera de revenir en grâce.Il décède le 22 juin 1527 sans y être parvenu, malgré deux courts passages "aux affaires" en 1521 et 1526.
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Les deux oeuvres majeures de Machiavel sont "Le Prince" (Il Principe, 1513) et les "Discours sur la première décade, de Tite-Live" (Discorsi sopra la prima deca di T. Livio, 1513-1520 mais il a, notamment, également écrit :
- Discorso sopra le cose di Pisa, 1499 (Discours sur les événements de Pise)
- Parole da dirsi sulla provvisione del danaio, 1503 (Paroles à dire sur la nécessité de se procurer de l'argent)
- Del modo di trattare i sudditi della Val di Chiana ribellati, 1503 (De la manière de traiter les populations révoltées du Val di Chiana)
- Descrizione del modo tenuto dal duca Valentino nell' ammazzare Vi tellozzo Vitelli, 1503 (Exposé de la Manière dont le duc de Valentinois a abattu Vitellozzo Vitelli)
- Discorso de l'ordinare lo Stato di Firenze alle armi, 1506 (Discours sur l'organisation armée de l'Etat de Florence)
~ Ritratto delle case della Magna, 1508 (Rapport sur les choses de l'Allemagne)
- Ritratto di cose di Francia, 1510 (Rapport sur les choses de la France)
- Dell'arte della guerra, 1521 (L'Art de la Guerre)
- Istorie fiorentine, 1520-1526 (Histoires florentines).
Dans ses deux ouvrages fondamentaux, "Le Prince" et les "Discours", Machiavel illustre le même principe : "la fin justifie les moyens".
Dans "Le Prince" Machiavel développe le thème suivant : comment un prince usurpateur peut-il s'emparer d'un territoire, s'y établir et s'y maintenir, sinon par la force et la ruse et même la cruauté?
Il faut tout d'abord être très fort. Etre fort c'est posséder une armée suffisante mais c'est aussi avoir la volonté de s'en servir. La meilleure armée est l'armée populaire, la milice des citoyens, car les mercenaires professionnels ne sont que des pilleurs et des traitres qui se vendent au plus offrant.
Non seulement il faut être fort comme un lion mais encore rusé comme un renard.
Ce qui signifie que Le Prince doit être aussi fort dans la paix que dans la guerre, ne pas hésiter à négocier, à promettre, pour vaincre, et une fois vainqueur à renier sa parole. (C'est un tel comportement, un comportement "légiste" et non pas confucéen, qui permit à Shi Huang Di, en 221 avant Yeshoua ben Yossef, de fonder l'Empire en Chine).
Toutefois les gouvernés, qui sont naïfs, doivent toujours croire en la bonne foi de leur Prince, s'il est bon qu'ils croient en la mauvaise foi des ennemis du Prince.
La force et la ruse sont indispensables au Prince qui souhaite prendre et garder le Pouvoir.
La cruauté, elle, peut être nécessaire. Elle est nécessaire lorsque le pouvoir venant d'être conquis, il s'agit d'éliminer les vaincus et d'impressionner le peuple.
Ce qu'il faut alors c'est frapper un grand coup et rapidement car si "les bienfaits doivent se verser petit à petit et un par un, afin qu'on les savoure mieux", les cruautés mal pratiquées, qui se prolongent sans nécessité, inquiètent et irritent les mécontents et les suspects sans "les supprimer".
Le Prince ne réussira que s'il possède la "virtu", c'est-à-dire l'énergie créatrice, s'il se montre hardi avec la fortune et n'hésite pas à tenter sa chance. C'est l'audace qui fonde le droit d'exercer le Pouvoir.
Dans les "Discours" Machiavel traite de l'Etat en tant qu'organe, en tant qu'institution.
C'est Machiavel qui, pour la première fois, emploie le mot "Etat" dans le sens moderne du terme.
C'est également lui qui divise tous les Etats en deux catégories : les républiques et les monarchies.
La référonce de Machiavel, d'une république qui soit un Etat organisé, "vertueux", "dynamique", capable de conserver une virilité durable, est la république romaine.
Machiavel développe trois points.
Premièrement, ce qui fit de Rome une grande cité libre, ce furent ses institutions et ses lois.
La séparation du Sénat et de la Plèbe, l'existence des Tribuns, le principe de la légalité, la fréquence des procès publics, permit l'expression des partis et des groupes sociaux, dans le système, et donc dans la stabilité de l'ensemble. Alors que la lutte des factions qui s'est développée dans les cités italiennes, en entraînant exils et bannissements, est la cause de la division et donc de la servitude de la péninsule.
En second lieu, Machiavel aborde le problème de la religion.
Alors que les Romains ont utilisé la religion avec prudence, comme élément de cohésion pour "réorganiser la cité, poursuivre leurs entreprises et stopper les tumultes", le catholicisme romain, corrompu, a été la source de l'individualisme, de l'incrédulité et de la désunion qui sont à l'origine du drame historique de l'Italie.
Enfin la liberté devient précaire lorsque chacun n'a d'autre but que la défense égoïste de ses intérêts privés, lorsque se trouve épuisée "la vertu de l'universel qui soutient les ordres bons".
C'est alors qu'il faut régénérer la multitude corrompue en faisant appel à une "force extrême".
L'Italie ne sera sauvée des Barbares que par la constitution d'un Etat-Nation, fort, et servi par les individus.
Car les individus n'ont d'autres projets que celui de servir cette valeur suprême, l'Etat, par tous les moyens, car si les particuliers peuvent avoir leurs raisons d'agir, la raison d'Etat l'emporte sur toute autre raison particulière.
L'objectif c'est "l'Italie unie, armée et déprêtrisée", seule capable d'être libre.
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Ibn Khaldun (1332-1406)
Ibn Khaldun
(1332-1406)(732-808)
Historien et sociologue d'origine yéménite ayant, avant Machiavel, donner de l'histoire humaine une relation réaliste. A la fois homme d'action et théoricien (La vie et l'oeuvre § 1.) il construit l'histoire comme science (La science historique d'Ibn Khaldun § 2.).
§ 1 - La vie et l'oeuvre
Abd al-Rahman ben Muhammad Ibn Haldun est né à Tunis, en 1332, dans une famille de la grande bourgeoisie andalouse, d'origine yéménite.
Il fait ses études à Tunis.
De 1350 à 1372 il est homme d'Etat, de cour et d'action politique, avec des fortunes diverses (deux ans de prison).
En 1372 il se retire dans la forteresse d'Ibn Salama en Oranie où il écrit son ouvrage fondamental :
- Muqaddima (1377), Discours sur l'histoire universelle, trad. fr. de Vincent Monteil, 3 vol. Beyrouth 1967-1969.
Cet ouvrage est une introduction à un ouvrage sur l'histoire universelle, le Kitab al-'Ibar (1375-1379).
Après cette retraite studieuse Ibn Khaldun enseigne à Tunis mais se heurte aux conservateurs et quitte définitivement la Tunisie pour l'Egypte en 1382.
Il enseigne au Caire le droit et est magistrat.
En 1401 il négocie avec le Mongol Tamerlan le sort de Damas et meurt un an après ce dernier en 1406.
Selon cert



